Chanson. Astier, rêves de comptoir

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On aime l’élégance de son bagout, la parfaite classe de sa dégaine gitane, ses chansons sans
filtre, ses brèves de comptoir sardoniques au fumet libertaire, ses chansons à abus dangereux, son swing fuligineux et son fume cigarette. Astier chante dans les bars ses airs allègres et gouailleurs. Tournée générale !

Astier, on le connaît depuis toujours. Intemporel comme Paris. Grand chat efflanqué, il
traînait paraît-il déjà sa mandoline avec la bande à François Villon, du côté de Monfaucon. Ses traits
fatigués de nuiteux, on les a croisés, dans les petites rues de la Cité, au Cabaret de la Pomme de
Pin. Ses cheveux frisés on les a entrevus au comptoir après le couvre-feu. Il laisse miauler son violon
en vrai Paganini et comme pour ce dernier, il flotte autour d’Astier une aura, quelque chose du
mystère sulfureux d’une permanente jouvence. Astier, c’est pas naturel !

En tout cas, en ce début de XXIe siècle, il sort des CD, forcément. Sur une musique allègre et sautillante, d’une qualité remarquable (gracias aux frères Sakarine pour les cordes), sa voix gouailleuse, pleine de cet esprit, vif et social du pavé pantruchois nous en lance de bien bonnes. On connaissait le « Dentiste des
Beaux Quartiers » qui prend son pied au fond des gosiers et l’on savait que l’on est éthylique
lorsqu’on voit « des moustiques qui s’enc… », on raffolait de « La Squelette » :

« Quand tu seras mourue / Je garderai ta squelette / Au fond d’un placard / Et quand il fera noir… Au creux de tes orbites / Je planquerai mon shit / Sur tes omoplates / Je ferai cuire des tartes / Avec ta mâchoire / Je ferai un encensoir / Avec ton radius / Un Stradivarius ».

Le voilà revenu à nos oreilles avec « Les gens sont devenus oufs », frère de vigne du swing et des délires d’un Boris Vian qui aurait trinqué le coup de trop avec Boby Lapointe. Ce coup de trop, on l’ingère aussi, avec lui, au bar de Tchernobyl, entre les hamsters géants et les moutons qui aboient. Au comptoir en sa compagnie, on retrouve l’enfance, on en apprend d’ailleurs de belles, des vertes et des pas mûres que « y’a des cas catastrophiques, que même les écolos, pour pas semer la panique, y parlent pas à la radio ».

Dans ce monde « devenu Ouf », et avant de reprendre le populo « viens pou poule, viens pou poule, viens » il emmène sa souris en carrosse. Lancé sur les routes à « 30 à l’heure » mais 200 syllabes
minutes, comme notre assiette dans la bio-science, il croise « des cochons siamois à deux langues
et des foies pour faire du cervelas pour dyslexiques dans les champs des lapins mutants qui miaulent
en volant dans les radis géants, c’est transgénique ». Derrière lui « il entend déjà les prions qui
klaxonnent » et nous, nous sommes dans la même auto !

De quoi raconter, avant le coup de l’étrier, sur les hommes-grenouilles qui grouillent « In the désert ». Politique, il l’est assurément et d’un côté qui nous place tout de suite en sympathie, mais c’est toujours à l’apéro qu’il sévit. Et puis, d’un air qui te dit aussi dans une haleine de Smirnoff, que la vie c’est bêtement plus important que de se prendre au sérieux. Cet été, on le récupère en tournée, forcément générale, mais il faudra dégoter soi-même sur son site le rade ou passer en sa compagnie la mémorable soirée. On s’y jettera un petit « rêve de comptoir » de chez derrière les fagots, histoire que le bonhomme Astier tache nos songes bachiques, avec son CD grand crû .

David Langlois-Mallet – POLITIS 2005

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