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Idées courantes à tous les étages

Je n’irais pas jusqu’à penser que pour dire un truc intelligent il suffit de prendre le contre-pied de la vague médiatique qui vous déferle dessus son prêt à penser, mais…

Envahir un parlement…

Les médias ont culpabilisé toute la semaine la population des pays satellites de pour des actes commis dans la capitale de l’Empire. Nous sommes priés de communier à la dénonciation d’actes sacrilèges et voir dans Biden notre espoir…Bien sur, il faut faire la part d’un président détestable, avec un ego de gamin de 4 ans et qui plus est ne concevant le monde que dans des rapports de force et de bluff d’agent immobilier véreux. Il faut dire aussi que ce peuple américain des tee-party, exterminateur d’Indiens et brûleur de Noirs, n’a rien pour susciter notre empathie. C’est dit.

Mais envahir un parlement en soi n’est pas un crime. A t-on oublié que notre sacro-sainte Révolution Française commence par des actes semblables, envahir l’Hôtel de Ville, puis Versailles pour ramener le roi ? Que comme militants – de l’université au droit au logement par exemple – on a tous connu ce genre de pied dans la porte ?

Mon idée n’est pas de vous inviter à la sympathie pour ces militants identitaires, juste de ne pas trop vous laisser aller à l’adhésion à un « camp du bien » qui ne veut pas le vôtre. Plutôt de considérer qu’il se passe simplement aux Etats-Unis d’Amérique la même chose que dans de très nombreux pays du monde (où nombre de parlement ont été investi par des manifestants en colère) un décrochage du peuple et ses élites qui n’en ont plus besoin.

Une insatisfaction très virulente contre la représentation comme forme politique, un sentiment de haute trahison des élites. Est-ce injustifié ? Je ne le crois pas. Et il me parait tout à fait normal que l’un ou l’autre des peuples en colère, celui social, ou celui identitaire, affirme qu’il existe face à des représentant interchangeables, qui ne représentent, qu’ils se fassent élire en rouges ou bleus, que des politiques hostiles à leurs intérêts.

Ne laissez pas les médias de l’Oncle Sam et leurs relais, soumettre l’énergie gilet-jaune qui dort en vous. La démocratie française pourrait en avoir grand besoin !

Se cacher derrière un vaccin…

Du vaccin, derrière les fausses polémiques diverses, pro-anti… (à noter que l’on est antivax, complotiste, excommunié désormais si l’on ne se précipite pas sur un produit non testé, ah bon ?), je retiens une chose. L’illusion. Une société humaine qui veut consommer, profiter sans se poser de questions alors qu’elle sait parfaitement que le point de non retour est atteint. Il n’y aura pas de « retour à la normale » parce que notre normal, c’est de l’anormal.

Tous les spécialistes du vivant le disent. Nous donnons aux virus leur rêve : une mise en industries du vivant, avec des dizaines de milliers de poulets ou de cochons semblables parqués ensemble, des moyens de communication et donc de multiplication infinies pour des virus jadis confinés au fond des jungles. Nous sommes au matin des virus et de leurs mutations. Allons nous multiplier les ruses technologiques pour continuer comme cela ?

Le monde me fait l’effet d’un drogué dont le corps part en morceau et qui est prêt à multiplier les prothèses pour ne pas changer. Jusqu’à quand ?

Langlois-Mallet

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Art. « Ceux qui ne sont rien »

Ceux qui ne sont rien pour les techno-affairistes, ont enfin un visage. Ce sont les musiciennes, les peintres, les poètes, les chanteurs, les auteurs, les chercheurs d’idées et de beauté, ceux qui allument des lumières dans une roulotte ou dans la ville, ceux qui réunissent les autres autour de cette magie noire suspecte, sortie des âmes et des esprits, l’art.


Je passe sur le fait, connu depuis les Grecs, que ceux qui suivent leur vocation à chercher, trouver, donner du sens à la vie, à émerveiller, à émouvoir à élever, à faire le lien entre les vivants ne dirigent pas les affaires publiques et qu’il est jugé tellement plus sérieux de préparer la guerre et la croissance sans fin.

Je passe sur l’abandon, la dévalorisation ou l’interdiction (Ici c’est Paris !) de quasi toute culture populaire. Vous savez (ou même peut-être vous avez oublié) ce truc qui se passe de toute éternité entre les humains quand ils se rassemblent autour d’un feu, d’un chant, d’une musique, d’une narration, dans un café, une salle de théâtre ou un opéra… et le grand remplacement de ce fait main, par des produits des industries culturelles pour « temps de cerveaux disponibles ».

Je passe sur l’abandon de la beauté en ville. La fonctionnalité, le béton, les casernes à la place des quartiers à taille humaine, la destruction du petit patrimoine, les commerçants singuliers remplacés par des chaines anonymes. La ville doit être rentable on le sait, elle n’a que faire de l’inutile, c’est à dire de ceux qui y vivent.

Je passe sur l’abandon de la Nature, sa destruction, sa mise en coupe, sa pollution, sa rentabilisation, tout ce qui fait notre condition de vie. Rentable ou inutile.

Ceux pour qui la vie ce n’est que le fric et le pouvoir, grimper, du sang sous les ongles, grimper toute honte bue, la bave aux lèvres, la courtisanerie pour auprès des vieux messieurs comme seul talent comme le premier d’entre-eux, avaient déjà accaparé le pouvoir et nous avions tous renoncé à le leur disputer pour ne pas finir par leur ressembler.

Mais leur malaise de vivre, leur manque de culture, d’art, de questions, de doute, de patience, d’émerveillement, de silence ne laisse jamais les autres en repos. Il leur fallait pas seulement le pouvoir, ni tout le pouvoir, mais désormais une société française toute entière normée à l’image du désert bleu pétrole du regard de Macron.

Une caserne dans laquelle les gens, masse productive, poulets de batterie, ferme des mille vaches humaines, soient réduits à sa seule utilité sur les courbes statistiques. Travaille, consomme, paye des taxes, donne nous plus, toujours plus d’argent, plus de lait avec ton sang. La société comme une usine en dehors des heures de travail.

Il leur faut désigner les inutiles. D’abord ceux qui coutent un pognon de dingue. Les gueux, les sans-dents, les vieux, les malades, puis les soignants et les enseignants.

Il y a un an, c’était pour ces vrais grands malades, ceux du pouvoir, l’hôpital et les infirmières qui étaient l’obsession ( plutôt que les masques et les respirateurs), de leur safari aux inutiles. On a vu le résultat. Ils ont été forcé d’effondrer d’eux-mêmes leur sacro-sainte déesse Croissance pour avoir négligé la santé publique sur laquelle ils ont découvert que même leur « profitabilité » repose.

Voilà bientôt un an que nous sommes plus ou moins enfermés avec une efficacité douteuse, nous signant à nous-même avec parcimonie des autorisations d’aller faire les courses.

Les théâtres, les cinémas, les cafés, les restaurants, les musées, les festivals n’ont pas le droit même de tenter de prendre des précautions quand les hypermarchés et les black-friday sont invités à dégueuler de l’humain en grappe.

On sait qu’un pouvoir culturel (un « président-philosophe » comme l’écrit un courtisan) aurait au contraire mobilisé l’intelligence et la création pour tenir le choc. Organisé mille évènements et mille idées, mis à contribution mille solutions pour encaisser et rebondir. Mais comme les humains ne sont que des machines à produire à quoi bon ? Comme les artistes et les chercheurs d’idées, les danseurs et les musiciens ne sont qu’un coût inutile, qu’ils ne servent à rien, pourquoi les appeler à la rescousse ?

Privée de liens, privée d’humains, privée de signes, privée de sens, encagée, abrutie, isolée, immobilisée, robotisée, soumise à des ordre et des contre-ordres idiots la population toute entière est en danger. Les psy alertent sur l’explosion de pathologies mentales et des dépressions.

On verra donc demain ce qu’il en est de la question de « l’inutilité » de la culture, comme on a vu hier celle de « l’inutilité » de la santé.

Mais une question demeure. Jusqu’à quand allons-nous les laisser nous détruire ? Nous savons que même leur abandonner le pouvoir ne les mets pas en repos. Quand le reprenons-nous ?

Langlois-Mallet

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France. Veillée d’armes

Comme dit ces jours-ci, je pense qu’il faut partir sans a priori sur la personne dans la séquence politique qu’ouvre (que cela plaise ou non), la présidentielle. Ne serait-ce que parce que c’est l’élan collectif (donc les autres), qui choisit; partir non pas en chapelle et club de fans, en habitudes et en identités, mais en étant très solides sur les convictions. En ayant appris de la précédente que nous n’aurons qu’une voie étroite pour gagner et plusieurs leurres pour nous faire perdre.

Nous allons décider de laisser s’accomplir la même fatalité, trois fois la même, politique de destruction (là encore avec un nom ou un autre) des trois pitoyables, après les trois piteux, ou nous parviendrons à taper du talon au fond de la piscine pour refuser la noyade; à changer, à inverser, le cap. A renouer avec l’esprit pionnier du Conseil National de la Résistance et du Gaullisme, avec à la fois l’élan social et l’indépendance dans le contexte absolument inédit et à haut risque de l’effondrement du vivant.

Sortir de l’énarchie et de son idéologie libérale suicidaire, retrouver le chemin d’une autonomie économique et politique, faire coopérer les gens de bonne volonté de différentes familles à un projet d’indépendance et de redressement, renouveler la démocratie sans sacrifier à la lubie mitterrandiste de destruction de la présidence etc.

Beaucoup des propositions que Montebourg pose sur la table sont alignées avec les convictions que nous devrons tenir. Son attitude aussi me parait très intéressante. Il est très tôt encore pour savoir d’où viendra la dynamique, qui saura faire prendre la sauce de l’intérêt général. Mais celui-là sera de l’aventure.

Je vous invite à lire son entretien au Vent se Lève (lien ci-dessous dans le commentaire), il apporte du grain à moudre au moulin commun. Pour le reste, on ouvre l’oeil, on reste attentifs, aux connus, aux petits nouveaux, aux déclarés et à ceux qui émergent avec une volonté de nous rassembler contre la fatalité, l’effondrement, la dépression et l’abandon.

Courage !

Langlois-Mallet

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Giscard : Le Méprisé du bonheur

C’est tout le « temps du bonheur » des années 70 et son contraste violent avec le notre que fait resurgir la disparition de celui qui le présidait et que la France n’aima pas.

La France des années 70 qui nous revient ce matin dans l’annonce du décès du président d’alors, reste une expérience difficilement communicable à nos enfants, celle du plaisir d’être secoués en 2cv en se sentant filer dans le ciel du Concorde. Mais surtout que tout cela est bien normal. Un sentiment de sérénité, de force, de foi en l’avenir, de tradition immuables et de progrès permanent en toile de fond, là où l’avenir nous parait annoncé dans une multitude de chaos et de convulsions, tant des legs du passé que des promesses d’un « Progrès » devenu menace. Président-zélateur de ce progrès, Giscard était sans doute à l’image de ce pays qui gagnait sur tout les tableaux, se payait le luxe de jouer les Kennedy dans un fauteuil Louis XV comme d’aller en jet privé tricolore jouer de l’accordéon dans un bougnat; mais quelque chose sonnait faux et jusqu’au bout, son coeur lui échappa.

C’était encore la génération Gaulliste, ou du moins l’imaginaire des anciens combattants des deux guerres, qui tenait solidement la baraque de l’Etat, et la fierté de la « 3e puissance mondiale » qui « ruisselait » sur toute la société qui pourtant n’avait jamais été aussi à gauche, contestatrice et frondeuse après 68. Nos ancêtres étaient des guerriers, des héros; nous touchions les fruits de la « Freundschaft » avec les Allemands. Nos parents avaient libéré le Boul Mich’, la Sorbonne et le sexe et nous n’aurions ni Dieu ni maîtres.

