Que Nous souhaiter ? Un 2014 en forme « de guide du routard » dans notre crise du lien

« Bonne année ! » « Beaucoup de bonheur » bien sur… c’est bien… Mais comment ? Dans un monde aux rituels devenus vides de sens, je me permet de vous glisser, entre une réflexion de Noël et des voeux plus réfléchis, une ou deux pistes. C’est un peu mon guide du routard de la quête du sens en 2014. Avec cette image légèrement impudique qui évoque le Jardin d’Eden, un jardin d’Eden menacé, un certain dépouillement mais pas sans perspectives, cela fera pour les voeux que je vous souhaite et vous pouvez peut-être y piocher une ou deux idées utiles. Et comme vous savez que je me démerde souvent assez maladroitement de ma vie (mais je perds du temps dans le soucis du collectif), vous ne serez guère offensé s’ils vous inspirent. Notez, je commence par les constats… Donc si vous êtes de bonne humeur lisez tout, si vous êtes sous bonheur en comprimés… Ben… la fin suffira !

Foi et foie gras
A la messe de minuit l’autre soir à Neuilly (si, si… moi à Neuilly, il faut d’ailleurs que je vous finisse le récit promis), j’étais frappé par le vide de nos anciens rituels alors que le sens de la vie lui reste là, à côté et nous fait des grands signes dans les yeux ou les cris des enfants. Ohé !… Célébrer l’espoir du retour du soleil, du printemps, devait mettre nos ancêtres en transe sous la hutte. Le culte de la naissance de l’enfant roi devait propulser, au temps des cathédrales, l’énergie de fêtes sublimes débordantes de couleurs, d’enthousiasme et d’espoir populaire… Mais nous les regardons comme des barbares, alors que nous sommes si ternes et bien moches.

Le Dieu consommation aussi fatigue
Dans les églises chauffées mais sans chaleur, où s’assemblent par formalisme et sans entrain des coeurs secs et des vies lasses, il n’y a aujourd’hui pas plus d’enthousiasme que derrière les caddy de Noël dans les temples de la consommation de ce Dieu « Croissance et Consommation » auquel on ne croit plus non plus, mais dont on continue le rituel du foie gras (en pensant au diable surpoids). Adorer la Vierge, même par formalisme, fourrer la dinde, même de batterie. La maman et la putain, les hommes n’évoluent guère qui séparent le monde et les femmes…

L’angoisse du Dieu écran

L’enfance, l’amour, la substance de la vie est toujours la même autour de nous, mais nos outils pour la penser ensemble et la partager nous tombent des mains d’ennui. Nous sommes à une époque étrange de gens de loisirs préoccupés, instables devant nos écrans multiples. On compte les rares manifestations de joie collective auxquelles nous avons participé : une fête réussie ? Une victoire en sport ? Mais quelles grandes manifestations du bonheur et de la chance unique (et passagère…) d’être là ensemble… Vivant-es !

Dans notre société critique et lucide, la religion nous apparait comme une mascarade, mais nous souffrons de crise de foi, la politique une supercherie mais nous dépérissons de l’absence de perspective, la famille un champ de mines alors que nous avons soif de liens et le couple un risque alors que nous n’avons rien à perdre que notre petite vie que nous perdons de toutes les façons à la gagner, dans des emplois auxquels nous ne croyons plus, ou à galérer dans l’administration de la précarité. Selon.

Petits bonheurs en tête à tête

Nous nous voyons de moins en moins ensemble avec à tout ça, mais surtout le plus souvent en tête à tête. La culture de masse rencontre ici l’individualisme. Le modèle typique du temps, ce sont les sites de rencontres. La rencontre matrimoniale relevait du choix social, la rencontre romantique de l’accident social, mais du social, de l’élection au milieu des autres. Elle est devenue l’objet d’un choix individuel programmé sur catalogue. Ce n’est ni bien ni mal moralement, cela donne même de très jolies rencontres (deux des plus marquantes de ma vie en ce qui me concerne), je pointe juste dans une tentative de réduction de plus en plus grandes de nos vies à nos objectifs conscients et prévisibles. Comme notre cuisine, tout est efficace, mais… la saveur ? N’est-on pas sur le point de perdre le principal quand on perd ce qu’il y a « autour » ?

