Lutte salariales : ligne Maginot ou cavalerie blindée ?

Je reviens sur le salariat, la question me semble être « Où organise t-on la ligne de défense ? »

Quand une personne négocie sa force de travail (sauf à être hyper qualifié), il se trouve dans un rapport asymétrique avec une puissance économique.

Le droit du travail prévoit tout une panoplie d’armes pour d’interminables (et parfois médiocres) conflits à l’intérieur de la relation salariée. Le patron et le salarié sont piégés par une sorte de contrat de mariage, où il ne reste qu’à attendre 30 ans entre le réveil du matin et l’attente de la cloche du soir au gré des mesquineries. Ce modèle de vie va avec une mono-activité qui a les loisirs comme pendant : métro-boulot-TF1-dodo.

Ce qui se développe depuis 20 ans échappe à cet espace.

D’une part parce que les entreprises ont contourné le piège des droits du CDI et de l’autre parce que les gens ont mieux à faire de leur vie que de pointer ou d’attendre les vacances. Les nouvelles générations savent que le plein emploi est mort et en même temps, avec un niveau d’étude plus élevé que les anciennes, ont une foule de projets à développer avant de mourir qui ne se résument pas à avoir de l’argent pour consommer des loisirs.

Problème, les politiques et les syndicalistes chargés de défendre les petits appartiennent à la génération du salariat à vie. Pour eux, il s’agit de se battre pour un modèle et ceux qu’ils protège et tant pis pour les autres (un peu comme les avocats avant le PACS étaient formés à se battre lors des divorces mais ignoraient, les autres formes de couples, unions libres, homos, etc.)

Des millions de gens sont laissés face à une loi de la jungle, houspillés par Pôle Emploi, en stage ou contrats précaires à vie faute de filet de sécurité. Parce que la protection a été pensée à l’intérieur du salariat, mais pas à l’extérieur.

Penser la protections des petits à l’extérieur du salariat

La question n’est pas de remettre en question Filoche, qui est un vieux moine-soldat de la lutte pour les employés. Mais de dire que ce n’est pas le bon combat. Qu’il faut penser la protection des petits à l’extérieur du salariat, pour des raisons de libération de l’individu, d’épanouissement, d’accomplissement, parce que vivre ne se résume pas à travailler et à consommer, parce que beaucoup de formes de travail existent qui ne sont pas reconnues et ne sont pas rémunérées etc.

En clair, un revenu d’autonomie, une flexi-sécurité, ce que l’on voudra qui fasse qu’effectivement comme le demande Attali et les libéraux l’individu négocie son contrat de gré à gré avec les puissances économiques, l’entreprise ou autre, mais qu’il ne soit pas dos au mur. Qu’il puisse dire non si les conditions ne sont pas correctes. Non, car il aura une garantie d’existence et donc un pouvoir de négociation.

Revenu d’autonomie, individu et droits collectifs

C’est d’ailleurs revenir à la base du syndicalisme Français. Des hommes libres parce qu’ils avaient un lopin de terre (et qu’ils pouvaient donc manger ou tenir une grève), plutôt que des esclaves tenus à l’entreprise comme dans l’épouvantable industrie anglaise. Histoire à laquelle le syndicalisme et la gauche productiviste ont tourné le dos à la fin du XIXe siècle dernier et au début du XXe. On voit aujourd’hui l’impasse dans laquelle ils se trouvent. Ne plus défendre que les intérêts des quinquagénaires contre leurs enfants : par exemple sur le dossier des retraites.

Personnellement mon avis est tranché depuis lurette; dans la guerre économique, la défense des petits ne se joue pas d’abord sur la ligne Maginot du droit du travail, mais dans la dans l’autonomie collective des individus, dans la mobilité individuelle, dont l’arme blindée collective est le revenu d’autonomie.

David Langlois-Mallet

© Mesparisiennes.wordpress.com

(à propos des débats d’hier et de ce matin Macron-Attali v/s Gérard Filoche)

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