Un Peuple Créatif – Propositions collectives pour le ministère de la Culture

« FAY CE QUE VOULDRAS »
François Rabelais, L’abbaye de Thélème, Gargantua, chapitre LVII (1534)

UN PEUPLE CREATIF
Force de mutation d’un peuple créatif,
un 11e art, art de la relation émerge

IMG_8456-0.JPG

Y aura t-il une volonté ?
Notre peuple est créatif, inventif, éduqué, riche d’émotions et d’idées à partager. Notre pari est qu’il y a dans sa créativité un profond moteur apte à dépasser toutes les crises et toutes les sinistroses du temps, pourvu que le sens soit activé.

Ce travail sur le sens et sur le lien, c’est le rôle des artistes, des lieux et des acteurs culturels. Un peu partout depuis 15 ans s’invente comme un nouvel art. Dans les lieux en friche, les squats, la rue, les campagnes et les banlieues, des artistes cherchent de nouveaux liens. A mesure que la crise de l’humain et des relations s’intensifie, leur urgence, souvent dans des conditions très précaires, s’accélère. Comme s’il fallait compenser par le tissage humain ce que l’économie déchire.

Une force de mutation est en marche pour permettre une mutation des façons de penser. Il y a le potentiel créatif pour forger de nouvelles représentations qui nous redonnent le goût de vivre ensemble, pour renouveler l’aventure de l’art, l’élan de l’éducation populaire et ressourcer les politiques culturelles, faire vivre l’espace public d’une façon nouvelle et permettre la découverte de territoires d’humanité non encore explorés.

Ce mouvement créatif est aujourd’hui entravé par une pensée administrative des années 60. Entravé par la précarité, des lois et une réglementation inadaptées.
Il attend un regard, un souffle, une politique.
Nous connaissons les besoins, nous savons les dangers, nous montrons les richesses.
Nous avons fabriqué les outils.

Y aura t-il une volonté ?

I . Un peuple créatif, fraternel
Un immense besoin de partage et d’expression

Notre peuple est créatif, inventif, éduqué, riche d’émotions et d’idées à partager. C’est ce point que nous avons placé au départ de notre réflexion parce que dans un temps de troubles, il faut repartir sur des fondamentaux simples et républicains, de la dignité humaine. Notre pari est qu’il y a dans sa créativité un profond moteur apte à dépasser toutes les crises et toutes les sinistroses du temps, pourvu que le sens soit activé. Ce travail de mise en marche d’un tissu humain mobilise des artistes, des lieux de proximité et des collectifs.

Saturés de signes, bombardés de messages et dotés souvent d’outils, les citoyens ont besoin d’expression et de partage, de participation artistique et de fête. Ils ont besoin de se retrouver et de s’exprimer. La profonde richesse culturelle et humaine des gens qui, sans distinction d’origine, peuplent notre territoire, est une réalité massive de la société pourtant négligée par les politiques culturelles. C’est elle que nous proposons de prendre en compte. A ce titre, notre travail serait un frère de celui de l’éducation populaire à condition de bien comprendre qu’il n’est pas ici question de remplir un vase vide et en aucun cas de faire descendre une culture d’en-haut vers des masses supposées ignorantes.

