Dénoyez : Débat sur le voeu du Parti de Gauche au conseil municipal du XXe

Le groupe Front de Gauche du 20ème a déposé au CA20 du 2 avril un vœu sur la rue Denoyez (ci-dessous les échanges au CA).

Voeux
V20.2015.070 : Voeu relatif au programme immobilier de la rue Dénoyez, sur proposition de Laurent Sorel, du groupe Front de Gauche – « Place au peuple ! »

M. SOREL

Merci, Madame la Maire. Comme vous devez le savoir, la rue Dénoyez, c’est fini en tout cas pour les artistes. C’était le 31 mars. La plupart des ateliers ont été murés, ont été fermés à clé et on ne peut s’empêcher d’avoir un petit goût amer parce que ça fait déjà un petit moment qu’il y a une mobilisation dans le quartier. Ça fait un petit moment qu’on en discute aussi au Conseil d’Arrondissement. Il y avait eu, je crois, fin 2013, le voeu déposé par Europe Ecologie les Verts par Fabienne GIBOUDEAUX, il y a eu notre voeu qui avait été déposé fin 2014 pour demander à ce qu’il y ait plus de concertations et pour qu’on tente de réfléchir à la possibilité de maintenir au rez-de-chaussée les artistes sur les nouveaux bâtiments. Aujourd’hui, on arrive à la fin ; c’est-à-dire que maintenant, les travaux vont bientôt commencer et on est dans une situation où un certain nombre d’artistes, de collectifs ont dû quitter leurs locaux sans avoir eu pour autant de proposition ferme, pour certains d’entre eux en tout cas. Ce qui est évidemment problématique quand on sait qu’il y a eu quand même une promesse de la Ville de permettre aux artistes d’avoir une proposition concrète, alternative, qui soit adaptée à leur situation, à proximité si possible, dans le patrimoine intercalaire ou à travers le dispositif Calas. Donc, on est dans une situation, on va dire, qui n’est pas très satisfaisante pour un certain nombre d’artistes et de collectifs d’artistes. Mais un petit rappel quand même puisque cette rue, la rue Dénoyez, c’est une rue qui est connue quand même dans tout Paris. Il y a eu pas mal d’histoires qui ont été racontées dans les médias, pas mal de regrets qui ont été exprimés sur ce que cette rue représente et un lieu alternatif comme il n’en reste plus dans le 20e maintenant, et quasiment plus à Paris, de création artistique, d’échanges entre habitants, commerçants, artistes où il y avait véritablement cette volonté de créer du lien social sur un quartier populaire, ce qui n’est pas rien et avec cette volonté de mêler expression artistique, activités pédagogiques, vie associative et animation de quartier. Je dis tout ça parce que c’est pour bien comprendre ce qui disparait aujourd’hui dans le Bas-Belleville. Évidemment, vous me direz et personne ne le conteste : « Il fallait une crèche, il faut des logements sociaux. » Et je pense que ni notre groupe ni les artistes n’ont contesté cette nécessité. Le problème, c’est d’avoir évidemment opposé les deux, de ne pas avoir suffisamment cherché à répondre à cette double nécessité, qu’il y ait à la fois ce lieu de création artistique, d’expression et ce lieu de lien social et en même temps la possibilité d’avoir cette offre justement petite enfance et logement social sur le quartier. Aujourd’hui, on en est où ? Je pense qu’on est dans une situation assez problématique sur plusieurs questions qui doivent être précisées et j’attends que Mme MAQUOI réponde à un certain nombre de questions précises. Premièrement, un certain nombre d’associations et de collectifs d’artistes n’ont pas aujourd’hui de proposition concrète adaptée à leur activité. Quand je dis « adapté à leur activité », c’est-à-dire avec un loyer prenant en compte le modèle économique très particulier de leur activité, d’une part, et un local adapté à leur activité, c’est-à-dire ouvert sur leur quartier puisque justement, leur activité nécessite qu’il y ait ce dialogue avec les habitants qui soit possible sur un quartier. Donc, il me semble qu’il faudrait que chacune des associations, chacun des collectifs d’artistes qui sont sur cette rue-là aient une réponse concrète. Il y en a un certain nombre dans la salle qui attendent des réponses. Il me semble que moi, je refuse de faire le tri entre ces associations et ces artistes. Il me semble aussi que la mairie devrait elle-même refuser de faire le tri entre ces associations et ces collectifs d’artistes. Donc ça, c’est une question très concrète : qu’allez-vous faire ? Deuxièmement, il y a le cas d’une association Traces qui est dans une situation un peu compliquée, d’ailleurs qui a refusé pour l’instant provisoirement de quitter les lieux parce qu’elle n’avait pas de lieu où entreposer les oeuvres, parce qu’ils étaient dans l’impossibilité de continuer leur activité avec les écoles du quartier s’ils devaient quitter leurs locaux comme cela était exigé. Donc, il y a une réponse précise, il me semble, qui est attendue sur ce point et sachant qu’effectivement, les écoles ont envoyé une lettre – alors, je ne sais pas si ça a été reçu – aux élus, à la mairie, à l’Exécutif pour les soutenir et qu’eux-mêmes ont envoyé un mail à un certain nombre d’élus pour expliquer leur situation. Donc ça, il me semble que ça demande une réponse. Et je terminerai, parce que mon voeu avait pour objectif aussi de se projeter un peu sur l’après, on ne peut pas simplement constater la disparition de ce lieu, rue Dénoyez. Il me semble qu’après la disparition de la miroiterie, après la fermeture de la cantine, il y a un vrai problème sur la question de la pérennité des lieux alternatifs sur le 20e qui ont quasiment tous disparu. Et donc, ce qu’on proposait aussi, c’étaient des états généraux avec l’ensemble des acteurs aujourd’hui concernés, que ce soit la miroiterie, que ce soit la cantine, que ce soit les artistes de la rue Dénoyez pour pouvoir remettre à plat toutes ces questions avec les collectifs, avec les habitants, avec les associations pour pouvoir réfléchir à la réémergence, à la pérennisation d’espaces urbains où la scène alternative associative et culturelle pourra de nouveau s’épanouir. J’espère que j’ai été clair. Et les artistes dans la salle, je pense, attendent un certain nombre de réponses concrètes pour que tout ça se passe dans les meilleures conditions. Merci.

