Nous et l’histoire (suite)

Vraiment la seule chose sûre est notre ignorance. C’est aussi la cause de la dépression collective.
Nous avons peu d’idées (ou très grossières et très fausses), de la façon dont les gens nos ancêtres ont vécu d’une vie de l’esprit intense.
Nous détestons Napoléon, dont l’ivrognerie militaire a causé deux siècles de destruction en Europe. Ou pire, pour certain, nous l’aimons. Mais ce qui est fascinant nous échappe.

Une petite plongée dans Musset ou Stendhal ces jours dernier, et ce sont tous les rêves de générations de jeunes hommes qui surgissent, Semblables à nous au fond, en plus lyriques que nous n’étions ou que nous sommes.

Des jeunes paysans, des palefreniers, des garçons de taverne, renversaient derrière lui les rois et surtout les vieilles aristocraties inutiles, les vieilles hiérarchies.

Portés par un souffle de liberté et d’héroïsme, ils devenaient généraux ou maréchaux. Aucune limite n’était plus mis à leur imagination. Il y a eu une sorte d’élan nouveau qui s’est refermé par la suite. Un peu comme notre époque est devenu un deuil, une punition macabre et commerciale de l’élan libertaire des années 70.

Notre ignorance crasse de l’histoire, limitée à l’ennui des programmes scolaires, a la repentance, est incapable de distinguer dans la masse informé du « passé », la matière bruissante des aventures de l’esprit, qui vont d’enthousiasme en répression, d’obscurité s’en Renaissance.

Je tombe sur un vieux livre d’histoire de la littérature qui détaillé toutes les révolutions de la pensée, toutes les Renaissances. Au rythme d’une tous les deux siècles, depuis que les gaulois se sont saisis de la langue latine. On a créé en latin, des œuvres majeures plus de mil ans après la chute de Rome nous dit l’auteur.

La politique meurt à notre époque d’avoir cannibalisé toute vie de l’esprit. Pris le contrôle de toute spontanéité. On les verra sûrement ce soir toucher le fond. N’ayant pour seule pensée que le FN est le mal, nous sommes le bien. Les uns accrochés à ce qui disparaît du XXe siècles, les autres acharnés à le détruire. Chacun crispé surtout au fond sur sa carrière, la peur au ventre d’un mot immaitrisé, qui le transformerait en proie de ses amis rivaux.

Nos politiciens sont pourtant des corps collectifs presqu’aussi morts que l’étaient au XVIIIe les aristocraties finissantes. On sait d’après Châteaubriant que celles-ci ont trois âges. Celle des supériorités, celle des privilèges et celles des vanités. Les rejetons des Lumières en sont là. Et le FN leur offre le dernier frisson héroïque, celui de se la jouer du fond des restaurants du 7e arrondissement « remparts contre la bête immonde » à coup de « plus jamais ça » poussifs de fils de pub.

Si les nouvelles gloires veulent se forger, elles auront probablement à dégager cette farce. Mais cela ne serait rien si c’est pour leur ressembler. D’où le désespoir actuel qui remplace le médiocre remplacé par le médiocre dans la crainte du pire.

Il faudra réinventer une autre manière d’être héroïque à soi-même, une manière qui dépasse les approbations et s’indiffère des fruits.

Il faudra s’attaquer non seulement à la misère des liens humains, à la crise écologique, à la misère tout court qui réapparaît. Mais d’abord à l’incroyable pauvreté humaine dans laquelle nous baignons individuellement. C’est à dire d’abord à réinventer une vie de l’esprit partagee.

Mais bien sur, cela peu attendre une génération ou deux. Le monde peut aussi se passer de nous…

David Langlois-Mallet

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