Libérer l’expression d’autres légitimités

Nous avons plutôt pris en compte des richesses multiples : il y a les plus évidentes, celles dont la créativité se trouve souvent entravée par le marché : créatifs culturels, jeunes générations, geek, intellos-précaires, plasticiens-RMIstes, artistes spontanés de la rue, graffeurs, taggeurs, poètes des rues, slameurs de bars, etc.. Les moins évidentes aussi car il n’est pas pour nous seulement question de créateurs qui aspirent à une reconnaissance artistique. Ce ne sont pas les moins riches ni celles dont l’expression est la moins porteuse de sens : enfants, mères de famille, personnes d’origines étrangères, personnes âgées ou handicapées, humanité que l’on va chercher jusqu’au cœur des prisons. Un catalogue qui semblerait un programme social, s’il n’avait pour but d’évider en creux deux figures, celle de l’homme blanc, bourgeois, quinqua-septuagénaire à haut niveau d’études d’une part, et son pendant du marché, l’image de la femme sexy identifiée au mannequin, si possible chanteuse en plus. Pas par ostracisme d’ailleurs, mais pour souligner les richesses qui existent là où on ne les cherche pas habituellement, où on ne les attend pas. Là où elles ne sont pas considérées comme légitimes. En creux, l’expression de l’art du temps étant aussi politique, se dégage une figure de la légitimité politique d’aujourd’hui, moins fondée sur l’expression politique elle-même que sur l’organisation de l’expression de toutes les légitimités.

Typiquement aujourd’hui, ce qu’il faut de plus urgent, c’est une solution pour mettre en relation les expressions de la créativité contemporaine qui n’ont pas de débouchés ni de regard et les 90% de personnes qui ne fréquentent pas les lieux officiels.

C’est l’exemple de la troupe de théâtre amateur ou même professionnelle dont les artistes ont créé une œuvre, parfois au fil de deux ans de travail, et qui n’ont pour le moment qu’une ou deux occasions de la jouer. Il faut les relier avec toutes les personnes qui rêveraient d’échapper un soir à leur solitude ou aux écrans, mais qui n’ont pas forcément les moyens d’investir dans un billet ou même d’y penser tant il est vrai qu’on les conditionne différemment. Une politique culturelle doit assurer à faible coût cette passerelle en s’appuyant sur le tissu des lieux de proximité et des collectifs existants.

II . Lieux d’émergence et de culture populaire…
matrices d’une mutation culturelle

Ce travail pour faire émerger le sens et créer le lien de la société, c’est la mission que se sont donnée d’eux-mêmes des artistes, des auteurs de lieux, des acteurs culturels. Un peu partout depuis quelques années ils inventent la possibilité d’un nouvel art. Dans les lieux en friche, les squats, la rue, les campagnes et les banlieues des artistes cherchent de nouveaux liens. A mesure que la crise de l’humain et des relations s’intensifie, leur urgence, souvent dans des conditions très précaires s’accélère. Comme s’il fallait compenser par le tissage ce que l’économie déchire…

la force d’une mutation

Les lieux émergents, squats, bars culturels ou autres sont les catalyseurs des relations à l’échelle d’un quartier. Le quartier aujourd’hui c’est l’unité de sociabilité. Entre voisinage et espace public il retrouve un rôle essentiel d’humanité. C’est ici, à l’heure de la globalisation, d’Internet, des réseaux sociaux, que se répercute l’écho reçu de la planète. Le village monde dans sa diversité se retrouve au bar du coin. Et spontanément, entre des gens aux parcours d’origine (comprend pas parcours d’origine) et aux références culturelles différentes, on se tourne, pour échanger, vers de vieilles recettes, celles des cultures populaires urbaines.

Ce sont elles qui inventent les signes et le langage commun à partir des référents et des valeurs partagées. Dans les quartiers populaires ou mixtes, se forment ainsi des mélanges qui sont autant de signes d’une nouvelle alliance. En matière d’intégration, les balluches sont plus nécessaires que les discours. Il faut avoir à l’esprit pour comprendre notre monde les petits poulbots parisiens de la Goutte d’Or dont les parents sont nés au Mali autant que les demoiselles Dupont fans de danse africaine, ces groupes japonais d’accordéon musette comme ces couples qui se forment sur un air de châbi sans se demander où étaient nés leurs parents.

