Médias. Mépris de chasse à courre

Polémique Finkielkraut : Haro sur les Gilets-Jaunes ce matin sur les radios du service public.

Les levrettes de garde de France Culture et les bichons maltais de France Inter se lâchent comme jamais ce matin aux mollets des Gilets/Jaunes.

Je déteste personnellement qu’un groupe de gens, même non antisemites, s’en prennent par l’insulte à un seul, même un vieil identitariste manipulateur.

Mais que dire de cette pratique du lynchage médiatique des modestes et des fragiles par les bien au chaud travaillant pour les puissants à l’heure du café noir et du réveil matin ?

N’est-ce pas une forme de violence en meute ? D’autant plus que si un polémiste médiatique a tous les micros de France pour sa réparation, les journalistes bien installés ne rendront de compte qu’à eux-mêmes et ne répondront même pas aux interpellations argumentées.

Le mépris a de beaux jours devant lui.

Langlois-Mallet

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St Valentin électorale

Faute d’issue politique positive, Macron et Le Pen pourront retrinquer au tête à tête électoral de la peur et du désespoir; pour cela il faut qu’ils parviennent à faire basculer le débat, de la question sociale vers les peurs identitaires.

Il y a pour Macron et sa clique un enjeu vital à ce que le débat glisse du social vers l’identitaire. Les rouleaux compresseurs médiatiques tournent à plein régime pour qu’avant les Européennes, les conditions du tête à tête – qu’il avait réclamé – avec Marine Le Pen se remettent en place. Il ne peut gagner qu’avec l’argument Godwin et la peur des Castors de « la bête immonde »; elle ne peut gagner que du désespoir populaire, si la torture économique, perdu pour perdu, ne trouve aucune issue positive.

Leur intérêt est le même à ce que les gens fragilisés économiquement et humiliés symboliquement, s’étant ressoudés à leur famille et retourné vers leur culture et ses différences, réagissent maintenant en groupe d’appartenance, en communauté concurrentes et si possibles hostiles à d’autres et surtout pas en citoyens républicains demandant des comptes et exigeant un audit, un inventaire ou un contrôle de l’action des élus et de l’utilisation de l’argent commun.

Diviser pour continuer à pomper

L’hyper-classe honnie, pour laquelle les Juifs, les Musulmans, les Cathos, Laïcs, Français, les Ceci, les Cela, ne sont qu’une populace à essorer en prévision du crash global imminent, doit au plus vite lancer des leurres, pour que le débat glisse, pour que l’attention passée à se manger le nez, leur permette d’évader l’assiette.

Espérons que les gens seront plus malins et se joueront du piège. Qu’il leur plaise de se définir comme Juifs, Musulmans, Catho, Laïcs, Français, Ceci ou Cela, mais qu’ils réagissent en citoyens d’abord et ne lâchent pas le fil politique. Leur intérêt vital est le même. Mettre en échec l’hyper-classe devenue folle et ses dangereux représentants. Pour garder le pouvoir les tondre et les mater, ils sont prêts à tout, mais ils ne peuvent pas tout. Leur fragilité s’est vue.

De la capacité à ne pas rentrer dans le piège identitaire, dépend notre capacité à ne pas entrer dans le piège électoral de la peur et du désespoir, à refuser cette alternative morbide et à dégager et créer un tiers lieu politique comme nous y invitent les Gilets-Jaunes mais aussi les Gilets-Jeunes pour le climat.

A nous de montrer que, que nous nous pensions d’abord différents ou que nous nous pensions d’abord semblables, nous sommes avant tout un peuple politique !

Langlois-Mallet

Le Vatican, la Ligue du LOL et les partis politiques vous appellent au don…

Ce que cette semaine m’a appris s’est présenté sous deux informations à première vue éloignées, mais dont le rapprochement m’a paru éclairant.

Le Vatican et la Ligue du LOL. Deux clergés (groupes de pouvoir idéologiques masculins disant à la société comment elle doit se tenir à table), les cardinaux qui et les rédachefs de la presse parisienne (précisons donc que les pigistes-précaires et les curés de campagne ne doivent pas se sentir visés) ont été convaincu d’hypocrisie*.

Les deux groupes pollinisent a priori des valeurs opposées; d’un côté les valeurs traditionnelles de la société hiérarchique et patriarcale (du moins celles du XIXe siècle occidental), et de l’autre l’idéologie individualiste globale du monde Occidental que certain chercheurs qualifient de matriarcale; le dogme infaillible pour les uns, nos valeurs indépassables pour les autres; l’une en déclin représentée par de vieux messieurs remplis de science, l’autre à la mode ici portée par des quadra incultes mais économiquement et culturellement arrogants.

Qu’apprend t-on à leur fréquentation attentive* ? Que le bastion de pouvoir volontiers homophobe se trouve en réalité être de culture homosexuelle (à 80%). Que l’avant-garde du cool, pratique le harcèlement moral sexiste (voir à l’occasion antisémite). C’est à dire que ces deux fratries masculines, fondent leur domination sur les autres et sa réalité concrète (les avantages économiques qui y sont liés) en se donnant à voir à leurs croyants, auréolés de l’idéologie du monde qu’ils portent, mais pratiquent eux-mêmes à grande échelle l’opposé.

