Deuils mécaniques

Cela m’amuse beaucoup de voir comment certains blogueurs s’inventent tout un malheur personnel d’un accident d’hélicoptère…

Un peu comme s’ils espéraient secrètement ressusciter le deuil collectif de Charlie et que nous serions des cohortes innombrables de processionnaires pour aller pleurer les jeux du cirque de la téléréalité quand ceux-ci tournent mal.

Le besoin de vivre quelque chose ensemble, dans une France d’individualistes émiettés est immense !

Et nos technocrates de com’ au pouvoir qui, ont fait découvrir au président Hollande l’an dernier sur le sable des plages normandes que les commémorations pouvaient donner le change à son vide politique et les grands mots sur le passé remplacer utilement le gouvernement du présent, sont à l’affût; prêts à souffler sur la moindre étincelle. « C’est toute la France qui est en deuil » a twitté, sans rire, le pyromane Valls, avec son style pompier. Comme, TF1 déjà, disait « La France a peur », avant le temps des Minitel.

Bien sur, on peut dans le Parisien, lire au café du coin l’interview du père d’un jeune homme et partager une pensée pour cette famille déjà endeuillée il y a deux mois. Mais il vaut mieux alors lire les pages toniques du prochain livre de Florence Arthaud sur la mort et partager sa philosophie, hardie et stoïque.

Et puis, si l’on veut vraiment s’attrister avec des Faits Divers – si ce qui menace collectivement le monde ne suffit pas- autant aller vers ceux qui portent un signal d’alerte plus général.

ll y a, toujours dans le Parisien, de quoi s’endeuiller des derniers instants d’une petite fille, qui avait l’air si heureuse de vivre et épanouie, embarquée dans un road-movie par une mère en démence et finalement tuée par elle à la carabine. Une mère célibataire (après une dispute avec son amante et visiblement beaucoup d’échec amoureux). Le père n’est même pas démissionnaire, la petite était en garde alternée. Sorte de crimes qui semblaient liés il y a peu à la violence des mâles.

Anecdote, fait divers à l’échelle de notre expérience

Je me souviens un jour, comme je cherchais une collocation, qu’une ravissante maman célibataire, de l’autre côté d’une annonce, m’avait ouvert sa porte. Elégante, travaillant dans la culture, elle vivait dans un appart très agréable qu’elle m’offrait de partager. J’étais presque à accepter en remerciant la chance, quand tout à trac, sans réelle raison qu’une certaine nervosité perceptible, elle a giflé sa petite fille qui avait l’air adorable. Glacé. Je me suis retiré en me disant une fois de plus, que les urbains étaient décidément en crise affective.

A la différence des accidents mécaniques, des actes qui atteignent l’enfance, devraient être perçus comme des signaux d’alerte collectifs et enclencher des réflexions plus utiles sur l’isolement et la précarité affective. Enfin tout ce qui n’est pas dit sur une société où toutes les angoisses sont individualisées et où en fait de liberté, « de droits », les individus portent surtout trop lourd.

Nous n’avons jamais eu tant de raisons de faire ensemble et nous avons si peu d’occasion de nous retrouver aujourd’hui. N’avons nous vraiment que le foot et les deuils mécaniques ?

David Langlois-Mallet​

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