Nos grands-parents étaient ces piliers puissants et immémoriaux à l’ombre desquels nos parents pouvaient placer des charges de dynamite en rigolant et donner libre court à toutes les contestations et toutes les utopies. Nous voyions les uns partir en habits des dimanche pour la messe avec cérémonie, quand les autres filaient en 2cv dans les communautés de chevelus baba; nous, libérés des contraintes des dimanches que nos parents ne voulaient pas que nous revivions, nous n’étions tenu ni à un culte ni à l’autre, et nous pouvions jouer au jardin ou courir la campagne ou les même les rues de Paris le soir à 5 ans… Pourvu que nous ayons les mains propres à l’heure d’être ponctuels à table et que nous ne soyons pas « dans leurs pattes » les adultes s’en moquaient.

Manière de nous dire que notre avenir, facile, serait de toucher les fruits magiques du temps long et de l’air du temps, de l’Appel du 18 Juin et du joli mois de Mai 68… en même temps. Nous ne savions pas qu’ils étaient en train d’être mangés et deviendraient si grinçants pour nos propres enfants.

Ce n’était déjà bien sur plus la Nature toute puissante qu’il fallait dompter comme Tartarin avec les aventuriers de l’Empire Français comme durant l’enfance de ma mère. L’idée de la pollution, des animaux menacés d’extinction, nous était présente grâce à Pif Gadget, mais comme pour la santé et ses progrès, tout était sous contrôle et allait bientôt s’arranger. On sentait dans l’avidité des soixante-huitards de jouir de soi pour soi, loin des sacrifices des générations précédentes, une pointe de jalousie. Qui sait, les enfants des années 70, au rythme du dieu « Progrès », connaîtrait-il peut-être l’immortalité ? « La vie sera facile pour vous » m’avait dit un jour mon père avec une pointe d’envie dans laquelle on comprenait qu’ils n’étaient pas trop tenus vis à vis de nous.

Ce qui me frappe rétrospectivement, c’est à quel point nous avons connu une vie naturelle et traditionnelle, comme le lait que l’on allait chercher directement à la ferme, voir celui des brebis que nous prenions directement dans la bouche avec les copains de la ferme voisine. Une rue vivante et intéressante, des cafés grouillants de vie aux flippers et aux repas abordables. Nous étions loin d’imaginer que nous deviendrions surtout les derniers de l’insouciance.

J’ai repensé à la chanson de Polo « Petit Français » : https://vimeo.com/73373301

Je ne relate pas un bonheur personnel car mon enfance trop prise dans les conflits des adultes dont elle était l’enjeu ne fût pas heureuse, mais un sentiment de bonheur collectif qui nous portait. Je ne sais pas s’il en était de même à l’intérieur des êtres et si le malaise couvait dans le bien être quasi général. Mais ce me semble en revanche clair aujourd’hui, c’est que notre attachement exclusif à un bonheur individuel semble emporté vers un naufrage collectif.

Giscard

J’ai vie su qu’on pouvait mépriser Giscard puisqu’il s’attirait les remarques goguenardes de mon père et de ses amis des milieux parisiens de la Gauche branchée d’alors, près à tout les excès pour le chasser; mais je savais aussi par ma mère que Giscard avait été reçu à déjeuner par mon grand-père lors de la tournée électorale où le député Giscard père présentait son jeune successeur aux baronnets locaux. Tout était donc dans l’ordre des choses enfantines à la mode de ce temps de contrastes; à la fois que l’on ne puisse pas devenir président de la République sans l’aval de mon grand-père et l’éblouissante onction de la table de ma grand-mère; et qu’il soit illusoire de ne pas comprendre que l’on va être chassé du royal fauteuil par les révoltes des amis de mon père; lui qui, par la majesté d’un seul geste à la fenêtre de sa voiture parvenait à entrainer sur le pont de la Concorde, le flot de voitures bloquées par un feu rouge en panne.

La France était heureuse sans doute parce que la gauche dominait culturellement la politique, autant que parce qu’elle avait la chance qu’elle n’exerce pas le pouvoir. La droite de Giscard vivait alors sous une pression permanente, de grèves obligeant à un partage inégalé des bénéfices du travail (la part des salariés y a atteint son plus haut historique), de manifs tumultueuses pour de nouveaux droits de société, de mouvements d’idées, d’une presse prête à mettre le pouvoir en examen pour obliger à plus de démocratie etc. Les Français pouvaient donner libre court à leur esprit frondeur, à la contestation, ils en était non seulement bénéficiaires, mais cela se montrait constructif.

Tout était donc à l’inverse de ce que nous connaissons.

Petit aparté, utile, sur la liberté d’expression. Charlie blasphémait souvent mais le pouvoir ne se drapait pas dans son blasphème. Très souvent les radios du soir nous apprenaient que les exemplaires allaient être saisis. Je descendais alors très vite avec l’aval maternel chez la papetière, qu’on surnommait Cocote (elle ressemblait au milieu des objets de piété qu’elle vendait à une vieille poule et le garçon de café qui lui avait dit « ma cocote » savait même la faire glousser), qui gardait les journaux interdits pour mieux les revendre sous le manteau. Les gouvernants étaient donc tenus par la société de faire respecter la liberté d’expression, tout en faisant mine de s’en offusquer, au lieu d’en faire comme aujourd’hui un étendard de combat, tout en l’étouffant…

Pour le reste, mon grand frère me montrait nos avions qui volaient dans le ciel du 14 juillet au-dessus de la maison, m’apprenait que nous vivions au pays de Cocagne que le monde entier enviait et les seuls dangers qui pouvaient troubler notre sommeil était que les Russes avaient de quoi nous détruire pendant la nuit (mais qu’ils ne le feraient pas car ils disparaitraient eux-mêmes tellement nous étions forts) et que l’ennemi public N°1 courrait les rues le soir…

Telle paraissait, vue d’enfant, la France de Giscard, le roitelet mal aimé de ce temps heureux lui, qui eût à peu près tout ce qu’un ambitieux demande à la vie (le pouvoir, l’argent, une épouse adorable et impeccable et les actrices effrontées dans son lit, un fief avec donjon sur roche etc) ne semblait qu’insatisfaction, à l’image de la société qui finirait par le renverser un soir de mai.

Giscard d’Estaing, le destin de Giscard… La presse et la France des années 70 ironise beaucoup sur une aristocratie un peu de raccro. Les ancêtres sont pourtant bien accrochés dans l’arbre, mais qu’une famille bourgeoisie joue des coudes ne sera pardonné ni des aristos, ni des républicains. Un entre deux, qui tombe du côté du désamour. J’ai fait la visite, pour l’éducation politique de ma petite famille, du château d’Estaing lors d’une tournée du Massif Central. C’est un condensé politique de tout ce qui a suscité le mépris. Une arnaque touristique (toutes les jolies choses sont dans la partie privée) et le coeur de la visite des pièces de service tourne autour d’une exposition frauduleusement appelée histoire de la famille, mais en fait ne concernant quasi que son septennat, lui-même centré sur l’intention de nous faire aimer, un peu de force, son nombril et celui-ci taraudé d’une question, qui finirait presque par le rendre sympathique à force de pathétique : « mais pourquoi ne m’aimez-vous donc pas ? »

La réponse se trouvait pour moi dans la visite du musée précédent (par hasard), celui de la présidence de Chirac son vieux rival. Entièrement dédié à offrir à la postérité tous les cadeaux baroques qu’il avait reçu de ses voyages d’Etat et ne laissant rien à son ego.

Giscard aura eu tout trop vite, trop tôt, trop facilement, tout traité trop légèrement. Jupiter rend fou ceux qu’il veut perdre… Venant par exemple, comme plumitif assez médiocre, récupérer prestement grâce à son carnet d’adresse, un fauteuil parmi les Immortels, sans comprendre que ce signe de réussite de plus, ce signe de réussite encore, ce signe de trop, l’abaissait. D’une part parce que comme président il avait été successeur sur le plus beau des fauteuil, celui qui n’existe pas, celui créé par Louis XIV de « protecteur» des écrivains et de la Langue Française. D’autre part parce que dans la succession de présidents fins lettrés, le mémorialiste hors de norme De Gaulle, l’exégète Pompidou et le bibliophile Mitterrand… l’ingénieur Giscard ne pouvait qu’abaisser la dimension culturelle, littéraire, sacrée en France, de la fonction en soulignant auprès des Français qu’il n’avait que des histoires d’auto-stoppeuses à ajouter à la galerie, un manque.

Pourtant, même si on s’en rend peu compte, mais nous vivons dans un choix principal que Giscard a fait pour nos vies, mettre l’Etat du côté de la modernité : la bascule d’une société de morale traditionnelle à une société de l’individu; le divorce entre la bourgeoisie et la peuple actée tant par l’abandon de la nation comme ciment commun, que par la mise en concurrence, voir le remplacement, des premiers par une immigration supposée plus docile; l’Europe et l’exode européen et mondialiste pour la bourgeoisie. Giscard aura mis aux normes modernes un vieux pays qui en profita mais lui en voulu; peut-être parce qu’il lui donna l’impression de vouloir conserver à son seul profit le XVIIIe siècle. Une sorte d’antiquaire qui aurait vendu, pour se faire aimer, du Kennedy à une France qui ne lui aurait pas pardonné le faux monnayage.


Un manque d’amour tramé désormais dans l’Histoire – ou plutôt dans une histoire politique au rabais devenue dans ces années là, l’actualité – qui ne se compense pas par des honneurs qui le multiplient en manque d’estime. Ce « monopole du coeur » dont la formule l’aura fait roi mais qui l’aura fuit jusqu’au bout.


Langlois-Mallet

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Paris. Une découverte précieuse

Ma critique (à bas bruit) de la mort (à bas bruit) de Paris a rencontré ces jours-ci des oppositions, parfois virulentes. C’est un regard que je pose en toile de fond sur une bataille, à mon avis perdue, d’une cause qui m’a tenu aux tripes la moitié de ma vie.

Paris est une ville éteinte culturellement depuis 10 ans, non pas parce qu’il n’y a plus de vernissages, de boite de nuit ou de musées, mais tout simplement parce qu’il n’y a plus de vie populaire qui en est le terreau, et que la municipalité a dégagé tous les lieux culturels indépendants pour les municipaliser, les privatiser, les définir par elle-même, les normer etc.

Ce sentiment de mort où était l’exubérance, remplacé par quelques programmation et évènementialités au fond grinçantes pour bobos, est très largement partagé par tous les amoureux de Paris que je rencontre, que je les connaisses avant ou non. Ite missa est.

Artificialisation de Paris

Je ne peux pas vous dire autre chose que la disparition de la culture populaire de Paris que je regardais éternelle – comme Notre-Dame avant les flammes – a été un des grands effondrement de ma vie. D’autant plus grand, que je me suis cru à un moment de vie, dans de belles années de reportage, le chantre de son renouveau.

Avec une volonté et des moyens on redonne vie et jeunesse à une cathédrale. Redonner vie à un quartier que l’on a vidé de son âme, à un village, on ne sait plus faire en tout cas on ne fait pas, comme pour les surfaces bétonnées des campagnes.

Encore une digression. Gamin j’étais déjà hanté par cette question de la disparition de mon quartier. Comment Haussmann avait il pu faire un terrain vague bordé de casernes, du dernier coeur de capitale médiévale intacte d’Europe ? J’avais emprunté un plan cadastral de l’Ile de la Cité à mon frère et m’étais mis au travail de réinventer mon île. J’ai très vite posé mon crayon, car j’ai tout de suite compris qu’un architecte seul pouvait détruire une ville, mais qu’il fallait pour la bâtir belle la diversité de millions de volontés sur le temps long des siècles. On ne recrée pas l’urbanité seul, c’est une oeuvre collective.

Jeune adulte, je fréquentais avec des inconnus les dernières poches de résistance et d’improbables lieux populaires du coeur de Paris comme des oasis, comme on partage un secret. Mon grand émerveillement aura été de découvrir qu’à Bellevillemontant, ce Paris qui devenait confidentiel, réservé aux initiés, était au contraire en pleine floraison et expansion, notamment au travers du renouveau des bars musicaux et de l’explosion des squats d’artistes. J’ai vraiment cru à ce printemps comme à un nouvel humanisme, m’en suis fait le chroniqueur et l’ai vu détruire « bizarrement » par la mairie « de gauche », alors que sa conscience venait d’une résistance à des politiques « de droite » (Haussmanisme- Pompidoulisme moderniste – chiraquisme bétonneur etc.)

