Précarité / créativité / post-68… Là où s’invente notre époque ?

Le combat le plus urgent c’est de relocaliser nos pensées. D’être le propre producteur bio de sa vie. L’artisan de ses projets. Ce faisant, nous essayons, chaque jour, de réinventer notre époque. Nous sommes des oeuvrier-es, comme Marina que je vous propose d’aller rencontrer.

Avec quels matériaux d’idée peut-on reprendre la main sur la fabrication de nos vies, là où nous sommes, sur un devenir qui soit pas choisi d’en-haut ou dicté économiquement ? Vous savez que ce sont des questions qui m’obsèdent aussi bien culturellement, qu’intimement et politiquement.

Je reviens donc souvent glaner autour des thèmes de la création du sens que nous portons et de la richesse de nos liens et de nos précarités affectives ou matérielles qui nourrissent ses dépendances.

L’autre soir, j’ai donc été voir le spectacle d’une personne rare et très lumineuse qui croise souvent ces questions tant dans son travail qu’elle les incarne dans son existence.

J’ai croisé Marina la première fois comme jeune journaliste, j’enquêtais sur le mouvement Génération précaire qui dénonce l’abus des stages à répétition. Je l’ai perdu de vue — puis retrouvée l’an dernier au 6B, fascinante ruche d’artistes à St Denis —  toujours porteuse de la même sorte de flamme, où la colère tourne en bonté. J’ai appris qu’elle avait participé à Jeudi Noir et je l’ai découverte dans un bel équilibre personnel et complètement investie dans l’art vivant, écriture et création.

Théâtre si l’on veut, forum si l’on souhaite

Je vous dit tout ça parce que je sais (trainant mes guêtres un peu par là) que c’est uncarrefour de dynamiques sur lequel il est très exigeant de fonder sa vie : exprimer du sens dans le bonheur, c’est devenu presque une contradiction à notre époque. Et que si cette contradiction est aussi votre quotidien vous serez sûrement intéressés par ce qu’elle écrit ou par la rencontrer.

« Comment dire, sinon en crabe ? Je ne fais que biaiser, mon miroir au
travers, comme ce plafond de verre au-dessus posé par la génération des parents.

Trouver la brèche, la respiration possible parmi tant d’embûches, une vie à
construire comme des décombres et cependant placée en plein luxe.

Bientôt 33, aussi bien insérée que le Christ, la qualité prophétique enmoins.
Mon pays, c’est Hamlet.

Hamlet, homme gentil dont je suis le chat, aussi présente, caressée, oubliée.
Alors, je surviens, comme un chien, lapant, gémissant, bondissant.
Regard sur une femme soumise et glapissante…
Posture de l’animal quémandant…
Levrette permanente… Situation inconvenante.

Mon DESS en management des projets culturels est mon troisième diplôme de
troisième cycle et je le porte comme un poids mort.

Pères, vous nous proposez un monde pire que celui qui justifia votre aversion
soixante-huitarde… abrogeant naïveté et insouciance. »

Théâtre si l’on veut, forum si l’on souhaite

C’est en tout cas au Théâtre de Belleville (petit bijou à l’italienne défiguré récemment en blocos culturel par la mairie) qu’elle a planté sa tente encore pour quelques soirs. Cela s’appelle A la rue – O Bloque. Je ne dirais pas que son spectacle est aboutit. J’ai pas mal de réserves sur ce texte qui donne la parole à Ophélie, jeune chercheuse multidiplômée des politiques culturelles et pourtant SDF.

Pourtant je suis tombé en admiration devant la première partie qui est une tentative hardie (comme il n’y en a pas eu depuis Cargo pour les anciens combattants de 95 et les initié-es) pour décrire la génération créative des enfants de 68, quoi ont pris au sérieux les rêves auxquels leurs parents ne croyaient que comme instruments de pouvoir.

Génération précaire ou créative ?

Marina décrit cette génération totalement dans l’ornière mais très riche culturellement, vieillissant dignement avec ses potentiels comme ces anciens aristocrates sans se résoudre à les mettre en vente au siècle du commerce. Génération d’Hamlet qui ne tireront jamais l’épée et d’Ophélie buvant toujours la tasse mais jamais tout à fait noyée.

Celle que l’on appelle la génération sacrifiée ou la génération précaire. Imbibée de cette culture post 68, où le père s’institue en frère pour pouvoir (encore) te tuer et la mère en sœur pour pouvoir (encore) te séduire. Evolution des rôles justifiée par le meurtre commun du grand père de Gaulle et d’un vieil ordre patriarcal devenu insupportable. Génération sommée de devenir parent psychologique de ses propres parents sans en avoir les moyens. Quelque part entre la vraie chance et la simple escroquerie selon les familles.

Je n’ai pas eu le temps de finir un papier là-dessus (et il est probable qu’il ne passerait pas les pesanteurs éditoriales) mais je vous invite, si ces questions vous concernent, à vous connecter au passionnant travail in vivo de ma chère complice Marina Damestoy.

David Langlois-Mallet

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