En clair que les fameuses « valeurs » (vous savez les fameuses valeurs, au nom desquelles vous êtes censés vous sentir coupable de ne pas être en mouvement, que vous soyez à genoux dans la chapelle ou vautré dans le bar branché) sont parfaitement interchangeables à ceux qui les agitent et dépendent du vent dominant qui souffle dans une société. Que ce qui compte dans les sociétés humaines reste et demeure un pacte de frères pour les avantages matériels. Que peu importe l’hypocrisie sociale que l’on prêche, on l’évacuera dans le privé, par l’homosexualité pour ceux qui prêchent contre les homosexuels, par le sexisme pour ceux qui prêchent le féminisme.

Si à l’évidence, l’hypocrisie est une véritable recette du pouvoir, pas un accident, cela a valeur d’avertissement.

Avertissement utile à la veille de s’égorger entre gentils Occidentaux, affreux Russes patriarcaux et ignobles Musulmans sexistes. Vous savez le « bien sûr, il y a des dégâts collatéraux et quelques millions de morts, mais nous avons des valeurs et les autres sont des barbares.»

Avertissement aussi quand la classe politique détourne votre attention de l’examen critique de ses obligations (une planète vivable, la démocratie, l’égalité, la Justice, la probité…) pour faire gober qu’elle est l’avant-garde d’un combat pour des valeurs : « ne me reprochez pas ma corruption, mon inaction sur l’écologie, les milliards d’argent public donnés aux milliardaires, j’organise des manifs contre le racisme et l’antisémitisme. » Ce qui est non seulement hypocrite, mais (beaucoup plus grave par contre) une mise en danger et une prise en otage de Juifs d’en-bas que l’es pouvoirs prétendent aider et qu’ils exposent en fait par un amalgame avec des intérêts douteux d’en-haut auxquels ces citoyen-nes n’ont pas plus que des cathos d’en-bas, ou des libres penseurs d’en-bas.

L’hypocrisie a de beaux jours devant elle, c’est à dire encore de beaux dégâts. A contrario, elle peut-être la preuve rassurante pour votre crédulité… ceux qui cherchent à vous impressionner pour être dévots n’en sont pas moins hommes.

Langlois-Mallet

* Cf l’excellente interview de Frédéric Martel par Guillaume Erner dans les Matins de France Culture jeudi. Et par ailleurs tous les articles sur la Ligue du LOL.

 

Antisémitisme. Une mécanique de haine, mais deux moteurs

 

Les actes antisémites en forte hausse. La haine a de beaux jours devant-elle d’autant plus que les analyses journalistiques resteront boiteuses et que les pouvoirs s’en feront un étendard, voir un fouet.

Bien sûr il y a le facteur extrême-droite complotisme, cela a été dit et redit. Dois-je rajouter ma pierre ? Hurler les lieux commun avec le chenil de garde ? Car enfin ces phénomènes étaient marginaux dans le pays que l’on a connu ou la justice et l’égalité étaient des valeurs et où le pouvoir était sous pression morale de la presse et d’une opposition crédible. Que s’est-il donc passé ?

L’autre responsabilité dans la montée des haines antisémites ou homophobes, c’est celle du pouvoir. un pouvoir discrédité, haïs lui de bon droit parce que non seulement il a renoncé à toute forme de justice et d’égalité, mais encore parce qu’il incarne la corruption, le cynisme.

Ce pouvoir qui a fait de la prétendue lutte contre les discriminations son dernier bouclier moral (de tout ce qu’il lui reste de morale dans un océan de corruption et d’absence de toutes les causes essentielles, de l’hôpital, à l’écologie).

Evidemment que toute campagne gouvernementale contre l’homophobie par exemple, suscitera des réactions homophobes, puisque les simplets regarderont comme leur ennemi, tout ce que leur ennemi désigne comme ami. Tout ce dont un si abject pouvoir fera valeur, suscitera l’inversion chez ceux qui réagissent et ne pensent pas.

Que les minorités servent de prétexte, d’étendard de lutte ou de fouet, pour redresser une société taxée à priori d’homophobie, de sexisme ou ces jours-ci d’antisémitisme. S’il voulait réellement être utile et non instrumenter, le gouvernement se tairait et subventionnerait les associations, le terrain, aiderait à faire connaitre le point de vue des victimes, de leurs parents et amis etc. Il détruit au contraire tout le tissu associatif et excite le tissu national sur des thèmes qui le clive.

Au demeurant, le pouvoir se moque des Juifs ou de la mémoire. Il faut juste diviser pour continuer à régner et faire regarder ailleurs, déplacer le débat comme l’extrême-droite le demande, vers les conflits moraux et identitaires. La première chose que l’on doit faire pour faire baisser l’antisémitisme, c’est de renoncer à traiter les gens de nazis à tout bout de champs, renoncer à instrumenter le respect dû aux victimes des camps de concentration dans des haines politiciennes. Cessez de rejouer la deuxième guerre mondiale à chaque occasion et moins d’abrutis finiront par se chercher des sympathies nazies, si on ne les qualifie pas ainsi.

Autre élément, il y a un facteur particulier à la France. « La France se nomme diversité » comme l’écrivait Braudel. Si l’on veut rallumer en permanence la guerre civile, il s’agit de jouer aux jeux des minorités et de la majorité. Cela marchait très bien pendant les guerres de religions, sous la Terreur, ou sous Vichy. Si le pays est en stress moral pour son unité (on pourrait dire ici si l’on a renoncé à la République, ou si l’on a coupé la tête du roi ou n’importe quoi d’autre qui rompt un équilibre et un sentiment d’unité), on ouvre la voie à une violence irraisonnée en France.