J’ai perdu de nombreuses année à essayer de convaincre (tant de traces en témoignent) tous les partis de gauche, Verts, PS, PC… Les retrouvant toujours au contraire derrière un décret interdisant les cafés-concert, les PV des artistes de rue, ou l’expulsion d’une pépinière magique d’artistes irréductibles, un projet immobilier destructeur, remplaçant un lieu un peu foufou de quartier par un établissement gestionnaire propret. En fait toujours contre l’initiative des habitants eux-mêmes. Tout devait procéder en matière culture de l’institution : par eux, avec eux et en eux. Donc tout mourrait.

Vérité dérangeante

On m’a beaucoup reproché mon coup de foudre culturel pour NKM. Et le fait que tous mes liens étaient à gauche en a emportés une bonne part. Pour ma part, j’ai été fidèle à ma conviction sur Paris qui s’est prolongé à travers cette rencontre. Paris c’est effectivement une ville populaire dont l’ADN est Communard (donc rien à voir avec NKM) non plus qu’avec les républicains bureaucrates, d’appareil et d’administration (au sens du PS ou de ce que s’échinent à devenir Les Verts). Il y a cette spontanéité, cette liberté, qu’ils ne supportent pas, ne veulent que pour eux-mêmes.

Bizarrement cette liberté était mieux comprise par une femme de droite parce que cette autonomie donnée à la vie culturelle faisait partie du logiciel. Chose qui m’a été confirmé depuis par maint artistes, me disant qu’ils était souvent plus facile de travailler avec un maire de droite qui considérait la culture comme extérieur à son champ, qu’avec un maire de gauche qui voulait lui donner pour mission de passer son message.

Entendons-nous, je suis et reste intrinsèquement, sans doute le moins libéral (au sens politique) des citoyens. Si par libéral j’entends politique qui donne le prima au business sur la vie. Ce qui est valable de la droite bétonneuse, au DSKaïsme dont Delanoë et Hidalgo de sont que des avatars. Cette idée que l’on peut faire n’importe quoi avec la ville (le tourisme par exemple) si cela rapporte de l’argent, car de toutes les façons on pourra faire plus avec cet argent. Logiciel faux.

C’est la ville elle-même qui fabrique la ville et si un pouvoir bureaucratique la détruit ou l’en empêche, la vide de son populaire et si ce dernier n’a pas de lieux pour s’inventer collectivement, même avec plus d’argent l’administration ne pourra pas refaire. On ne fait que du vide qui tourne sur son nombril, de la galerie marchande, comme on le voit.

Ce n’est pas moi qui serait devenu libéral, c’est plutôt le libéralisme qui se vend sous plusieurs emballages Verts, PS etc. D’où la dissonance cognitive de leur communication, qui dit toujours l’inverse de ce qu’ils font « une ville décidée par les habitants…» D’où sans doute la dimension de protestation de ma « performance », pour rester dans le champ culturel.

L’autre découverte majeure de cette incursion à droite (limitée d’ailleurs à un deuxième tour de municipale faute de candidats) a eu lieu dans le préau d’une école. NKM m’avait demandé si je pouvais aller soutenir le candidat du IVe arrondissement, Vincent Roger qui ferraillait contre l’infâme Girard, l’adjoint à la culture responsable de tous nos maux. Un gaulliste droit, proche de Séguin, dans mon quartier d’enfance et dans l’école où j’ai voté des années ne pouvait que me convenir.

Les discours de campagne étaient effectivement de droite (sécurité et propreté). J’aime bien être en sécurité et une ville propre, mais mon ADN ne vibre pas à ces questions d’intendance. J’ai besoin que l’on me parle d’une ville, vraiment « de gauche » disons pour rester dans le cliché, sociale, populaire, accessible à tous etc.

Quand j’ai pris la parole, je n’ai pas changé un mot à ce que je disais souvent à un auditoire de gauche. J’ai parlé de mon quartier de la vie populaire que j’y ai connu. Des boutiques, des primeurs ou marchands de journaux, remplacés par des duty-free et des galeries d’art bidon pour touristes, des écoles que l’on fermait; de la perte de l’âme de Paris, etc Bref un discours culturel, pas au sens des équipements municipaux, mais au sens de l’âme quotidienne de ce qui fait Paris et du bonheur qu’on y a vécu au détours d’un simple coin de rue, d’une rencontre, d’un café chantant, des lieux sincères, des gens du coin et non pas de l’industrie touristique et de sa rentabilisation, de sa mono-activité , de destruction de la ville.

Il m’ont applaudit debout et, presque un peu gêné, le candidat m’a remercié en me disant que je pourrais « faire une belle carrière à droite ». Sauf que le mot carrière n’est pas dans mon ADN familial, ce serait plutôt l’inverse. C’est Chérèque je crois qui s’était moqué de mon père en disant qu’il faisait carrière à l’envers, par son refus de compromission. Ça dû déteindre.

Ce pour dire que l’amour de la ville est partagé par tous et le sentiment de la perte de la ville aussi. Qu’il est complètement faux et factice, dans une ville, de trier les gens en deux groupes antagonistes fonction du fait qu’ils placent la sécurité ou la justice en valeur cardinale. La ville, c’est d’abord de l’âme, de l’amour et de la culture.

D’autre part, il y a une hypocrisie double à vouloir faire croire à un antagonisme de la part de partis qui sont au fond d’accord pour mener la même politique de rentabilisation de la ville au détriment de ceux qui vivent. Que dire du fait de vouloir le faire respecter à coup d’excommunication de ceux qui la dénoncent ?

Enfin, au contradicteur virulent qui me demandait pour qui « je roule. » D’abord je ne roule pas, mais surtout dernièrement je ne vote même pas. C’est à dire que ma critique, par exemple hier de la communication municipale, ne doit pas être lue comme un combat destiné à remplacer machin par truc, le maire de Trifoulli les oies ou celui de Paris par quelqu’un que je ne connais pas et serais donc bien en panne de désigner ou soutenir. Mais plutôt comme une mutualisation citoyenne.

Dans cet exemple d’hier de dissonance de communication, appeler « Tiers Lieux » un lieu dont la mairie a viré les créateurs indépendants pour les remplacer par une équipe municipalisée est effectivement un abus typique.

Ou mettre en Une du fanzine de com municipal la photo d’un inconnu (sympathique ou non, compétent ou non, c’est une autre question), coopté dans les salons partisans, mais que surtout on ne connait pas, et que l’on découvre comme « maire » sous la légende que les citoyens doivent décider relève de la même manipulation typique de la boite de communication :

– « A ton avis Marjorie qu’est-ce que les habitants vont penser ? »

– « Et bien Charles les études montrent qu’ils ont le sentiment de ne pas avoir choisi leur maire. »

_ « Ouai, très bien, on fait la Une sur lui en écrivant que ce sont eux qui décident ! »

J’en profite pour dire que j’ai fait du journalisme municipal, heureusement dans un autre esprit et avec une vraie liberté ! (merci notamment à Michel Bourgain, le maire écolo d’alors de l’Ile-Saint-Denis).

Le même comportement ayant lieu dans beaucoup de villes et étant une des sources de discrédit de la politique (qui explique que seuls 18% votent encore Hidalgo à Paris ce qui ne l’empêche pas de parader et de se penser présidente de la République) je pense intéressant le retour d’expérience.

A titre d’anticorps donc, puisque le virus de la politique OGM et sans racines est trop répandu désormais… surtout chez ceux qui communiquent autour de leur image « écologiste. »

Langlois-Mallet

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De Gaulle, roman national

Je me demande bien ce qu’aurait fait De Gaulle le 18 juin 40, s’il n’avait pas cru (de toutes ses tripes) au « roman national » tant décrié par les modernes, mis à l’index et non enseigné à l’école ?

Encore une fois, on n’est obligé par personne d’être manichéen. J’aime beaucoup le travail fait par Boucheron dans son histoire mondiale de la France, mille touches qui donnent un éclat culturel à ce pays-monde que nous sommes, de notre vieille amitié avec les Indiens, à la vie intellectuelle juive au moyen-âge autour de Rachi, en passant par les hongrois Saint-Martin et Attila, au discours de Villepin, du rôle du savoir hydrologique du Moyen-Orient dans le travail des moines etc.

Cette chair vive de la diversité ne doit pas servir à nier l’ossature, la colonne vertébrale de l’Histoire qui a permis, en s’y agrippant de toutes ses forces, à De Gaulle de relever avec lui tout le pays. Il y a un ADN, un code source du collectif, on l’oublie dans les périodes de prospérité, mais c’est parce que certains gardent le culte de la mémoire que tous peuvent tenir ensemble quand tout sombre.

Même si le roman est en partie romancé, il vaut pour ce que les hommes en font en son nom. La Torah par exemple est ce qu’elle est d’un point de vue de l’exactitude historique, mais ce qui est fascinant, c’est qu’elle a fait tenir entre eux tous les membres d’un peuple, même privé d’une terre, dès lors qu’ils se reliaient ensemble à sa lecture à travers les millénaires.

A l’inverse, vous n’avez voulu apprendre aux petits Français que deux fables de l’histoire disant toutes deux que leurs ancêtres étaient les mauvais, qu’ils avaient collaboré à la déportation des Juifs et qu’ils étaient coupable de crime colonial.

Le relativisme culturel ou savant, faisant au contraire penser à bien d’un gens fatigués qu’après tout on pouvait être sans dommage dans l’âme Américains depuis 45 ou… Allemands avant.

Le raffinement de l’auto-critique angoissé, a enfanté de jeunes humanistes désespérés qui vont rechercher une fierté dans leurs identités sexuelles Made In US et d’autres jeunes en colère qui lèvent le bras en l’air, pour ne rien dire de ceux abandonnés et sous-traités aux barbus.

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De Gaulle

« Le silence emplit ma maison. De la pièce d’angle où je passe la plupart des heures du jour, je découvre les lointains dans la direction du couchant. Au long de quinze kilomètres, aucune construction n’apparaît. Par-dessus la plaine et les bois, ma vue suit les longues pentes descendant vers la vallée de l’Aube, puis les hauteurs du versant opposé. D’un point élevé du jardin, j’embrasse les fonds sauvages où la forêt enveloppe le site, comme la mer bat le promontoire. Je vois la nuit couvrir le paysage. Ensuite, regardant les étoiles, je me pénètre de l’insignifiance des choses.

Sans doute les lettres, la radio, les journaux font-ils entrer dans l’ermitage les nouvelles de notre monde. Au cours de brefs passages à Paris, je reçois des visiteurs dont les propos me révèlent quel est le cheminement des âmes. Aux vacances, nos enfants, nos petits-enfants nous entourent de leur jeunesse, à l’exception de notre fille Anne qui a quitté ce monde avant nous. Mais que d’heures s’écoulent, où, lisant, écrivant, rêvant, aucune illusion n’adoucit mon amère sérénité !

Pourtant, dans le petit parc – j’en ai fait quinze mille fois le tour ! –, les arbres que le froid dépouille manquent rarement de reverdir et les fleurs plantées par ma femme renaissent après s’être fanées. Les maisons du bourg sont vétustes ; mais il en sort, tout à coup, nombre de filles et de garçons rieurs. Quand je dirige ma promenade vers l’une des forêts voisines : Les Dhuits, Clairvaux, Le Heu, Blinfeix, La Chapelle, leur sombre profondeur me submerge de nostagie ; mais, soudain, le chant d’un oiseau, le soleil sur le feuillage ou les bourgeons d’un taillis me rappellent que la vie, depuis qu’elle parut sur la Terre, livre un combat qu’elle n’a jamais perdu. Alors, je me sens traversé par un réconfort secret. Puisque tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera, tôt ou tard, une source d’ardeurs nouvelles après que j’aurai disparu.

