A NaKoMo, sur notre Renaissance culturelle (Nathalie Kosciusko-Morizet)

Chère Nathalie,

« C’est d’amoureux de Paris à amoureuse de Paris que je t’écris… »

Je blague, celle-là, je l’ai faite. Il y a 6 ans : (Cf. Lettre ouverte à Bertrand Delanoe par la Section Culture du PS). Et les esprits malins ne me croient pas que l’on puisse encore parler avec une politique de culture et encore moins « de l’ame » de la ville sans arrières pensées. C’est le cas et notre sujet.

L’Ame de Paris qui fout le camp

  • Meme les touristes ne reconnaissent plus Paris : l’âme  » fout le camp », au meme rythme que le peuple, chassée par les marchands. Comme le chantent Ferré ou Souchon, c’est frappant à St Germain des Près et dans tout le centre de Paris. Comme reporter, à Politis, Nova, j’ai aussi été le porteur d’une très bonne nouvelle : « cette ame renait aussi » ailleurs, dans l’Est parisien, dans le Grand Paris, plus facilement dans les quartiers où l’urbanisme permet le mélange des milieux sociaux et la diversité des origines. Paris est un moteur culturel basé sur les différences. Surtout dans les quartiers où il y a encore un peuple de Paris. Prenons soin des humbles, les quartiers pauvres sont les quartiers riches culturellement. Alors que dans les quartiers riches, on peut crever de misère humaine.

L’Ame de Paris qui vient

  • Nathalie, une Renaissance culturelle est à l’oeuvre sourdement, elle est portée par tout un peuple parisien d’artistes, d’artisans, de créateurs, par les habitants eux-memes à l’oeuvre. Ce mouvement « oeuvrier », cette démocratisation de la création, ne fait pas de madame Toulemonde une Camille Claudel, ni de Monsieur Machin un Rimbaud (le génie, c’est bizarre). La floraison des expressions et des initiatives personnelles est juste la réponse que notre société apporte à une époque, annoncée heureuse, et devenue subitement inquiétante. Les gens savent que la consommation ne tient pas sa promesse, laisse sa dette, financière et écologique et qu’il faut d’urgence créer de nouveaux liens. Que des initiatives culturelles au proche répondent à la crise humaine que nous traversons, au besoin de base de l’humanité depuis la nuit des temps : du sens et des liens. En clair, en France, nous ne sommes pas condamnés à la nostalgie (et au vote nostalgique) ou au commerce de souvenirs !

Un frein politique à l’expression culturelle

  • Comme reporter, j’ai constaté que cette culture qui pousse hors des lieux officiels, d’abord parce que toute une génération est tenue à l’écart des responsabilité et des reconnaissances du fait de notre gérontocratie politique male extremement figée dans ses gouts aussi. Mais les interdictions diverses, normes et lois, ont durement pénalisée depuis une dizaine d’années l’expression. Les PV tombent systématiquement sur les artistes de rue à Paris. Les bars sont fermé arbitrairement et toute la jeune scène chanson qui avait poussé là il y a une dizaine d’année s’est tue depuis la Loi Voynet. Normé, aseptisé, quadrillé, controlé… Paris n’est plus une fete.

Les innovations culturelles nécessitent une autre attitude des politiques

  • Les collectifs d’artistes ont été une invention géniale ! Elle préfigure d’autres évolutions d’une société qui se précarise (co-voiturage, colocation… co…). Si elles sont accompagnées au lieu d’etre pénalisées, ces dynamiques annoncent la bascule vers une société de la liberté créative individuelle mais aussi de la coopération solidaire. Car ce faisant, les collectifs culturels ont réinventé de la ville. Tout cela heurte les vieilles logiques technocratiques, comme les habitudes féodales de notre culture politique. Nous avons besoin de responsables jeunes, qui s’ils entrent dans un squat ne se demandent pas d’abord si c’est légal, mais à quoi cela sert, ce que cela produit comme usage collectif, voir comme  ressources pour le quartier, peuvent etre comme invention de service public innovant ?

Le blocage des politiques Delanoe

  • Il ne me serait pas venu à l’idée il y a deux mois d’en parler avec un-e élu-e de droite, vous avez tellement de problemes urgents en tete… « La propreté » et « une insécurité » un peu imaginaire, qui est plutot la peur en fait. Comme un problème… Culturel ? La prospectiviste que tu es m’a fait changer d’avis (pour le dialogue). Ancré dans cette idée très française, d’une sorte de barrière infranchissable, entre droite et gauche, j’ai ces années, un peu tout tenté pour alerter loyalement ma supposée « famille » (je n’aime pas cette idée d’appartenance) sur les richesses, les précarités et les interdits qui pèsent sur le vivre ensemble. Je m’y suis épuisé, sans avoir fait bouger davantage les choses et le sort des expériences que je voulais défendre. Pire, elles ont continuer à etre détruite par l’équipe municipale de Delanoe (Cf article Quelle Belleville forgeons-nous ? Très partagé à l’étranger).