A mon humble avis, plutôt que les cris des puissants, presse, médias, artistes officiels etc. (désirés par une part importante de la population à propos de tous les sujets), il faut pour lutter contre les disciminations quelles qu’elles soient, ne pas en faire un étendard.

Donner des motifs de fierté légitimes (dans une politique étrangère qui renonce par exemple à vendre des armes à des dictatures). Oeuvrer non pour telle ou telle communauté, mais pour des lois justes, pour le sentiment de Justice de tous (mais là encore il détruit l’appareil judiciaire). Oeuvrer réellement pour l’égalité sociale, faire en sorte que les gens vive mieux (alors qu’il précarise à tour de bras), ne laissant que des familles et des communautés pour se raccrocher au naufrage de la République.

Arrêter avec cet insupportable voix d’en-haut qui tombe en permanence sur la France d’en-bas comme celle d’un évêque de jadis en chaire sur les paysans du village et redonner vie au dialogue, à la base, dans les quartiers dans l’action culturelle, des lieux libre, de culture, de rencontre, d’échange base de toute vraie citoyenneté politique.

Pour ma part chaque fois que j’entends ces corrompus se draper dans une dignité au nom de leur antisexisme, de leur lutte prétendue lutte contre l’antisémitisme ou contre l’homophobie etc. J’entends non seulement des guignols hypocrites, mais des incendiaires, qui jouent avec le destin de minorités sensibles et fragiles. Et à chaque fois qu’un Castaner, un Grivaux, une Schiappa, un Macron quelconque prêche, j’entends l’autre service de recrutement de l’extrême-droite, qui transfère toutes la haines politique qu’il suscite en haine communautaires. Des deux, c’est lui le plus efficace.

Langlois-Mallet

Ferrand of Cards : « Mais comprenez-moi ! »

La volaille qui fait l’opinion, comme le chantait Souchon, est en émoi. La maison de l’un des leurs a été ciblée.

En dehors d’une certaine pensionnaire intermittente de la psychiatrie, qui souhaite que la maison des autres brûle ? Ou qui souhaite une société où l’on a peur pour son nid ? Personne.

Mais nos castors vont taper de la queue toute la journée sur leur claviers pour pleurnicher qu’ils « condamnent les violences d’où qu’elles viennent » (comme pour se donner un brevet de vertu à eux-mêmes) et on sera bien avancé.

Il me semble pourtant qu’il y a mieux à faire que participer à la chasse à courre aux incendiaires (la police de Castaner sera plus mobilisée que sur l’affaire Crasse et Bénalla) ou au cortège des pleureuses et des crocodiles pour ce pauvre Ferrand.

Cela se résume à une idée, se mettre à la place des autres.

Et si une fois les génuflexions faites devant « le retour de la bête immonde », « le pire de notre histoire » ou que sais-je (mais vous savez mieux que moi). On se posait la question des autres ?

La classe politique et médiatique et la foule de micros à son service amplifie une émotion qui est normale quand un collègue de travail qui n’est pas une statistique, est touché.

L’émotion qu’ils ressentent est la même que l’on ressent quand un voisin, un parent, un ami, ou simplement quelqu’un à qui l’on peut s’identifier est mis en danger sur l’os de sa vie, son toit, sa santé, sa famille, sécurité, ou qu’il est expulsé… Cela nous arrive tous les jours. Hors micro.

Sans mépriser ni leur émotion, ni sa légitimité, il serait bon que leur esprit s’identifie aussi une fois à ces millions de vie détruites. Car, si l’hyper-classe vit très loin et ne voit plus la souffrance des autres que comme une statistique et une gêne, la classe politique reste un peu (pas beaucoup mais un peu) imbriquée dans celle des gens qu’elle est censée, théoriquement du moins, représenter. Il n’est juste pas possible que l’effondrement général ne l’impacte pas du tout. On dit de l’incendie qu’il se propage, comme on dit du terrorisme qu’il est aveugle.

Vous pouvez tricher un temps en inventant des emplois à 10 000 euros pour vos enfants (pour animer un débat par exemple), mais il y a un moment où quand tout un tissu cède, craque, s’effiloche, brûle…. Vous en êtes aussi voisins. Donc en quelque sorte solidaire.

On se mobilise pour sa maison, ce qui est normal à condition d’avoir compris que c’est le village qui brûle

Une remarque qui n’est valable que si le Gaulois réfractaire au changement est capable lui aussi, non de jouir de voir la maison d’un élu brûler, mais de se poser la question de s’identifier lui aussi au Rom qui dort avec sa famille dans la rue, ou au petit sénégalais qui a tendu la main une dernière fois avant de sombrer au fond de la mer de nos vacances, définitivement avec son bulletin de notes et ses rêves.

Je n’ai rien contre les identités et leurs préférences qui existent partout. Même les néo-fascistes italiens peuvent avoir raison de dire que la France de Macron et de Ferrand continue de piller l’Afrique avec le Franc CFA et qu’elle est responsable du désastre humanitaire en Libye. Mais on ne s’en tirera ni par les corporatismes, ni par la réjouissance ou l’indifférence au malheur d’autrui (ou ce qui est encore pire, l’indignation sélective).