A mesure que l’âge m’envahit, la nature me devient plus proche. Chaque année, en quatre saisons qui sont autant de leçons, sa sagesse vient me consoler. Elle chante, au printemps : « Quoi qu’il ait pu, jadis, arriver, je suis au commencement ! Tout est clair, malgré les giboulées ; jeune, y compris les arbres rabougris ; beau, même ces champs caillouteux. L’amour fait monter en moi des sèves et des certitudes si radieuses et si puissantes qu’elles ne finiront jamais ! »

Elle proclame, en été : « Quelle gloire est ma fécondité ! A grand effort, sort de moi tout ce qui nourrit les êtres. Chaque vie dépend de ma chaleur. Ces grains, ces fruits, ces troupeaux, qu’inonde à présent le soleil, ils sont une réussite que rien ne saurait détruire. Désormais, l’avenir m’appartient ! »
En automne, elle soupire : « Ma tâche est près de son terme. J’ai donné mes fleurs, mes moissons, mes fruits. Maintenant, je me recueille. Voyez comme je suis belle encore, dans ma robe de pourpre et d’or, sous la déchirante lumière. Hélas ! Les vents et les frimas viendront bientôt m’arracher ma parure. Mais, un jour, sur mon corps dépouillé, refleurira ma jeunesse ! »
En hiver, elle gémit : « Me voici, stérile et glacée. Combien de plantes, de bêtes, d’oiseaux, que je fis naître et que j’aimais, meurent sur mon sein qui ne peut plus les nourrir ni les réchauffer ! Le destin est-il donc scellé ? Est-ce, pour toujours, la victoire de la mort ? Non ! Déjà, sous mon sol inerte, un sourd travail s’accomplit. Immobile au fond des ténèbres, je pressens le merveilleux retour de la lumière et de la vie. »

Vieille Terre, rongée par les âges, rabotée de pluies et de tempêtes, épuisée de végétation, mais prête, indéfiniment, à produire ce qu’il faut pour que se succèdent les vivants !


Vieille France, accablée d’Histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée, de siècle en siècle, par le génie du renouveau !
Vieil homme, recru d’épreuves, détaché des entreprises, sentant venir le froid éternel, mais jamais las de guetter dans l’ombre la lueur de l’espérance ! »

Charles de Gaulle.

Merci à Jérôme Mathy

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Présidentielle : « Qui pour se coltiner ce chaos ? »

Vu ce matin :« La candidature de Mélenchon après l’élection américaine, c’est comme enchaîner Game of Thrones et Loulou la brocante…»

J’ai noté aussi le mauvais moment, le mauvais endroit (TF1), mais surtout le mauvais argument : « je suis le candidat qui mettra fin à la monarchie présidentielle. »

Quelle est la question que nous nous poserons tous au moment de voter ? « Qui pour se coltiner ce chaos ? »

On résume le contexte que la (première) pandémie rend plus concret pour ceux, la majorité des Français, qui n’aiment pas anticiper (ou disons-le franchement font la politique de l’autruche). Nous allons être confronté, pour la première fois de l’humanité, à l’effondrement de nos certitudes. Que fait-on devant des évènements hors normes alors que nous étions étions au contraire habitués à un confort inouï.

Que fait-on par 50° à l’ombre sur un mois au deux ? Que fait-on quand il n’y a plus d’eau potable ? Que fait-on si la terre, épuisée de chimiothérapie, pour la première fois ne rend plus ? Que fait-on quand les eaux montent de 10, 20 ou 50 mètres ? Que fait-on devant la multiplication des évènements extrêmes etc. Que fait-on face à une pandémie qui dure un an, deux ans avec un virus qui mute sans cesse ? Que fait-on devant les vagues de déplacement de population que ces phénomènes (et la multiplication des conflits armés qui accompagnent inévitablement les pénuries essentielles) engendrent mécaniquement et dans lesquels nous nous trouvons engrenés par le jeu des alliances et des intérêts ?

Voilà pour le cadre, la toile de fond des réjouissances que les président vont commencer à devoir affronter.

Jetons un oeil aux moyens. 0,001% des gens tiennent plus de la moitié des richesses, les ont exporté en lieux sûrs et lointains et n’entendent participer à rien de commun avec les autres. 0,1% a les moyens de les imiter. Privés des ressources de l’impôt, le système public (hôpitaux, éducation) sur lequel reposait la démocratie et qui garantissait une prospérité, s’enfonce. L’effort repose tout entier sur une classe moyenne épuisée d’impôts, tandis que les milieux populaires s’enfoncent dans une précarité sans issue (15% des Français sous le seuil de pauvreté, 20% après la deuxième vague ?) etc.

Par ailleurs l’endettement de la France est colossal et le gaspillage des dernières cartouches d’emprunt, non à investir dans la reconversion vers les emplois d’avenir mais au contraire à la réanimation d’industries condamnées pèsera comme un boulet de plus.

Le peuple de guerriers pour affronter cela fait plaisir à voir

Il s’agit globalement d’une population en surpoids et angoissée, unie essentiellement par sa dose de séries TV criminelles Made in US et ses anxiolytiques pour affronter le quotidien et pour le reste parfaitement divisée dans des conflits identitaires aussi importés que parfaitement artificiels.

Selon la mode du pays dont ils dépendent culturellement, les uns se cherchent une identité sexuelle, raciale ou autre à hystériser dans des conflits (des noirs contre les blancs, des hommes contre les femmes, des homos contre les hétéros, des trans contre les homos etc).

Les autres en sont carrément à se prendre pour des bourreaux d’Arabie en auto-entreprise, décapitants, à l’arrêt de bus, ou au hasard des églises, ceux dont ils ont ouï dire qu’ils avaient déplu à des « amis » croisés sur Internet, et qu’ils ne connaissent pas. Selon leur milieu social, les ados sont invités, à l’âge de se construire, à « déconstruire » leur identité, s’ils appartiennent à la classe moyenne, ou trouvent à l’inverse relativement cohérent que l’on puisse tuer de sa propre initiative pour un rappel à la civilité dans un bus, un dessin ou que sais-je etc.

D’accord, je force un peu le trait. Mais si vous n’y reconnaissez pas forcément vos proches, vous y retrouvez l’actualité et le théâtre qui structure des mentalités qui s’arment de plus en plus en prévision d’un choc avec ces autres fantasmés et surtout si proches.

La majorité du pays reste en réalité dans un déni aimable d’un abîme qu’elle voit à côté d’elle mais pour les autres, sans cesser de se poser des questions éternelles auquel elle attend que la politique réponde : « comment devenir propriétaire de mon logement ? » pour les employés, « d’une résidence secondaire » pour les cadres.

Dans tous les cas, un président est la personne qui va se coltiner ce « merdier » disons-le. Je reconnais qu’il ne l’annonce pas. Il s’agira de dire « changeons la vie », « gagner plus », ou « une France » (forte, normale, apaisée ou ce que vous voulez en fonction de votre agence de com’

Mais la question centrale de cette élection est de trouver quelqu’un qui ait envie d’affronter le problème, même si comme je l’ai dit, les Français ont plus de chance de voter pour quelqu’un comme eux, qui soit dans le déni du problème.

Mon point de vue sur Mélenchon est qu’il n’a pas été président la dernière fois (vous savez les fameuses 600 000 vois manquantes pour être devant Macron) tout simplement parce que, même s’il a montré ses brillantes capacités d’analyse réaliste de la situation, il s’est heurté à deux choses :

– D’une part le déni des Français, qui avaient plus envie qu’un jeune banquier leur vende des produits financier censé les enrichir.

– De l’autre ses propres limites : il n’avait non seulement pas le désir de présider, mais pas celui d’affronter tous les problèmes qu’il voyait. Il se proposait de détruire la Ve et de démissionner (dans tous les sens ou ce mot est perçu). Donc d’être un parleur pas un faiseur.

Les belles analyses ne servent à rien si l’on est un idéologue, comme par exemple un homme qui a eu une vie de sénateur mitterrandien et qui a toujours rêvé, comme sa génération, de Che Guevara. Mélenchon rêve donc. d’être celui qui détruira l’oeuvre de De Gaulle et coupera une nouvelle foi la tête du roi. D’être le dernier sans-culotte de la fin de l’histoire.

Disons-le franchement, c’est une double erreur.

Sur le fond d’une part. Parce que l’invention de De Gaulle, a été de réconcilier les deux moitiés séparées de l’histoire de France, de faire la part des choses entre la monarchie et la république. C’est ce qui correspond à l’ADN de notre peuple et à son histoire. Nous n’avons pas la vertu nécessaire, nous sommes trop divisés, trop divers (à la différence de peuples comme l’Allemagne), trop

en conflits pour vivre sans arbitre. L’absence d’arbitre à nos querelles donne à chaque fois des républiques qui finissent dans des guerres épouvantables et non préparées par des politiciens occupés à plaire. C’est un garde-fou et un outil qui mis dans de bonnes mains permet l’efficacité de l’exécutif.

Les problèmes auxquels nous nous heurtons sont de deux ordres. Le déséquilibre avec un parlement, donc une république représentative, qui a perdu tout pouvoir et d’autre part l’absence de démocratie directe.

Il faut renforcer la République de deux façons : redonner du pouvoir au parlement, c’est à dire aussi limiter l’action intérieure du président et de l’autre surtout redonner du sens à la démocratie locale. Les gens doivent pouvoir décider de ce qui les concerne sur le modèle suisse des référendums.

Bref, nous avons devant nous un énorme travail de bâtisseur dans un réel déchaîné. Qui veut (vraiment) s’attaquer au boulot ? Ou allons nous continuer à être mis en danger par des présidents pour se divertir ?Tel est notre problème…

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Reconfinement. La passion de contraindre et… ses limites

On peut donc enfermer toute la population deux mois, mais qu’en est-il la deuxième fois, sur six mois, un an, voir deux ?

Si l’impératif de santé publique – fruit à la fois de la pandémie et de l’incapacité des responsables français à organiser la bonne réponse (fermeture des frontières, tests, suivi, mise à l’isolement) – s’est imposé pour la première vague, ce virus nous pose de redoutables questions qui évoluent lorsqu’il s’installe dans la durée.

Depuis le printemps de plus en plus de spécialistes posent celle qui fâche : n’y a t-il pas plus d’inconvénients sanitaires, psychologiques ou économiques à protéger par l’enfermement qu’à exposer au risque en liberté ?

Quel est le coût, en termes même de mortalité stricte, des dégâts psychologiques ? Des faillites et des pertes d’emploi ? De l’enfermement ? De la désocialisation ? De l’inactivité physique ? De la dépression générale ? Dans le bras de fer qui nous oppose et ne peut que nous épuiser face à un virus qui n’a pas de bras, la réponse a donc dû évoluer vers plus de souplesse… Et nous sommes passé de « Il faut nous protéger du virus » pour la saison I, à « il faut sauver l’essentiel » pour la saison II.

Très bien. Mais qu’est-ce que l’essentiel ? Le fait qu’un homme seul — élu sur un rejet de l’extrême-droite et non sur une adhésion à « noootttrrreee prrrooooooojjjjeeeettt » — le définisse pour tous commence à poser un énorme problème. On ne doute pas une seconde de la jouissance qu’il éprouve avec son regard d’acier à décider seul de nous enfermer tous, mais son seul plaisir reste un argument de santé publique faiblard. L’essentiel des valeurs d’Emmanuel Macron le pousse à sauver non les gens, mais les indices de productivité. Dans cette idée, les métros lieux de haute contamination restent ouverts, mais les théâtres, peu contaminants sous réserve des précautions d’usage, ferment; les teintureries sont essentielles aux cadres ambitieux qui ne font pas leur lessive eux-mêmes, mais les librairies peuvent être assimilées par les mêmes à une perte de temps pour gagner plus, donc être classées en « non essentielles » etc. Combien sommes-nous pourtant en France à estimer que l’on a plus besoin de livres que de chemises repassées par un autre ? De ce point de vue « la question elle est vite répondue », on peut repasser sa chemise, pas écrire les livres des autres.

