Pétition : Droit de table, droit de cantine pour tous !

    « Nous demandons aux conseillers de Paris de se prononcer en faveur de l’ouverture avant l’hiver de cantines solidaires en libre accès à tous, au prix de la restauration collective dans tous les arrondissements . »

Pétition à signer ici : https://www.change.org/p/conseillers-de-paris-respect-du-droit-de-cantine-avant-l-hiver#

Signature :
(Votre signature engage le seul paragraphe ci-dessus. Mais je propose ci-dessous les réflexions qui sont les miennes. Elles ne préjugent pas des vôtres.)

Résumé. La Cantine des Pyrénées a été expulsée. Elle devait son succès à l’innovation qu’elle apporte à un besoin citoyen. Celui du partage convivial du repas à coût soutenable (4€) pour tous. Une nécessité pour tous ceux qui sont exclus du CDI et des tickets restaurants. Parce que le repas pris ensemble est une des conditions de notre humanité. Précisions.

Droit de table, droit de cantine pour tous

Le repas pris ensemble est une des conditions de notre humanité. Le droit de table est donc un fondement anthropologique de notre espèce humaine, doit compter dans un socle de besoins fondamentaux et donc des droits (avec les droits politiques, la liberté d’expression, le toit pour vivre, la base santé, la liberté, la sécurité, le mobilité…) du plancher en dessous duquel on n’a pas le droit de faire descendre les humains sans déshumaniser tout le corps social, mettre la société tout entière en danger.

Nous, oeuvrières, étudiants, créatifs précaires, porteurs de projets, retraitées, chômeurs,  artisanes, actifs peu rémunérés, artistes, bénévoles, CCD, associatives, précaires, petits commerçants, intermittentes, stagiaires, auto-entrepreneuses, indépendants sur la corde raide, parents isolés ou soutiens de famille, contrats aidés and co etc… « Non-CDI ». Citoyen-es hors du plein emploi, nous sommes un phénomène de société durable. Il nous faut donc, nous aussi, des conditions de vie et d’activité adaptées.

Derrière la diversité des étiquettes, nous sommes nombreux à partager une même expérience :

Nous vivons sur une économie fragile et nous sommes mis en difficulté par le fait que la plupart des solutions collectives existantes sont arrimées au statut de salarié.

  • C’est le cas par exemple du logement (qui reste la porte d’accès à une vie de famille par exemple).
  • C’est vrai à midi, les « non-CDI » ne peuvent pas s’appuyer ni sur la restauration collective, ni sur des tickets restaurants.

Le fait d’être ainsi privés de ce qui relève des droits collectifs normaux transforme nos vies en combat individuel qui relève de plus en plus de la course d’obstacles.

Ce statut, nous ne l’atteindrons pas, du fait des secteurs d’activité où nous sommes (culture, associations, vie intellectuelle…) et des projets que nous portons, comme du fait de sa simple raréfaction dans une économie largement dématérialisée où il tend à devenir de plus en plus l’exception (même dans des secteurs comme le social ou l’éducation).

… Une double peine inutile

Notre vie économique déjà difficile voisine souvent avec des investissements et des responsabilités dans des urgences peu ou non rémunérées (projets humains, culturels, citoyens…. par exemple). Nos projets et nos vies sont de fait poussés à individualisation, tant par la demande du marché que des institutions, que par la raréfaction des espaces et situations collectives. L’individualisme n’est pas forcément un problème, il peut même s’apparenter à une solution innovante à condition de ne pas se déshumaniser et de réinventer des formes de liens, de solidarités, de mode de consommation sur cette base (pensons par exemple au développement du « Co »… co-voiturage, des Amap, des collocations etc. qui ont toutes en commun de lier convivialité et solutions pratiques).