Mme CALANDRA

Alors, M. BAUDRIER m’a demandé la parole puis M. MARTIN puis M. GRANIER. M. BAUDRIER.

M. BAUDRIER

Je vais répondre à ce voeu en tant qu’ex-adjoint à l’urbanisme qui a porté ce programme à l’époque en lien avec Mme CALVO qui était adjointe à la petite enfance. Je crois que nous avons passé de très nombreuses réunions de conseils de quartier où la question du manque de places en crèche dans le quartier Bas-Belleville a été posée à de multiples reprises par des parents demandeurs de places en crèches, catastrophés du fait de ne pas en avoir. Nous avons trouvé comme parcelle pour eux une crèche associative Le Ramponeau qui est ouverte, me semble-t-il. Et en tout cas, pour créer un équipement petite enfance de plus grande taille (50 berceaux comme celui de la rue Dénoyez), nous avons fait tout le tour du Bas-Belleville, mètre carré par mètre carré, parcelle par parcelle, fait faire des dizaines et des dizaines d’études, échanger lors des conseils de quartier avec la commission-cadre du conseil de quartier de Belleville… Je ne me rappelle plus le nombre de réunions qu’il y a eu. Et de fait, il n’y a pas d’autre parcelle simple pour créer une crèche municipale dans le quartier du Bas-Belleville où il y a un besoin avéré. D’ailleurs, j’ai eu l’occasion puisqu’il y avait une pétition qui était devant un des locaux d’artistes rue Dénoyez d’aller discuter avec une jeune artiste qui faisait la pétition et qui m’a suggéré aussi tout un tas d’adresses en disant : « Mais pourquoi vous ne l’avez pas fait à 70, rue de Tourtille ? Pourquoi pas 76, rue de Tourtille ? Pourquoi pas rue Ramponeau ? » À chaque fois, je lui fais la liste des réponses qui fait que c’était trop petit et ça ne marchait pas et qu’on avait essayé à toutes les adresses qu’elle avait regardées. Donc, ce n’est pas par choix de délibérer et par manque d’études parce que je crois qu’on n’aurait jamais regardé autant précisément à la loupe un quartier pour faire une crèche que le Bas-Belleville. C’est ce qui a débouché sur ce choix.

Mme CALANDRA

Je vous remercie. M. MARTIN.