Outre que l’on peut douter de l’efficacité de ce reconfinement surexposé, il pose une question : en quoi un homme seul peut-il décider pour tous de ce qui est essentiel ? A mon sens, cela tient à une confusion. Charles de Gaulle a voulu rétablir une monarchie tempérée, preuve faite après deux guerres mondiales et une civile, que pour protéger la France des immenses crises (guerres, invasions), il faut d’abord la protéger des divisions des Gaulois qui naissent des désaccords et des divergences et surtout des intérêts de partis. Il s’est ainsi inspiré de ce qui a fonctionné dans l’histoire, la centralisation de la décision vitale, en nous préservant d’abord de nous-mêmes, elle préserve l’intégrité du territoire. Sous certaines conditions, cette organisation peut même mener à la grandeur (mais ce n’est plus un sujet de notre temps). Si le pouvoir d’un seul peut être salutaire face aux guerres ou aux invasions, il devient une drogue dangereuse quand il s’agit de se substituer à la société. De remplacer la démocratie et le libre arbitre individuel d’une façon qui n’a jamais existé dans notre histoire (sauf peut-être sous l’Occupation ?). l’expression de la complexité sociale, déjà imparfaite et en crise avec le parlementarisme, ne parvient à gouverner une vie sociale si diverse de façon satisfaisante; qu’en peut-il être depuis un seul fauteuil ? C’est pourtant ce qui est en train de se passer.

Qu’est-ce qui est « l’essentiel » dans la durée pour la diversité des âmes et des corps qui composent la société ? Macron ne le sait pas, pas seulement parce qu’il a fait l’ENA, mais parce que les réponses ne peuvent tout simplement pas être les mêmes ni données de l’extérieur. On le voit avec l’absurdité qu’il y a à contraindre les citadins au métro et à interdire aux ruraux les promenades dans la nature. Mais on peut multiplier à l’infini sur les besoins vitaux (de visages des tous petits, de corps des jeunes, de présence des anciens, de lire sur les lèvres des muets et de l’amitié pour nous tous).Quel est le plus grand risque d’une personne qui a tout misé sur son commerce et son entreprise, la regarder couler rideau fermé ou risquer d’attraper un rhume, parfois bénin, parfois mortel ?

Qu’est-ce qui est essentiel à la vie d’un jeune ? Pouvoir fréquenter ses congénères ou spéculer sur la préservation de sa santé ?Combien de métiers, ou de conduites personnelles, sont à risque ? Qui peut définir le risque à la place de celui qui se risque ?On objectera que l’on doit tous protéger les vulnérables. Bien sûr ! Mais là encore qui peut mieux juger qu’eux-mêmes ? S’il y a un devoir de l’action collective, c’est de protéger ceux qui le demandent, pas de contraindre tout le monde en leur nom. Nul ne peut être contraint à se mettre en danger. C’est pourtant ce qui est en train de se passer quand on oblige certains à aller travailler. Un « en même temps » obligé ainsi d’un seul mouvement des gens qui le demandent à ne pas travailler et contraint d’autres qui ne le peuvent à monter au front de leur santé. Ceux d’entre-nous qui sont exposés à un risque sanitaire ou économique doivent trouver auprès de la solidarité collective, les moyens de subvenir à leur confinement (courses pour les personnes âgées etc), les ressources et les compensations face à leur mise en danger économique (aides ciblées, pas constitution d’une épargne forcée), ou encore les soins nécessaires (le nombre de lits d’hôpitaux).

Le nombre de lits de réanimation d’ailleurs… 10.000 je crois pour une population de 66 000 000 (est-ce que cela fait bien un lit pour 6600 personnes ? On va être à l’étroit…), qui est le vrai choix politique puisque le confinement n’a pour but que de retarder leur engorgement, on en parle ? Quel est le vrai coût d’ailleurs pour ces gens, qui mesurent tout à la rentabilité, entre celui de la paralysie d’un pays ou d’un investissement correctement proportionné dans la santé ?

Peut-on enfermer toute la population française ? Le temps d’un choc de printemps peut-être, mais sûrement pas sans concertation dans la durée dans laquelle s’installe cette pandémie.

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Reconfinement. Une colère résignée

La tonalité de vos posts ce petit matin reflète un sentiment de colère rentrée, mêlée de tristesse et d’une forme d’écrasement que l’on peut appeler résignation.

Presque tous les lieux fortement contaminants restent ouverts; pour le reste nous sommes enfermés. Les grandes surfaces et les multinationales vont tourner à plein régime, les petits lieux humains indépendants, de commerce ou de culture, seront clos, sans doute jusqu’à Noel (ou disons jusqu’à ce que mort s’en suive). Les urbains peuvent continuer à se contaminer dans les métros, mais les campagnards n’ont pas le droit de se balader. Il semble qu’outre le deconfinement raté, rien n’ait été prévu pour l’hôpital…

L’endettement colossal financera ce qui ressemble à une stratégie d’immunité collective lente mais avec privation de liberté (le meilleur des deux systèmes…), mais ne riez pas : un jour on présentera la facture aux survivants.

Les plus hypocondriaques de vous annoncent des centaines de milliers de morts (histoire de vous faire comprendre qu’ils n’ont plus de chance oubesoin urgent d’affection), mais ils ne savent pas que le permafrost dégèle ce coup-ci très vite libérant de beaux virus antérieurs aux mammouths.

Notre culture de l’Etat, ou de la passivité, semble la plus forte. Rien de commun avec la Serbie ou l’incohérence des responsables politiques provoque de violentes émeutes anti-confinement.

Notre capacité de révolte, comme notre envie de sortir sera de toutes les façons tempérée par d’autres énergies, moins éteintes, qui ne s’embarrassent pas du couvre-feu. Dehors, les Loups-Gris d’Erdogan sont lâchés dans nos rues faisant la chasse aux descendants des victimes du génocide Arménien. L’autocrate turc tente le pari de faire oublier à son peuple sa fragilité politique (même au sein de son parti), en multipliant les conflits tout azimut, fuite en avant, armée ici, éructante là, qui n’a de chance d’aboutir que si on le prend au sérieux en entrant dans un jeu de coq, propre à mobiliser le peuple turc; stratégie ponctuée de démonstrations de force, donc, dans les rues de France.

Est-ce trop demander que des expulsions en nombre des agités ? Ou même l’Etat est-il contaminé par la passivité qu’il impose ?

Ah oui… Globalement, le jeune Macron est content. De lui d’abord, et d’avoir « beaucoup appris ». J’espère que vous aussi.

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Réactivation

Etre papa blanc d’un petit métis offre un panorama ironique et plein d’enseignements sur les mentalités.

Le puissant ADN de Siam de sa maman a réveillé chez mon fils les gênes créoles de ma grand-mère paternelle (et ces paupières dont se plaignent mes cousines au moment de se maquiller); signe d’anciens métissages antérieurs au Code Noir, entre les premiers Français et les indiens de Marie-Galante, lointains descendants eux-mêmes de peuples d’Asie dont j’aime à penser que les gênes se reconnaissent. Il peut ainsi ressembler d’abord à ses grands parents asiatiques, sans cesser de ressembler aux miens, blancs, à la fois.

Dans l’ancienne abbaye où nous séjournions, et dont Antoine est rapidement devenu « la mascotte » générale. une dame un peu âgée, un profil Vieille France catho, vient vers moi et me demande : « Il est vraiment très mignon, vous l’avez eu où ? »
– (… ?)
– « Vous l’avez trouvé où, sur un bateau de réfugiés ? »
– « A non, on l’a fait main… à l’ancienne quoi ! »

C’est une impression bizarre, une expérience intime de cette violence symbolique que connaissent les Français non-blancs mais, à la faveur de la double appartenance, la relativise complètement et la désamorce en partie. Elle aurait pu être ma mère. Je ne pense pas à lui ou à moi comme « victime », mais à elle. Je sais que cette dame a grandi dans un monde où les asiatiques apparaissaient, à la télé et dans les consciences, sous la forme d’images de sauvetage. Elle est âgée, c’est tout.

C’est bien sur désagréable. Mais à comparer, une violence moins grande que celle de la Préfecture de Police t’écrivant pour te demander de « prouver » que tu es bien le père de ton enfant, où l’autorité te renvoie à une question anthropologique sans réponse administrative possible. Quelle preuve un homme peut-il donner à d’autres de sa paternité depuis la nuit des temps ? Qu’est-ce qu’être père finalement ? Où et quand le devient-on ? Est-ce se lever la nuit pour voir si son enfant respire bien ? Faire les courses pour le nourrir ? L’avoir reconnu en mairie ? Avoir pris soin de sa mère enceinte ? Ou jouer avec lui ? Comment prouver ce qui relève de l’intime ou que peut-on demander de rajouter à ce qui est déjà, sur les registres légaux, signé ?

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Identités. La statue de César vandalisée en Belgique…

Oui, c’est vrai que leur colonisation fût particulièrement brutale. Nos ancêtres avaient les mains coupées par centaine s’ils se révoltaient et nombre d’entre-eux finirent en esclavage. Le trauma était tellement profond, qu’au XVIe siècle et après, un mouvement intellectuel acculturé, la Renaissance, revendiqua encore la culture de l’envahisseur pour détruire la sienne propre… Ce qui alla très loin, le médiéval étant pourchassé et démoli jusqu’au milieu du XIXe siècle… Lui-même comme trace de l’envahisseur Goth…
 
Le gros problème ? C’est que nous descendons autant des Romains que des Gaulois, qui sont depuis longtemps devenus nos parents biologiques et culturels (ils l’étaient même avant la conquête). Comme les Algériens ont un ADN européen très conséquent et comme mes ancêtres antillais sont à la fois à des planteurs esclavagistes, des esclaves noirs racisés et des indiens disparus depuis (qui eux-mêmes avaient pris la place des précédents avant de se faire chasser et ainsi de suite depuis l’homme des cavernes).
 
Donc on fait quoi ? La négation de la diversité culturelle façon IIIe République sur laquelle campent nos amis souverainistes n’aboutira pas à grand chose qu’à aduler la culture (abstraite et n’ayant jamais existé) de l’homme universel ou du Français pur qui existe encore moins. Quand aux culturalismes divers à la mode, ils débouchent tous sur l’impasse identitaire. Les « Arabes » ne parviennent pas à mobiliser les Noirs. Les Kabyles se font cogner par ceux qui se croient Arabes. Les identitaires Blancs clament qu’ils sont aussi les victimes etc.
 
Bien sur ce qui a s’exprimer doit s’exprimer et être entendu. La majorité doit prendre conscience des vécus minoritaires, sans se braquer et se sentir violé. Sans non plus en faire l’alpha et l’oméga du débat public. Je crois surtout que nous gagnerions du temps à connaitre un peu nos ancêtres et à voir qu’ils étaient à la fois très ancrés dans une culture et d’origines très diverses, que ces cultures étaient en dialogues permanents et en évolution constantes. Que nous sommes tous universels, parce que nous sommes d’origines diverses, à l’intérieur même de nos familles (et je parle en 100% français, c’est à dire ce qu’il y a de plus divers).
 
La noblesse de notre République serait justement de ne pas se résumer au culturel, mais d’affirmer son essence politique. Ensemble, nous sommes bien plus que la sommes des identités victimes. On passe un cap ? Où on laisse le régime de destruction « libéral-capitaliste » nous détruire toujours plus en nous divisant ?

 

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Coronavirus. « Pour ce que rire est le propre de l’Homme…»

J’aime bien les persifleurs, les esprits forts, les petits rigolos, les narquois et les merles moqueurs. J’aime bien l’esprit gaulois, l’indifférence au danger et son insouciance rebelle. Je le préfère aux posts d’alarme (même les miens).

Donc j’ai du plaisir, de la joie même, à lire tout ceux qui nous annoncent que c’est un rhume rigolo qui va passer, juste une manipulation des médias, un coup contre les municipales ou que sais-je.

Pour ma part, il est clair que c’est une pandémie face à laquelle le pouvoir nous joue une série, type Urgences, pour se faire une belle image de gentil toubib en blouse blanche rassurante, alors qu’ils sont plutôt les actionnaires des pompes funèbres.