III . …et collectifs d’artistes
laboratoires du sens et secteur R&D du lien social

La diversité des collectifs d’artistes existants est l’une des plus grandes sources de développement créatif et d’innovation. Les politiques publiques n’ont pas assez pris en compte l’importance de ce mouvement et le sens de ce qui se joue comme transformation du rapport des artistes à la population et comme mutation culturelle. Dans sa diversité, ce secteur d’innovations sociales est un peu le laboratoire Recherche et Développement de notre vivre ensemble. Ce sont aussi les fabriques d’oeuvres, les ateliers… Avec la créativité publique, les lieux de proximité et l’espace public, les collectifs sont les maillons du terreau culturel. Vu leur singularité et leur hétérogénéité, il est nécessaire que le politique les approche comme il le ferait dans le secteur économique, en les regardant comme des porteurs de projets, des pépinières…

Comme pour le phénomène de la collocation dans la société, ce mouvement culturel tient pour partie de l’adaptation à la précarité, mais aussi d’un besoin d’échange et de convivialité. Il s’y pratique des formes d’échange et de mutualisation très variées, allant du simple partage d’outils, à des mises en commun, allant jusqu’à la naissance de formes artistiques pluridisciplinaires. Les collectifs sont ainsi susceptibles de prendre des formes singulières.. Elles vont du simple partage de loyer qui a l’impact limité de la présence d’artistes, à des portages de projets artistiques complexes dans un champ précis (gravure, photo, arts plastiques), ou socio-culturels de toutes natures dirigés principalement vers le territoire. Il importe de voir avec chaque collectif la nature de ses intentions et propositions, son action, et d’en évaluer la présence, de l’intérêt général et pas uniquement de l’intérêt personnel des acteurs.
Le collectif est une révolution dans le champ culturel qui manifeste une évolution sociologique de première importance. Celle d’un troisième modèle entre des formes collectives en décrépitude et l’impasse individualiste. Une solution qui permet de faire son travail personnel et de participer à un sens collectif. Une évolution qui n’est bien sûr pas sans lien avec d’autres formes, politiques notamment, dans le nouveau militantisme, les coopératives salariales etc. Et sont autant d’indices de l’évolution de la société qui cherche à naître. Parfois dans l’indifférence et le mépris (on pense aux élus qui se focalisent sur le mode d’occupation, par exemple l’occupation sans droit ni titre d’une friche, plutôt que sur le projet lui-même).

IV . La création culturelle, circulation et entrave

Un exemple illustre très bien, le fonctionnement de la chaîne solidaire que forme la culture, c’est celui de la jeune scène chanson.

Alors que la chanson française était tombée brutalement aux oubliettes dans les années 80-90, il y a une quinzaine d’années, tout un mouvement de jeunes artistes est apparu. Une génération spontanée a poussé dans les bars à Paris, mais aussi à Rennes, Toulouse ou Grenoble, qui se sont transformés en scène ouverte. De jeunes auteurs (comme Bénabar) ont pu se familiariser avec un public sur ces très petites jauges et dans le même temps, le public populaire avait, pour le prix d’une bière accès à des artistes avec qui, miracle de la culture à taille humaine, ils pouvaient même aller sympathiser après le concert. Cela avait un effet positif sur les environs, une certaine convivialité débordait dans l’espace public et une petite circulation faisait refluer dans certains quartiers une petite délinquance ou de petits trafics qui évitent la lumière.

De bars en petites salles, certains jeunes artistes amateurs sont montés très haut. Tous ne sont pas devenus de grands artistes, mais sur le terreau de ces lieux modestes, toute une génération a pu s’exprimer en chansons, un public se reconnaître dans des sujets qui parlaient de sa vie, de son quotidien, irriguant le champ public de représentations nouvelles. Symbolisations sans lesquelles les tensions de société se retournent en violence plutôt qu’en dialogue.

Ce mouvement pourtant a été stoppé brutalement par la loi Voynet sur le bruit. Cette dernière, même si elle ne visait pas la culture, instaure un déséquilibre très favorable au plaignant et de nombreux bars ont dû cesser une programmation qui leur attirait trop d’ennuis, participant ainsi à une perte de sens et de valeur de l’espace public, à sa désertification culturelle et à sa banalisation.
L’exemple du Canal St Martin à Paris est frappant. Lieu de trafic avant que les bars à chansons n’en fassent un quartier vivant, il n’est plus depuis qu’on les a fait taire qu’un simple quartier de bars à touristes bobo, sans autre vocation que de faire de l’argent.

