NKM/DLM – Message reçu de NKM sur Le Lavoir Moderne et la liberté d’expression à Paris / Ma réponse.

Tribune libre. Nathalie Kosciusko-Moriset a fait passer ce message personnel de soutien au Lavoir Moderne en lutte. Comme il a été dit au micro d’Hervé Breuil par sa conseillère qu’il m’était aussi personnellement adressé, fidèle à ma promesse, je vous le fais partager. Réponse à venir, mais mon commentaire ci-après.

Chers défenseurs du Lavoir Moderne Parisien,

J’apprends que vous organisez un rassemblement aujourd’hui au LMP quelques heures avant de remettre les clefs du lieu à la Ministre de la Culture.

Votre combat qui peut, je l’espère, encore permettre de maintenir le LMP ouvert a tout mon soutien tant le message qui est véhiculé derrière dit bien plus que la fermeture d’un simple lieu.
Car, non seulement je garde un souvenir tendre du Lavoir pour m’y être rendue étudiante; mais parce que la culture populaire, la culture vibrante, la culture qui émane des parisiens eux-mêmes — je devrais d’ailleurs dire les cultures – est celle pour laquelle je me bats.

J’essaye dans mon programme pour la culture pour Paris de passer le message que la culture aseptisée et uniformisée de la majorité sortante ne me convient pas. J’aime les aspérités, les différences, l’originalité, l’authenticité et je veux que la Marie de Paris en matière culturelle n’organise pas elle-même en administrant et décidant du beau la culture parisienne; mais qu’elle permette aux parisiens d’être créatifs, inventifs et libres. Qu’elle ne permette pas que des lieux libres et autonomes comme le LMP ferment mais qu’elle les aide à exister et à se développer.

Croyez bien que de tels lieux sont pour moi nécessaires dans la capitale et je m’emploierai à faire rouvrir dans Paris (station de métro fantôme, tunnels, délaissés de la SNCF…) et à ses marges notamment dans ce que j’ai appelé des « zones franches culturelles » où je me battrai pour trouver le moyen de renre le foncier et les contraintes administratives admissibles pour recréer ces espaces de liberté.

A bientôt,

NKM
Envoyé de mon iPad

****
Mon commentaire :
Engagé depuis pas mal d’année pour la liberté d’expression culturelle à Paris. J’ai notamment rédigé les propositions officielles du PS à la dernière municipale. Je constate un verrouillage absolu du débat et la destruction de tout le tissu culturel indépendant par l’équipe Delanoë. Cette liberté culturelle est non seulement l’identité de la ville (c’est à dire le partage des diversités), son poumon culturel, mais aussi de mon point de vue la condition du vivre ensemble et celle du maintien d’un Paris populaire sans lequel la ville n’est qu’un apartheid social. J’ajouterai que cet hiver institutionnel que nous connaissons en France entrave une véritable Renaissance, à l’oeuvre dans la jeunesse. Celle d’un peuple d’artisans, « d’oeuvrier-es » qui perce sous la glace des industries de « l’entertainment », du prêt à rire commercial. Un mouvement qui fait chacun auteur et non plus consommateur de culture, en opposition parfaite avec la logique de consommation des politiques culturelles qui veulent nous réduire à n’être que des « publics » en attente de « programmation » (plus ou moins inspirées ce n’est plus la question).

Au cours des années Delanoë, nos poumons culturels, les lieux d’expression des quartiers, souvent dégagés des griffes des promoteurs par la lutte des riverains (Maison des Métallos), ont été municipalisés ou même carrément délégués à des opérateurs commerciaux (sur le cas d’école de la Forge de Belleville je vous invite à lire ceci) ou rasés au mépris de la loi (Théâtre de Fortune). Les vieilles pierres ont été le plus souvent sauvées, mais les équipes qui en étaient l’âme, systématiquement éjectées ou tenues à l’écart (104). Les artistes dans l’espace public sont quasiment interdits d’exercer. Le mouvement des bars a été tué (Loi Voynet) etc. La culture semble réservée à Paris aux industries du divertissement d’un côté et aux artistes officiels du régime de l’autre, le plus souvent employés par ailleurs à la com’ du luxe dans la plus totale confusion entre affairisme et politique, pub et art.

La liberté d’expression avant le calcul économique

Ma conviction la plus intime, c’est que la liberté d’expression de la culture populaire est une fonction essentielle de la démocratie. Elle est la condition du lien social, permet l’évolution des représentations et des imaginaires : elle permet de faire ville ensemble. Bref, elle est le soubassement du lien politique. Quand la culture commune se délite, on entre comme c’est le cas actuellement en France, en dépression collective : porte ouverte à tous les dangers politiques.

Mon espace politique de conviction se situe plutôt entre les Verts et le Front de Gauche. Ma déception est profonde de voir que ces partis ne se sont pas donné les moyens d’un projet alternatif à celui du PS parisien et qu’ils restent plus ou moins satellites d’une étoile morte. Les Verts pour préserver leurs positions au Gouvernement et à la Région. Le Front de Gauche par nostalgie de la campagne Mélenchon et par idéologisme (le local n’est pas vraiment politique). Cela a pour conséquence de nous laisser, nous parisien-nes, sans alternative, dépendants d’une politique qui n’a plus de « socialiste » que le logo, et qui vise, sans le dire, à transformer Paris en hôtel de luxe et les parisiens en personnel de service d’une résidence touristique pour 3e âge.

Dans ce désert français déprimant.