Un hôpital public qu’ils détruisent 365 jours par an; pas de masques, pas de tests (pas de chiffres, pas d’angoisse), aucune prévention (ah si, Jacques à dit : « Lavez-vous les mains »). Des premiers militaires envoyés en vacances tout azimut à leur retour de Chine, les derniers supporters accueillis à bras ouverts aux écoles ouvertes en passant par les métros bondés… Je ne me ronge pas les ongles; il est juste clair que la messe est dite. Dans une semaine, on est au niveau de l’Italie, la panique, le confinement, des médecins qui trient à l’entrée qui vivra ou mourra en fonction de la date de naissance et du seul tube disponible.

Je continue à vous préférer, vous qui rigolez. Mais je vous demande juste une chose, de nous faire rire autant dans une semaine.

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France. On l’appelait la classe moyenne…

France. On l’appelait la Classe Moyenne…

Du Front populaire aux Bronzés, heurs et malheur de la classe des loisirs dos au mur.

On l’appelle encore la Classe Moyenne, ce qui n’est pas forcément élogieux mais peut-être pas immérité. Apparue par un accident unique de la déesse Histoire, bénéficiant d’une confluence d’une hausse du niveau d’étude et des revenus et de l’espérance de vie et du temps libre, elle n’aura pas saisie cette maîtresse cruelle par les cheveux en prenant en main sa culture, ni en politisant ses intérêts. Ayant troqué Hugo pour Dr House, elle se trouve aujourd’hui pour la première fois dos au mur et va devoir accepter, de fait, de voir ses enfants disparaître de l’histoire, ou apprendre dans l’urgence le dépassement de ses présupposés initiaux.

Mais… est-elle capable d’un choix ?

« Classe moyenne »… se trouve être le nom donné à un point d’équilibre par le nombre, les conditions de vie et la manière de penser, de la société française d’une grande deuxième moitié du XXe siècle. Par le nombre si l’on accepte que le haut et le bas, les employés ou les cadres, malgré leurs représentations (volontairement antagonisées), ne différencient pas essentiellement, ni sur le mode de vie, ni vraiment sur le patrimoine, ni surtout sur les valeurs culturelles, largement inspirées de l’individualisme américain.

Classe de loisirs, née d’un pacte de renoncement aux luttes ouvrières, on peut la définir en creux par ce qu’elle n’était pas :

– A la différence de la classe dirigeante, elle n’était pas mue par une soif maladive de progresser individuellement le long des différentes échelles de pouvoir.

– A la différence de l’hyper-classe affaire ou du show-biz, que la presse ad hoc lui présentait souvent comme des hyperboles d’elle-même (ayant réussi ou gagné au loto), elle ne pouvait pas se détacher complètement de soi dans le loisir infini et oublier complètement les contingences du ménage, du soin des enfants, ou les limites de la sexualité conjugale. Porsche, rock-and-drogue ce n’était pas pour tout le monde, et l’oublier parfois était à l’origine de réveils douloureux…

– A la différence des artistes, des chercheurs et des aristocrates et des mystiques, elle n’avait pas de rapport à la verticalité, au temps long, au sens, à la transcendance ; il lui paraissait incongru et même définitivement suspect de définir une identité par la singularité ou par une passion demandant des sacrifices. Le « profiter de la vie » (son effroyable expression favorite que je n’ai pour ma part jamais entendu sans frémir, bien que sachant la bonne intention qu’elle recouvrait) tenait lieu de tout cela.

– A la différence du prolétariat ou de la paysannerie, ces anciennes classes dont elle était issue, toutes deux fondues et acculturées dans l’école obligatoire, les emplois du tertiaire et le mode de vie banlieusard et la télévision, elle n’était plus liée à des contingences excessives ou impérieuses de la précarité ou de la nature, survivre, servir, être debout à 5h pour traire les vaches, dépendre de la pluie ou du soleil… Son identité était d’avoir accepté le pacte que le capitalisme et la nouvelle puissance d’après guerre, mi libérateur militaire, mi-occupant culturel, avait été contraint de passer avec elle après-guerre :

« Tu consommes, sans trop contester, les produits que je te fais produire sans trop de douleur et nous nous enrichissons ainsi tous deux ; tu me remets aussi ta citoyenneté, les choses politiques sont trop complexes et affaires d’experts, moi et mes amis, nous dirigeons en ton nom en échange tu auras accès à un certain confort. » Que l’on peut traduire par « tu ne rejoins pas la révolution bolchévique (de l’autre côté du rideau de fer), tu t’américanises, tu arrêtes un peu de penser comme l’ont fait tes aïeuls pendant 2000 ans, ce qui est plutôt agréable (Johnny, jean et Coca). » On peut penser qu’un peuple issu d’une histoire éreintante, voir tout juste sorti de l’auto-génocide en 14, avait le droit de se reposer…

« Etre libre ou se reposer, il faut choisir »
Thucydide

Ce deal initial du renoncement à son histoire – et donc aux douleurs de la liberté selon l’aphorisme de l’historien Grec- avait fondé une identité sur un rapport dichotomique à l’existence, perçu non dans sa dimension tragique, politique, historique, mystique, philosophique ou romantique, mais comme une alternance de soumission (à un morne travail entouré d’ex-voto sous forme de cartes-postales de vacances au soleil épinglées dans de froids bureaux) et de liberté inutile des loisirs espérés (eux-même source d’une offre de consommation pléthorique). L’Etat fournirait une formation initiale obligatoire, puis VIVRE serait de se soumettre un certain nombre d’heures par jour à un patron ou un sous-chef au bout d’une ligne de métro, en échange de vacances et d’un bon à consommer des loisirs temporaire, mais répété chaque année, jusqu’au bon définitif de sortie pour la retraite.

Cette conception de la vie matérialiste, aura eu pour cri primal la revendication des loisirs comme fin de la condition ouvrière, avec le Front Populaire et la conquête des Congés payés ; et pour tombeau l’élection par ses petits-enfants, d’un ultra de l’hyper-classe globale à la tête de l’Etat, Macron, avec le pillage du Paradis de la retraite comme point d’orgue. Entre les deux, le renouvellement de son pacte initial d’émancipation par le loisir, au cœur de la société productive de 1968, n’aura débouché que sur l’accession d’une nouvelle classe dirigeante affranchie de tout sentiment de responsabilité et de pudeur.

Politiquement, elle aura vécu sous la menace constante (donc sans liberté réelle), extérieure, puis intérieure fantasmée du nazisme et de son ombre portée, l’amenant du déni de la guerre, à l’abandon de tout pouvoir à ses ennemis de classe, auxquels sa mauvaise conscience aura offert une proie facile en peau de castor (l’animal qui se découvre une conscience politique le dimanche de deuxième tour électoral, quand les médias le fouette pour « faire barrage ».

Jamais elle n’aura dépassé les limites que ses maîtres lui avaient fixé en desserrant ses chaînes de montage ouvrières. Ni grandie, ni affirmée, elle n’aura pas pris en main la culture (pour la première fois offerte par la République sans contrepartie) ; ni l’ affirmation d’elle-même et de ses intérêts politiques, pourtant là aussi à portée de main sans combat sanglant. Elle ne se sera donc pas donnée les moyens d’avoir accès aux leviers lui permettant d’assumer sa propre place dans l’histoire, pour affirmer des valeurs d’un humanisme pourtant bien réel mais davantage vécu et limité à la sphère du quotidien (la culture des petits gestes à un petit niveau aura ainsi connu auprès de ses enfants le succès d’écologie inutile que l’on sait…)

Pour croyance, la permanence de cette adulescence…

Issue de siècles de labeurs et de sacrifices, elle leur avait tourné le dos (comme les paysans d’alors jetaient les meubles en chêne de leurs aïeux pour une cuisine en formica), sur la promesse d’un progrès à jamais exponentiel dans un monde fini pourtant mais où la blessure écologique ne s’était pas encore faite sentir et semblait une lointaine malédiction venue de druides jaloux de l’abandon de croyances révolues ; un monde ou de très gros intérêts n’allaient pas tarder, à la faveur de la globalisation, à se réveiller pour lui dérober, miette à miette puis devant son apathie de manière franchement éhontée, la part de liberté jadis offerte; en même temps qu’elle découvrait au travers du terrorisme un monde loin des cartes postales de plage, où les volontés de puissances inquiétantes de peuples sans mauvaise conscience coloniale à expier se faisaient écho de toutes part.

Devenue moins utile à une production largement délocalisée, elle ne percevait pas toujours clairement que le « pacte » initial avec le capitalisme avait été discrètement et unilatéralement escamoté dans les années 80, quand la globalisation a permis à la nouvelle classe affaire dominante, extérieures aux contraintes et aux responsabilités des nations – mais les mettant à son service – d’apparaître. Etant passés du service de l’Etat à l’Etat mis à leur service, ces « Voraces » comme les nomme justement un livre récent, ont besoin de la dévorer à son tour et d’offrir la dépouille opime de son paradis rêvé des retraites aux nouveaux maîtres du monde. Ils réinventent ainsi, la culture, le don du sang et les services en moins, le rêve d’une aristocratie-barbare des origines conquérantes, sans lien d’aucune sorte avec le corps social, et qui n’aurait de compte à rendre qu’à elle-même.

Ecartelée entre une vie qui s’éteint et une classe affaire qui a fait cession en emportant toutes les caisses, et empoigne désormais solidement celle des retraites… Telle se présente à nous une société de consommation française, hantant encore hagarde les supermarchés, cathédrales de déchets auxquelles elles a cessé de croire, dans un monde qui brûle; mais sommée par l’Histoire qui tranche, de prendre position : Laisser définitivement sa place individuelle ou s’y battre douloureusement… pour les autres cette fois (ce qui n’est pas toujours facile en tongs).

Entre ici ! Société des loisirs, avec ton cortège d’ombres et de crème solaire… Ou sors de toi-même et des limites qu’ils t’ont assigné, pour défendre tes enfants !

Langlois-Mallet

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Chirac le « sympa », dernier président de la France normale

« Les morts sont tous de braves types… » J’ai souvent pensé que l’adieu à Chirac donnerait lieu aux grandes eaux des éloges et que tout le monde aurait oublié le réel ennui et l’immobilisme pesant des années Chirac, de la même façon que Paris avait adhéré contre deux motocrottes, à la fable médiatique du bon maire, ignorant les tonnes de béton, les expropriations et le couvre-feu de 2h, ce « Paris crevant d’ennui » (lui aussi) chanté par la Mano Negra… Chirac, c’était pour le parigot cette mort du Paris populaire dont le Barnum Delanoë allait finalement incarner le bruyant enterrement. Chirac c’était déjà un avis de décès mais, sympa.

Si Chirac laisse un souvenir sympa, c’est qu’à la mémoire courte s’ajoute l’exceptionnelle maltraitance politique que nous connaissons depuis avec la lignée des présidents maudits, Sarkozy, Hollande, et  — les deux en même temps — Macron… C’est aussi qu’avant Chirac on mesurait les anciens présidents, non aux ombres des sadiques de la globalisation, mais aux lumières du Capétien De Gaulle. A hauteur du surmoi de l’Histoire de France, tous ces gestionnaires et fondés de pouvoir étaient minces, ennuyeux, décevants et il fallait toute la rouerie de transformiste de l’ancien pétainiste Mitterrand pour faire illusion de profondeur sous le masque florentin, dans la fade galerie de ces egos qui passent une vie dévorés de la faim de s’asseoir seul sur le trône, mais n’ont pas la moindre idée de quoi y faire.

Chirac, était bien de ceux-là, mais passait quand même pour sympa — un carnassier « sympa » corrigeraient ses victimes qui n’ont jamais deviné quand la claque dans le dos enfonçait la dague, ni quand la promesse de réduire la fracture sociale et de manger des pommes se transformait en gouvernement libéral droit dans ses bottes… Chirac, précédé de son long nez sympa comme son maître, courant du sumo au salon de l’agriculture, reste donc comme un fanal au carrefour des deux millénaires. De part et d’autre le monde d’avant — où la clope au bec, loin de faire passer pour un assassin de ses proches, comme les rumeurs de conquêtes féminines du mâle dominant pour un violeur (un parfum de Corona ou petite culotte de Madonna), étaient sympa,  — et le monde globish, peuplé d’assassins et de victimes, truffé de cancers, de pollution, de chefs violents et de gilets-jaunes ou d’écolos ensanglantés, qui est la seule réalité « normale » que nos enfants imaginent.

