L’enfance comme champ de bataille

C’est une chose assez étrange que le coeur. Un air popu suffit à faire sortir le mien de sa cachette. C’est généralement sous la forme de la douleur qu’il se manifeste.

Je n’ai pas la sensibilité très heureuse, j’ai juste appris avec le temps à l’accueillir avec sérénité. A tirer une force calme de son inquiétude. Je ne sais pas le solliciter ou le laisser libre sans que remontent les peines de l’enfance et les amours enfuies. Meme si ma nature quotidienne est assez allègre et désinvolte, le racines qui plongent en moi s’abreuvent à une source mélancolique, quoiqu’enfantine. Mon ame est plus douée pour l’espoir que pour le bonheur présent, pour les regrets que pour l’instant. Elle est toujours en alerte, les yeux grands ouverts en quelque sorte.

Si je le laisse un peu aller remontent d’abord les images de l’enfance.

IMG_7019Les hauts murs de pierres armoricaines du petit village de Bretagne que mon arrière grand père avait choisi pour y poser les valises antillaises de ses aïeuls. Ces murs que j’escaladais en me griffant les genoux pour quelques fleurettes, volées aux voisins. Trophées héroïques de mes huit ans pour cette petite fille dégourdie qui m’offrait les plus doux et désaltérants des baisers la nuit venue.  » Tu embrasse très bien  » me medaillait-elle avant de replonger sa langue entre mes lèvres dévouées, avidement désireuses, plus que tout, de la satisfaire.

Souvenirs, quelques années plus tôt, du ciel de Provence aux mille étoiles sous les grands cyprès du parc. J’avais 5 ans et dans la nuit il fallait la quitter en tremblant, de glace mais pas de froid. Rejoindre la lumière de la grande demeure bordée de vignes d’où s’échappait les éclats de voix des adultes et laisser retourner dans l’ombre du modeste mas, la fillette, plus grande que moi, dont je serrais désespérément la main. « Tu ne m’oublieras pas ! Promis ? » Je revois au travers de mon inquiétudes deux grands yeux tremblants de l’ardeur d’exister pour me rassurer.

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Souvenirs de Paris, à l’ombre de Notre-Dame, des hautes marches de la tour qui menait à la demeure de ma mère et qu’il fallait escalader, une à une, les mains appuyées sur les genoux, l’angoisse au ventre et la boule dans le gorge. Souvenir de la violence de la colère sourde de ces guerres d’adultes qui m’avaient choisies comme champ de bataille, dévasté et incertain que j’étais de leur survivre. Ces haines venues des origines reptiliennes et dans lesquelles éclataient comme des obus, des peurs, nourries dans l’histoire tremblante et aveugle des familles. Leur mépris. Leur aveuglement. Ma certitude que la survie est une volonté et une grâce, non un dû.

David Langlois-Mallet c mesparisiennes.wordpress.com 2014

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