Chanson. Polo, oiseau de printemps

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« Au fond des sombres bois remplis de bogues de châtaignes / D’aiguilles de sapin pointus qui crissent sous les pieds. Longtemps vous vous êtes connus et avez respiré / Le vent du soir et les yeux verts de la forêt qui saigne. Les feuilles de figuier vous ont cent fois servi d’assiette, / Les vieilles casseroles n’ont pour vous plus de secret, / Vous qui savez vous contenter de couleuvres en été, / de poêlée de girolles et de joyeuses disettes. / Ô quel beau mariage ! Quel joli mariage ! ».

L’époque n’est pas légère, en manque d’inspiration ?

Alors, cédons l’oreille à l’élan poétique du prochain disque d’un ex-rocker en marronage durable dans la douceur de la chanson, Polo. « Polo-ex-satellite » puisque l’épithète du nom de son ancien groupe le poursuit, et que cet « ex » est devenu sa particule, nous offrira en février 17 chansons et poèmes. Un CD — enregistré en public il y a quinze jours— dans le plus simple appareil voix et guitare avec pour seul accompagnement les ronflements d’un violoncelle qui lui donne profondeur rustique et éclat baroque. Une « variété », dans sens le plus éloigné de celui de « produits marketing » façon Star Academy, plutôt la palette de sentiments et de pensées d’un homme, mises en ritournelles inspirées et en vers.

Chanson à l’amour immortelle dans lequel on n’a pas plongé, pamphlet en « swing baroque » à l’amante Jet-seteuse inspiré par La Bruyère et Molière (Célimène). Confession lucide sur la trahison adultère d’une amitié de couples. Souvenirs récents des années à filles, où derrière l’érotisme, pointe à la maturité des regrets d’anciens poètes. Souvenirs « Douce France », des grands-parents ruraux qui sont ceux des petits garçons de l’époque (Petit Français). Une certaine fascination aussi pour l’irruption dans ce décors des années 70, des belles négresses au charme hautain et aux coiffures travaillées. Tendresse pour les clodos du coin, ironies duelles pour les consommateurs, comme pour les précaires de ville. Enfin, une forme de perfection dans le bonheur profond et léger qui émane des cinq couplets de ce « Beau Mariage », inspiré par l’amitié et un bonheur de vivre aux couleurs châtaigne, sur laquelle plane l’ombre bienveillante de Brassens.

Quelle annonce heureuse !

Cet album, nommé » Planète Sun », peut-être pour intégrer à l’orbite monacale de sa création, les amis avec qui il a plaisir à partager la scène (Nery, Ignatus, Les Ogres de Barback…). La sincérité délicate de notre Polo, fleurie façon terroir ou accompagnée à la Ménilmuche, en trouvant l’issue de ses années post-rock, fait échos à nos désirs verts pomme et rose bonbon d’émotions printanières. Son goût peut encore se raffiner ? Ça ce fera, au contact des auteurs du XVIIe, de la musique baroque et d’un peu de rigueur sur la prononciation des « é » et des « è »… Mais, bordelais d’origine, c’est un Polo de garde. Son univers d’émotion de vivre prend aussi racine sur Internet. Là, Signe des temps, l’artiste descend de son piedestal romantique pour y animer sa petite légion de fidèles et sa galerie virtuelle de ré-création, de dessins éroticomiques. Art porno joyeux dont l’humour rappelle celui de Dubout.

Polo, oiseau d’automne, nous annonce le printemps, au moins au fond des cœurs. Douceurs qui contrastent avec les rudesses, Bushères, Sarkosyenne ou météorologiques, que nous essuyons. Il est le bienvenu !

David Langlois-Mallet, article paru dans Politis Janvier 2003

http://polo.a.paris.free.fr/

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