« Elle est où l’alternative ? », réponse à Manuel Valls

L’objection de Manuel Valls touche pile dans ce qui m’intéresse en ce moment : Oui, quelle est notre alternative pour remplacer la politique unique, celle qui de Sarkozy à Hollande considère que la seule voie passe par dégradation de notre quotidien; alors même que nos richesses produites ont explosé ces 30 dernières années comme jamais ?

Il y a une réponse simple, une réponse vraiment de gauche. On commence par protéger les plus faibles et un service public de qualité. Au besoin, on mets les super riches (le fameux 1% qui possède plus de 50% vous savez) à contribution. Car on a les moyens de vivre tous bien dans ce pays et largement, ce que l’on appelle « la crise », n’est pas un manque d’argent, c’est juste un déséquilibre de la répartition des richesses.

Il y a une réponse de type souverainiste portée à droite de l’UMP et parfois à gauche du PS. On refuse l’idée que nous serions tributaires des banques et cette dette imaginaire que nous n’avons pas contracté, nous la dénonçons. Au besoin nous sortons de l’Euro pour cela. Bref, par l’affirmation d’une force, nous politisons internationalement la question.

Il y a une réponse libérale de terrain. Les entrepreneurs, les porteurs d’initiatives, les artisans, les indépendants, les commerçants… Portent beaucoup trop lourd de charge pour chaque emploi. Il est absurde d’implorer l’emploi et de le taxer en même temps. La protection sociale ne doit plus se financer sur le travail.

Il y a une réponse Larrouturienne disons. Partageons le travail et acceptons que l’humanité est en marche vers une société où la libre activité, les loisirs, prennent plus de place.

Il y a une réponse écolo, avec l’épuisement des ressources et la crise environnementale, ce qui est en jeu est une mutation de notre type d’économie. Il faut produire différemment, consommer plus sobrement. Il faut s’engager rapidement dans une économie du partage.

Et enfin, je dirais qu’il y a une réponse qui est celle des milieux créatifs (artistes, oeuvriers, lieux de culture de proximité etc…) que j’ai tenté de formaliser au sein d’Un Peuple Créatif et qui est parente des deux précédentes. Elle dit que notre crise est une crise humaine, une crise des valeurs et de l’être dans ses relations aux autres et que pour y répondre la cité doit faire de la place à l’ensemble des propositions de culture vivante, elles ont à nous proposer mieux, que la culture de consommation dans laquelle nous sommes englués et qui est la base de la dépression collective que nous traversons.

Je ne crois pas trop aux réponses uniques et les systèmes ont faits les preuves, chacun, de leurs limites. Il me semble que de vrais responsables politiques piocheraient un peu dans toutes ces propositions là de manière à parvenir à un équilibre. Qu’ils le feraient en mettant en marche l’ensemble du tissu social. Pas en paradant devant le Medef, qui ne représente que les très gros intérêts et la part la moins intéressante et la plus égoïste des l’entreprises.

Mais nous sommes sûrement majoritaire aujourd’hui à être certain que la réponse n’est pas de sacrifiés nos vies et nos liens au Dieu croissance. Car il détruit l’avenir de nos enfants, nous fait un quotidien misérable et ne profite qu’à quelques super-riches dont la puissance et l’impact des intérêts sur les états est une menace pour la démocratie et la liberté même de l’humanité.

J’ajouterais que si nous avons un grief particulier vis à vis de la gauche, ce sera de ne s’être jamais donné les moyens d’essayer autre chose que la doxa des experts libéraux (qui en général émargent par ailleurs auprès des gros intérêts) et d’avoir inversé la promesse politique. Elus pour donner la priorité aux citoyens, ils auront, avec les pleins pouvoirs, fait de la politique le jeu des intérêts privés.

Et pour faire réponse à un ami Vert qui demandait : « pourquoi en vouloir aux Verts ? » Et bien tout simplement parce qu’étant conscients, porteurs d’analyses nouvelles et de propositions tout aussi nouvelles, ils ont préféré quelque postes inutiles (ou plutôt utiles qu’à eux-mêmes) au lieu de se faire porteur d’une alternative. Et qu’ils ont donc plus de responsabilité que les autres au fait qu’aujourd’hui, la société française n’identifie comme alternative possible à la politique unique, que le Front National et court donc, en plus de la crise économique, le risque d’une dérive autoritaire et d’une violence identitaire.

Car, oui Manuel Valls, la question est bonne : « Quelle alternative ? » Effectivement, c’est cela le tourment de la société française, l’alternative existe mais aucune force politique ne s’est donné les moyens de l’incarner et les socialistes au pouvoir se sont bien gardé d’encourager, ou de soutenir, ne serait-ce que par des expérimentation, les forces sociales, culturelles, humaines qui ont concourues à les mettre au pouvoir. C’est votre très grave faute, celle qui fait que vos propres électeurs souhaitent aujourd’hui votre défaite « dans tous les cas de figure ».

David Langlois-Mallet

Pour mémoire :

Propositions collective à Jean-Marc Ayrault https://mesparisiennes.wordpress.com/tag/ayrault/

Campagne Hollande, Altaïr, texte collectif Un Peuple Créatif http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article33

c Mes Parisiennes, 2014

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