L’isolement est un fait, dans tous les milieux

Cette solitude urbaine touche tous les milieux et échappe totalement à l’approche administrative de la solidarité qui est celle des institutions et des politiques. Parce que ces dernières ont une approche déshumanisée et caricaturale de « leurs publics », mais surtout parce qu’elles ne répondent pas à des besoins humains de base, liens, échanges, convivialité, qui quand elles ont été pensées reposaient alors sur d’autres formes d’organisation sociale (famille, village, parti, syndicat, religion… aujourd’hui plus ou moins délaissés).

Une crise culturelle

C’est donc aussi en terme de vie culturelle qu’il faut répondre à la crise du lien, cet émiettement de masse des individus. Là encore, la conception glacée et institutionnelle de la culture ne répond pas non plus à ces besoins, qui de fait n’attire dans ses institutions qu’un public monochrome, stéréotypé et vieillit, évalué à 10% à peine des citoyens. Pas plus que le seul marché, les institutions ne savent produire que de la com’ de l’animation et des besoins, mais ni de la joie, ni de l’humanité, ni de sens, renvoyant dos à dos une droite productiviste ou néolibérale et une gauche institutionnelle (vieille et jeune mêlée).

Notre précarisation inutile est aussi préjudiciable, car elle se fait au détriment de notre santé mais aussi de ce que nous voulons apporter aux autres, dans une société en pleine crise et qui a donc plus qu’à une autre époque besoin d’échange, de lien, de solidarité, de culture, de nouvelles représentations pour ne pas sombrer.

Le succès d’un lieu comme La Cantine des Pyrénées

Vient de ce qu’elle répondait à ces différents besoins de proximité, dans le mélange des milieux sociaux (la charité religieuse, la solidarité sociale, le bol de soupe tendu dans le froid, ou du colis emporté pour nourrir la famille est nécessaire à la survie) mais ne répond pas à l’autre besoin de partage et de convivialité… Ce besoin fondamental de faire sens avec les gens de son quartier, sous peine de voir une société se déshumaniser, dans l’indifférence et la violence, les replis identitaires…

La restauration collective, une responsabilité écologique

L’initiative citoyenne répond ici à une responsabilisation écologique qui devrait incomber aux institutions si nos élus étaient responsables ou un peu écologistes (ah bon ? Il y a des élus écolos ? Non, sérieux ?) Dans un contexte d’épuisement des ressources et de raréfaction des énergie, les territoires qui ont renoncé à leur autonomie alimentaire vont devenir très vulnérables. C’est le cas en particulier du Grand Paris où le ravitaillement 12 millions de personnes dépend essentiellement des importations puisque l’agriculture d’Ile de France a, à tord, été spécialisée dans la monoculture céréalière ou remplacée par des zones industrialisées à perte de vue.

Des chercheurs tirent déjà la sonnette d’alarme sur la dépendance totale de notre approvisionnement alimentaire au pétrole et des institutions conseillent aux territoires de préparer leur résilience. La restauration collective est une de leurs recommandations. A Paris on s’interroge. Le rôle du politique est-il de casser les dynamiques d’adaptation ou de réponse à la crise ?

L’initiative citoyenne relève des capacités de résilience d’un territoire.

La preuve par l’expérience

Ces phénomènes urbains massifs décrits ci-dessus, ont rencontré l’expérimentation citoyenne du Collectif La Cantine des Pyrénées (Paris XXe) répondait à ces besoins et servait le repas pour tous sans distinction à 4 euros à midi.  La Ville de Paris l’a fait expulser (honteusement). Par son succès, sa convivialité et son brassage des milieux sociaux cette initiative avait mis en lumière la nécessité vitale pour les habitants des quartiers d’une mise en oeuvre du droit de table et du droit de cantine qui l’accompagne.

Oeuvre collective, la Cantine est une mission d’initiative citoyenne mais d’intérêt public. Les Cantinières et les Cantiniers ont démontré sa faisabilité solidaire, bénévole, associative sans peser sur un financement public, sans noyer le poisson sous des études de faisabilité plus ou moins dirigées, sans dépendre de pressions ou de connivences partisanes*.

Crise économique ou crise du partage ?

