Squat : Que sont nos amis devenus ? (in Politis 2007)

Comme naguère ses quartiers populaires, Paris perd ses enclaves culturelles. Les squats fondent cet été comme neige au soleil.

Restera t’il un bon petit squat d’artistes parigots ouvert quand Bertrand Delanoë se représentera devant ses électeurs ? On vous dit ça car l’on aurait aimé, vous rencarder tout au long de votre été parisien de bons petits plans parigots et squattards, vous inviter à festoyer dans sur des terrains non tarifés, où l’art et la vie peuvent encore surprendre, où les sourires n’ont rien à vendre… On vous dit ça aussi parce que, pour les élections municipales de 2001, le futur maire du Palais faisait campagne dans les lieux alternatifs : il y avait de l’espoir ! C’était le temps où le secrétaire d’Etat à la culture, Michel Duffour, célébrait les Nouveaux territoires de l’art, on ne comptait plus les ouvertures de petits poumons culturels dans les quartiers. Cinq ans plus tard, on ne compte que quelques survivants… à l’échelle de la ville ! Il est vrai que le vent a vite tourné en mairie. La culture de quartier a du s’effacer devant la communication de la capitale. Les petits lieux ont été négligés au profit de grands évènements attrape-touristes (Nuit Blanche, Paris Plage…) avant que l’énergie municipale ne soit engagé dans la folie des grandeurs d’une candidature aux Jeux Olympiques. Avec qui plus est, le retour sur investissement que l’on connaît. Bien fait.

Mais lorsqu’on se retourne vers nos quartiers, que reste t-il de nos amours ? Eventré, le Théâtre de Fortune n’est ouvert qu’à madame la pluie. Alter-Nation dors sous les parpaings et Ogénie et ses peintres n’existent que dans le souvenir. La Maison Républicaine est redevenue un bar à hôtesses, Blanche a perdu ses artistes. Bouclée, la Maison de la plage n’accueillera plus les gamins de La Villette… tant et tant de bâtit et de jardins solidaires, les parcelles d’un Paris des gens d’ici, rasées, comme naguère la Cour des Miracles sous les bottes du lieutenant La Reynie, le Lutèce médiéval, sous les coups d’Haussmann, les faubourgs sous ceux des soldats de Thiers et le Paris-villages de Brassens sous les promotteurs de Pompidou et Chirac…

Comme autant de vaines barricades dressées par un esprit communard, on voit le Paris populaire perdre ses derniers bastions, devant l’avancée inexorable, d’une autre ville, propre et marchande, celle de la Capitale. Ne voyez nulle nostalgie passéiste, dans ce rappel au mouvement de l’histoire. Ce n’est pas « le bon vieux temps », ce qui « fout le camp », c’est juste votre été, celui des bons plans des gueux magnifiques bloqués à Paname. Car même les lieux que l’on a aimé ce printemps (la cerfvolante, le Vent d’Hôm, le Théâtre de Verre…), ferment pour raisons administratives ou judiciaires. Dès cet été. Attrapez les donc par les cheveux, tapez l’incruste dans leurs fêtes imprévues d’adieu, déhanchez-vous sur leurs chants du cygne, c’est ce que le Pantruche squattard vous donnera de meilleur. Pour le reste, Prince, pardon. Mais cet été a Paname, ta tournée des grands ducs se fait au son des de profondis…

Morpionibus !

David Langlois-Mallet

Spécial squats

Ouvert ou fermé ?

Paris 1er

Rendez-vous en 2008…

Chez Robert, Electron libre, c’est le navire amiral de la flotte squattarde. A deux pas du Louvre, ses ateliers d’artistes ouverts à tous les vents et surtout à tous les publics, en ont fait un symbole. Le comptage d’un fonctionnaire — trop zélé au goût de ses supérieurs —  en a fait le troisième centre d’art contemporain le plus visité de France. La victoire des deux Delanoë aux élections municipales de 2001 (Bertrand le maire et Gaspard, le squateur), a aboutit à son rachat par la mairie. Résultat des courses : L’électron libre est fermé depuis mars 2005 pour des travaux de mise aux normes qui tardent à venir (jusqu’en2008 ?). Un exemple à suivre ou la trace du collier ?

Chez Robert, Electron libre, 59 rue de Rivoli, 75001 Paris. www.59rivoli.org

Paris 1er

Fermé de l’intérieur

« C’est entièrement fermé ! » se flatte Julien, président de l’association qui occupe un magnifique immeuble historique, l’ancienne ambassade d’Andorre en France. La Tour, est l’un des rares squats légalisés par la Mairie. Il le doit à son efficace et bien introduit président, qui ne parle que « normes », « légalité » et réalisme économique, mais surtout au fait qu’il se limite très étroitement à quelques ateliers réservés, sans risque vers le public ou engagement de quartier, excepté des cours de dessin dans 5 écoles BCBG. Pas cher payé pour loger les petits copains et… pour cracher sur les autres squatteurs de Paris ! Espace privé donc… surtout de vie !