M. MARTIN

Après l’exposé très exhaustif de M. SOREL, je ne vais pas le reprendre. Ce que je voudrais dire, c’est qu’on est évidemment dans une situation très compliquée parce que de fait, M. BAUDRIER a raison de rappeler que c’est un projet de longue haleine qui ne souffre d’aucune illégitimité, bien au contraire, qui est parfaitement légitime dans le cadre de la construction de logements et de crèches et que de ce fait-là, je sais aussi tous les efforts qui ont été faits pour essayer de localiser ça et que donc la question n’est pas exactement celle que l’on voudrait y voir un peu trop facilement. Cela étant, il est un fait, c’est qu’à ma connaissance, peu ou pas de ceux qui étaient dans la rue Dénoyez n’ont finalement trouvé possibilité effectivement de trouver un lieu qui correspond à la fois à leur capacité financière, à la fois aux activités qu’ils développent et qui sont parfois, je ne sais pas, bruyante, qui sont parfois, etc. Donc, l’équation est toujours compliquée à trouver, mais de fait, on est devant une situation où des associations pour lesquelles le travail en direction de la population était indéniable, est indéniable parce qu’ils continuent de le faire, qu’il y avait pour certaines – M. SOREL a eu raison de le rappeler – des conventions et des partenariats avec l’Éducation nationale, avec des centres sociaux, et qui sont particulièrement bien insérées dans le tissu du quartier où elles étaient implantées. Des associations dont le service rendu à la population faisait que pour certaines d’entre elles bien évidemment la Ville de Paris les subventionnait. Donc, il n’y a pas dans ce cadre-là de doute sur le fait que, si ces associations ne remplissent plus cette mission et les services pour lesquels nous les financions auprès de la population, c’est une perte pour le 20e arrondissement que de ne pouvoir compter sur elles. Et je dois le dire, pour en connaitre quelques-unes, à un moment où nous discutons les uns et les autres avec beaucoup de passion et aussi beaucoup d’inquiétudes sur le vivre ensemble dans nos quartiers, sur la manière dont on peut combattre un peu la segmentation sociale et faire en sorte que les gens qui habitent nos quartiers qui sont des quartiers populaires et qui sont aussi des quartiers avec des populations diverses, et c’est ça qui est intéressant dans le Bas-Belleville et ailleurs dans le 20e arrondissement, à ce moment-là, je pense qu’une bonne partie des associations qui étaient là faisaient pont entre les populations et que c’est quelque chose d’extrêmement important ; des moments riches que nous devons préserver dans le 20e, avoir un tissu associatif qui permet aux populations diverses de notre arrondissement de se parler, de retrouver dans des configurations et d’avoir accès à la création artistique dans des conditions de participation totale pour des populations qui sinon en seraient éloignées. Bref, je veux dire par là que ce qui moi m’inquiète, et c’est pourquoi notre groupe votera le voeu proposé par le parti de Gauche, non pas pour je ne sais quel procès d’intention, mais parce que nous vivons comme une perte la perspective que les associations qui travaillaient au service des habitants dans la rue Dénoyez – et qui pourraient très bien le faire ailleurs ; la question n’est pas là – et comme un danger le fait que ces associations ne puissent pas continuer de le faire ou que nous soyons dans l’incapacité de trouver d’autres associations pour réaliser le formidable travail qui est le leur et que l’on ne peut pas demander à n’importe quelle structure.

Mme CALANDRA

Je vous remercie. M. GRANIER.

M. GRANIER

Merci, Madame la Maire. Mes chers collègues. Si à un moment, des associations qui sont sujettes à des conventions d’occupations précaires voient leurs baux dénoncés, c’est inscrit dans les conventions d’occupations précaires. À ce titre-là, il n’y a peut-être pas de surprise. Je note – alors, je ne prends pas votre défense, Mme CALANDRA – quand même qu’il y a eu plusieurs propositions qui ont été faites en matière de relogement. Donc, si à un moment, il doit y avoir un arbitrage entre des ateliers d’artistes, aussi sympathiques soient-ils, et des places en crèche et des logements sociaux ou autres, effectivement, il y a des arbitrages qui doivent être rendus à un moment. Et je pense que le quartier en l’occurrence et Paris en général, et la mairie socialiste n’est pas à la hauteur, sur les places en crèche qui sont disponibles. C’est un premier pas. Ça se fait au détriment d’une démarche artistique. C’est dommage. Parfois, ça se fait au détriment de commerces, parfois ça se fait au détriment d’autre chose. En tout cas, nous ne voterons pas le voeu présenté par notre collègue, M. SOREL, et nous comprenons qu’il ait fallu faire un choix et qu’il ait fallu aussi proposer, même si ça n’a pas rencontré un écho favorable, des solutions de substitution aux artistes qui étaient présents rue Dénoyez. Nous ne voterons donc pas ce voeu. Merci.

Mme CALANDRA

Je vous remercie. Je demande aux groupes, là, à cette heure-ci d’être bref parce qu’il y a aussi le voeu OMS qui nous attend et plusieurs autres derrière. M. GLEIZES, brièvement.

