Minute Blonde, temps médiévaux

Une Parisienne un peu spéciale ce dimanche. Où l’on retrouve Valls parmi les croissants, Consigny, une mendiante et des financiers la beauté des femmes, filles… Mes Parisiennes.

Je me réveille joliment entouré de blondes, en fleurs ou en boutons, à l’âge des premières nuits blanches ou à celui où les cheveux redoutent la lune.

Par les quais ensoleillés, je vais chercher des croissants cendrés et dégote de mini financiers parfumés à la vanille. Un petit bonhomme en sablé pour la petite rousse -oh pardon !- la bonde vénitienne. Nous nous amusons avec la jolie boulangère de ses poses de danseuses pour la capture d’un croissant. Les terrasses sont pleines déjà, les cafés noirs.

Quelque part, au banc de la ville paisible, un enfant est mort et dans les décombres d’une maison, gît aussi le corps de sa mère. La nouvelle qui ronronne ailleurs trouble ici le petit déjeuner et envoie une convive au front médiatique. Une mort là bas, un croissant de libre ici.

Tandis que coulent les douches des retardataires et que certaines mèches se défrisent des étreintes, je jette un œil aux réseaux. Un petit mec à la mode de Neuilly insulte une femme ministre parce que sa peau est trop dorée : « un vieux mâle ne serait-il pas plus compétent ? » demande, pour je ne sait quel sucre d’orge, le petit Consigny à son papa. Minute blonde.

Naguère, les jeunes élites étaient chargées de la cohésion, elles rongent aujourd’hui la fracture pour se nourrir. On a pas idée de la haine dorée qui monte derrière le mur de l’argent…

Du salon, monte le verbe dur de Manuel Valls. Premier des socialistes, il siffle la fin de la recrée rose dans la blancheur éclatante d’une chemise de bord de mer. Gageons que la farce de la révolte ne sera pas jouée. Le PS de Mitterrand est au pouvoir une machine à éteindre la colère ou l’action, encore plus la révolte. Il se transforme en machine à espoir quand les élections demandent que se lèvent les mots, les émotions. Puis il revient à sa vérité immobile. Le mot du chef pour dire qu’on ne fait rien s’appelle « la synthèse ».

Un peu plus tard sous terre, un chant déchire le métro. Une voix lumineuse de jeune fille, à la fois mélodie et cri de l’âme. Je ne vois pas la chanteuse mais je suis saisi. Personne ne parle sa langue mais tous comprennent sa suplique immortelle.

C’est une voix qui, malgré sa fraîcheur est vieille comme l’humanité. Elle implore le don nourricier. Exhorte au nom de la souffrance qui nous fait tous semblables et à genoux à pencher nos vies vers la sienne, non pour la changer, juste pour l’autoriser à vivre encore cette journée.

Cri de secours, psalmodie mystique, complainte ravissante et blessante à la fois, elle vient d’un petit tas en guenille, voûté à l’équerre, les moignons des pieds enturbannés de chaussettes en grosse laine militaire et qui progresse lentement parmi la rame.

Quand l’ordre classique de notre monde tombe en poussière, soleil foulé par des barbares à chemises blanches. Un rappel à l’essentiel de notre humanité.

Un être de contes de fées ou de cauchemars médiévaux, qui peut tomber à chaque secousse des rails et pourtant maintien le fil aérien de sa supplique enfantine, familière, qui béni et donne alentour la protection du malheur qu’il ne connaît pas lui-même contre un peu d’attention pour cet autre que soi.

David Langlois-Mallet

Mes Parisiennes 2014

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