Dernier élément enfin à soumettre à la sagacité des Marcheurs dans leur victimisation du jour. Vous êtes élus. C’est à dire que vous êtes responsables. Quand vous votez presque tous les jours l’appauvrissement et l’accroissement de la fragilité des plus pauvres ou le versement de l’argent public aux plus riches ce qui revient au même. Vous n’êtes pas dans un film. La preuve étant que vous êtes bien payé pour ça. Avec l’argent de ceux que vous appauvrissez et dont vous menacez aussi les maisons.

Songez-y, ce n’est pas un jeu. Et il y a beaucoup mieux à faire sur Terre et beaucoup plus urgent que de menacer les maisons des autres. Sauver La Maison commune.

Langlois-Mallet

Ce qui brûle

Ce qui brûle
 
Notre Maison brûle,
La vie quotidienne des gens brûle,
Les abeilles brûlent,
Les libertés fondamentales brûlent,
L’aide à l’enfance en danger brûle,
Notre avenir brûle,
Les prix flambent,
Les cancers brûlent,
Les liens humains brûlent,
Notre présent brûle,
Les maisons de retraite brûlent,
Le chômage brûle,
Les pesticides brûlent,
Les flashball brûlent,
Nos samedis brûlent,
Nos projets pour demain brûlent,
Les poubelles brûlent,
La température globale monte,
La détresse humaine brûle,
Les campagnes brûlent,
L’actualité brûle,
Le terrorisme brûle,
Les animaux brûlent,
Nos esprits brûlent,
Les villes brûlent,
L’isolement brûle,
Les insectes brûlent,
Bénalla et Macron flambent,
La démocratie brûle,
Les poumons, la peau de nos enfants brûlent,
 
Et l’entrée de la maison de Richard Ferrand brûle (mais grâce à dieu, la petite chaise bleue est intacte).
 
Langlois-Mallet

L’invitation

Il est un mot oublié que j’ai vu resurgir dans le visage blessé. Un mot qui a hanté ces autres nous-mêmes des siècles passés, un mot dont ils avaient soif, pour lequel ils donnaient leur vie avec désinvolture comme l’on quitte un manteau, ou pour lequel ils tombaient enfiévrés, les lèvres tremblantes.

Un mot qui nous est inconnu, incompréhensible, indéchiffrable à nous qui avons été éduqué à tout mesurer à l’économie de notre intérêt, de notre égoïsme, de la petite vie aux doigts crochus de l’utilité, du profit, de la sécurité; vie dont, Ô ironie, nous ne retiendrons rien plus et qui ne retiendra rien de nous. Vie sans mémoire, sans panache et sans gloire dont les morceaux étaient déjà mangés et tout mâchés par nos pères et dont nous ne laisserons à nos enfants que les miettes infectées.

On ne sait pas ce qui nous horrifie le plus quand on voit ces visages blessés, bleuis, tuméfiés, déformés sur ordre politique. Est-ce de découvrir que nos amis les Castors – parce que leur manquait justement ce dont il est question entre ses lignes – ont mis au pouvoir précisément l’ennemi qu’ils se targuaient de fuir, que cet ennemi ira jusqu’au bout de ses moyens, jusqu’à la lie des cadavres pour maintenir les privilèges aussi obscènes qu’inutiles de quelques-uns.

Ou sommes nous effrayés que des gens puissent à travers leur corps donner ce qui nous est devenu impensable, parce qu’uniquement économie et sécurité. Des hommes qui sous-entendent en perdant un oeil qu’il y a plus important que la valeur ultime de notre cathéchèse de petits épargnants. Que des choses nous dépassent, qu’il y a du nous en je, et du je possiblement prêt à mourir pour le nous. Et qu’il peut y avoir plus de sens à risquer d’être éborgné pour autrui qu’à faire les soldes pour son compte.

Comme si se renouait le vieux fil dramatique de l’histoire humaine à mourir pour que d’autres entrevoient simplement l’espoir de vivre mieux. Loi universelle de notre espèce durant des millénaires, à laquelle notre peuple français avait ajouté sa touche particulière d’esprit esthétique et ludique, le mépris du danger (la sprezzatura comme disait les Italiens à propos de mode) l’élégance désinvolte, et s’agissant de ce qui nous occupe ici ce soir, le panache.

« On n’abdique pas l’honneur d’être une cible »

Cette phrase de Cyrano de Bergerac m’a toujours hanté, comme de mourir inutile, sans ennemi qui te distingue, après une longue veille au rempart des Tartares. Ce qui faisait trembler nos anciens, ce qui les faisait pâlir et frémir, c’était de courir le risque de n’en pas avoir compris la leçon. D’être surpris un jour par la peur, d’abdiquer à leur corps défendant, en somme de perdre le fil d’eux-mêmes par surprise.

On peut lire n’importe laquelle des histoires anciennes et des mémoires, elles ne sont pleine que de ça. « Honneur » le mot est lâché. Que l’on veuille savoir pourquoi Cambronne a parlé sous la mitraille ou pourquoi Jean Moulin s’est tu sous la torture; pourquoi Brantôme allait pour un baiser risquer sa vie de nuit rue aux Ours et pourquoi, au coin de ma rue un homme tenu, seul et sans espoir des heures durant, la dernière barricade de la Commune; pourquoi Jeanne et Olympe se rirent de leurs juges et bourreaux; pourquoi Beauharnais a doublé son tour pour marcher le premier à la guillotine, ou pourquoi Cyrano à passé le sien vers le bonheur à la mort de son ami.

