Idées. Clitoris, culture, politique et Renaissance ???

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Résumé. La réinvention de notre art d’aimer est une question politique. La sexualité étant valeur centrale du système individualiste et d’une culture masculine épuisée. La « découverte » du clitoris et l’intérêt nouveau pour le plaisir des femmes n’est pas qu’une question féministe. Elle participe d’un mouvement culturel qui se pose la question du lien. (Cet article part d’une controverse au sujet d’un article de Slate sur la sexualité « mécanique » des femmes).

La culture des femmes, pour un homme, c’est précisément de réintroduire le lien, les émotions, l’affect, la complexité, la singularité… en un mot la relation dans le monde mécanisé, rationalisé et devenu vide de sens d’une culture masculine triomphante mais en crise comme jamais.

J’ai donc du mal à comprendre que comme dans cet article, des femmes se valorisent de l’espoir de prouver qu’elles sont des machines, simple mécaniques capables elles aussi de jouir sous Viagra. Ô triomphe !

Ce féminisme mécanique ne serait que cette égalité par le bas ?

Derrière cette idée « nous sommes comme les hommes », il y a tout un féminisme très réducteur (qui a mon humble avis a pris les hommes comme « étalon » de la libération des femmes, comme les premiers esclaves libres mettaient un casque colonial). Bien sur, on sait depuis Renaud, que comme Madame Thatcher, les femmes peuvent être « aussi » des hommes. Sûrement en se mutilant, mais elles le peuvent. Avec un peu d’effort, elles finiront par nous prouver qu’elles peuvent défiler au pas, éventrer l’adversaire ou aller vomir leur trop plein de bière après avoir gueulé au match et bourrer de coup de coup de rangers les pauvres étrangers croisés sur leur chemin. Le jour où les femmes seront aussi cons que les hommes, on sera tous bien avancé.

Il est évident que comme êtres humaines, les droits sont égaux avec les êtres humains. Je n’arrive même pas à comprendre comment le pouvoir politique peut tolérer l’inégalité des salaires entre les sexes. Je ne conçois même pas dans les couples qu’il puisse encore exister des inégalités dans le partage des tâches ménagères ou la participation au loyer ou la part prise au soin des enfants. Mon propos part du principe que ces égalités là par exemple sont considérées comme une base indiscutable dans une relation juste normale.

Autre avertissement (en note de bas de page*) quand je réponds ici à l’article sur le « viagra* » ou le « clitoris », la question qui m’intéresse c’est celle qui est cachée derrière : quelle idée avons nous de la différence des sexes ? Quelle relation et quel art d’aimer pouvons-nous réinventer ? Là encore on suppose l’âge du voyeurisme dépassé et que le lecteur et la lectrice, même jeune journaliste, ont acquis une familiarité technique et érotique avec l’animal en question, histoire de pouvoir y penser autrement qu’en état de choc (pruderie ou excitation) brouillent également l’analyse.

Le clitoris comme sujet culturel

Donc la « découverte » récente du clitoris, signe de l’importance nouvelle donnée au plaisir féminin, participe à faire exploser notre culture dominante (masculine) qui tendait à réduire la sexualité à la pénétration.
Le clitoris, seul organe dans l’espèce humaine qui n’a comme fonction QUE (j’ai pas dit queue) le plaisir, nous oblige à penser une sexualité féminine plus complexe que celle de l’homme. Androgyne en quelque sorte, la femme jouissant « comme une femme » et « comme un homme ». Si d’autre part tout le corps de la femme est une zone érogène, si les émotions jouent un rôle central, alors NOUS, hommes et femmes, avons des choses à découvrir ensemble.

Mais la question qui m’intéresse dans cet article, c’est la définition de nous-même.
C’est à dire de l’idée qui préside à notre relation. La rédactrice a l’air de dire : « youpi, nous sommes des machines ! » sous entendu « comme les hommes ». C’est donc le règne des mécaniques, mécaniques jouissantes sous comprimés, mécaniques souriantes sous antidépresseur et actives au boulot sous drogues diverses ? Que veut-on prouver ? Le pouvoir des drogues sur le cerveau ?