V . Un espace public réinventé

La sociabilité dans l’espace public, condition de notre hominisation

C’est dans les espaces de convivialité que s’invente, avec les liens, la possibilité d’un vivre ensemble. Se connaître, se fréquenter, sont, bien plus que la surveillance policière, les conditions d’une sécurité, mieux peut-être d’une convivialité. Ironie de l’histoire, ce n’est pas le ministère de la Culture qui s’intéresse à ces phénomènes. Il semble même, au rythme des expulsions de squats, des interdictions de concert, ou des PV donnés aux artistes qui chantent ou dansent sur le pavé des rues, que ce soit au ministère de l’Intérieur qu’ait été délégué ce pan entier de l’activité culturelle. Que Claude Guéant se trouve placé au cœur du lien social… le malaise fait à lui tout seul image.

Redonner du sens à l’espace public / faire confiance aux artistes

Dans une société un peu rationnelle, c’est à dire culturelle, ces lieux d’élaboration d’un langage commun seraient reconnus d’utilité publique et l’irruption spontanée de l’art sur le pavé serait perçue comme une chance. De notre point de vue, l’espace public est :
• Un espace de liberté individuelle et d’aventure humaine
• Un lieu de confrontation et d’apprentissage des tensions de la société
• L’opportunité de rencontres spontanées, une chance d’échapper au formatage relationnel
– Du point de vue de la puissance publique, c’est un espace de moins en moins créatif et qui est au contraire entièrement dédié au contrôle sous toutes ses formes. Pour l’élu, l’espace public semble catalyser une phobie : la peur qu’il s’y passe quelque chose semble dominer toutes ses décisions.
– Du point de vue des artistes qui la font vivre, il semble que ce soit la peur qu’il ne s’y passe rien. J’ajouterais un point de vue de sciences humaines qui nous disent qu’il s’agit pour les humains d’un espace de socialisation majeur et d’apprentissage du vivre ensemble.

« La culture, mot et concept, est d’origine romaine. Le mot « culture » dérive de « colere » – cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir préserver – et renvoie primitivement au commerce de l’homme avec la nature en vue de la rendre propre à l’habitation humaine. En tant que tel, il indique une attitude de tendre souci, et se tient en contraste marqué avec tous les efforts pour soumettre la nature à la domination de l’homme. »
Hannah Arendt, La crise de la culture.

VI . Le terreau culturel
premier maillon de la chaîne culturelle

Se dégage au fil de cette contribution une vision, à la base du phénomène de culture vivante, d’un terreau composé de l’expression du peuple, des lieux de proximité et de l’espace public comme lieux ressources de l’expression sans rupture avec la monstration et des collectifs d’artistes comme catalyseurs, propulseurs, inventeurs. Le double sens du mot culture, se prête bien à expliquer notre intention par cette image. Comme le précise Frédéric de Beauvoir, directeur du Cent, « Il faut une politique qui s’intéresse à la terre plus qu’aux plantes. » Notre conception de la culture se rapproche de la démarche de l’agriculture bio qui, à la différence de l’agriculture intensive, s’attache à enrichir la terre quand la seconde met de l’engrais sur les plantes.

Ainsi, si aujourd’hui les jardiniers des politiques culturelles cherchent à faire pousser des artistes ou des compagnies de spectacle, qu’ils doppent parfois à l’engrais de la subvention, d’autres fois, ils cherchent à planter des espèces rares sur des sols non préparés pour les recevoir, mais surtout sans respect de la végétation qui y pousse déjà.

