Revue Cassandre : « Qu’appelez-vous Culture ? »

CassandreRevues : « Qu’appelez-vous Culture ? »

La revue Cassandre porte l’ambitieux projet de réactiver aujourd’hui une question millénaire. Elle fête ses dix ans.

« La Culture ? Mon cul ! » pourrait lancer à la manière de Raymond Queneau une sale petite gamine qui vient de fêter ses dix ans. La petite peste se nomme Cassandre. Une revue mensuelle dont les pages bicro, rouges et noires, abritent, chichement mais crânement, l’ambition la plus hardie du paysage de la critique culturelle. Là où tant de rubriques se résument à relayer la pub — tant l’intention de leurs journalistes semble une injonction : « achetez… » — où à entretenir le savant mystère de la supériorité distinguée du rédacteur. Cassandre s’adresse à ceux des lecteurs qui ne veulent pas de réponses, prête en 5 mns au micro-ondes, à des questions comme « Que “faut-il“ voir cette semaine ? », « De quel film parle t’on ? » « Qu’écoute t’on ? » etc… Bref, comment alimenter la consommation culturelle mainstream, vers les bacs à FNAC les plus proches.

Cassandre, en un sens anti-Télérama, renverse la question culturelle par une question politique. La revue se demande où et comment, les questions qui agitent notre société, rencontrent un art vivant d’aujourd’hui. Un art exigeant, qui sache nous troubler, faire sens, réactiver en nous les valeurs intemporelles de notre humanité. Mais la revue, à l’heure du triomphe des hypermarchés culturels et des clubs privés, ne limite pas à un guide des petites épiceries fines ouvertes la nuit pour les heureux consommateurs d’art bio. Cassandre entend donner des repères, dans une société où les intérêts privés les confisquent, pour jalonner notre propre aventure culturelle et politique. Elle débusque bien sur les endroits où « ça » se passe, ces points de contact (troupes, lieux, artistes, penseurs..) entre l’exigence artistique et le désir d’humanité, autrement dit un art politique. Mais surtout elle en explore les processus avec l’ambition de doter le lecteur d’un solide bagage.

Une ambition non usurpée d’être une école de pensée critique, que ne limite que le goût de son équipe pour ces petites querelles, qui brouillent parfois ses plus grands combats, et l’usage d’une verve salvatrice qui ressemble parfois à de la grandiloquence. Des petits défauts, à l’aune de notre exception culturelle française dont elle pose la critique radicale : « un système de relations marchandes et/ou pseudo-élitistes qui ne nous laisse d’autre choix que d’être clients, initiés, ou exclus » exécute plutôt qu’il n’écrit Nicolas Romeas, le directeur de la revue en introduction à l’ouvrage de référence « 1995-2005, 10 ans d’action artistique » qui vient de sortir en guise de bougie d’anniversaire. Une petite lumière, lampe tempête, qui porte loin « un art préoccupé de son temps, qui recrée artistiquement dans l’instant où il est vécu la communauté humaine actuelle et immémoriale, la vraie, celle à laquelle j’appartiens » écrit Romeas, « celle des tragédies et celle des slammers »

David Langlois-Mallet

Revue Cassandre Tél. : 01 40 35 00 33 distribution Co-errances

Site de la revue : http://horschamp.org

Edition :1995-2005, 10 ans d’action artistique avec la revue Cassandre, éditions de l’Amandier, 20 €

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