Belleville m’éclate

Je passe vite m’envoyer une petite soupe, genre à 6€50. Nouilles tirées à la main au bœuf ou autre. Ça ira très bien pour chasser le rhume de mai.

J’ai laissé, j’avoue à regret, ma jolie collègue et son perturbant pendentif, boussole d’or balançant mon désir, pour vite me radiner à Belleville dans ce rade qui fleure bon la soupe populaire des romans. 

Me voilà à ma table, vite coincé entre trois parigodes lectrices de Sophie * qui sortent du bureau de leur assos et trois marchandes de bisous tombées de leur Wheng Zou natal pour d’héroïques oeuvres sociales sur la voie publique.

Les unes s’informent négligemment, après une matinée à l’agence des prestations sociales, de la façon dont elles ont rompu avec Machin, des courses à Monop´ et du temps qu’il fait.

Les autres aussi j’imagine dans leur sabir (le temps est le même pour tout le monde), après une dure matinée à degorger patiemment et en délicatesse les poireaux des petits hommes nerveux des trottoirs. Leurs longs cheveux soyeux, malgré le coup de brosse hâtif, garde la trace de quelques empoignades du jour et leurs bas épais, évoquent plus la pêche au large que la subtilité des alcôves griffé Chantal Thomass.

Les assiettes de riz, les bobun, les additions sont les mêmes. Sans doute leurs aspirations amoureuses aussi. Et je parierais que les plus sensibles parmi ces Parisiennes, ne sont pas celles qui ont le plus de chance.

J’aime bien ce papa asiat aussi qui déjeune avec sa fille qu’un destin parisien attend.

Je glisse chez le coiffeur Ceylanais. Il me tond, me pomponne, me talque et me masse le crâne comme un cul de nouveau né. Il termine mains jointes, faisant claquer ses phalanges dans une curieuse prière. Il rit, les dents écartées comme un peigne, de toute sa bonne bouille de héros de BD, tandis qu’il m’asperge d’eau de Cologne bon marché.

Et je le laisse -et mes lectrices aussi à leur rêve- quand entre dans son échoppe de rue une sorte de beau guerrier barbu aux cheveux longs. Droit sortit, avec son regard de khôl, de la couche de la mère des dragons…

Ah Belleville !

David Langlois-Mallet

* Comment j’ai sauvé la Planète. Editions du Moment

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