L’approche que nous proposons pour demain part d’une considération pour l’existant. Notre principe est d’aider les acteurs à labourer le terrain, de la ville, des quartiers ou des villages. Dans le respect et l’intérêt pour ce qui y vit et y pousse déjà. Une fois le sol nourri il va y pousser les potentiels qui s’y trouvent. Certains seront peut-être exceptionnels, mais tous auront une fonction et un usage pour ce qui les entoure. Dans notre approche, ce n’est pas d’en-haut que se décidera l’agrément local ou l’éradication, comme c’est encore trop le cas par le biais de politiques culturelles descendantes qui font table rase de l’existant. Pratiquer une politique descendante pour une collectivité aujourd’hui n’est pas seulement une bêtise culturelle, c’est une faute politique. Puisque cela revient à accompagner le marché dans sa volonté de gentrification de l’espace urbain en se faisant l’adversaire des initiatives de lien du territoire. C’est typiquement l’impasse actuelle de la politique culturelle de la Mairie de Paris.

VII Culture montante ou culture descendante ?

D’une façon plus large nous souhaitons que ces réflexions sur le tissu culturel inspirent une réflexion simple, mais de fond, aux élus et aux auteurs des politiques publiques. Le choix peut se résumer ainsi :
1- Culture descendante ?

La culture est-elle un objet que le politique doit contrôler et qu’il fait retomber sur la population sous forme de programmations en attirant vers elle « des publics » avec plus ou mois de difficultés et à grands frais de communication ? Dans ce premier cas, l’élu serait une sorte d’arbitre des élégances, contrôlant avec les opinions et les goûts de son âge, ceux du public. Une sorte de père qui gèrerait le contenu de l’Ipod de ses ados.
2- Culture montante ?
La culture n’est-elle pas plutôt une expression qui monte de la société sous des formes qui expriment ses besoins tels qu’ils se donnent, tels qu’ils se vivent ? Dans ce second, l’élu serait attentif aux expressions nouvelles de la société. Il s’inspirerait pour son action des signes et messages qui lui parviennent, permettrait leur expression, favoriserait leur émergence, aiderait à la progression des plus signifiantes.
Le choix de se référer pour une politique culturelle à une culture montante ou descendante est une question de philosophie de l’action publique. Inutile de préciser où va notre préférence, car ce qui est en phase avec les aspirations de la société contribue à en résorber les fractures et les crises, quand ce qui accompagne le profit individuel irraisonné les précipite.
« Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? Tout.
Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien.
Que demande-t-il ? A y devenir quelque chose. »
Emmanuel-Josephe Sieyès, 1789

Reconnaissance du tiers secteur culturel
Scénarios de refondation pour une
République culturelle

1. Un peuple créatif
La nécessité : permettre l’expression et la rencontre
Notre proposition : Création d’une bourse de projet culturel de société

Il faut soutenir les micro-projets culturels d’initiative citoyenne. Tout projet citoyen dans le domaine culturel, en appui sur un lieu de proximité, se verrait soutenu à hauteur de 1000 euros. En échange de quoi il s’engagerait à un cahier des charges de respect du voisinage, d’ouverture à tous (habitants, personnels des comités d’entreprises, scolaires, public municipal, tarifs sociaux etc..). Le droit d’entrée devant se faire sur la base de l’euro symbolique.
Ouvrir par exemple des bourses de projet à 1 000 euros pour l’expression culturelle et la rencontre serait une mesure de mise en marche de la société en même temps que le symbole fort qu’une nouvelle ère politique s’ouvre.