La crise que nous traversons relève de tout les aspects nous l’avons vu.

  • Crise économique, ou plutôt une crise du partage puisque la France n’a jamais au cours de son histoire produit autant de richesses et autant de précarité en même temps. Mais on sait aussi qu’aujourd’hui l’explosion de la richesse échappe aux anciens cadres nationaux et n’a pas été mis en place au niveau européen. La mondialisation a créé, en surplomb des états de droit, une société d’hyper-riches (certains le sont plus que des états et me disait un ancien premier ministre, disposent de leur propre force armée….), échappant à l’impôt, reconstituant une aristocratie si puissante que la question de la démocratie peut de nouveau être posée dans termes anté-féodaux ceux des invasions barbares. Leur péril n’étant pas où l’on nous dit, chez les malheureux pionniers africains qui traversent les océans où y meurent.
  • Une crise écologique, à cette fracture démocratique ouverte par la richesse s’ajoutant la violente prédation subie par les territoires locaux (à Paris le tourisme intensif plutôt que soutenable et la spéculation immobilière).  Celle qui met en péril le vivant même, sous la triple pression sur la Planète bleue d’une population dirigée vers la consommation, de l’hyper-consommation des plus riches et de l’extraction des richesses au détriment même de nos propres descendants mêmes.

Ces crises, défaillance du système politique ?

Alors oui, le fait que ces initiatives utiles relevant de la pédagogie du partage, du désir de survie et de lien des habitants soit détruite par le politique pose question.

Le rôle de nos élus n’est-il pas de nous défendre ? Et à défaut de se montrer capable d’initiative de ne pas entraver celles qui sont à l’initiative des habitants eux-mêmes ? (cet évènement tombant dans le contexte d’une consultation à un « budget participatif » de la nouvelle maire, plus ou moins cocasse et décalé).

Cela renforce la critique d’institutions, comme de politiques autistes sur tout ce qui touche  aux initiatives de la société pour faire face à ses difficultés, ayant le soucis de leur propre protection plutôt que du service public. Et donne spectacle de cette violente mollesse bureaucratique, ne retrouvant de l’énergie que lorsqu’il s’agit de faire expulser les initiatives de solidarité.

On peine à comprendre pourquoi notre système politique apparait indifférent, autiste et paralysé. Est-ce par la recherche de l’intérêt privé touche la sphère publique ? Par la connivence, par la soumission selon les cas  sûrement ou surtout par l’incapacité de penser une situation nouvelle qui échappe entièrement aux formations stéréotypées dont elle est issue.

On ne tranchera pas ces interrogations ici. Et les réponses de la société s’orientent malheureusement plutôt vers des rejets beaucoup plus radicaux, sous forme de replis et de votes identitaires violents. Ultra-solutions qui auront pour effet d’aggraver les problèmes qu’ils dénoncent quand il fallait simplement se prendre en main favoriser toutes les initiatives… L’évolution humaine est encore balbutiante, n’est-ce pas ?

Le fait de demander aux élus parisiens de se prononcer individuellement est une approche positive de la politique. Elle vise à rétablir un lien entre les élus et la société d’aujourd’hui et à poser une cohérence entre la parole et les actes dont nous avons tous grand besoin pour affronter les temps qui viennent.

Voici ce que personnellement je mets derrière ma signature pour le droit de Table et Droit de cantine. Sans encore une fois préjuger de la diversité des opinions des signataires de cette présente pétition.

Fait à Paris, le 24 octobre 2014

David Langlois-Mallet, journaliste, expert en politiques culturelles et auteur…. qui a le sentiment de faire bénévolement le travail d’évaluation qu’un Conseil de Paris pourtant riches d’un budget je crois de 6 milliards ne fait pas (et ça l’énerve un peu…)

(*même si ce collectif a des opinions militantes affirmées, qui ne sont d’ailleurs pas issues de la même culture politique que la mienne, n’ayant aucune part à leur organisation autre que d’avoir apprécier en usager leur initiative).

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