 

 

Vrai président normal donc, Chirac s’identifie à notre souvenir collectif d’une France normale; où un président, pouvait encore pousser un coup de gueule (normal) d’indépendance en Israël, comme son ministre un coup de panache à l’ONU, avant que Sarkozy l’Américain n’enterre dans l’OTAN (et dans l’indifférence générale) jusqu’à la mémoire et cet esprit d’indépendance. Une France du fric glorieux, mais où il était jugé normal qu’une grève gagne. Une France normale où nul n’eut accepté, de droite ou de gauche, que le bilan d’une manif se mesure en éborgnements.

Un président à l’air franc mais ambigu finalement comme l’Euro. Puisqu’il sera celui de ce passage, de l’abandon de la politique nationale dans une monnaie globale, mais celui à qui colle, peut-être pour cela justement, l’image sympa du Franc avec l’image sympa elle aussi du supporter des Bleus champions du monde…

Comme en musardant sur les contreforts du Massif Central les voyageurs croient, soudain, apercevoir un coq rouillé émerger des eaux vertes et noires d’un barrage hydroélectrique et qu’à travers cette illusion se projette en eux la vie engloutie d’une vallée; Chirac, entre deux eaux, reste ce repère isolé d’avant les catastrophes; une nostalgie française.

Langlois-Mallet

Un petit souvenir de juillet pour finir :

« Papa, c’est quoi un cabriolet ? » nous sommes en terrasse cet été en Corrèze, le jouet du petit dernier répète inlassablement « je suis un cabriolet… ». « Un cabriolet, je crois que c’est une voiture décapotable à deux places, à la différence d’une berline, qui est une voiture familiale comme celle que tu entends et vas voir arriver là… » Et là, dans le petit village de Corrèze débouche soudain une DS noire des années 70, avec deux fanions tricolores au vent.A dix minutes de Sarran, fief des Chirac, cela donne envie de pousser l’enquête jusqu’au musée présidentiel. On y trouvera exposé en effet toutes les voitures de président depuis De Gaulle. De très nombreuses photos souvenir de chacun d’eux. Un seul n’est pas visible : « Le « p’tit salaud. » On a la rancune contre chevillée aux tripes dans le canton !

Ce musée présente d’ailleurs dans un bric à brac incroyable et généreux  (digne du château de Moulinsart ou du grenier d’Abrarcourcix notre chef) toutes les saloperies que les chefs d’Etat se refilent à l’occasion de leurs visites. Rien à voir avec celui de Giscard vous faisant payer le détournement de l’histoire du château des d’Estaing en musée à la gloire de son ego inguérissable. On y trouve des dessins d’enfants, des bustes en terre cuite du Jacquou, des sabres, du cristal, des boubous… Je vous le recommande… sympa !

 

 

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Notre-Dame. Passage sur l’Île

Mon petit passage sur l’Ile de la Cité, d’où je vous ai fait passer les photos (in et off) de notre grande brulée confirme ce que je vous disais. Dans l’esprit d’autres vieux habitants, l’affaire n’est pas plus mystérieuse.

Il ne faut pas trop chercher le pourquoi de l’incendie et des dons à millions. Bien plus que la broutille de la défiscalisation. Il y a juste un ticket d’entrée pour prendre place à la table des négociations et se répartir les parts du gâteau; pour le business de la future galerie commerciale et des apparts de luxe des potes avec vue sur les ruines gothiques, peut-être remises au goût du jour (ou à celui plus kitch de Brigitte).

Chacun veut et aura sa part du gâteau, tous ont intérêt à la boucler. Au prix du M2 de l’un des épicentres du village global. Avec les architectes qui se poussent du coude pour se frayer une place parmi les Pinault et les Arnaud (qui est déjà quasi propriétaire de deux quartiers alentour et du journal local, chez lui à la mairie de Paris) avec la maire de Paris dont le flair d’épicière ne sert qu’à essayer de se dégager un bureau à la place de la Bourse du Commerce etc…

Il en va de Paris comme de n’importe quelle ville. Ceux qui arrivent en haut de la pile deviennent fous et au lieu de penser collectif et long terme, font n’importe quoi pour continuer le ramasse-miettes qui leur a réussi. Les marchands eux, ont fini par faire plus d’affaires en faisant brûler le temple. En ce week-end de Pâques, c’est une symbolique chrétienne très forte pour le coup…

Langlois-Mallet

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(Gilets-Jaunes) Tiercelet chez le Marquis

Et si faire un pas de côté, du côté du théâtre, était une manière d’avancer ?

– Tiercelet ?

– Monsieur le Marquis…

– Tu voulais me parler d’un problème… « urgent » ?

– C’est que… Oui Monsieur le Marquis, nous avons résolu de vous demander de remédier à une situation injuste. Ça nous gêne de vous déranger avec ça, mais voilà : nous ne parvenons plus à vivre correctement et…

– Oui, Tiercelet, je sais, j’y songe, c’est la Crise. Mais n’oublie pas que tu me parles en ton nom, tu es citoyen.

– Oui Monsieur le Marquis, je suis citoyen et justement nous avons…

– Tiercelet, je parle au nom de ceux qui m’ont élu. Tu parles en ton nom.

– Oui Monsieur le Marquis, mais justement au sujet de cette élection et des conditions étranges…

– Tiercelet, es-tu d’extrême-droite ?

– Oh non Monsieur le Marquis, je voulais juste…

– Attention Tiercelet, tu sais où nous a conduit par le passé la remise en cause des privi… de la démocratie.

– Oui, Monsieur le Marquis, justement c’est de la démocratie que nous voulions vous parler et ce sont des privilèges que vous avez aussi, car nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts…

– Tiercelet ? Tu ne veux pas en revenir aux pires moments de notre histoire ?

– Oh, non Monsieur le Marquis ! On disait juste avec les voisins qu’il faudrait plus de justice si l’on veut vivre mieux que ceux qui se gavent…

– Tiercelet ?

– Monsieur le Marquis ?

– Tiercelet… serais-tu d’extrême-gauche ? Veux-tu le chaos révolutionnaire ? Le sang ? La Révolution ?

– Oh non Monsieur le Marquis on s’est juste réunis pour vous dire que…

– Tiercelet, prend bien garde à ce populisme qui prétend désigner des boucs émissaires à tous nos problèmes. Il y a une crise et nous la gérons au mieux, nos marges de manœuvres sont très étroites sais-tu ? La concurrence internationale fait rage…

– Justement… On proposait de remettre en cause

– Tiercelet ? Es-tu homophobe ?

– Oh monsieur le Marquis non. Je voulais juste vous dire que nous pensions que si l’argent n’était pas reversé systématiquement aux plus riches pour qu’il ruisselle…

– L’homophobie Tiercelet, c’est l’un des visages de la bête immonde. Dans votre manifestation j’ai entendu crier « privilégiés enculés » C’est très grave Tiercelet, sais-tu ce que cela signifie ? C’est une stigmatisation par le comportement sexuel, une insulte à caractère homophobe. J’ai ouvert une enquête, les coupables seront poursuivis sans relâche et châtiés. Combien parmi vous le sont ?

– Monsieur le Marquis, je ne leur ai pas demandé, nous avons juste parlé du fait que vous vous augmentiez sans cesse et que nous…

– Tiercelet, on ne peut pas dévier, pas biaiser, pas se compromettre avec tous ces sujets de droits de l’Homme qui sont la base du contrat social.

– Mais c’est pour cela Monsieur le Marquis que nous voulons vous dire que les droits ne sont plus respectés. Nous voyons autour de nous tant de misère…

– Tiercelet, mon devoir républicain est de n’accepter aucune compromission avec les valeurs qui fondent notre pacte. Liberté, Egalité, Fraternité…

– Oui, c’est justement Monsieur le Marquis pour cela…

– Nous ne pouvons accepter aucun écart, tolérer aucune faiblesse, nous serons sans pitié pour tout ceux qui tenterons d’enfreindre la loi du peuple.

– Justement Monsieur le Marquis le peuple, nous vous demandons si…

– Tiercelet, appelle-moi Monsieur le Ministre. Sais-tu que la féodalité a été abolie ?

– Oui Monsieur le Marquis mais quand Monsieur le Marquis s’est fait élire, Madame la Marquise nous a dit que nous pouvions bien…

– Tiercelet, il me vient une idée. Je vais organiser un grand débat.

– Je pense que c’est une bonne idée Monsieur le Marquis. Nous pourrons vous dire notre avis que si vous cessiez de vous augmenter et de distribuer de l’argent aux plus riches nous pourrions vivre mieux.

– Tiercelet il n’y a pas de tabou. J’entends les désarrois de la mère de famille qui élève seule ses enfants, sans aide, et qui doit se lever tôt le matin pour travailler. J’entends le désespoir de la personne en situation provisoire ou durable d’incapacité physique ou d’invalidité qui constate chaque jour les retards pris dans l’installation des équipements prévus par les normes européennes ; je sais la douleur de la personne âgée qui ne peut se chauffer quand vient la nuit avec la bise froide dans le bourg glacé ; je sais les difficultés des jeunes étudiants diplomés à trouver ce premier emploi, véritable sésame vers la réussite ; je comprends la solitude du créateur d’entreprise aux prise avec le maquis administratif et je sais le courage qu’il lui faut pour ne pas renoncer, s’engager, s’investir au péril de sa santé parce que demain Tiercelet, se fait aujourd’hui…

– Heum, heum Monsieur le Marquis…

– Il n’y a pas de sujets tabou pour nous. Aussi nous réfléchirons au sein de 4 ateliers. La difficulté à améliorer son quotidien et les efforts que chacun d’entre-vous peut faire. Les territoires et leurs contraintes budgétaires et je serais à l’écoute des idées qui peuvent émerger pour permettre de mieux partager les ressources et les efforts entre ceux qui souffrent. Le logement et l’énergie… Tiercelet pourquoi te tiens-tu l’oeil ?

– Oh, rien Monsieur le Marquis, député, Ministre… C’est un tir de flash-ball qui…

– Tiercelet, tu n’es pas en état de débattre je le crains. Le mieux est de reporter notre entretien. Je te fais raccompagner, prends soin de toi, tu es courageux, tu le mérites. Vas… Vas sereinement… Vas…

Langlois-Mallet

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Grenouilles !

Je me pose des questions sur toutes les jacqueries qui ont émaillées la France ces dernières années, qui n’ont rien de commun hors leur refus du modèle libéral dominant.

Tu vois qu’ils recoupent très imparfaitement les catégories politiques parlementaires, excepté par leur émiettement et l’indifférence voir l’hostilité des autres.

Vous avez les ZAD -> Laisser nous faire différemment de la société de consommation (écolos)

Les Gilets-Jaunes -> on n’arrive plus à marcher (rouler) normalement dans la société de consommation (Abstentionnistes, voir droite poujadiste, Insoumis)

Les Nuits Debout -> on veut s’asseoir et réfléchir ensemble (à un autre modèle) (écolo gouvernemental, Hamonisme)

Bonnets Rouges -> gardons notre liberté locale

La Manif pour Tous -> on ne veut pas du changement de moeurs mais en rester à la famille traditionnelle (UMP, Catho, FN)

Les Cheminots -> On ne veut pas de destruction du modèle de service public et de l’emploi (Syndicats, PC, Insoumis)

Avec un prix hors-piste, Révoltes de banlieue, revendication communautaire islam -> je rejette les valeurs de la société dominante

Ce qui est assez étrange, c’est que le modèle dominant, moeurs urbaines globales et libéralisme économique est archi-dominant (médias, argent, pouvoirs, culture) mais minoritaire.

Surtout il n’arbitre jamais, il profite de chacune des diversités de la société pour imposer son modèle.

Par exemple pour les gilets-rouges, il est évident qu’il fallait laisser à la Bretagne sa coutume de ne pas avoir de péages et maintenir les taxations sur le reste de la France. On en a profité pour démanteler tout le dispositif de l’éco-taxe dans le sens des intérêts financiers.