Notre caractère français est l’opposé de la seule fin qui justifie les moyens du pragmatisme britannique qui nous tue l’âme. C’est ce qui fait que nous souffrirons demain quand Macron ramènera content de lui, ses contrats d’armement d’Egypte.

L’honneur est parfaitement incompréhensible à des gens qui rampent sur les autres pour un vendredi noir, une promotion ou pour une élection. Existences de basse intensité dont la vie est terrée, domestiquée, soumise à la décision des pouvoirs au point de s’oublier d’exister et d’avoir au fond intégré pour soi-même le mépris, que leur maîtres ont d’eux.

Le compagnon Rodrigues a, en perdant un oeil et en remontant à cheval de son lit d’hôpital, a affirmé à la collectivité sororale et fraternelle, à témoigné à ses enfants et à ses vieux, qu’ils lui étaient plus que lui-même. S’il peut se mépriser, c’est qu’il nous respecte, ou plutôt qu’il se respecte en nous. S’il est prêt à y laisser un bras, une jambe ou les deux, c’est donc bien la preuve que nous existons, que nous sommes précieux et c’est la signification de cette très belle martingale révolutionnaire : « Je me révolte, donc nous sommes. »

Naguère, les vieux loups de mer, les aventuriers et les conquérants revenaient avec un oeil en moins et tout le monde trouvait cela aussi normal que de rapporter une boule à neige en souvenir de voyage. Voilà que l’effroi nous saisit parce que, touristes de l’existence, nous trouvons en tong à en être là, au milieu des bastos. Nous venons de sortir brusquement d’un rêve vendu depuis 70 ans, celui de vies garanties et protégées par de gentils-papas où il ne se passerait plus rien que de « profiter » (ce mot… que je te hais !) d’une consommation infinie à l’ennui aussi angoissant que la mort.

L’Histoire ouvre son gouffre sous nos pieds et l’invitation à l’honneur rend capable d’aller y risquer un oeil.

Langlois-Mallet

Cahiers de Doléances. Sur les difficultés à inventer la politique aujourd’hui

Et sur l’aide que nous apporte Latour et la nécessité d’un regard sur le précédent des Etats-Généraux de 1789

J’ai bu du petit lait ce matin à l’écoute d’une des plus intéressantes contribution à la situation que j’ai entendu.

Pas de surprise que cela vienne de Bruno Latour (7/9 de France Inter, voir lien dans les commentaires de ce post) dont la pertinence n’est pas une découverte. Vous noterez au passage qu’il vous conseille la même chose que cette page en début de semaine : Relire la lettre de Louis XVI lançant la démarche de brainstorming pour tout remettre à plat, plutôt que de répondre au quizz (lui il dit sondage) de Macron.

– Avant de refuser, ou de vous engager, dans ce débat, prenez votre propre mesure de ce que conseiller l’Etat veut dire. Tout doit être ouvert dans votre esprit à partir de votre expérience. Participez ou pas, mais n’entrez pas dans le piège des cases.

– Autre problème à résoudre (le plus difficile aujourd’hui comme Latour le souligne très justement) : « débattre mais avec qui ? » Nous avons été ultra-libéralisés et nos opinions déliées flottent dans le Cosmos du net. Alors que nos ancêtres étaient collectifs avant tout. Ils ne vivaient qu’en collectif, ne pouvaient que s’inscrire dans des solidarités et des liens et ne faire émerger une pensée ou un discours que de là.

– On voit très bien ainsi que, là où les Gilets-Jaunes ont pris le problème par la convivialité des ronds-points, Macron adresse lui le « grand débat » à une société anonyme d’individus à responsabilité limitée, qu’il regarde par les lunettes déformantes de ses pauvres valeurs d’argent. Comme lui, ils sont censé (nous sommes censé) n’avoir comme unique but de « réussir » individuellement une progression économique et sociale (d’où son classement mental, entre « premiers de cordée » et « qui ne sont rien »).

– Les Français sont des performeurs managérial individuels plutôt que des qu’âmes éprises, plutôt que consciences, plutôt que citoyens expérimentés du réel… Qui doivent répondre au quizz dont le roitelet et ses sbires jugeront seuls (après recours à l’intelligence artificielle ou intelligence énarque ce qui n’est pas plus rassurant) de la pertinence de mesures, dont les choix sont déjà inscrits dans les questions… sur le mode : « quel service public voulez-vous supprimer pour faire des économies ? » Alors que la vraie démarche historique de doléances impose que les thèmes soient choisis et posés collectivement de la base et donnent lieu à une représentation avec un mandat impératif pour les porter.

Latour insiste très justement sur un fait capital. Les opinions on s’en fout. C’est très juste. Je suis persuadé que vous ne lisez pas ma page parce que vous avez besoin de mon opinion, ni que moi-même je perdrais ce temps à penser qu’elle vaut d’être publiée. Mais parce que les processus que j’y expose, à partir de l’expérience ou de l’observation construite du réel, nourrissent quelque chose de cette même démarche chez-vous et que donc il est question de ce lien. Latour va plus loin et insiste sur le fait que nous devons faire émerger à partir de nos expériences sur ce qui ne fonctionne plus ou qui fonctionne dans notre réel, les solutions (ce qu’essaient là encore de faire les gilets-jaunes).

