Les vaches sacrées

Faites le test ! Vous pouvez tout dire sur votre page à propos des hommes. Plus la critique est générale, incisive ou violente et plus vous aurez d’approbation. C’est open bar. Ne vous risquez pas à faire de même avec les femmes. Là, l’égalité est morte. C’est le pilori assuré pour l’auteur.

Encore ma critique était-elle assez tendre (ce qui n’exclue pas le piment), puisqu’elle revêtait en le sens de l’hommage. Il s’agissait de dire depuis que les femmes sont devenues des hommes comme les autres, la solitude est devenue générale. Qu’elles ont rattrapé les hommes en égoïsme, ce qui est peut-être une étape légitime d’un rééquilibrage historiques (alors nous sommes arrivés un peu tôt), mais qu’en attendant, le résultat actuel me semblait à somme nulle pour les deux sexes. Même si bien sur, on se crée tous des oasis, dans l’amitié amoureuse ou autre.

Ce qui revient à suggérer (ou à affirmer) que les femmes, filles et femelles de tous âges ont en général, une idée plus claire de ce qu’il y a de beau à partager que les mâles. Que nous aurions peut-être gagné, les uns et les autres, à ce que la culture masculine évolue dans le sens de l’attention à l’autre, plutôt que de voir les femmes régresser vers leur nombril.

Devant la longue plainte qui monte du monde féminin (même derrière ses cris de d’auto-satisfaction un peu forcés), on peut déduire que le genre masculin à des progrès à faire, comme amant ou compagnon. Mais aussi que les femmes nous donnent de moins en moins envie d’en faire. Et que les bonheurs à deux constituent plutôt des temps d’exception dans les vies et les couples durables des microclimats affectifs ou des curiosités entomologiques.

J’ajoute à mon attentat contre la Déesse Mère (parfaitement assumé) d’avoir risqué l’idée que peut-être, la dite libération sexuelle des femmes, avait surtout été conduite comme un alignement sur la sexualité masculine (plus quantitative que qualitative, plus performative que sensuelle, plus égoïste qu’en lien).

Crier « liberté » à vingt ans quand on cherche à se dégager de sa famille, c’est logique. Crier « liberté » à quarante, c’est enfoncer tellement fort une porte grande ouverte, que j’entends surtout « solitude affective ».

En clair qu’il n’était pas évident que les femmes « libérées » aient trouvé à étancher leur soif de jouissance absolue et de communion érotique, mais qu’il était certain que les hommes avaient réalisé le grand fantasme (assumé par de rares et courageux Casanova ou Don Juan, fantasmé ou refoulé par les autres) : avoir un océan de femmes disponibles, pouvoir les baiser toutes.

De tout temps, la sexualité des hommes avait inventé des formes pour contourner l’érotisme sophistiqué des femmes (« elles sont chiantes, il faut parler… »), un érotisme risqué (peur de l’enfant, de l’engagement, du lien affectif tout simplement). Les hommes avaient ainsi mis des esclaves, du sexe de supermarché, avec la prostitution, ce qui ne correspond à rien dans l’érotisme féminin, aujourd’hui d’un simple clic, comme on commande une pizza, ce sont les femmes qui viennent demander, puisque le marchand leur a vendu l’idée que c’est elles qui choisissent.

L’époque a mis la satisfaction sexuelle à la portée de tous, mais le bonheur affectif, reste bien une autre histoire.

J’ai un peu eu l’impression que beaucoup d’urbaines passent dix ou quinze ans à essayer de créer de liens avec des hommes pressés, distraits ou sur-excités alternativement. Avant qu’elles ne soient contraintes par leur horloge biologique à des choix précipités et souvent à une deuxième partie de vie menée sous le signe d’une solitude pas forcément choisie si j’ai bien écouté leurs confidences de celles-ci et de celles-là.

Que le jeu masculin restait de s’amuser avec les femmes longtemps, puis faire une fin, avec toujours une deuxième (troisième ou quatrième) vie à la clef. Pas sur que l’inverse soit vrai une fois que la femme a perdu son pouvoir de fascination. Le « c’est pareil » reste un leurre.

