Paris. Comment Belleville se défend

Un courrier capital pour la défense du 48. Son contenu mérite qu’il soit publié intégralement sur Mes Parisiennes.

Paris, le 18 juin 2015

Mme Anne Hidalgo
Maire de Paris
Place de l’Hôtel de Ville75004 Paris

Copie à Mme Frédérique Calandra, Maire du 20e arrondissement

Objet : préservation du 48, rue Ramponeau, 75020 Paris.

Madame la Maire,

En 1989, deux associations du quartier de Belleville voyaient le jour, de manière concomitante et indépendante.

L’une, les Ateliers d’Artistes de Belleville, toujours active aujourd’hui, est née de la volonté des artistes bellevillois de sauvegarder les lieux de création mais aussi pour défendre une certaine idée de la ville où artistes côtoient artisans et commerçants dans un environnement cosmopolite et populaire. Les journées portes ouvertes qu’elle organise chaque année ont joué un rôle clé pour faire connaître Belleville et ses richesses et pour la préservation de son caractère faubourien et de son parcellaire si caractéristique, avec ses cours et arrières cours.

L’autre, La Bellevilleuse, dont les activités ont pris fin en 2006, s’est battue pendant dix-sept ans pour que la ville mette en œuvre une opération d’aménagement et de réhabilitation qui permette aux habitants du Bas-Belleville, et en particulier aux plus vulnérables d’entre eux, de vivre dans des conditions décentes tout en restant sur place si tel était leur souhait. Mais aussi pour défendre une certaine conception de la démocratie locale, celle où l’aménagement d’un quartier et les grandes décisions concernant son avenir sont décidés avec les habitants et non contre eux.

Partageant les mêmes idéaux, les Ateliers d’Artistes de Belleville et La Bellevilleuse ont fait bloc avec succès, face à la droite alors majoritaire à Paris, et avec le soutien, doit-on le rappeler, des élus de gauche, pour la préservation du quartier. Leur action a abouti à la sauvegarde de la Forge, à l’inscription du Bas-Belleville en Politique de la ville en 1995 (premier quartier parisien à bénéficier de ce dispositif !), à l’élaboration d’une Opération programmée d’Amélioration de l’Habitat à fort contenu social (là aussi une première à Paris !) et, in fine, à la conception d’un nouvel urbanisme « à visage humain » très éloigné des opérations de table rase qui prévalaient jusqu’alors à Paris et qui a fait depuis figure de modèle.

Leur action, doit-on également le rappeler, a très certainement fortement contribué au changement de majorité municipale dans le 20ème arrondissement en 1995.

La sauvegarde des activités artistiques, artisanales et commerciales a constitué une préoccupation constante des deux associations et c’est à ce titre que La Bellevilleuse s’est investie, en 2005, dans le groupe de travail mis en place par la SEMAEST pour le quartier Belleville-Amandiers dans le cadre de sa mission de préservation du tissu commercial et artisanal sur plusieurs sites parisiens.

C’est donc avec consternation qu’en tant que président(e)s ou anciens président(e)s des Ateliers d’Artistes de Belleville et de La Bellevilleuse, nous apprenons que la Ville de Paris envisage, qui plus est par le biais de la SEMAEST !, d’autoriser un projet hôtelier démesuré de 200 lits déposé par un promoteur privé, une opération qui aboutirait à défigurer et dénaturer la cour du 48-50, rue Ramponeau avec la démolition d’une des dernières métalleries parisiennes (l’entreprise Grésillon) et d’un atelier d’artiste…

La cour du 48-50 rue Ramponeau est un lieu emblématique fort, et à double titre. Elle y a vu d’une part la création de l’association des Ateliers d’Artistes de Belleville en 1989, dans l’atelier même dont la Ville envisage d’autoriser la démolition. Elle symbolise d’autre part la réhabilitation douce et la mixité fonctionnelle et sociale pour lesquelles nos associations ont lutté, cette cour abritant dans un bel équilibre logements privés en location, logements sociaux, logements d’insertion, ateliers d’artiste et artisanat.

C’est pour cela, devons-nous le préciser, que cette parcelle est, dans l’actuel PLU, « signalée pour son intérêt patrimonial, culturel et paysager » et qu’elle y bénéficie du statut d’ « espace libre protégé ».

La SEMAEST est devenue propriétaire des parcelles situées 37, rue Bisson et 48, rue Ramponeau en vertu du droit de préemption délégué par la ville de Paris dans le cadre d’une Convention Publique d’Aménagement dont l’objet était de « favoriser le maintien et l’extension de la diversité commerciale et des activités économiques de proximité » dans six quartiers parisiens, dont le quartier Belleville-Amandiers. En revendant des biens occupés à un promoteur privé et non à leurs occupants ou à la Foncière Paris Commerces, comme elle s’y engage sur son site internet (http://www.semaest.fr/nos-realisations/vital-quartier/), la SEMAEST nous semble contrevenir à la mission de pérennisation des activités en place qui lui a été confiée par la Ville de Paris et en vertu de laquelle elle est devenue propriétaire des biens préemptés.

Ce que la droite n’a pas réussi à faire de manière brutale, la gauche est-elle en train d’essayer de le réaliser de manière plus pernicieuse ?

Permettez-nous de nous interroger car ce projet des 37, rue Bisson et 48, rue Ramponeau intervient après ceux des 36, rue de Belleville et 18 bis-26, rue Dénoyez-10 rue de Belleville, opérations où la Ville a fait le choix, sans véritable concertation et contre l’avis des habitants, de démolir les parcelles concernées alors que d’autres approches permettant de construire une crèche et des logements sociaux tout en préservant le bâti faubourien du quartier et les ateliers d’artistes de la rue Dénoyez étaient possibles.

Nous ne souhaitons pas vous offenser, Madame la Maire, et espérons que vous rendrez nos craintes infondées en décidant de ne pas autoriser l’opération du 37, rue Bisson et 48, rue Ramponeau au sujet de laquelle quelque 2 500 personnes ont ces derniers jours exprimé leur opposition dans une pétition.

En espérant vous avoir convaincue de la nécessité d’abandonner ce projet, nous vous prions, Madame la Maire, de croire en l’expression de toute notre considération.

Les président(e)s Les président(e)s
des Ateliers d’Artistes de Belleville de La Bellevilleuse

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