La Tour. Le Laboratoire de la Création

111, rue Saint-Honoré, 75001 Paris. Tél. : 01 40 26 18 95

Et le site : www.laboratoiredelacreation.org

Paris 2e

Bon Vent !

De l’ambition artistique, un quartier emblématique mais très difficile pour les occupations, le pari de Vent d’Ôhm était alléchant. S’en sont suivi quelques mémorables expositions et fêtes sauvages, à deux pas du gratin de la bijouterie mondiale. Mais la justice n’a bien sur pas suivi, les artistes plient bagage. Rien donc de programmé cet été, mais… restons malins et fureteurs, les fêtes d’adieux sont les plus belles ! Départ prévu le 27 juillet.

Squat Vent d’Ôhm

10, rue Volney, 75002 Paris

www.ventdohm.tk

Paris 10

Haut, bas, fragile

Ambition artistique et ouverture sur le quartier. Le Théâtre de Verre reste fidèle à sa vocation avec un programme des plus fournis (performances d’artistes toulousains, japonais, africains… soirée a thème gastronomique, ateliers d’alphabétisation gratuits, de danse etc…vernissages). Mais seulement, jusqu’au 15 août, date prévue par la justice pour sa fermeture. La mairie de quartier n’était pourtant pas indifférente, mais que fait la mairie centrale ? Ou plutôt qu’a a faire la mairie de Paris d’une action de quartier ? Il ne lui en coûterait, dit-on pour sauver ce qui est peut-être le lieu de culture alternative le plus vivant de Paris, que… le prix d’un lampadaire par mois.

Théâtre de Verre, 25/27, rue de l’Echiquier 75010 Paris. Tél. : 01 47 70 58 25

www.theatredeverre.org

Paris 11

Avec légèreté

Pas facile de tenter un lieu d’habitation pour femmes et enfants, qui soit aussi un lieu ouvert aux luttes et aux mouvements, un espace de gratuité (atelier vélo, informatique, langue). Pari réussi pour la Serre-Volante, mais la vraie difficulté, restait d’affronter le droit à la propriété. La Serre-Volante a fermé ses portes le 15 juillet, avec une dernière fête d’adieu… pour rembourser ses amendes.

La Serre-Volante, 52, rue Sevran, 75011 Paris.

Paris 11

Piano l’été

Pas de grands projets sous le soleil d’été, pour ce labo d’alternatives, mais la poursuites des ateliers de quartier : capoeira ou sculpture, danse… Même si une surprise n’est pas exclue d’ici-là, rendez-vous en septembre pour le festival.

La Petite Roquette

6, rue Saint-Maur, 75011 Paris

Contact : breakerz@free.fr

Paris 18

Bât son plein

Ça bouge bien dans ce jeune petit lieu inspiré des Macaq (ces squatards des Batignolles, expulsés, mais toujours actifs hors les murs). Donc priorité à la vie de quartier. Repas tous les jeudis, scène ouverte, diffusion de cours métrages et ateliers de sculpture, de danse… On peut même participer au ménage et au bricolage certains dimanches. Le bonheur quoi.

La Villa Joie

61, rue Ganerron, 75018 Paris

Contact : nathan@macaq.org

Paris 19e

Repos Général

Tranquille, mais pas sauvée du procès que lui mène l’Education Nationale, dont elle squatte un bien désaffecté, la Général se prépare un été en pente douce, entre expos plus ou moins imprévues et farniente spontanée. Ce collectif de création, l’un des plus dynamique, dans le domaine des arts plastiques (on y trouve aussi des concerts z’engagés et débat gay et lesbiens) reste l’objet de polémiques virulentes. On lui reproche son côté arty-branché, voir un académisme déguisé en précarité-hype. Mérite bien le risque d’une petite visite par une aprèm de balade.

La Générale

10-14, rue du Général Lassalle, 75019 Paris

www.lagenerale.org

(Petit encadré du bas et photo)

14 Juillet

Les clowns ont défilés !

A l’appel de la Brigade des Clowns, rejoint par un collectif d’association de sans, une centaine de clowns a paradé pour se réapproprier le 14 juillet, en contrepoint du défilé militaire. Se revendiquant de l’esprit des sans-culottes, ils ont mis en boîte, armes de dérisions massives à la main, « les militaires et les mercenaires de la République françafricaine, (qui) ont défilé devant l’accidenté vasculaire cérébral, qui croit encore qu’il est toujours le chef des armées ». C’est pas joli, joli, de se moquer de tous ces simples d’esprit !

Contact : http://www.brigadeclowns.org

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