Une société à l’asphyxie

  • Sans libre concurrence, la politique ne bouge pas il faut croire. Il y a urgence à ne pas attendre que les choses deviennent d’hypothétiques armes politiques pour un hypothétique grand soir quelconque. Notre société survit moralement, elle parait bien désespérée enfermée entre une droite Rolex assez rebutante qui donne l’exemple de la cupidité et une gauche caviar démotivante. Les portes de sorties n’étant ouvertes ni du coté de l’initiative créative ni  des solidarités nouvelles, les régressions sont tentantes dans un identitarisme, une victimisation, une vindicte.

Je n’associe personne sans son avis à notre échange très personnel, mais pour dire que j’ai un peu tout essayé pour plaider la cause de ces deux ames, celle qui fout le camp et celle qui peine à naitre :

  1. -J’ai proposé les pistes au sein du think-thank Altair et d’Un Peuple Créatif. Meme indifférence de nos énarques.
  2. Nous écrit une lettre collective à Ayrault. Pas meme d’accusé de reception, malgré quelques signataires remarquables.
  • Je crois correct de vous donner une chance de dialogue et de ne pas me prendre de médiateur, pour porte-parole.

Simple citoyen, n’ayant pas accepté d’entrer dans un jeu politique trop biaisé. Je ne suis pas tenu à simuler ce grand conflit fraternel du bien contre le mal, de la gauche contre la droite, aboutissant immanquablement depuis Mitterrand à une victoire du bien… pour mal faire. Hollande triomphe ainsi du dragon Sarkozy (ouf et merci !), mais pour mieux chasser le rom cause de tous nos maux et célébrer le Medef, dans les intérets duquel est notre salut fraternel. Le conflit de classe reviendra bientot plus durement. Mais le conflit est aussi tout simplement dans la pensée humaine qui peine à se trouver des raison de continuer son aventure. Mais là, assez pratiquement, mon but est de sauver, voir de développer les dynamiques créatives dont notre société à besoin pour ne pas craquer.

  • Typiquement, un collectif comme celui de La Cantine des Pyrénées, qui mele engagement (à rebours des tiens, t’inquiète (;-) me parait porteur. Servir le repas au quartier pour 4 euros. Et permettre le lien de quartier autour de la table. J’adhère à fond !

Ma proposition est simple :

Tu as publié tes priorités pour Paris. Il manque ce que nous nous sommes dits sur la culture. Je te propose une transformation. Changer la 8e proposition qui n’apporte pas grand chose et surtout établit un lien un peu malsain entre pauvreté dans l’espace public et délinquance. Je sais que pour la droite, l’idée sous-jacente vise les voleurs de sac à main. Mais ce genre d’imprécisions est facteur d’abus en tous genres. Y compris par la suite contre de braves clodos qui fument une clope. Je te propose d’y substituer une proposition d’initiative citoyenne celle-là :

8. Soutien à la Renaissance culturelle de Paris

  • -Pérénisation des lieux Inclassables menacés* et ouverture d’oeuvrières ou atelières, lieux d’expérimentation en autogestion associative.
  • -Dépénalisation de l’art et des petits métiers sur l’espace public.
  • -Levée des interdictions pesant sur les cafés culturels.
  • Ces mesures me feraient entrer dans l’idée qu’une Nouvelle Energie pour Paris est possible, et pourtant ne se limitent pas reconnaitre et encourager l’initiative économique, mais aussi l’initiative non marchande. C’est un peu le tiers secteur, dans l’interstice entre le marché et l’administration, car l’etre humain n’est pas qu’un calcul d’intéret personnel, il est d’abord animé par le besoin de donner un sens à sa vie. Nous en avons parlé déjà, la société parisiennes a besoin d’allier culture et économie sociale et solidaire dans des projets de quartier. Il nous faut à terme de véritables « Atelieres » ou « Oeuvrières » dans Paris. Lieux ressources portées par le mouvement associatif qui tienne compte des besoins de solidarité d’une société créative précarisée : ateliers de création et de réparation, Amap, café enfants et ainés, cantine solidaire, lieux ouverts où chacun puisse monter des fetes. Le Carré Beaudouin (Paris XXe), lieu culturel vide la plupart du temps pourrait tout à fait etre un projet pilote.