Je trouve donc intéressant d’accueillir cette parole politique fraîche et positive, même si elle vient d’un bord politique que l’on entend quasiment jamais en bien sur la culture (depuis Malraux, je ne me souviens à droite que d’Etienne Pinte défendant les intermittents ou peut-être un peu de Toubon), même si à Paris toute l’histoire des destructions de la ville au XXe siècle (Pompidou, Chirac…) invite à la plus grande vigilance. La parole de NKM doit susciter d’autant plus cette méfiance qu’elle vient d’une personnalité politique qui se réclame du Sarkozysme, forme avancée de la négation culturelle (pensons à la chasse aux roms, sport bourgeois pratiqué également par le gouvernement « de gauche »). Mais elle a droit, comme chacun de nous, et je dirais doublement comme femme en politique, au respect de sa singularité.

Mon point de vue est que la question n’est pas de croire ou de ne pas croire à la sincérité d’un-e politique en campagne. De savoir si « l’on peut faire confiance » ou non à un élu. Il est d’obtenir le maximum d’engagements publics qui garantissent la liberté d’expression, l’autonomie face au politique comme face aux marchands des artistes et des gens de culture. C’est à dire la liberté de parole de la société civile. La condition première sans laquelle il n’est pas de respiration politique, pour nous lanceurs d’alerte, journalistes engagés mais non partisans, acteurs de la société civile, mais aussi pour les politiques eux-mêmes en bout de compte.

Bousculer les équilibres et les hypocrisies

Ouvrir le débat à « la droite », quand elle fait comme ici une offre intéressante pour la liberté d’expression. C’est à mon sens la seule façon de faire en sorte que le PS soit obligé de faire monter dans ses réseaux les gens intéressants qu’il tient sous clef. C’est bousculer les conformismes et les rentes des partis aiguillons (Verts et FG) pour qu’ils cessent d’être de simple collaborateurs d’un système qu’ils réprouvent mais qui les nourrit in fine.

C’est adresser un message à chacun. Il faut arrêter de soumettre l’intérêt général à des calculs d’intérêts particuliers ou corporatistes. Cet état d’esprit général de la lâcheté que nous avons en France, où chacun ferme sa gueule pour ne pas se mettre en danger, nous fragilise tous. C’est cette absence de débat qui légitime le conspirationnisme. C’est cet absence de politique qui fait monter les identitarismes.

Ouvrir le débat c’est sortir de la dépression collective sur l’inéluctable, la fatalité, le monde sur lequel on n’a jamais prise. C’est surtout redonner de l’air aux parisien-nes qui auront peut être le droit, quand on vend leur ville comme une Tour Eiffel en neige, que l’on mette au débat la question de son évolution : Paris, galerie marchande ou culture vivante ?

Oui, les directions politiques de droite comme de gauche sont otages des mêmes intérêts qui s’imposent grâce au jeu biaisé d’un système centralisé, mais ce n’est pas pour cela que nous ne pouvons pas nous battre, nous faire entendre, négocier le moins mauvais à défaut de rêver du meilleur.

Il y a tous les 6 ans, un mois à peine où l’on a un peu de jeu. Parce que les représentants d’intérêts contraires aux nôtres, formés aux mêmes écoles, baignés dans la même culture et qui au final délégueront la ville aux mêmes énarques, doivent se départager pour la seule place à pourvoir. Jeu cruel et stupide qui nous prive des diversités et des compétences.

Qui a peur du débat en démocratie ? Ceux qui ont tous les pouvoirs, le PS selon tout apparence. Qui doit avoir peur de l’alternance en démocratie ? Les mêmes ! Nous qui n’avons que la liberté d’expression, tachons de la garder et de la faire progresser à la faveur de cette élection.

Dans cet esprit, j’ai répondu favorablement à l’invitation de NKM de se rencontrer. Je l’ai invité au café, pas pour négocier une place d’élu que j’ai refusé au Parti de Gauche et négligé de demandé chez EELV. Pas pour demander un boulot, même si je n’en ai pas*. Pas pour négocier un logement social, même si j’y ai droit, pas pour avoir un avantage ou une médaille, pas pour avoir ma selfie au côté d’un grand fauve aux reflets vénitiens, sur le twitter de l’UMP.

J’irais juste voir qui elle est comme personne, rendre compte de ce qu’elle dit comme journaliste, mais surtout tacher d’obtenir comme citoyen engagé des engagements sur ce qu’elle est prête à rendre, tant en lieux qu’en libertés aux parisiens, quels outils elle donnerait aux porteurs d’oeuvres, oeuvriers et artistes, quelles libertés dans l’espace public (pour les joueurs d’orgue ou les graffeurs), quel droit à la musique et à la fête dans les bars etc.


Je reste fidèle à mon intention têtue de départ, fruit de mon expérience de reporter et des paroles reçues et échangées : réussir à faire bouger la politique culturelle à Paris. Fidèle à des convictions que souvent ceux qui font métier de nous les vendre ont trahis depuis bien longtemps. Point.

Et je vous rendrais compte inch’allah comme on dit à la Goutte d’Or, si Dieu veut comme disait feu ma grand-mère.

@ David Langlois-Mallet

NB : Cela ne vous interdit pas de soutenir l’indépendance de l’auteur §;-)

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2 réflexions sur “ NKM/DLM – Message reçu de NKM sur Le Lavoir Moderne et la liberté d’expression à Paris / Ma réponse. ”

  1. Cher David,
    Tu as bien raison de tenter de faire monter les enchères, même si ce n’est pas pour ton bénéfice personnel direct, mais au moins pour cette grande et belle idée que tu défends « la culture libre (liberté d’expression culturelle), partout pour tous ».
    Bises,
    FARId

  2. Merci cher Farid,

    Pas seulement faire monter les enchères ! Essayer de faire valoir une autre relation entre culture et politique. Est-ce qu’une médiation peut faire bouger les choses ?

    Merci de ton soutien !

    Bises,

    David »

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