J’ai aussi l’impression qu’il faut pas mal d’années et les hasards de l’attachement, pour qu’un homme pense sa relation aux femmes autrement que comme un soulagement ou une conquête, comme un bonheur plus large, affectif, à contre-courant de son éducation virile. L’amour reste pour l’homme une rééducation je crois, mais ses professeures de coeur immémorielles ont désappris leur propre langue. Leur boîte de préservatifs très entamé ou le sex-toy patiné, affichant qu’elles se délectent, mais curieusement sans cesser d’être insatisfaites.

Je peux me tromper bien sur, puisque j’en parle, mais c’est mon impression.

Est-ce parce que les femmes étaient dominées qu’elles ont développé un art de la relation supérieur (en clair, elles se conduiraient aussi mal que les hommes si elles dominaient) ? Est-ce parce qu’elles s’occupaient des enfants qu’il y avait un soucis de l’autre plus poussé, un sens de l’échange et de l’écoute

On ne peut débattre de différence entre les sexes, puisque cela vous aliène les féministes et leur credo : « Mais les hommes et les femmes, c’est pareil ! Théorie du genre ou tais-toi ! Masculiniste ! Rejoins les hommes perché sur les grues. » (c’était une vieille copine et ses renforts, ces jours-ci sur Facebook).

Car nous sommes dans un pays très manichéen. Critiquez des totems féministes, vous êtes masculiniste. Dites que les questions en 2014 se se posent pas dans les termes des années 70, vous ne pouvez qu’être pour un retour au patriarcat. Car il n’y a jamais rien à inventer pour les cerveaux paresseux des idéologues, que la lutte du bien contre le mal, les privilèges ou la guillotine, du passé contre le passé antérieur. Un no futur à la française.

Cette approche militante du monde marche tellement bien. Qu’on observe que dans les partis, les hommes ont créé des commissions « femmes », chargé de la garde des totems. Mais que l’égalité des salaires par exemple ou la parité des postes n’est pas à l’ordre du jour des débats.

Dans le même registre d’idées, ne vous risquez pas à dire que crier « droit à l’avortement », « droit à l’avortement » ne fait plus sens. On vous accuserait d’être pour son interdiction.
Alors qu’il s’agit d’abord de se demander, dans une société de liberté individuelle et de consommation de tout, même du vivant, de répondre à la soif de sens et à trouver la place du choix et de la libertés individuelles qui prisent isolément débouchent sur ce grand supermarché vide des existences toutes semblables et désenchantées, comme à la place d’autrui dans la sienne. Car j’ai un peu l’impression que l’individualisme débouche sur des vies devenues étanches les unes aux autres.

Qu’il y a urgence à réactiver ces réflexions car en effet, nous sommes à un moment ou ce manichéisme politique est en train de susciter son mouvement de balancier. On va ainsi vers des politiques autoritaires et rétrogrades, nationalistes ou religieuses, contre laquelle il faudra pas mal de souffrances pour sortir. Tout cela parce que l’on aura nié à un moment la valeur de la vie ou l’utilité du cadre de la nation.

Voilà pourquoi, n’ayant aucune illusion sur le grand prêtre, je continuerai à ne pas davantage aller chercher mes bons de sortie chez la Mère supérieure, par ailleurs bien occupé à faire fumer l’encens autour de ses vieux totems de l’avortement ou de la pilule.

Je crois que nous sommes une génération d’hommes élevés par de femmes (3 en ce qui me concerne), biberonné au féminisme depuis le berceau, autant qu’ayant pu constater à l’âge adulte de la faillite des vieux mâles et de leur système de domination. Sans aucune illusion sur la dureté et la bêtise d’un monde conçu par des hommes, où les violeurs et les violents sont des hommes, mais ne forment pas dans nos contrées la majorité de l’espèce. Sans solidarité avec les hommes qui s’en réclament, ni avec celles en font parfois le prétexte d’une autre forme de bêtise ou de méchanceté dont pleurent les enfants.
L’heure est simplement venue de faire le tri je crois sur ce que nous transmettrons à nos filles et à nos fils et de ce qu’il nous reste à partager d’intéressant avec les femmes.

Amicalement ou Ami excitant comme vous voudrez !

David Langlois-Mallet

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