Mon but n’était pas de vous déprimer !

Cela débouche sur un monde où il est très facile de faire des rencontres et relativement impossible de savoir quoi faire ensemble dans la durée. « Le difficile, visait juste Paul Valéry, n’est pas de trouver, mais de s’ajouter à ce que l’on trouve ». Et on déteste le difficile à notre époque !Bien sur, je force le trait, on connait tous un couple qui a l’air heureux non ? Bon, allez, deux (moi trois parce que je connais beaucoup de monde ! §;-)

On peut même trouver quelques élus qui n’inspirent pas de mépris ou de méfiance. Et aussi on a tous quelques amis qui ont un travail vraiment utile dans lequel ils ont l’air épanouis… Mais comme tout cela se donne dans un monde où notre plaisir sait qu’il a détourné les yeux du massacre des enfants syriens, où l’on sait que notre portable est alimenté à une centrale atomiques qui mets nos enfants en sursis, que notre pensée renonce à imaginer le clonage transgénique des aliments industriels que nous servons à notre table. Quand même l’interdiction pèse sur les semences du potager de village où se réfugie notre imaginaire… Avouer que ce n’est pas franchement les anges de Bach qui s’élancent au ciel de nos pensées… Mais cela donne toujours un peu d’élan sous les voutes d’une église.

J’avais dit un truc positif  pour 2014 !

En France on aura du mal, je ne peux pas vous le cacher, à échapper au spectre de notre grand suicide collectif de 1914. Nous sommes marqués plus que nous le pensons, dans la chair et les névroses de nos familles, par cet imaginaire du déclin et de l’échec (ce pourquoi les immigrés nous seraient si utiles d’ailleurs, car ils ont la fraîcheur républicaine et des rêves neufs, si nous ne fermions pas la porte avec les restes de notre rêve colonial). On y reviendra ailleurs. Donc du positif, disais-je…

Je vois de trois pistes pour ma part :

L’artisanat de nos vies

Il se développe. Quitte à être individualisés, au moins soyons nous-même. Rejoignons le mouvement de l’individualisme créatif. Faisons oeuvre à partir de votre vie. Nous sommes la première génération active auprès de ses enfants (c’est déjà pas mal à côté des parents qui se contentaient de grands mots et de télé).  Je vous souhaite de réussir à ajoutez ce que vous êtes au monde, soyez-vous même, fabriquez vos vies à la main. Portez du sens. Ce n’est en général pas terrible, je parle d’expérience, mais on fait toujours un peu mieux le coup d’après. De loin en loin, d’effort en effort, les choses qui ont vraiment du sens pour vous finissent par ressembler à quelque chose. Et il me semble que le premier terme de toute satisfaction, commence toujours par se réapproprier ses propres pensées. A ne pas les laisser à la télé, aux écrans ou à des choses vide de sens pour ce (et ceux et celles !) à qui et à quoi on tient vraiment.

Le choix des liens et le tissage patient
Je reste frappé par le nombre de gens chouettes dans une société qui se renvoie une aussi hideuse image d’elle-même. C’est sûrement que (nous !!!) les gens chouettes, n’avons plus trop prise sur la marche du monde et l’image des choses, comme la représentation politique par exemple. On ne changera pas ça en un jour et même peut-être pas du tout. Mais si l’on peut refaire société ensemble, je suis convaincu que ce serait un bon pas de refaire des cabarets, des fêtes, des tablées, des salons, des soirées de conversation sur le monde… D’où mon insistance à défendre une culture vivante, celle que nous fabriquons nous-mêmes, celles où nous sommes acteurs, celle où il y a temps de partage collectif et pas seulement consommation individualisé.
Il ne faut pas trop demander aux autres, mais la mise en liens de gens de qualité reste la meilleure société.

Du courage ! Du vrai !

