Brigade des clowns : Farces de l’ordre

Brigade de clowns

Déguisé en CRS de carnaval, la Brigade Activiste des Clowns, sème le doute dans les manifs, mais ne cogne que sur nos ridicules.

Le fleuve des manifestants anti-CPE grossi sur les boulevards tandis que dans la rue voisine un détachement de CRS, sagement rangés dans leurs autocars, trouvent déjà la journée longuette. Ces gens d’armes, n’osent trop penser à la confuse inquiétude que leur inspire la fin de journée. Peu s’en doutent, mais sous les cuirasses de crustacés, ont connaît aussi la peur. L’appréhension, reste le propre de l’homme.

Comme le rire : «  CRS en colère, le pastis est trop cher ! »

Une masse colorée vient de déboucher sur le trottoir et se glisse parmi le martial convoi. Des personnes, jeunes pour la plupart, des filles en majorité, la tête enfouie sous des écumoires bleues, le visage maquillé sous des nez rouges, les cheveux en serpentins, agitent des matraques molles et des boucliers de orné de guirlandes.

C’est la BAC, Brigade Activiste des Clowns, qui sème le doute sur le pavé et sur ses intentions. Est ce de l’art ou des patachons ? L’un imite la posture du garde de faction, l’autre fait un gros bisou à un molosse casqué et paré pour une bataille médiévale, certains marchent au pas derrière une section en mouvement, imitant les ordres, créant le désordre… Même des manifestants, séduits, ne savent plus trop s’ils doivent quitter la mine austère de la lutte pour se laisser aller, comme leurs enfants, au plaisir de la farce. C’est tout de même sérieux la Sociale, m… !

Qui sont ces énergumènes ? Que veulent-ils ?

Ils préfèrent ne pas le savoir eux-mêmes. « On n’a jamais de message complètement clair » décode — exceptionnellement pour Politis, — Clown Bob, l’un des meneur de la revue. « Qui est-on ? que veut-on ? Les gens en tirent des choses différentes, on ne cherche pas clarifier » dit-il. En fait, cet espace d’incertitude, joue le rôle poétique et humoristique d’une parenthèse, brouille les rôles. Celle de l’ordre et de ses forces, d’abord. « Certains CRS nous chuchotent arrête ça tout de suite ! Je ne suis plus crédible… » se délecte Clown Bob.

Celle de l’obéissance aussi. Et son irrespect s’étend à toutes les conventions, celles des manifs incluses : « Le côté assez réglé de la manif aussi est mis en cause » s’amuse le clown joue à faire bêler les manifestants comme des moutons. Mais l’intention reste « de recréer de l’enthousiasme, de renforcer les gens tentés par la morosité, pour qu’ils se sentent du côté des plus créatifs » dit-il.

Une sédition bienveillante, mais politique

«Ce n’est pas du théâtre de rue, mais un autre contact au message politique que de se faire tracter à la sortie du métro », insiste Clown Bob. Faire passer un message radical par l’humour et la non violence, un langage de plus en plus prisé des activistes. Traités de « casseurs » les étudiants de Poitiers brûlent des petites voitures sur la place publique, les précaires de L’Eglise de la très Sainte Consommation organisent des pénitences devant les supermarchés, des brigades de clowns se développent un peu partout. Comme le dit Bob, « le nez rouge permet à très peu de frais de changer le discours ».

Le ridicule, arme plus efficace puisque, elle, ne tue pas.

David Langlois-Mallet

http://brigadeclowns.wordpress.com/
In Politis 2006

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