Si dans notre culture effectivement la sexualité masculine s’est appauvrit culturellement au point de se réduire à une mécanique, qui gomme le lien (prostitution, pornographie, consommation etc.) à, fait de la femme un trou vide de sens. Cela n’est pas sans lien avec toute notre société dans l’impasse relationnelle et dans la crise affective (L’ultra moderne solitude de Souchon, vous avez sûrement déjà senti la larmichette).

Plus la crise affective individuelle et forte, plus nous surinvestissons dans le sexe et l’argent dans une fuite en avant qui fini par tout détruire autour de nous (le film Le Loup de Wall-Street et excellent à cet égard. Quelle belle énergie vitale séduisante du héros toujours camé ! Il ruine les gens pour s’enrichir dans la course folle des bourses (tient « les bourses » on revient au sexe) qui ruine la planète et hypothèquent l’avenir de notre espèce sur Terre. Ça te parlera je suis sûr Naïk comme écolo !

Je laisse à d’autres le soin de prôner l’abstinence comme retour au temps des cathédrales* ou la consommation sexuelle comme épanouissement dans le grand supermarché. Je me contente de penser pour ma part que la réinvention de notre art d’aimer est aussi une question politique.

Qu’elle participe d’un ensemble de phénomènes culturels, qui tendent à redonner sens à la relation, à ceux qui nous entourent, comme une réaction naturelle de notre société à sa déshumanisation et à la course au plus d’argent comme condition imaginaire d’un bonheur toujours inaccessible qui ronge nos vies aussi sûrement qu’il détruit la planète.

La sexualité, valeur centrale du système individualiste. On ne s’étonnera pas qu’une Renaissance soit aussi ici à l’oeuvre.

© David Langlois-Mallet

Lmicromonde.wordpress.com/
facebook.com/langlois.mallet.paris

Note : * Le Viagra, je trouve que c’est un peu une régression (sans préjuger de l’avenir) mais en tout cas comme horizon du plaisir de la maturité, c’est pauvret. A 20 ans, ton rapport à toi-même et aux femmes tient dans ta queue et c’est assez normal. A 30, la sexualité s’est élargie, à 40 la relation, les émotions, l’érotisme prennent plus de place etc… et tu n’appelles déjà plus sexe la même chose. J’imagine qu’à 50 et 60 le phénomène s’amplifie à mesure que la pénétration exclusive régresse. Beaucoup d’autres choses ont place dans la vie. Je suppose que la vie même prend plus de sens à mesure que la mort s’approche et il est probablement pathologique d’avoir à 60 ans une sexualité de 20, c’est à dire assez pauvre.

Note :** Pour rire un peu avec le retour de Néandertal qui nous guette dans le même temps ajoutons, m’a dit une amie féministe, un mouvement catho en Espagne qui voudrait interdire la masturbation, cause d’un génocide de spermatozoïdes, mais notez là encore l’inégalité, les femmes ne tuent pas d’ovules en se caressant… L’ancienne domination masculine n’a t-elle même plus le droit d’asile ?
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Une réflexion sur « Idées. Clitoris, culture, politique et Renaissance ??? »

  1. Et si c’était justement le fait que le plaisir féminin ait lui aussi une dimension mécanique bien précise qui nous permette de relier les deux sexualités masculine et féminine, et redonner à la sexualité masculine la dimension relationnelle qui lui manque d’après toi? Genre si on est similaires d’un point de vue mécanique, on peut l’être pour d’autres choses aussi?
    D’ailleurs, la sexualité masculine me semble être plus complexe elle aussi que ce que tu sembles dire?
    Enfin, oui, youpi l’orgasme est mécanique, ça permet de mieux se découvrir, se connaitre, pour s’affranchir ensuite du côté mécanique et rendre nos orgasmes plus épanouissants (parce qu’un orgasme uniquement mécanique c’est quand même très frustrant) 😉

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