Paris est un jardin

L’objet de mon article est de dire que de l’autre main, la politique de la ville consiste à prendre le contrôle ou à détruire toute les initiatives des lieux et des artistes parisiens qu’elle ne contrôle pas.

Comparons la culture à un jardin

Dans l’esprit Delanoïste, tout ce qui y pousse spontanément comme initiative artistique des parisiens et considéré comme mauvaise herbe et arraché impitoyablement (les caf’conç, les squats d’artistes, les arts de la rue, les lieux de petite taille etc..).

Il reste les quelques charmantes pâquerettes en pot que l’on veut bien montrer aux enfants des écoles (c’est ce dont parle votre réponse, l’action culturelle tant méprisée en haut). Vous me reconnaîtrez que la moitié de mon militantisme auprès de la ville, loin de nier l’importance de tout ce dont vous parlez consiste à plaider pour l’augmentation des budgets et plus de considération pour les élus à la culture des mairies d’arrondissement, véritables « sous-mairies » dans le système actuel.

Et puis il y a la politique paillette de la Mairie centrale… Là ne poussent que des fleurs destinée à la parfumerie de luxe et au marché de l’art. Dans un entre-soi ridicule on y renifle le narcisse sous serre qui ne sert qu’à l’ego et la promotion personnelle.

Je parle d’entre-soi, pas de privatisation du bien public. Il est évident par exemple que l’urgence pour les parisiens est d’avoir un immense hôtel de luxe LVMH plutôt que des d’habitations bon marché à la Samaritaine.

Il n’y a pas de place… nous dit la politique de la mairie, pour les lieux culturels libres auxquels je fais référence et qui sont fréquentés aussi par les enfants, les associations, les jeunes, les vieux, on y donne des baluches et des oeuvres vivantes qui ont de tout temps fait le succès de Paris. Cette culture populaire spontanée. Celle des enfants du Paradis, du Montmartre ou du Montparnasse des artistes, c’est le lien essentiel à la vie de quartier qui fait que le XXe est si agréable à vivre et le 7e si mortifère, que la Goutte d’Or est un quartier riche culturellement et le XVIe un « vaste désert d’hommes ». Ce Paris dont je parle dans votre arrondissement, c’est celui du Carrosse expulsé aujourd’hui même au prétexte classique de la sécurité celui de la Miroiterie menacée, du Théâtre de Fortune rasé au mépris de la loi-même qui interdit de raser un théâtre, du Goumen rasé vendredi dernier….

Alors le patrimoine… largement oeuvre des pouvoirs, fait partie de l’âme de la ville. L’industrie du luxe a sa part bien sur qui le nie ? Mais les parfumeurs et leurs relais municipaux en voulant faire de la ville un duty-free, en sacrifiant tout au tourisme et à la spéculation, ne rendent pas seulement la vie invivable aux parisiens. Ils tuent ce avec quoi ils font de l’argent.

« Les aigles d’Altaïr », les derniers indiens de Paris demandent d’urgence une politique. On a d’ailleurs l’élégance de vous la fournir gratuitement. Elle a été conçue au prix d’une mise en danger personnelle en ce qui me concerne et beaucoup d’autres aussi (que dire d’Hervé en grève de la faim, de Yabon et de Cathy qui ont des enfants en-bas âge et souffrent une expulsion), quand tant « d’experts » se payent de nos impôts pour détruire notre ville qu’ils ne connaissent et n’aiment même pas. Quand tant d’agents municipaux sont, faute d’une politique éclairée ou d’une formation (je pense aux jeunes papillons des cabinets qui ne sont pas malveillants forcéments mais n’ont que la vague conscience en poursuivant leur intérêt individuel de participer à une politique d’apartheid social).

Voilà pourquoi il faut laisser s’exprimer le tissu de la vie, de la ville : à côté de l’action municipale les parisiens ont leur place. C’est un enjeu culturel et démocratique essentiel. Si Bertrand Delanoë ne comprend pas culturellement la nécessité d’une rupture dans sa politique, d’un réveil, il peut comprendre politiquement que Paris est perdu pour la gauche. Yabon, figure de Paname, artiste expulsé aujourd’hui avec Cathy sa compagne actrice de la renaissance du Carnaval de Paris me disait aujourd’hui « ils croient que nous sommes leurs adversaires, ils nous traquent et nous expulsent, nous sommes juste des lanceurs d’alerte ».

Ce que je dis la gauche l’a compris, les Verts l’ont compris, la droite populaire l’a compris. Il n’y a que la gauche caviar qui reste autiste à Paris aujourd’hui, je pense que même Bernard Arnaud pourrait le leur expliquer.

© David Langlois-Mallet, 28 mars 2012

* (Réponse à la tribune de Julien Bargeton dans Rue89)http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/03/28/la-culture-paris-un-travail-de-dentelliere-230607Bravo pour cette tribune et merci pour cette réponse. Je salue l’homme courtois et de qualité qui n’a pas que le mépris à offrir au débat. C’est la première fois, je crois sous vos yeux, que le Paris de la culture officielle s’adresse au Paris populaire.

Mais sur le fond, un constat simple… de malentendu. Nous ne parlons pas de la même chose. « La municipalité a une politique culturelle de proximité » nous dit en substance cet article.

Publicités

2 réflexions sur “ Paris est un jardin ”

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s