2. Les outils de mutation
La nécessité : Une vraie politique pour les lieux de proximité et collectifs
Notre proposition : Etudier avec les acteurs des scénarios de refondation
L’originalité de ce secteur et son autonomie impose une invention politique, celle-ci ne peut être imaginée qu’en concertation étroite avec les acteurs

Plusieurs pistes de réflexions sont ouvertes qui ne s’excluent pas. Mais là encore, le processus de partage de réflexion et d’échange importe autant que la décision, car ce sera aux acteurs eux-mêmes de se réapproprier cette politique qui ne vit que de leur initiative propre et part donc de leur reconnaissance par le politique. C’est le sens du travail mené dans notre groupe et de la diversité des contributions qui en sont issues et sont disponible sur le site http://www.altair-thinktank.com

– La reconnaissance et la protection de l’indépendance de la culture de proximité et du tiers secteur culturel Le ministère de la Culture pourrait protéger un réseau très dense de CNDCQ (Centre National Culturel de Quartier). Celui-ci n’est pas une création ex-nihilo du fait de la volonté publique, mais une reconnaissance de l’existant.

– Médiation. La mise en place d’une instance de médiation du ministère avec les collectivités territoriales est nécessaire. Par exemple une instance de concertation régionale, réunissant les institutions, Drac et collectivités territoriales s’étant donné la compétence culturelle, serait prévue. Ce Tiers Secteur culturel serait également représenté auprès du Médiateur de la République pour toutes les questions de litiges entre lieux et collectivités.

– Création d’une Coopérative réunissant l’ensemble des collectifs, structures et lieux se réclamant d’un Tiers Secteur culturel de proximité. Les subventions du Ministère de la Culture et des collectivités territoriales pourraient être réparties équitablement entre ses membres sur une base qui serait à définir ?
C’est une des solutions envisagées pour que l’argent aille à la création et non à gonfler les charges de l’administration de la culture (80 postes administratifs pour un emploi créatif, celui du directeur dans une scène nationale). Ses comptes seraient soumis à l’approbation des pouvoirs publics, sa structure pilote très légère. Structure de répartition, ses frais de fonctionnement seraient extrêmement plafonnés pour que la quasi totalité des moyens aillent aux lieux et aux compagnies.

– L’ouverture d’un grand lieu d’utopie, d’expérimentations artistiques et culturelles et citoyennes, par exemple sur le lieu symbole de la citoyenneté, en face de l’Assemblée nationale, Place de la Concorde, à l’Hôtel de la Marine. Elle pourrait accueillir une structure comme Hors les Murs, dont le champ et l’objet seraient redéfinis en lui offrant un champ d’action beaucoup plus large, non seulement arts de la rue et cirque, mais lieux, collectifs, des émergences etc.
– Refonder par un travail parlementaire l’ensemble de la vision de l’espace public, revenir sur la loi Voynet. Reconnaître le rôle culturel des cafés à activité.

3. Un espace public réinventé

La nécessité : Réinventer le rôle de l’espace public
Notre proposition : une initiative parlementaire
Il faut d’urgence qu’une commission parlementaire se penche sur la question de l’espace public et lève dans la loi un certain nombre d’interdictions, de freins qui pèsent sur la rue. Par ailleurs, il faut parvenir à une synthèse claire des travaux qui démontrent la nécessité du rôle de la culture dans l’espace public. De façon à penser une politique de progrès. Les artistes doivent pouvoir de nouveau librement faire vibrer l’espace public, c’est la vraie place du spectacle vivant.

4. L’expertise sociale du terreau culturel

Nécessité : coordonner l’expérience de terrain et la décision politique
Notre proposition : Remonter les expériences du Tiers Secteur Culturel

Représentation des émergences culturelles au conseil économique et social
On ne situe pas impunément l’activité artistique au contact des réalités. Comme on ne met pas sans conséquence toute une génération éduquée dans des conditions de vie précaires sans qu’il n’en sorte une pensée. Il s’agit maintenant de s’appuyer sur ces moteurs d’expérience et de transformation sociale pour que le conseil de l’Etat (heu phrase pas finie ?). Une mission qui aurait sa place au sein du Conseil Economique et Social. Avec pour objectif l’inscription de la marge dans les institutions et sa reconnaissance et surtout la remontée de ses expériences utiles à la société dans tous les domaines (bien-être, cadre de vie, sécurité, emploi, innovation etc.).

