(G)-Rêve illimitée à Paris VIII – 1995

(Vous excuserez les inconforts de lecture car c'est d'un papier collector qu'il s'agit. Mon premier reportage ! Il vaut la cacahuète ! Bon, vous reconnaitrez aisément le gars qui passe trois nuits d'amour et croit qu'il va se marier, qui voit une fac en grève, croit qu'il revit la Révolution Française. C'est moi. Politis 1995).
Paris VIII vit ses heures les plus chaudes en ce début d'hiver. La tournure qu'on pris les évènements étudiants sont les processus d'une révolte sociale non d'une grève. Reportage.
 
"Fac en grève", "Vincennes n'est pas morte", "On nous avait promis des pommes, ont a eu que les trognons, on va vous faire de la compote" etc... placardés partout dans la fac, ces dazibao s'inspirent sans rougir de leurs parents de 68.  Ici et lê dans le hall, les étudiants s'organisent par groupes pour aller "débrayer" les cours. L'accueil à l'entrée des salles de cours est souvent chaleureuse, comme chez ce brillant professeur de sociologie╩: "Enfin  je croyais que cela n'arriverait jamais ! Que je ferais toute ma vie cours ê des moutons" confit-il ê mi-voix aux grÀvistes. La salle les Àcoute avec une connivence incrÀdule. L'apathie gÀnÀrale reste forte; la peur de prendre le premier une initiative, pesante. On fait souvent gr§ve lorsque le prof n'y parait pas trop opposÀ. Ce mÉme professeur, qui habilement, dÀcidera son cours ê la gr§ve,  "l§vera" sa salle comme un seul homme, en dÀclarant qu'il ne peut faire cours puisqu'il y a consensus..." avoue avec un petit sourire subtil " j'ai quand mÉme eu un peu peur en vous voyant entrer...c'est aussi une parcelle de mon pouvoir...".
Attitude plus complexe du coté de la présidente de l'université qui face à l'assemblée de ses étudiants joue la complicité et rappelle qu'elle n'a pas ê donner d'autorisation de faire la grêve, sans toutefois se déclarer solidaire.
A la différence du Président de l'université voisine de Villetaneuse, qui emporté, s'est déclaré solidaire de ses enthousiastes étudiants harangués par une délégation de trois étudiants que Saint-Denis leur a envoyé : "Villetaneuse n'a pas de leçon de mobilisation à recevoir de Saint-Denis, je suis solidaire de mes étudiants".
L'ex présidente de l'université libre de Bruxelles explique que la grêve en Belgique dure depuis dix-huit mois, "En France vous pouvez foncer, mais le plus dur ce sera de changer vos parents, c'est de là que tout part".
Stéphanie vient de province,  look mode, coupe blonde "poupée Barbie" elle n'attend presque rien d'un diplôme de droit, pour lequel elle se donne pourtant entièrement, et dont la seule valeur sera de lui permettre d'aller s'inscrire "ailleurs". Elle quitte nerveuse l'amphi pour fumer une cigarette. Le débrayage de son cours a échoué, la prof a annoncé qu'elle ferait cours "même pour deux élèves". "Ont était tous prêts à se lever, mais deux sont restés, ils ont tout gëchÀ. La prof c'est vengÀe en nous faisant gratter comme des malades"."Je ne peux pas me permettre de me planter, je ne ferais gr§ve que si tout le monde la fait". Dehors les "dÀbrayeurs" cuvent leur Àchec am§rement. ImpressionnÀ par leur propre audace, ils s'imaginent l'hostilitÀ dans la passivitÀ de l'amphi...Mais "Respect !". Cette gÀnÀration ne semble pas prÉte ê transgresser sa loi tacite. GÀnÀralement respectueuse l'action ne fait pas l'impasse sur les moyens. Il faut convaincre non imposer.
"14 heures AG dans le hall" des débats extrêmement vifs alternent avec d'autres aux allures de colloques. Un système démocratique cahotant mais actif s'est installé. L'AG élit un bureau de grêve chargé de la faire travailler et de faire tourner de nombreuses commissions formées des volontés du moment. Rançon de sa démocratie, la grêve n'est pas organisée. Elle est ce que la font au jour le jour les étudiants qui s'y donnent. Déconcertant pour ceux habituÀs ê suivre : "Alors qu'est-ce que vous faËtes ?" "Qu'est ce que vous avez dÀcidÀ ?" Les traditionnels leaders cherchent aussi leurs marques, ils n'existent pas ici par des harangues ê la tribune ou devant les camÀras. Les fortes personnalitÀs ont la tëche plus complexe de servir le groupe et leurs faux pas sont vertement sanctionnÀs. Les Àtudiants, s'ils n'ont pas tous pris part de leur pouvoir d'action, ont ici retenus les le‗ons de la dÀmocratie spectacle. Le sort de ce mouvement fragile et puissant est incertain. L'obÀissance est une culture et les vieilles structures sont dans les tÉtes. Mais l'important est une expÀrience que ceux qui la vive retiendrons, des liens crÀÀs pour l'avenir. 
S'il est admis que pour changer le monde il faut d'abord se changer soi-même, tous découvrent ici que participer à un changement collectif c'est aussi se changer. On l'avait oublié.

David Langlois-Mallet
Politis 1995

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