M. GLEIZES

C’était surtout pour répondre à M. GRANIER. En 2001, lorsque Bertrand DELANOE a été élu, Christophe GIRARD, alors écologiste, a mené une politique culturelle très importante à destination de tous ces collectifs qui existaient et qui faisaient la richesse de Paris, notamment un des collectifs qui se retrouve aujourd’hui rue Dénoyez a eu plusieurs occupations ailleurs dans Paris, Alternation pour pas le citer puisqu’ils sont dans la salle, a occupé différents lieux. Le problème dans lequel on est aujourd’hui, c’est vrai que, par rapport aux conventions d’occupations précaires, c’est sûr qu’une fois que la précarité est terminée et qu’on installe un établissement public, en l’occurrence, une crèche, se pose la question de la succession. Sauf qu’aujourd’hui, Paris est en train de perdre ce qui faisait sa richesse, et donc, cette notion de culture alternative puisqu’il n’y a plus d’espace vis-à-vis de ces lieux. Quand en 2001, Bertrand DELANOE avait fait ça, on s’appuyait sur ce qui se faisait dans d’autres grandes villes européennes et qui existe encore comme des villes comme Berlin. Et aujourd’hui, Paris est en train de perdre cette place-là parce qu’à un moment, il faut des espaces de liberté qui permettent la création culturelle. Et c’est pour ça qu’on ne peut pas rester dans une impasse qui fait que petit à petit, tous ces espaces vont disparaitre et c’est pour ça que nous maintenons notre soutien à ce type de culture alternative.

Mme CALANDRA

Alors, Mme MAQUOI.

