Free-Jazz. Fantazio, Joyeux Bordel !

Fantazio

Fantazio émerge de l’underground. Il nous apporte sa belle énergie et son esprit de liberté.

L’un des vrais bonheurs de l’art, c’est quand un talent rare, qui a patiemment pris le temps de mûrir et de ciseler ses traits dans les bas-fonds de la ville, parvient à éclore. On croit capter alors un peu de cette « époque au meilleur d’elle-même », qu’un philosophe voyait comme notre meilleur espoir. Avec Fantazio, cette éclosion semble porter tout un printemps un peu fou, floraison de notes, de couleurs, d’attitudes et d’intentions nouvelles auxquelles il est trop tôt pour figer sous les mots. Apprécions. Mais qu’est-ce que Fantazio ? Un homme et une contrebasse, sûrement. Une formation de jazzmen libres peut-être. Un collectif informel de créateurs, mais encore tout un courant de création urbaine, qui a couvé sous les décombres du Paris popu. Un courant très sincère, né au fil des rencontres de rue, des amitiés de bar, des complicités squattardes, qui partage sans façon sur scène le plaisir de se retrouver, d’échanger des signes et de se mélanger les arts.

Musicalement, cela progresse avec la forte nonchalance de l’éléphant — son animal totem dans les graphismes de Popaye — accompagnée de sons aigrelets et dérisoires des youkoulélé, guitares hawaïennes et xylophones, ou mêlé à la profondeur de magnifiques saxos, au vacarme de batterie ou encore à la complicité d’autres contrebasses que font vibrer des nymphettes, comme encore aux chants de guerre féministes d’une artiste japonaise fluorescente. Qu’il chante « les tortues fières » qui charment les mecs les plus coquins, où celles qui se laissent faire des enfants sans y réfléchir, qu’il beugle un charabia, ou miaule à la manière d’un dessin animé américain, les langues s’emmêlent et l’on croît comprendre en franglais une phrase commencé en espagnol et peut-être poursuivie en italien. Looké manœuvre de la contrebasse, sous ses tatouages, ses vestes croisées années 30, petit frère des punks, ou de la Mano Negra, son inspiration nous parle d’un amour artiste de la rue et de ses gens qui la hante. De son dégoût pour l’amusement obligatoire, des vrais fêtes qui sont accidentelles, d’une passion pour la spontanéité : « C’est important pour moi de retrouver cette improvisation, manière de dire que chaque journée est différente. Mon boulot, c’est de ne pas être toujours dans le même état, c’est une forme de respect pour les gens. Je trouve ça terrible ces groupes qui jouent toujours les mêmes chansons et balancent les même vannes » confie t-il.

Fantazio, s’il s’est défié des maisons de disque et donne à diffuser son premier CD par la coopérative alternative Co-errances « ce n’est pas pour la pureté de l’échec ou pour rester underground, mais parce que je veux garder la propriété de mon son, garder mon autonomie ». Où cela mène t’il Fantazio ? Sûrement vers une certain succès, une auto-exploitation comme chacun de nous. Il n’en est pas dupe : « je suis ma propre pute, mon propre connard, mon propre maquereau » swingue t’il.

Et à nous, qu’est-ce qu’il nous apporte ? Une l’énergie emballante, pour réenchanter notre effort quotidien. Une esthétique neuve, pas encore gâtée par la conso culturelle, ses médias-catalogues, ses festivals. Quelque chose comme la fraîche expérience désenchantée, celle de la liberté totale, qui est conscience de sa liberté relative.

David Langlois-Mallet (bienvenue sur ma page Facebook)

www.fantazio.org

Article publié dans l’hebdomadaire indépendant Politis 2006

David Langlois-Mallet (bienvenue sur ma page Facebook)
Site Mes Parisiennes https://mesparisiennes.wordpress.com

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