Israël/Palestine : La France en question

Ce conflit met en crise notre idéal laïc et notre difficulté française à penser le multiple. Saisissons l’occasion de nous poser ces questions, pour dépasser nos propre limites identitaires…

Ce qui est mis en crise en France, à la lumière de la guerre d’Israël en Palestine, ce sont nos propres limites culturelles. Notre pays s’est constitué dans une pensée politique à vocation, ou prétention, universelle, niant pour nous unir nos différences. Elles nous sautent au visage à l’occasion de ce conflit qui fait résonner en nous autant notre pensée judéo-chrétienne, notre histoire coloniale refoulée que nos interminables guerres intérieures.

Il nous faut saisir cette occasion de remettre en question la pensée française et de nous dépasser. Poser politiquement le débat (et non interdire les manifestation pour les faire déraper vers un cycle violences/répression irrattrapable), c’est à dire faire la paix avec nous-même, ce qui est, par ailleurs, la meilleure contribution que nous puissions apporter à la paix sur les rives du Jourdain.

car oui, il est sûrement injuste (et même humainement injustifiable), de se détourner du sort des Papous, des Syriens et même des Chrétiens d’Irak… L’idéologie individualiste dans laquelle nous nous sommes réfugiés a fait de nous une petite nation de consommateurs à la mauvaise conscience diffuse, elle voudrait que seules nos vacances soient un vrai sujet : « vanille ou fraise » ? « Deux boules » ? Mais dans notre parc à thème quotidien voilà, Israël et la Palestine devient un sujet qui fait flamber les consciences. Parce qu’il nous parle de nous.

La question a donc été mal posée par le chef de l’Etat. Il ne s’agit pas « d’importer » ou non un conflit (c’est la violence qu’il ne faut pas importer !), le débat lui nous concerne depuis que des églises poussent dans les campagnes de ce qui n’était même pas encore la France à l’époque. Et où des générations d’ancêtres paysans ou chevaliers psalmodiaient à genoux « Israël », « Israël », le dimanche sans même souvent avoir vu Paris de leurs yeux. Sur qu’Israël se confondait à leurs yeux avec le royaume des cieux.

Parce que, même si la France se rêve laïque depuis peu, elle est tourmentée par les histoires qu’elle nie et un passé avec lequel elle n’est pas en paix. Nous sommes aussi un peu juifs et un peu antisémites en même temps. Nous sommes aussi un pays colonisateur, qui ne parvient pas penser la présence des enfants des colonies sur son sol, tout en prétendant leur faire une place égale. Parce qu’au final, ce qui n’est pas dit dans notre République, c’est qu’une certaine culture française est la seule reconnue.

C’est « qu’il n’est bon bec que de Paris »

Citoyens égaux sur le papier des principes, dans les faits un accent du midi reste culturellement suspect, un créole sera reconnu surtout pour son rythme dans la peau, un noir associé à la voirie plutôt qu’au ministère, un arabe, peut-être à un délinquant… bien sur ce n’est écrit nul part. Cela se pratique juste partout.

Bref, qu’il y a un racisme, des préjugés, un ethno-centrisme français. Que ce racisme ou cette méfiance n’est pas l’apanage des français, mais un point commun avec toutes les communautés humaines. Il y a un racisme juif, il y a un racisme arabe et même auvergnat* Notre difficulté vient de ce que nous le nions. Car notre idéal politique pose l’axiome qu’il n’y a pas de communautés, donc une égalité de traitement entre des citoyens supposés sans histoires et sans appartenances collectives autre que celle de l’école de la République. Cela fonde sur de bons principes une communauté politique. Mais cela passe sous silence la réalité de la domination culturelle. Et c’est là que ça coince.

Ce qui est joli philosophiquement, dans le bouquin, devient un grave déni du réel au moment où il sert de paravent à une « ethnie française » pour asseoir une domination*, sans même parler de tous les réseaux à base communautaire, ethnique ou culturelle actifs dans la République. Dès lors, les citoyens aux noms difficiles à prononcer, deviennent les premiers mis à l’écart. Alors qu’ils sont comme dans les maquis, ou qu’ils pourraient ou devraient être aujourd’hui, la part la plus vive de la République et la dynamique vivante de ses principes.

Nous sommes un pays qui croit pouvoir fuir ses questions en mettant en avant son idéal républicain. Sauf que des principes ne suffisent pas changer la réalité et qu’appliqués à discrétion, ils nous cachent à nous même les mensonges de notre propre domination. La faiblesse de notre pensée laïque, vient justement de sa force. Elle n’est en l’état qu’une pensée française. Il faudra l’admettre pour aller plus loin ensemble, même si c’est notre grande vexation…

David Langlois-Mallet

* Ainsi il y a peu, ceux du petit bourg de Châtel-Guyon trouvaient que ceux du village de Volvic à 3km de là, un peu des rustres… Il ne parlaient d’ailleurs pas exactement le même « patois », c’est à dire la même sous-variante d’Occitan avant que l’école de Jules Ferry ne les punisse tous d’avoir une culture familiale ou locale.

** (on voit se développer « des souchiens » autour du FN, dont le point commun est souvent d’avoir des grands parents issue de l’immigration italienne ou portugaise, d’où un replis des nationalismes vers une identité européenne et une stigmatisation des roms etc…)

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