Mme MAQUOI

Merci, Madame la Maire. Je vais peut-être prendre quand même quelques minutes parce que le sujet le mérite. Effectivement, mardi, comme il était prévu, c’était le 31 mars, les conventions d’occupations précaires sur la rue Dénoyez sont tombées. Je voudrais d’abord remercier les collectifs qui ont joué le jeu, quelle qu’ait été leur situation, et qui ont rendu les clés. Pour répondre un peu – j’ai essayé de noter pour répondre – précisément à vos questions, M. SOREL, il n’y a pas eu de tri dans le traitement fait en amont des associations. Par contre, aujourd’hui, il y a une position très claire de la Ville, c’est : les associations qui ont effectivement joué le jeu, qui ont respecté cette relation de confiance entre la Ville et elle, quelle a été leur situation ? Et moi, je comprends que quand on a investi dans le quartier pendant de nombreuses années et qu’on y a mis toute son énergie, effectivement, c’était un moment qui était douloureux, c’est une perspective, quand on ne sait pas où aller, qui est compliquée et vraiment difficile. Et puis, effectivement, un des collectifs n’a pas rendu aujourd’hui les clés de son local. Il y a donc une procédure en référé avec une procédure d’expulsion puisque les travaux de sondage ont commencé dès le 1er avril et que ça a été toujours très clair : nous voulons que ces travaux se fassent rapidement parce qu’il faut que ces équipements publics sortent le plus vite possible. Donc oui, là aujourd’hui, dans notre dialogue avec les associations, il y aura un traitement différent. Pour ce qui concerne les trois collectifs puisqu’on parle de quatre en tout, donc les trois collectifs qui ont rendu les clés, deux ont accepté les propositions de la Ville. Celles-ci n’étaient pas forcément dans ce qui était leur projet de départ, mais il y a eu un compromis et une discussion parce que, comme le rappelait M. GLEIZES, on se retrouve aujourd’hui dans une situation tendue à Paris. On a fait le pari depuis des années maintenant de mettre à disposition ce qu’on appelle le domaine intercalaire, c’est-à-dire, des bâtiments, quand ils n’étaient pas potentiellement dangereux, et en attendant un projet de les mettre à disposition à des loyers complètement modérés. Même la rue Dénoyez dans ce cadre-là fait figure d’exception puisque c’était environ pour certains locaux 200 euros par an, ce qui n’existe plus du tout à Paris aujourd’hui puisque c’est même une figure d’exception dans le patrimoine intercalaire puisqu’on est plutôt à 3,60 euros du mètre carré. Aujourd’hui par ailleurs, par exemple, dans le 20e, il n’existe plus à part un, mais qui n’est pas disponible qui est aujourd’hui conventionné avec un collectif, de patrimoine intercalaire. Je sors même du quartier de Belleville. Ensuite, il y a ce qui est la Calas. Aujourd’hui, il y a 250 collectifs inscrits en Calas (collectifs et associations) parce que la Calas n’est pas utilisée que pour les associations à but culturel, elle est aussi utilisée par les associations à but social. Dans ces bâtiments-là, quand une direction de la Ville qui possède du patrimoine voit son patrimoine libéré, il remonte immédiatement l’information à la Calas. En fonction de ça, la Calass attribue sur des normes. Le plus souvent, ce qui remonte des directions, ce ne sont pas des locaux qui donnent sur la rue ou qui sont ERP. Dans les demandes qui étaient faites à la Calass, c’étaient des locaux qui nous étaient demandés pouvant accueillir du public puisque vous l’avez mentionné vous aussi, il y avait une volonté de travail et de lien social, et donc devant être ERP ou en tout cas au moins ayant suffisamment une vitrine sur la rue. La deuxième source pour alimenter la Calass, ce sont les bailleurs sociaux qui font aussi remonter des locaux disponibles avec un abattement de 30 % en plus quand on est en quartier populaire. Là aussi, dans ce qui est remonté, c’est la même problématique, on n’a pas forcément là-dessus des choses qui correspondent. La difficulté à laquelle on a été confronté pour faire des propositions, si je reprends votre terme, « dont le loyer prend en compte le modèle économique et leur activité », c’est-à-dire donc qu’il fallait dans ce qui nous était demandé une surface, un local ERP, avec une vitrine, avec un loyer très modéré. Oui – et là, je reprends les mots de M. MARTIN – « l’équation était compliquée » si en plus, et pourtant, on a élargi cette variable-là, c’était dans le quartier du Bas-Belleville. Je le dis aujourd’hui ici : ceux qui ont rendu les clés sont toujours inscrits en Calas. Et si par exemple il y a possibilité d’avoir autre chose, c’est-à-dire que moi, dans les projets que j’ai écouté, oui il y avait des choses de lien social et d’accueil du public, mais ça, on peut aussi le faire dans des lieux extérieurs, il y a des choses sur des activités de création et en tout cas, c’est aussi une volonté de Bruno JULLIARD, de multiplier les espaces de création. Par contre, il n’y aura jamais les conditions financières de la rue Dénoyez, il faut que les choses soient très clairement dites aujourd’hui. Il faut donc que la capacité financière augmente de manière assez sensible parce que vous voyez que de 200 euros par an, il va falloir augmenter, au minimum, multiplier par 10 voire un peu plus, pour arriver à rentrer dans cette nouvelle configuration. J’essaye d’être très pragmatique là-dessus. Je ne sais pas trop ce que vous appelez dans les lieux alternatifs à Paris parce qu’il y a des lieux, aujourd’hui, culturels qui se disent alternatifs et qui sont pourtant fortement conventionnés et soutenus par la Ville de Paris parce qu’il y a aussi un partage d’une politique culturelle. Je ne parle que de la politique culturelle. C’est une chose différente de s’inscrire dans ce cadre-là ou alors de vouloir, et moi je l’entends totalement, qu’on veuille à un moment donné mener une activité de création sans forcément partager les objectifs culturels, donc, s’inscrire dans une position de subvention par rapport à la Ville. Et ça, c’est quelque chose dont on n’oblige personne non plus à travailler avec nous. Donc, c’est pour ça que vous comprenez qu’il nous est impossible aujourd’hui de voter votre voeu et qu’effectivement, une page d’histoire – en tout cas, ça a été une histoire, la rue Dénoyez – effectivement, elle se tourne, mais je crois que comme les nombreux intervenants l’ont dit, c’était un projet qui date même d’avant la mandature d’avant et qui même depuis 2010, il me semble puisque moi, j’en avais rediscuté avec Ariane CALVO, a nécessité énormément de réunions, énormément de discussions, de concertations et je crois que le programme qu’on propose aujourd’hui, comment vous dire, si on avait pu faire autrement, on l’aurait fait ; ce n’était pas possible. Et donc, à un moment donné, faire de la politique, c’est faire des choix et je crois qu’on assume celui-là.