J’aime beaucoup aussi son rapport aux questions d’identité. Là où nos élites veulent nous culpabiliser d’un tabou (l’identitaire serait une sorte de péché original dont les journalistes-prêtres nous font expier dans la grande cathédrale médiatique); ou à l’inverse le jardin d’Eden promis par toutes les contre-sociétés nationalistes ou religieuses, dans la mousse duquel il suffira au jour heureux de leur prise de pouvoir de se rouler, pour voir toutes nos douleurs effacées.

Latour montre très bien que nos encrages sont un point de départ nécessaire, mais qui appelle à être dépassé pour pouvoir avancer. Son recours à l’image du Brexit est excellent. Les Anglais envoie tout valdinguer à partir du besoin identitaire de se retrouver maîtres de leur situation, puis… ils constatent tous les liens qui les relient. Expérience que chacun à dû déjà faire à son échelle intime, familiale ou professionnelle. Donnant de la saveur à cette question compliquée d’être libre et d’être (re)-lié. Qui n’est pas qu’un thème de philo, mais la question pratique de notre modernité.

Bref, vous l’écouterez vous-mêmes, il y a du grain à moudre pour vos moulins.

Autre satisfaction (c’était l’autre thème prioritaire que je vous proposais pour cette semaine, pardon mais ça fait plaisir de se trouver en lien avec ce que l’on estime de meilleur), que le débat sur les violences politiques ordonnées aux policiers par Macron et Castaner prenne corps. Il est absolument inacceptable que l’on tire sur des gens (de plus en plus à l’aveuglette en sus) au prétexte de maintien de l’ordre. D’autant plus que les fusils d’assauts commence à être de sortie et que graduellement on se fait à l’idée que des victimes civiles sont tolérables.

Ce maintien de l’ordre « à la française » (dont la doctrine fût politique très bien résumée par Luc Ferry l’autre jour, « mais tirez donc dans le tas et qu’on en finisse »). On gagne encore à jeter un oeil du côté de la Révolution :

– Sitôt la bourgeoisie Macroniste du temps ayant destitué Dieu (ce qui était nécessaire) et un roi qui voulait bien mourir mais pas faire tirer sur la foule (au grand dam du parti aristocrate), le remplaça par l’économie et donna à la propriété le caractère de « sacrée », proposant la peine de mort à qui poserait la question de la justice et du partage… (Il faut le faire quand même). Ce qui en acte donna La Fayette faisant tirer à Paris (17 juillet 1791) sur la foule ouvrière, femme et enfants compris, qui venaient simplement s’exprimer par écrit sur des registres de pétition… Toute ressemblance avec ceux qui nous gouvernent n’étant pas fortuite.

Mais cette violence, plus ou moins légale, est encore un privilège de la bourgeoisie installée dans les habits d’Ancien Régime comme dans ses palais (rien ne se perd, tout se transforme) qu’il faut remettre en question pour que l’on puisse prendre le beau mot de « République » au sérieux.

Langlois-Mallet

(Gilets-Jaunes) Tiercelet chez le Marquis

Et si faire un pas de côté, du côté du théâtre, était une manière d’avancer ?

– Tiercelet ?

– Monsieur le Marquis…

– Tu voulais me parler d’un problème… « urgent » ?

– C’est que… Oui Monsieur le Marquis, nous avons résolu de vous demander de remédier à une situation injuste. Ça nous gêne de vous déranger avec ça, mais voilà : nous ne parvenons plus à vivre correctement et…

– Oui, Tiercelet, je sais, j’y songe, c’est la Crise. Mais n’oublie pas que tu me parles en ton nom, tu es citoyen.

– Oui Monsieur le Marquis, je suis citoyen et justement nous avons…

– Tiercelet, je parle au nom de ceux qui m’ont élu. Tu parles en ton nom.

– Oui Monsieur le Marquis, mais justement au sujet de cette élection et des conditions étranges…

– Tiercelet, es-tu d’extrême-droite ?

– Oh non Monsieur le Marquis, je voulais juste…

– Attention Tiercelet, tu sais où nous a conduit par le passé la remise en cause des privi… de la démocratie.

– Oui, Monsieur le Marquis, justement c’est de la démocratie que nous voulions vous parler et ce sont des privilèges que vous avez aussi, car nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts…

– Tiercelet ? Tu ne veux pas en revenir aux pires moments de notre histoire ?

– Oh, non Monsieur le Marquis ! On disait juste avec les voisins qu’il faudrait plus de justice si l’on veut vivre mieux que ceux qui se gavent…

– Tiercelet ?

– Monsieur le Marquis ?

– Tiercelet… serais-tu d’extrême-gauche ? Veux-tu le chaos révolutionnaire ? Le sang ? La Révolution ?

– Oh non Monsieur le Marquis on s’est juste réunis pour vous dire que…

– Tiercelet, prend bien garde à ce populisme qui prétend désigner des boucs émissaires à tous nos problèmes. Il y a une crise et nous la gérons au mieux, nos marges de manœuvres sont très étroites sais-tu ? La concurrence internationale fait rage…

– Justement… On proposait de remettre en cause

– Tiercelet ? Es-tu homophobe ?

– Oh monsieur le Marquis non. Je voulais juste vous dire que nous pensions que si l’argent n’était pas reversé systématiquement aux plus riches pour qu’il ruisselle…

– L’homophobie Tiercelet, c’est l’un des visages de la bête immonde. Dans votre manifestation j’ai entendu crier « privilégiés enculés » C’est très grave Tiercelet, sais-tu ce que cela signifie ? C’est une stigmatisation par le comportement sexuel, une insulte à caractère homophobe. J’ai ouvert une enquête, les coupables seront poursuivis sans relâche et châtiés. Combien parmi vous le sont ?

