France. Ce qui peut nous sortir d’une déprime collective ?

14 Juillet. L’intervention du Président est pour moi l’occasion d’une réflexion sur notre héritage français, notre dépression et le sens de notre aventure collective. Alors qu’en ce mois de juillet les tensions identitaires sont vives en France, les bombes qui tombent à Gaza se fragmantant en affrontements dans les rues de Paris, la monté d’un identitarisme français va de paire avec une  » Crise », auquel l’exécutif prétend répondre en soutenant les multinationales… ce qui entrave la vraie renaissance à l’oeuvre, celle de la multitude des initiatives d’en-bas.

Important de dire à nos amis juifs qu’on les aime ! Et de ne pas céder au discours communautaire de persécution, non, il n’y a pas et il n’y aura pas de pogrom en France.

Important de dire à nos amis musulmans qu’on les aime ! Oui, il y a dans les injustices sociales des injustices coloniales à réparer, pas des violences à minimiser ou justifier.

Important de dire à nos amis « de souche » qu’on les aime ! Qu’il y a une nouvelle France à inventer, pas un passé à ethniciser.

Nos racines sont guerrières, comme le 14 juillet nous le rappelle, avec éclat, bruyamment. Notre réalité est culturelle et notre destin politique. Ce cadre, ce sont les françaises et les français de toutes les cultures qui l’ont fait vivre par leur travail à toutes les époques.

Lé célébration dans quelques jours de Bouvines est là pour nous rappeler que nous descendons de guerriers très belliqueux au courage sans limites et de gens simples très courageux aussi, de millions de gens qui ont méprisé leur vie ou leur confort pour que nous ayons, peut-être, pour que nos petits enfants aient une vie meilleure, au moins une fierté. Qu’en avons-nous fait ?

L’occasion de nous poser 3 questions d’actualité en contre-point du discours présidentiel :

Sur les conflits identitaires du Proche-Orient

« La France ne doit pas importer le conflit israélo-palestien » nous dit François Hollande.
Non ! Elle ne doit pas importer la violence. Mais nous sommes bien sur partie prenante de la même histoire qui nous lie à Israël depuis la christianisation de la Gaule romaine. Nous sommes liés au monde arabe depuis toujours également et la colonisation a tissé entre chaque rives de la Méditerranée, souvent dans la douleur, des liens si forts que la culture arabe comme la culture juive font partie aujourd’hui des cultures de la France au même titre que la culture occitane ou bretonne.
Dans l’histoire plus récente, nous sommes par ailleurs, avec l’Angleterre un des anciens protecteurs de la Palestine et l’un des principaux artisans d’une solution d’établissement pour le peuple juif sur la terre de l’antique Israël. Nous sommes donc partie prenante et co-responsable de trouver une solution à un conflit sans lequel il ne peut y avoir de sécurité à long terme en Méditerranée. Mieux, notre république laïque n’étant pas ethnique est le creuset de solutions politiques.

D’où vient notre dépression collective ?

Je pense que l’important, pour ma part, reste que les gens et les rois de l’Ancien régime ont créé un pays. Que les gens et les révolutionnaires de la République lui ont donné un projet. Mais que surtout son contenu, s’il est aujourd’hui en panne, reste une réinvention permanentes des vivants. Le renoncement à la domination ou à l’injustice, n’est pas la haine de soi, c’est un voeux de force vraie, pas de faiblesse. La critique vaut pour Israël comme pour la France.

Car nous sommes partie prenante de cette histoire Européenne qui est sûrement celle de l’un des premiers peuples qui se soit détourné de lui-même de la violence et de son fantasme de puissance. Plusieurs chocs ont concouru à ce reflux de la force et ont froissé durablement, l’image héroïque que nos anciens avaient d’eux-mêmes à travers celle de la France :

– La victoire sur l’Allemagne en 18 nous a appris qu’il valait mieux vivre en paix avec ses voisins que de les humilier. Et ce même si nous avons créé une Union d’intérêt plutôt que de partage.