Mme CALANDRA

Je vous remercie. Je voudrais dire aussi, faire un peu d’histoire. Je rappelle les mobilisations anciennes à Belleville, notamment dans le cadre de la contestation des Zac des années 80-90 avec la Bellevilleuse dont la première présidente était présente dans la salle de réunion publique quand on a présenté le projet, il y a quelques mois, et qui a apporté son soutien à notre travail. Et je rappelle que nous avons toujours travaillé en transparence puisque nous avons pris des engagements politiques sur un programme commun d’ailleurs pendant la campagne des municipales de 2008 et de 2014 et que ce programme comportait, notamment, de travailler à résoudre les problèmes de nos populations les plus défavorisées en matière de petite enfance. Je rappelle que le quartier de Belleville, c’est plus de 35 % de familles monoparentales qui sont souvent des familles composées d’une femme seule avec un ou plusieurs enfants et souvent des femmes migrantes pauvres. Je rappelle aussi qu’il y a un problème, et nous nous sommes engagés fortement sur des programmes de logement social et de mixité sociale et qu’il y a entre autres un programme qui consiste, dans ce que nous avons choisi, à accueillir des femmes seules à la rue. Je rappelle également que nous avons concerté très longuement sur ces programmes, sur ces projets et que nous avons, comme l’a rappelé M. BAUDRIER, personnellement avec Ariane CALVO et Jacques, effectivement, recherché je ne sais combien de lieux d’implantation pour la crèche pendant six ans de mandature dans ce quartier. Et il a fallu d’ailleurs être très convaincant pour que la Ville accepte de construire la crèche parce qu’elle a un coût supérieur au coût moyen dans d’autres lieux puisque la rue Dénoyez est une rue très étroite et très compliquée. Je rappelle également que nous allons maintenir – alors, je rappelle pour ce qui est du soutien de la politique au graff – que dès 2008 avec M. BARGETON à l’époque adjoint à la culture du 20e arrondissement et cette politique a été largement poursuivie et étendue par Mme MAQUOI, nous avons pris la décision de demander aux services de la Ville de ne pas nettoyer les oeuvres qui étaient sur les murs de la rue Dénoyez, ce qui nous a valu de très nombreux courriers de protestation et d’engueulades de la part de nombreux habitants du 20e et d’ailleurs, protestant que ça salissait la rue, etc. Nous avons tenu bon malgré ces attaques. Nous avons même développé des parcours de murs de graff dans le 20e arrondissement. Nous avons obtenu de la RATP qu’elle confie le mur du dépôt de bus Plaine-Lagny pendant plusieurs années à des collectifs de graffeurs. Nous avons ouvert le mur du Square Karcher, les murs du Pavillon Carré de Baudouin, le mur à l’angle Pyrénées-Bagnolet, je crois que j’en oublie, Amandiers, etc. On en ouvre de toute façon, on en ouvrira encore plusieurs dans cette mandature. Je rappelle qu’à Saint-Blaise dans la nouvelle rue que nous avons ouverte, nous avons confié à des artistes très talentueux de réaliser l’un des plus grands murs de graff de Paris, etc. Nous avons d’ailleurs tourné des films, il y a des documentaires et des films. Nous avons réalisé plusieurs expositions au Pavillon Carré de Baudouin, soit sur les pochoirs avec Némo Ménager, les Moscovites, soit sur le graff avec Europa Graffiti par exemple. Donc, nous ne ménageons pas notre engagement dans ce domaine et nous allons évidemment conserver rue Dénoyez le mur libre de graff qui est en face de la crèche. Nous avons même demandé à l’architecte de la crèche de regarder, de travailler avec des collectifs d’artistes pour voir comment il pouvait maintenir une intervention du graff sur sa façade si c’est possible. Je sais qu’il est en train d’y travailler. Je rappelle qu’une ville, ça bouge, c’est mouvant, qu’on ne peut pas non plus toujours tout figer absolument. Et je rappelle surtout que, quand ces lieux ont été prêtés par la Ville de Paris, loués à des conditions qui sont quasiment de l’ordre du don pendant dix ans pour certains collectifs, il était très clairement établi dans la convention, c’était une convention d’occupation précaire puisque c’est même son intitulé, c’est notre majorité municipale qui a créé ces conventions, qui a imaginé ces outils. Et je rappelle, pour rassurer M. SOREL et M. MARTIN, qu’il y a d’autres lieux, il y a d’autres collectifs d’artistes dans le 20e que nous avons nous-mêmes installé comme Curry Vavart, par exemple, ou Art Azoï et nous nous battons régulièrement pour chercher des lieux qui sont dans le domaine intercalaire pour les confier à des collectifs d’artistes et que ces collectifs jouent le jeu ; c’est-à-dire que quand le projet que nous allons mettre en oeuvre va être construit, ils acceptent de déménager, de rendre les clés. Et la plupart du temps, nous parvenons à la réinstaller ailleurs. Mais bien entendu, la gratuité totale ou presque totale n’est pas possible parce que les choses ont un coût, y compris pour le contribuable, je le rappelle, que même si nous sommes engagés très fortement à faire en sorte que Paris conserve sa qualité de capitale de création culturelle, nous sommes obligés aussi de faire des compromis pour permettre à ce que Paris ne perde pas ses populations les plus pauvres, donc que nous construisons du logement social. Nous faisons en sorte que Paris ne devienne pas une ville de célibataire sans enfant. Donc, nous construisons également des équipements petite enfance. Nous essayons de faire une ville avec des mixités d’usage. L’art, c’est important ; c’est l’un des usages. Ce n’est pas le seul. Et je rappelle qu’à certains, parce que j’ai vu des déclarations qui me paraissaient très approximatives pour ne pas dire injustes, je rappelle que je n’ai pas été la dernière à prendre des risques, y compris en termes électoraux pour notamment défendre la culture du graff dans le 20e arrondissement. Et croyez bien que ça n’a pas toujours été facile dans certaines réunions publiques. Et à ce moment-là, il y a beaucoup de gens qui sont dans cette salle aujourd’hui, mais qui n’étaient pas dans ces réunions publiques pour défendre le graff à mes côtés. Oui, M. SOREL. Alors, très rapidement puisque vous avez été extrêmement long, s’il vous plait.