Nécessité : soutenir l’existence créative des acteurs de la culture
Notre proposition : Ouvrir une réflexion sur le revenu d’existence

La professionnalisation ou la préprofessionnalisation dans le secteur de la culture concerne différents types de parcours qui sont souvent sécurisés dans les faits par le filet social que constitue le RSA. C’est une réalité indissociable de la mise en danger qu’acceptent les acteurs pour des raisons de sens : ne pas perdre sa vie à la gagner mais plutôt produire du symbolique pour ne pas mourir. Cela renvoie au sens de leur vie, à leur conscience citoyenne des projets d’utilité publique qu’ils comptent développer.
• l’activité artistique complémentaire d’une activité de revenu ou d’un revenu social
• L’activité artistique qui travaille sur le lien, la médiation, la mise en route de la créativité des autres et aussi des lieux.
• Et aussi des artistes en développement qui visent à pousser toutes leurs qualités dans un projet artistique professionnel qui est, ou tendrait à devenir, leur activité principale, régulière, rétribuée.
La réflexion culturelle ouvre là encore sur un sujet de société. Celle des minima sociaux et des ressources humaines sur lesquelles le politique entend miser. Une décision dans ce domaine est liée à la vision de la société portée par le politique. Si l’humain n’est pas perçu d’abord comme un profiteur (on parle de 480 € par mois dans le cas du RSA) ou un ivrogne pressé d’aller boire aux frais de la société son larcin. Mais plutôt comme un porteur de projet qu’il convient de soutenir quelles conséquences en tire t-on, pas seulement pour « les gentils nartistes », mais dans une politique sociale d’ensemble ?

Nécessité : penser de nouveaux financements pour la culture
Notre proposition : Evaluation de cette politique

La culture de proximité ayant comme justification une amélioration de la qualité de la vie et du moral des français, le secteur aurait pour objectif de tendre vers l’auto-financement. Celui-ci serait évalué sur la base d’une reversement des dépenses négatives qu’il permet d’économiser sur des dépenses publiques négatives (Frais de santé, sécurité, conflits de voisinage etc.).

Une mission d’expertise avec le concours de la Cour des Comptes et du Conseil d’Etat serait chargée d’évaluer l’impact positif de l’activité culturelle de proximité dans tous les domaines du vivre ensemble : impact sur les relations, le moral, la sécurité, l’image du territoire, le tourisme, les violences aux personnes etc.. Les indices habituels du moral des ménages et du bonheur intérieur brut seraient également estimés.

Quel lien avec l’institution culturelle, quel impact sur l’action du Ministère de la Culture en particulier ?

Cette politique de terrain ne nie bien sûr pas la nécessité d’accompagnement dans la croissance des artistes et la professionnalisation sur le marché ou par l’institution. Mais c’est toute la politique des institutions, collectivités locales ou du ministère de la Culture qui doit se trouver modifiée par une attention nouvelle pour ce que fabrique la société. Il est totalement aberrant que la plupart des acteurs institutionnels ne descendent (où ?) qu’avec méfiance, réticence, voir se détournent dégoûtés par ce que produit leur époque. Les critères de distinction qui ont cours dans l’institution, ainsi que la définition de la mission et la formation des personnels est à réinterroger et ne peut l’être sans une réflexion politique globale sur le sens de l’action publique.

Une des propositions des groupes de travail était d’ailleurs de changer le nom du Ministère en faveur de : Ministère de la Culture et des arts.

Nécessité : réorienter l’activité des institutions culturelles face à la crise
Notre proposition : une entrée en résistance des équipements culturels

Acter du fait que la séquence historique qui s’ouvre implique une mobilisation exceptionnelle des acteurs et des ressources. Il faudrait permettre et encourager la mobilisation des acteurs institutionnels qui le souhaitent.

L’aspect transversal de la culture
Nous savons que la culture n’est pas un sujet isolé, mais qu’une image, une musique, une danse, un écrit ou un acte nous parle de notre rapport à la réalité. En quoi cela peut-il enrichir l’action publique ?