– Monsieur le Marquis, je ne leur ai pas demandé, nous avons juste parlé du fait que vous vous augmentiez sans cesse et que nous…

– Tiercelet, on ne peut pas dévier, pas biaiser, pas se compromettre avec tous ces sujets de droits de l’Homme qui sont la base du contrat social.

– Mais c’est pour cela Monsieur le Marquis que nous voulons vous dire que les droits ne sont plus respectés. Nous voyons autour de nous tant de misère…

– Tiercelet, mon devoir républicain est de n’accepter aucune compromission avec les valeurs qui fondent notre pacte. Liberté, Egalité, Fraternité…

– Oui, c’est justement Monsieur le Marquis pour cela…

– Nous ne pouvons accepter aucun écart, tolérer aucune faiblesse, nous serons sans pitié pour tout ceux qui tenterons d’enfreindre la loi du peuple.

– Justement Monsieur le Marquis le peuple, nous vous demandons si…

– Tiercelet, appelle-moi Monsieur le Ministre. Sais-tu que la féodalité a été abolie ?

– Oui Monsieur le Marquis mais quand Monsieur le Marquis s’est fait élire, Madame la Marquise nous a dit que nous pouvions bien…

– Tiercelet, il me vient une idée. Je vais organiser un grand débat.

– Je pense que c’est une bonne idée Monsieur le Marquis. Nous pourrons vous dire notre avis que si vous cessiez de vous augmenter et de distribuer de l’argent aux plus riches nous pourrions vivre mieux.

– Tiercelet il n’y a pas de tabou. J’entends les désarrois de la mère de famille qui élève seule ses enfants, sans aide, et qui doit se lever tôt le matin pour travailler. J’entends le désespoir de la personne en situation provisoire ou durable d’incapacité physique ou d’invalidité qui constate chaque jour les retards pris dans l’installation des équipements prévus par les normes européennes ; je sais la douleur de la personne âgée qui ne peut se chauffer quand vient la nuit avec la bise froide dans le bourg glacé ; je sais les difficultés des jeunes étudiants diplomés à trouver ce premier emploi, véritable sésame vers la réussite ; je comprends la solitude du créateur d’entreprise aux prise avec le maquis administratif et je sais le courage qu’il lui faut pour ne pas renoncer, s’engager, s’investir au péril de sa santé parce que demain Tiercelet, se fait aujourd’hui…

– Heum, heum Monsieur le Marquis…

– Il n’y a pas de sujets tabou pour nous. Aussi nous réfléchirons au sein de 4 ateliers. La difficulté à améliorer son quotidien et les efforts que chacun d’entre-vous peut faire. Les territoires et leurs contraintes budgétaires et je serais à l’écoute des idées qui peuvent émerger pour permettre de mieux partager les ressources et les efforts entre ceux qui souffrent. Le logement et l’énergie… Tiercelet pourquoi te tiens-tu l’oeil ?

– Oh, rien Monsieur le Marquis, député, Ministre… C’est un tir de flash-ball qui…

– Tiercelet, tu n’es pas en état de débattre je le crains. Le mieux est de reporter notre entretien. Je te fais raccompagner, prends soin de toi, tu es courageux, tu le mérites. Vas… Vas sereinement… Vas…

Langlois-Mallet

Gilets-Jaunes. « Ça ne peut pas s’arrêter…»

Si vous voulez mon avis – surtout vous les modérés, les distants, les spectateurs, les écolos notabilisés et autres – surtout vous, parce qu’il faut que vous vous fassiez entendre par des propositions. Il n’y aura plus de retour à la normal, parce que le normal est devenu l’anormal pour trop d’entre-nous.

C’est un point de rupture, comme pour la 6e extinction de masse des animaux, comme pour le réchauffement auquel, on le sait depuis les « printemps arabes », les révoltes humaines sont liées. Le tissu craque car trop de personnes ne supportent plus la situation et qu’à tout prendre, ils ont moins d’angoisse à prendre des coups de matraque ensemble qu’à subir passivement dans leur coin.

Quand toute l’énergie collective est dirigée à servir le 1% en attendant que cela ruisselle… (qu’ils daignent ruisseler). Que 20% soutiennent cette politique parce qu’ils vivent des miettes. Que 40% se taisent parce qu’ils peuvent, au prix de contorsions, s’adapter. Que 20% portent cette souffrance dans leur chair chaque jour. La variable se fait sur la part restante, ceux qui sont en train de porter plus en difficulté qu’eux, ou qui se voient glisser vers la situation en dessous. Il y a un point de bascule. Nous y sommes.

Ça ne peut pas s’arrêter parce que ce « ça » dont on parle, c’est l’expression de la population. Elle peut déplaire parfois, mêler les colères légitimes et les rages bêtes et aveugles contre les totems autour de laquelle la classe dominante veut les faire danser. Un pouvoir dissout une assemblée, pas 40% d’un peuple; il peut juste intimider 40 autres pourcent.

L’autre voie, c’est de considérer que cette expression peut en revanche prendre un sens. Et c’est là qu’il faut aider. Les gens se sont parlé, ont bougé ensemble. C’est la plus précieuse des expériences par temps de crise, ou plutôt de survie, comme le seront les temps nouveaux.