M. SOREL

Alors, on va être rapide. Juste quand même sur une chose. Quand on est effectivement dans un Exécutif municipal, on ne peut pas simplement dire : « Une page se tourne sur la rue Dénoyez » et se contenter justement de regretter. Je crois qu’à un moment donné, si on veut redonner du sens à la politique, il faut aussi être en mesure de démontrer, quand on est aux responsabilités, qu’on a les moyens de peser dans les décisions concrètes. Et là, il y a un problème très concret qui se pose rue Dénoyez. Il y a des artistes qui attendent des réponses. J’ai bien compris la réponse qui a été donnée, c’est-à-dire, qu’en fait, il y a un tri qui sera fait : ceux qui jouent le jeu et ceux qui ne jouent pas le jeu. Je trouve que cette réponse est très problématique parce que si cette réponse amène la disparition de certaines associations, alors qu’on est dans une situation déjà où il y a une véritable saignée des associations sur la culture, mais aussi sur autre chose, là ça risque de poser problème. Donc, je pense qu’il faut quand même avoir une réponse. Je comprends qu’il y ait des tensions, je comprends qu’il y ait des désaccords, mais il me semble que quand on est en responsabilité, il faut pouvoir prendre un peu de recul et se dire : « OK, il y a des désaccords, mais il y a des associations qui jouent un rôle, qui interviennent dans des écoles et qui doivent pouvoir continuer leur activité » et trouver une solution très provisoire pour qu’elles stockent par exemple leur production. Ça, c’est aussi la mairie qui peut proposer.

Mme CALANDRA

M. SOREL, on a fait ces propositions. Laissez…

M. SOREL

Je termine…

Mme CALANDRA

Concluez, s’il vous plait.

M. SOREL

Je termine sur une chose quand même. Le street art, je ne suis pas d’accord avec cette approche patrimoniale qui semble être prise par la Mairie. On n’aligne pas les graffs sur un mur comme on aligne des tableaux dans la grande galerie du Louvre. Ce n’est pas ma conception du street art, désolé. Le street art, ce sont des artistes, c’est un rapport particulier avec les habitants, c’est l’expression d’une ville et ça s’exprime dans des friches urbaines et cette conception-là me semble problématique. Maintenant, je pense que malheureusement, il y a un désaccord, mais au moins, il faut qu’on trouve les moyens de continuer à travailler ensemble notamment sur les questions de la Miroiterie, par exemple, où il y a eu un voeu qui a été voté à la majorité et sur la question de l’accompagnement très concret des associations qui vont être mises en difficulté et que la Mairie du 20e, au moins sur cette question-là, s’engage à ce que ce qui se passe rue Dénoyez ne se solde pas par la disparition, c’est de cela dont on est en train de parler, de certains collectifs et associations. Et c’est sur ça, je pense, et c’est pour ça que j’ai repris la parole. Désolé d’avoir été un peu long. Merci.