Chaque ministère devrait par ailleurs accueillir en résidence des artistes. Pour se voir poser de l’intérieur des questions utiles et accepter que l’inquiétude sur le sens s’invite dans l’action. Quelles conséquences cela a t-il pour leurs administrés si les fonctionnaires n’ont pour représentations de la réalité que celles d’artistes majoritairement masculins du XXe siècle dans des décors du XVIIIe siècle ? Ou, dit différemment, que peut apporter au travail des fonctionnaires le fait d’être en contact avec des représentations contemporaines des réalités sur lesquelles ils agissent au quotidien ? C’est toute la question de la fracture politique qui se pose ainsi.

Enfin un dernier point sur le ou la futur-e ministre de la culture. Peu importe qu’il aime le rap ou la musique classique. Il paraît nettement que sa qualité principale doit être l’intelligence relationnelle.

David Langlois-Mallet
Coordinateur du groupe d’Altaïr « marges et cultures populaires »

Paris, le 6 mars 2012

Premier-es signataires « Un peuple créatif »

Gloria ARAS, duo ETXEA, Sylvie ARMILLON, Chargée d’études et de réalisations culturelles, Centre National Georges Pompidou, Camille ARNAUD, réalisatrice-monteuse, Frédéric de BEAUVOIR, directeur du CENT établissement culturel solidaire, Julien BELLER, directeur du 6B, Danielle BELLINI, chargée de cours en politiques culturelles à Paris 7, présidente des Souffleurs commandos poétiques, Jean BOJKO, metteur hors scène, TéATr’éPROUVèTe (Corbigny, 58), Carmelinda BRUNI artiste du spectacle ex- Théâtre de Fortune, Alain CADILLAC, coordinateur exécutif université européenne de la recherche pft JP Faye, Gilles COMBET, réalisateur, Claire DEHOVE, WOS/agence des Hypothèses, Eric DELION, réalisateur, Télé de Gauche, Jean DIGNE, Président de Hors-les-Murs et du Musée du Montparnasse, Jean DJEMAD, Cie Black Blanc Beur, Frédéric ETCHEVERRY, duo ETXEA, Dominique FOLLENFANT, artiste plasticienne, La Fonderie, Philippe FOULQUIE, directeur fondateur du théâtre Massalia, Olivier LE GAL collectif Mu (Paris), Alexandra GARSON, Psychanalyste, Vincent GARSON Art Director, Adrien GAUME, la Clique des Batifouls, Zérane GIRARDEAU Productrice Confluence Artistique, Guillaume GOMIS, journaliste spécialiste du mouvement squat, Franck HILTENBRAND dit YABON PANAME artiste plasticien, co-gérant du Carrosse, Paris 20e , Cyrille HUGON gonzo journaliste à l’Ethylique, David LANGLOIS-MALLET, essayiste, Germain LENAIN cie Mille et Une Vies, Monica LY, chorégraphe-metteuse en scène, Jean MERMET, Jérémy NESTEL, Libre Accès, Blandine PELISSIER, actrice et metteure en scène, association H/F, KTY Catherine POULAIN, artiste plasticienne, co-gérante du Carrosse, Paris 20e, et Transversales K, Sara RENAUD membre du collectif le Jardin d’Alice (Paris 18eme), Karine ROYER, Médecin généraliste, Nathalie SAÏDI, Art Passionata, Les Arts et Mouvants, Valérie de SAINT-DO, journaliste, Michaël SILLY Villibryde, Laurent SCHUH / Les Arts et Mouvants, Khalid TAMER, président du Lavoir Moderne Parisien, Aude TINCELIN, photographe.

Publié in « Forces et défis de la Culture » Altaïr, think-thank médias 2012.

Publicités

2 réflexions sur “ Un Peuple Créatif – Propositions collectives pour le ministère de la Culture ”

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s