Je pense qu’il faut aussi se demander un peu plus à nous mêmes en 2014. La vie nous parait difficile parfois, mais ce n’est pas grand chose dans l’histoire humaine. Imaginer ce que pèsent nos petits inconforts, comparé au temps où l’on avait peur des bêtes fauves dans les grottes, ou l’on tremblait dans sa hutte que le seigneur pillard du voisinage se souvienne de nous, où nos vies étaient réduite à la maladie prochaine et où tous nos liens affectifs étaient en sursis. Comme ces gens là, nos ancêtres, vivaient intensément et accordaient du prix à chaque instant volé ensemble à la mort !

Ce qui est angoissant aujourd’hui, c’est moins l’avenir qu’un deuil. On nous avait dit que la vie serait facile. Nos grands parents avaient connu la guerre et ils nous avaient promis qu’elle ne reviendrait pas. Nos parents ont fait la foire en 68, tout dépensé (et continuent à le faire en se réservant les dernières retraites après avoir brûlé les héritages) en nous disant que de toutes les façons l’avenir serait facile. Autant dire que « Moi d’abord ! » devient « Après Moi, le déluge ! ». Nous ne nous attendions pas à vivre cela, encore moins ce que l’on sent qui vient. Nous sommes nés d’un monde en progrès et nous vivons un monde qui tombe en ruine.

Les écuries d’Augias

A vrai dire, notre monde resterait acceptable mais ils nous demanderait des efforts collectifs, que nous ne savons plus faire, et pour lesquels nos leaders nous divisent au lieu de nous organiser, trop occupés à sauver leur part de gâteau ou leur gilet de sauvetage dans notre paquebot qui tangue. La question n’est pas seulement nous mêmes, ce sont nos enfants. Pas des enfants imaginaires, ce qu’ils vont vivre réellement dans 10 ou 20 ans. Sans Sécu demain, sans guerres encore pour combien de temps ?

Tenus à l’écart du champ social et politique, nous sommes des générations qui avons énormément investit sur l’enfance. Avec un objectif, ne pas reproduire ce que nous avions vécu. Des générations qui ont beaucoup pris sur elles-mêmes, investit dans la psychologie ou le dépassement de soi. Rien ou très peu qui prépare à une prise en main des collectifs. Ça risque pourtant d’être urgent de se responsabiliser là aussi car que pèsent toutes ces petites harmonies privées quand le tout s’effondre ?

Se sentir solidaire des précaires ou des riches ?

Je crois que la principale erreur de nos société développées a été de ne pas se solidariser avec les pays pauvres par le passé. De rester dans la compassion, le cynisme, la mythologie révolutionnaire, ou l’indifférence selon… Les rêves de toute notre société ont été orientés vers le plus de richesse. Les rêves… La culture encore ! Pendant que le partage se réduisait et que nos efforts nous profitaient de moins en moins, créant des fortunes qui, plus riches que des états aujourd’hui, sont en situation de recréer les grandes féodalité et leurs nouveaux serfs. Une féodalité sans la transcendance. Des invasions barbares qui ne sont pas celle du migrant venu apporter ses forces à la construction de nos villes. Mais celles des OPA inamicales sur nos institutions, nos économies, nos villes (on le voit très bien à Paris comme dans toutes les zones touristiques), et pire peut être, leurs OPA sur nos imaginaires.

Réenchantons ensemble !
Nos imaginaires, nos pensées, notre temps, nous en avons besoin pour réenchanter nos vies, nos amours (il en est question abondamment sur LMicromonde), nos quartiers (aussi) et nos moments collectifs.

En bref ? Je nous souhaite en 2014, des liens, des oeuvres, du courage !

Des liens réenchantés, des oeuvres qui ressemblent au meilleur de vous même et du courage… (si possible collectif !). Voilà, je ne sais pas toujours pourquoi je vous raconte toutes mes conneries, mais je préfère toujours me faire confiance et vous les dire, que de me taire. Ou tout simplement je vous fais confiance à vous… pour faire le tri, va savoir !

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Allez, la bise sous le gui !

© David Langlois-Mallet
lmicromonde.wordpress.com

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