Mme MAQUOI

Très court. Le local de stockage a été proposé. En attendant, il a été refusé. Donc, à un moment donné, il y a eu aussi une série de propositions qui pouvaient être intéressantes. Je veux bien. Moi, j’ai l’habitude, M. SOREL, d’assumer les choses et même quand je suis dans un exécutif et de ne pas être forcément et de redonner du sens à la politique, mais il y a un moment donné, quand ce n’est pas possible ou quand c’est refusé, je ne sais pas ce qu’on peut faire. Deuxième chose, on aura le débat une autre fois, ce sera intéressant. C’est dommage que vous pensiez que ce qu’on fait au niveau de notre politique de graff, ce soit une politique patrimoniale parce que c’est absolument faux et que ce qui se passe, et je vous inviterai la prochaine fois qu’il y a des murs qui sont réalisés dans l’espace public, et il n’y a pas que sur le graff qu’on mène une politique d’art dans l’espace public justement, de médiation, je pense qu’il faudrait vous intéresser un peu aux projets aussi des associations, des collectifs, des artistes. Alors, certes, peut-être qu’ils ne viennent pas vous écrire tous les quatre matins. C’est peut-être pour ça. Mais de leur conception de l’art dans la ville et de la manière dont oui, on essaye de faire une forme de paradoxe, c’est-à-dire que le graff, aujourd’hui, est illégal, on ouvre – on prend un risque comme l’a dit, Madame la Maire – des espaces pour aussi qu’ils puissent pratiquer sans avoir de risque et en même temps, dans cette forme de paradoxe, on leur laisse aussi la liberté de ce qu’ils amènent. Et je trouve que votre intervention là-dessus, pour tous ceux qui ont travaillé ces dernières années dans le 20e, était très méprisante.

Mme CALANDRA

Je renchérirai en disant qu’il est complètement contradictoire de dire : « Vous avez une approche patrimoniale et surtout, il ne faut pas toucher aux murs de graff » parce que je rappelle que le graff, à l’origine, ce sont des murs éphémères dans des friches industrielles appelées à être détruites. Et le graff, par nature et par essence, et historiquement est mouvant. Le graff se déplace, les artistes graffeurs se déplacent dans la ville parce que la ville bouge et donc, c’est une méconnaissance, pour moi, historique de ce qu’est le graff. On ne va pas développer une trop longue exégèse de cette question, ce soir, puisqu’on a d’autres sujets à aborder. Je voudrais aussi rappeler juste une chose. Dans un État de droit quand il y a des règles, ce ne sont pas des règles du jeu – moi, je ne joue pas ; je n’ai pas le temps et Mme MAQUOI non plus. On a beaucoup d’autres sujets à traiter et beaucoup d’autres gens à prendre en considération – et des contrats d’engagement, à quoi sert-il d’établir des contrats si on traite in fine de la même façon les gens qui les respectent et les gens qui ne les respectent pas ? Dans le droit, ça a un sens, le droit. La règle, ça a un sens précisément. S’il y a des gens qui prennent des engagements et qui respectent leurs engagements et d’autres qui les prennent et ne les respectent jamais, alors à qui peut-on se fier ? Comment est-ce qu’on fait la différence ? Ce n’est pas un tri qu’on fait ! Ce n’est pas un tri. Des gens se sont triés eux-mêmes dans cette affaire, excusez-moi. Et dire que la Mairie du 20e n’a pas accompagné, on a consacré un temps, des réunions – excusez-moi – parfaitement disproportionnées si vous considérez le nombre de personnes impliquées par rapport à d’autres sujets dans le 20e qui impliquent beaucoup plus de monde. Et notamment, une crèche de 50 berceaux, je peux vous dire que ça implique beaucoup plus de gens dans le temps que la question qui nous occupe ce soir. À un moment donné, il faut savoir raison garder. Nous, nous avons été élus par des habitants sur un programme clair et je vous le rappelle avec des engagements assez clairs. Alors oui, la production artistique culturelle en faisait partie, mais excusez-moi, il y a eu dix ans pour la plupart de ces collectifs, dix ans d’investissement de la Ville dans des loyers, dans des choses quasiment gratuites ! Dix ans, ce n’est pas rien ! C’est colossal ! Moi, je me serais attendue à des remerciements, pas pour moi, mais pour la Ville de Paris au moins. Pour ses élus. Quand même ! Au lieu de ça, qu’est-ce qu’on lit dans les journaux ? C’est quand même inqualifiable, excusez-moi, ça m’indigne ! Derrière nous, M. SOREL, je vous le rappelle, derrière vous,comme moi, il y a des habitants, il y a des contribuables. Il faut les respecter aussi. Ils sont respectables. Donc, moi je vous rappelle que nous avons maintenant, il me semble, consacré un long débat à ce sujet et oui, nous prenons nos responsabilités, comme l’a dit, Mme MAQUOI. Nous sommes des élus de la République française et dans la République française, quand on signe des contrats d’engagement, on doit les respecter. Parce que si on rompt le contrat, en droit, ça a des conséquences. Absolument.

Après consultation des membres, le vœu est repoussé

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s