– La défaite face à l’Algérie nous a appris qu’aucune domination et aucune injustice faite à un autre peuple ne fondait une nation forte. Même si nous n’avons pas digéré que le rêve Américain nous ait laissé le goût amer de l’esclavage.

– En un sens même l’idéal universaliste et la fierté culturelle des générations anciennes s’est trouvé rabaissée par la domination culturelle américaine.

– À l’intérieur de nous mêmes nous ne pouvons pas oublier que nous avons accepté, même passivement, de nous faire trier en 40 et d’accepter que des gens qui avaient foi en notre idéal, des enfants qui apprenaient dans nos propres écoles ! aient été livrés « parce que juifs » par la police française sur l’ordre de son gouvernement aux camps de la mort.

Qu’est-ce que la grandeur après la violence ?

Nous avons mal guéri de toutes ces blessures du XXe siècle dans l’oubli agréable d’une société de consommation individualiste qui aujourd’hui prend l’eau de toute part et surtout ne répond à rien de ce qui fait le sens de l’Humain, pire qui enclenche le compte à rebours à 50 ans de l’aventure humaine sur la planète.

Je pense que cette « morosité française », cette crise dont parlait le président François Hollande lors de l’intervention du 14 juillet, vient de ces déceptions collectives accumulées que ne rachète pas une équipe de football, même si elle gagne. Avec toute mon estime pour Didier Deschamps, faire peser le sort d’une nation sur une équipe jusqu’aux larmes c’est la condamner au sort du Bresil.

« La France est une grande nation » clamait hier le chef de l’Etat en brassant un peu de vide. Car qu’est-ce que la grandeur ? Si elle se résume comme le dit le chef de l’Etat à « honorer ses engagements » et à payer ses dettes aux banques pas sur que cela donne des ailes à la jeunesse sauf pour s’expatrier.

Quel est aujourd’hui le rêve collectif ? « La France c’est l’institutrice qui s’est sacrifiée » nous dit le chef de l’Etat. Pardon mais elle n’a pas été volontaire pour un sacrifice, c’est femme qui menait juste une vie de quelqu’un de bien, plutôt que de courir après l’argent (comme on nous dit de le faire) et qui est morte assassinée. C’est une mémoire à honorer, sûrement pas un projet. La France, ce devrait être donner un exemple du bonheur loyal, plutôt que d’accumuler les honte, mais pas se sacrifier. Nous ne sommes plus en 14 !

La sortie de la crise

Alors comment sort-on d’une crise ? En retrouvant du sens collectif. Comment met-on fin à une déprime ? En reconquérant l’estime de soi.

J’ai déjà montré ici qu’une Renaissance était à l’œuvre en France. Mais aussi qu’au lieu d’être soutenue elle était entravée par le politique. C’est là qu’il faut réformer et c’est aussi économiser !

80 milliards mis pour les grandes entreprises  » parce que c’est l’emploi » voilà qui est faux. C’est ajouter à la dette. Ce sont les petits qu’il faut aider. PME, indépendants, chercheurs ou précaires, français ou immigrés, c’est là qu’est l’intelligence. Loin d’être soutenue, elle est empêchée de mille façons par ceux qui devraient la mettre en valeur.

Alors, si le mot grandeur a un sens aujourd’hui, après les rêves guerriers, ça ne peut être que dans un élan de tous. A une époque l’idéal était d’élever des cathédrales vers le ciel, à une autre ce fût l’humanisme de la Renaissance, plus près de nous les Lumières, l’Instruction Publique ou le programme du Conseil National de la Résistance.

Le rêve français, plus que jamais devrait être de montrer au monde que l’on peut partager ici un idéal équitable, une culture du bonheur au service d’une humanité… durable.

David Langlois-Mallet

Crédit photo : Marcella Martial http://www.marcellamartial.com

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c Mes Parisiennes 2014

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