Nous sommes au début d’un grand effondrement de tout ce que nous considérions comme normal. La vie naturelle et tout ce que nous avons construit autour nous qui n’en sommes qu’un parasite. Demain il faudra trouver des solutions pour l’énergie, pour l’alimentation, pour la santé, pour l’eau. Et nous serons confronté à des problèmes tels qu’en ont connu les migrants, les réfugiés et les zadistes les années passées, ou les gilets-jaunes aujourd’hui. Il nous faudra puiser dans le collectif tout le temps et y donner tout le temps, comme nos lointains ancêtres de la préhistoire.

Il n’y aura plus un petit rouage confortable à responsabilité limitée que nous assurons contre un salaire qui permet d’avoir accès aux bénéfices des autres rouages. Mais une mise au pot de plus en plus grande des solutions devant des problèmes de plus en plus grands.

Les gilets-jaunes aujourd’hui à moyenne échelle, comme les migrants et les zadistes donc en petit nombre hier, sont les prémices de cette adaptation. Et ils constituent donc des expériences plus précieuses que n’importe quelle taxe, n’importe quel radar, n’importe quelle vitrine d’abribus.

Face à eux le pouvoir, qui est la logique extrémisée des politiques du 1% ne peut plus les maintenir qu’à rechercher la fuite en avant dans la violence. C’est le sens des milliers de blessés et d’arrêtés préventifs de ces dernières semaines. Le sens des déclarations du Ministre de la police quand il dit que manifester, c’est être complice des casseurs (hé ho, réveil-là !); ou qu’il organise la traque des opinions sur le net au détriment de la surveillance du vrai terrorisme.

Délégitimé par l’effet de bascule de l’opinion, le pouvoir ne peut plus se maintenir dans le cadre démocratique qui craque de tout côté. Un pouvoir normal de temps normaux, reposant sur l’adhésion de la majorité, sur le consensus, aurait provoqué des législatives. Le pouvoir ultra et minoritaire de Macron, ayant gagné par défaut veut se maintenir par la force, car il sait qu’il n’est là que par effraction. S’il ne peut plus aujourd’hui puiser dans le consensus de la messe médiatique, il a besoin de peur, de violence. Je ne sais pas ce que sera la stratégie des Gilets-Jaunes et s’ils l’ont compris, mais le pouvoir en face a besoin que ça saigne ce samedi, que ce soit très violent. Pas tellement pour espérer faire taire les Gilets-Jaunes, mais pour montrer les biceps au ventre mou des sondages. Pour faire rebasculer 20% de son côté, pas par conviction, ils savent bien et n’en ont cure, juste par crainte.

Toute la semaine, les députés LREM ont fait la queue pour se présenter aux médias et s’installer dans les esprits comme victimes parce qu’ils reçoivent des insultes (parfois dégueulasses, ordurières ou débiles), alors qu’ils votent à l’aveugle les politiques qui font d’eux des bourreaux et des traitres aux yeux de la population, qu’ils basculent des dizaines de milliards sur les actionnaires ou qu’ils coupent dans les services publics alors que les hôpitaux sont en arrêt du coeur.

Il y a de quoi les haïr, ils le savent, mais il faudrait le faire en silence et comme des personnes bien élevées. C’est beaucoup demander, surtout quand la colère de plus de la moitié de la population n’a quasiment pas accès à la parole dans le système très verrouillé et archi normé de la représentation politique et des tribunes médiatiques.

Beaucoup voudraient « en sortir », mais on ne sort pas du peuple, on ne sort pas de la question d’un mal vivre qui concerne 40% de la population au bas mot et qui en impacte 20 autres pourcent. On ne sort de rien par la peur, on renforce les problèmes en obligeant en plus à faire silence.

A l’inverse, si l’on ne peut pas grand choses sur toutes les questions globales, on peut et l’on doit rapatrier la décision au local. Réinventer la décision de petite échelle sur les questions qui la concerne. Redonner le pouvoir aux territoires. Inventer la démocratie locale, rebâtir la France à partir de l’expression diverse de ses villages, banlieues, quartiers.

Le RIC ? Chiche ! Mais pas n’importe comment, pas juste le gueuloir transformé en vote de cirque romain par Internet selon les humeurs. Organiser d’abord, à la manière des assemblées de gilets-jaunes, le débat de tous avec tous. Elaborer, proposer s’exprimer, mais aussi recueillir et écouter, voter. Que les habitants regroupés en territoires deviennent partout des petites démocraties à la Suisse, et ensemble une force de proposition capable, après des référendums locaux d’impulser des questions nationales. Que l’assemblée de leurs délégués, en Sénat réinventé par exemple, puissent aussi poser un veto ou révoquer. Beaucoup de choses sont à inventer à partir de l’existant.

Il y a en tout cas urgence à s’interposer avec des solutions; non pas à chercher à éteindre le feu, mais au contraire à l’étendre partout et à l’apprivoiser dans l’intérêt de s’éclairer tous. Qu’il ne soit pas un projectile mais un âtre autour duquel se chauffer et se retrouver ensemble. Car le jeune-homme qui se croyait Jupiter, froissé dans le premier « non » qu’il ait jamais reçu, a besoin de le bouter partout pour faire oublier… que son pouvoir est éteint.

Langlois-Mallet

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