Sur mon soutien dans cette élection

  • J’ai tout dit sur la tristesse que m’inspire le Delanoisme et son imaginaire de duty-free. (cf. mon audition récente à sa demande), rencontre sans suite, comme toujours, je fais partie des gens qui désespèrent que quelque chose puisse changer dans leur mépris pour tout ce dont je parle, mais qui sont résolus à voter, car l’abstention ne sert qu’à reconduire le passé, c’est à dire laisser pourrir et se dégrader la situation politique.
  • Ce pourquoi tu le sais, j’ai voté vraiment à gauche (PG) au premier tour. Je n’ai rien d’un futur UMPiste. Je voterais écolo aux Européennes. Car je crois que les alternatives qui poussent dans la société ont besoin d’etre portées politiquement (c’est peut-etre mur à Grenoble, ça ne l’est pas à Paris). Je ne demande pas à une femme culturellement de droite non plus de se renier. Il y  aura surement des tensions et des oppositions si le dialogue se poursuit. Je pense juste qu’une personnalité parfaitement atypique comme toi peut soutenir ces émergences et une culture populaire et permettre l’expression des diversités sans préjugés. C’est peut-etre une illusion de ma part, mais je pense qu’une personne publique ayant un aussi grand potentiel personnel est capable de se projeter dans des enjeux qui ne lui sont pas familiers. Ton enjeu ne me semble pas la Rolex, mais l’espace au-dessus.

Une maire de Paris

  • La Cité c’est aussi un imaginaire et Paris se confond dans ses figures tutélaires féminines. Ste Geneviève pour sa protection ou Louise Michel pour son émancipation. C’est la ville qui quand elle prend le drapeau avec Delacroix, incarne la rencontre d’une civilisation particulière et d’un message universel. Sa légende parle de la barque d’Isis et Rabelais ne nous a -il pas dit qu’on l’appelait Lutèce en raison des cuisses des dames du lieu… Le choix d’une personne n’est pas forcément un rejet d’une autre. Anne Hidalgo n’a rien d’indigne. Simplement je ne vis pas comme elle au pays d’Amélie Poulain et je crois que l’on a davantage besoin en Hollandie, d’une Candy Crush dans ton style. Je crois aux insoumises pour bouger les murs. Enfin un élu est aussi une représentation collective vers le monde, je pense que tu es aussi Nathalie cette image où peut se réfléchir la ville Lumière.

A la veille de temps difficiles…

  • Ma conviction surtout, que nous allons vivre des temps durs mais stimulants et qu’ils faudra sortir des cases, des conformismes et des étiquettes. Que nous aurons besoin de solidarité, de différences. D’articuler des alternatives de terrain, des alternatives politiques ou à défaut des alternances, articuler les plus fragiles ou les plus méprisés de la société comme les biffins (qui je te l’ai dit ont tout un projet d’économie du recyclage que les pouvoirs publics devraient favoriser au lieu de pénaliser, ce qui nous coute de l’argent et du fait de l’incinération des cancers). Et que nous aurons besoin aussi de personnalités de grandes dimension, d’où qu’elles viennent. J’aurais bien sur bien aimé que tu sois écolo de gauche, plutot qu’écolo de droite. Cela m’aurait moins compliqué la vie avec mes ami-es. Mais à la réflexion… C’est très bien comme ça !

L’alternance faute d’alternative

  • Ma simple conviction de démocrate des vertus de l’alternance et du refus des pleins pouvoir à un seul parti qui peut si peu… suffiraient. La qualité surprenante de notre échange. Tes projets de zones franches culturelles, ton désir de recoudre la blessure du Périph. Ton écoute (près de deux heures portable éteint, en pleine campagne, j’avoue… pour une parisienne). Ta simplicité m’a impacté, à rebours des images médiatiques de « tueuse » ou de « blonde du métro ». Admirateur de Montaigne, je crois aux rencontres, aux gens et aux filles magiques croisées dans les bars.
  • C’est un peu mon Pari, Nakomo pour ce vote qui vient. J’aime mieux passer pour un naif, le garçon a qui tu as fait boire un filtre magique (sic) que de me résigner à la déprime ambiante et à l’idée que rien ne va, ni ne peut évoluer. Si tu veux bien entendre à certains de tes potes que la société parisienne va de la Cour à la cour des Miracles et que la poésie vibre plus fort en bas qu’en haut, aujourd’hui comme au temps de Villon, si tu veux bien entendre l’inquiétude de mes amis de Ménilmontant qui redoutent que les petits poulbots de l’Est aient moins à la cantine que les Triplés de l’Ouest. Certains enfants de Paname valent-ils moins que d’autres ? (Cries-moi que non s’il te plait).

Moi, je veux bien croire au risque d’inventer ensemble !

Amicalement à toi,

David Langlois-Mallet

© Mes Parisiennes 2014

Liste des poumons culturels de quartier menacés actuellement : Le Lavoir Moderne, Le Théatre de Verre, Le Jardin d’Alice, Confluences, La Cantine des Pyrénées, La Miroiterie, Les Vignoles, Le Grand Ecran, La Générale…

(Comme vous l’avez deviné mon ordi a un petit problème de clavier….)

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Une réflexion sur « A NaKoMo, sur notre Renaissance culturelle (Nathalie Kosciusko-Morizet) »

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