Pour le Mariage pour Tous, il y avait aussi un équilibre de société intelligent à trouver en jouant du consensus sur la liberté d’association des adultes mais en reposant de manière tout à fait séparée la question de la responsabilité, du droit de l’enfant et de la famille. Mais il était plus intéressant politiquement pour les libéraux de cliver « sur un droit à l’enfant » avec les méchants conservateurs, toute cette mousse sur les débats de société évitant que l’on regarde la question de la répartition de l’argent (dans le même temps on refilait les milliards au CAC40).

Les ZAD, encore plus facile. Ouvrir des zones libres d’expérimentations de la transition pour les personnes qui veulent expérimenter un modèle à l’effondrement en cours de la société de consommation.

Idem pour les gilets-jaunes. Il y a des Etats-généraux à ouvrir avec l’assurance d’un minimum garanti, un bouclier de taxation (une personne ne peut pas descendre en dessous d’un certain niveau de vie), un engagement d’alternative mobilité hors des métropoles, une taxation différenciée des carburants dans les campagnes etc.

Le service public, des hôpitaux, de la SNCF, de la Poste, de l’Education Nationale, de la sécurité etc ne devrait même pas être un sujet de débat dans un grand pays. Et on devrait même d’urgence y inclure la sécurité nucléaire.

Tout se dégrade t-il juste parce que vous passez votre temps à vous tirer dans les pattes les uns les autres et que l’arbitre est malveillant ou juste pro-business ? Essayez la concertation et la solidarité entre tribus ou trouvez un vrai arbitre, non ? Grenouilles !

Langlois-Mallet

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La Gôche me fait penser à une aventure d’adolescent

J’avais croisé à quatorze ou quinze ans, des monômes de lycéens qui jetaient de la farine et des oeufs sur les passants; et cela avait enthousiasmé et enflammé mon moi séditieux.

J’avais couru m’approvisionner à mon épicerie et j’étais revenu semer la pagaille dans les rues du Quartier Latin, me pensant vraiment en train de faire tomber le gouvernement parce que je lançais des oeufs (à tir tendu quand même…) contre les voitures de police qui protégeaient la rue de Bièvre où vivait Mitterrand…

Nous sommes remontés tout au long de la rue Monge. Ceint de mon écharpe rouge à la taille, comme un drôle de général rouge chouan à la tête de ses troupes, je me suis mis à parlementer avec un dodu fromager à moustache arc-bouté contre sa porte vitrée à qui je réclamais des munitions d’oeufs en échange de ma magnanimité à épargner sa boutique… « Donnez-moi des munitions et j’ordonne à mes troupes de se retirer… »

J’ai d’un seul coup vu son regard crispé s’éclairer d’un grand sourire et j’ai entendu derrière moi « Ah, celui-là on le tient ! » Deux nobles représentants des forces de l’ordre en civil, venaient de surgir comme la réalité dans ma saynète imaginaire et comme des fauves sur leur proie, matraque au poing, pour me choper par le col de ma veste de velours vert.

Ils ont eu la gentillesse de m’épargner (en ces époques bon enfant, on ne blessait pas encore les gamins pour rien). Et je me suis retrouvé, bien serré contre eux à l’arrière de leur voiture sirènes hurlantes dans Paris, fonçant vers le camion de fourrière où je devais voir arriver nombre de mes copains de jeu de l’après-midi. Les écoutant se féliciter de tenir « un meneur », « un excité. »

Sorti à la nuit tombée bon dernier du commissariat – où j’avais il est vrai fait l’animation en chanson pour remonter le moral de mes troupes – j’ai eu tout le temps de repenser à ce moment où l’on se croit à la tête d’une vague parce qu’on est plongé dedans et où l’on se retourne seul sur le sable du réel pour constater quand elle n’est plus là, qu’elle n’est pas nous.

Impression que j’avais eu à la rentrée 2016 aussi. Après avoir vécu dans et du mouvement de 95, le continuant avec les autres meneurs pendant les vacances de Noël au sein du dernier carré de la Coordinnation Nationale Etudiante, pour se retrouver seul (avec sa petite amie compatissante) à tracter face à la vague des étudiants rentrant en cours, les précieuses et immortelles paroles et les impérieuses exigences collectives sur double A4 qui devaient remettre la France oublieuse en mouvement…

J’ai parfois un peu cette impression avec les orgas de Gôche

Elles vivent tellement dans l’imaginaire des forces passées (comme le gamin que j’étais pouvait l’être des mythologie de la Rue Gay-Lussac ou de la Sorbonne insurgée et occupée, dont j’avais eu l’honneur d’être in-utero) celles de Fourmies ou de 36, qu’elles oublient que le monde du travail a été domestiqué par TF1, colonisé par l’Empire imaginaire de l’Oncle Sam, repu de consommation puis asséché par la précarité, désorganisé par les crises identitaires, clairsemé par l’individualisme, éparpillé par les écrans, détourné par le Lepénisme avec la complicité de Mitterrand, trahis et retrahis dans tous les sens par le PS… Et qu’il ne s’agit plus de mettre quelques logos au bas d’une feuille pour retrouver dans la rue la substance de ce qu’était les syndicats avant 47 ou la gauche politique avant le Congrès de Tours.

Il est bel et bon que des mouvements fassent causse communes (enfin), mais c’est un peu pour cacher leur faiblesse. Le Peuple, mythique objet, a déserté. Il est perdu pour lui-même. L’espoir du partage du Capital n’y suffira. Pas parce que l’idée serait trop vieille, mais parce qu’il n’y a plus de culture commune. Rien qui rassemble. Fasse sens et corps. Pas de lieux partagés surtout.

Les Tiers Lieux et terreaux politiques

Dans beaucoup de travaux, j’ai insisté pas mal d’années durant, pour faire comprendre la nécessité de ces lieux populaires dans la construction d’un avenir possible, c’est à dire d’un imaginaire commun. A Paris, là où je sévis, ils ont été méthodiquement démontés et récupéré en show-room par la pseudo gauche municipale, aujourd’hui sans assise populaire, comme le gamin que j’étais devant la vitre du gros commerçant.

Il fallait voir les pauvres derniers représentants des Verts par exemple à la manif, démonétisés sous leurs drapeaux délavés, pour se souvenir de leur force vive qu’ils ont eux-même méthodiquement détruite, mais ce serait là m’amener à compter d’autres aventures.

Pour l’heure où est le peuple ?

Voilà la question d’où il faut repartir. Quelles sont les référents communs existants dont on peut repartir pour refaire corps social ? Quelles sont les batailles de demains et les angoisses d’aujourd’hui qui n’ont pas encore été mises en mots pour se mobiliser fructueusement ?

La vieille nation a sûrement encore son mot à dire, pas seulement parce que le maillot bleu mobilise les foules, mais parce que c’est le seul espace où une souveraineté populaire, volée lors du référendum de 2005 sur l’Europe, peut se reconstituer.
Mais bien sur le péril est immense. Car l’extrême-droite a pris de l’avance pour en corrompre le noble idéal universel Français en replis identitaire haineux. Elle continue tant à servir d’assurance-vie au pouvoir pour les deuxièmes tours, de poison influent pour son action quotidienne (on pense au Collomb mal dépisté), que de remède pire que le mal si elle parvenait au pouvoir. C’est qu’en fait, par le mépris et la violence, elle en fait déjà parti.

L’idéal de Résistance aussi. Car, même si les historiens vous diront qu’il s’agit de mythes construits en grande partie après-coup, ces derniers sont plus actifs pour les humains que la réalité. Vercingétorix, Sainte-Geneviève, Philippe Auguste Jeanne d’Arc, Danton, Bonaparte, Louise Michel, Jaurès, Clémenceau ou le Pétain de Verdun, De Gaulle… Ne sont pas pour rien des figures de l’imaginaire qui ont toutes en commun d’avoir dit « non » et renversé des situations désespérées en victoires improbables.

Même si les gens sont perdus et égarés sous la domination médiatique, culturelle de l’argent, les valeurs d’indépendance et le mot sacré de Liberté, ne peuvent pas être, eux tout à fait perdus. La foi d’universel humanité, présentes tout au long de notre histoire et intrinsèque à un ADN Français tel qu’il s’est exprimé avec éclat dans les Lumières et la Révolution, comme le rêve patient de Grande Nation tel que l’on forgé les Capétiens à travers les siècles, ne peut pas être perdu tout à fait. Même irréconciablement affrontés nos ancêtres travaillent en nous, pour nous; ni les siècles et les siècles de sourd travail du peuple pour la Justice et l’Egalité, ni l’orgueilleux honneur de se battre et de mourir de l’aristocratie ne sont tout à fait morts en nous.

Dans le sang qui coule des petits bobos et des blessures graves ces temps-ci sous la répression macronniste, il y a ce qui nous lie à jamais à Bouvines, à Valmy, au Vercors, à Fourmies, plus encore à Paris à ceux de la Commune dont c’est anniversaire. Même dans les manifestations atones, il dort dans nos atomes le courage des grévistes de Germinal. Et dans nos larmes, des neiges d’antan.

Mais où ?

Langlois-Mallet

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Notre ADN au danger de Macron

Qu’est-ce qui nous fonde ? Quel est le nous ? Et en quoi en sortons-nous ? Regardons le dans ce creux, macronniste.

Les frappes militaires sans preuve avec Trump

Parce qu’elles détruisent le crédit d’une politique étrangère indépendante. Aussi loin que l’on regarde l’histoire, la France est une voix qui parle en dehors des Empires et des inféodations et qui en appelle à un droit supérieur, à une certaine idée ou aux Droits de l’Homme. Même au temps médiéval ou l’Empereur ou le Pape avaient la prééminence sur le monde, il y avait une voix de la France qui était une voie. Chaque fois que l’on se retrouve, c’est que quelqu’un l’a porté de nouveau. Que ce soit De Gaulle ou en dernier lieu, le discours de Villepin. Donc l’opposé de cet ADN nous avili, que ce soit Laval ou que ce soit l’OTAN.

Les milliards donnés aux plus riches et pris aux modestes

Notre ADN, c’est aussi l’indépendance du politique par rapport à l’argent. Prenez les idéaux d’Egalité de la République ou prenez les Capétiens qui ont toujours embastillé les banquiers (des Templiers, à Fouquet en passant par Jacques Coeur), invoquez Robespierre ou Philippe Le Bel, il n’y a rien au dessus de l’indépendance de l’Etat par rapport à l’argent. C’est l’exact contraire d’un président élevé dans les salles de marché et porté au pouvoir par la commission Attali.

L’abandon des réfugiés

Avec l’indépendance, sans laquelle il n’est pas de politique possible, tu as l’élan humaniste. Si la France n’est pas mue par un élan humaniste, si elle n’est pas transcendée par les valeurs humaines, elle devient un pays comme les autres. Certes, la France s’inscrit dans le concret, elle a des intérêts et parfois elle peut-être déguelasse aussi. C’est l’aimer que de le reconnaitre. Les taches de l’esclavage ou de la colonisation restent, tenace, même en se lavant les mains. Mais les fautes, les erreurs, les crimes parfois ne doivent pas faire abandonner ou abdiquer de ce qui élève. Nous sommes de tout temps un asile. La terre de France rend libre selon l’adage formalisé au XIVe siècle, « tout homme à deux patrie, la sienne et la France » comme l’édifiait le XIXe siècle. Ceux qui viennent ici chercher la liberté et la paix, et à qui notre culture doit tant, doivent la trouver. Raison pour laquelle la politique actuelle de main fermée à ceux qui se noient en Méditerranée est indigne, vichyste et opposée à nos valeurs. Raison à contrario pour laquelle on ne devrait pas non plus hésiter à éjecter ceux qui viennent y semer la désolation et qu’un principe dévoyé voudrait nous imposer d’héberger en prison.

Dans ces trois abandons, la Liberté de la France, l’Egalité républicaine et la Fraternité humaine, résonne trois fois le glas de nos valeurs cardinales et nous dit que quelque chose est en danger.

La destruction de la démocratie républicaine

On sait l’impasse dans laquelle était parvenu un jeu politique binaire, alternant les politiques semblables et un jeu d’opposition de façade. Le peuple dans sa colère de le dynamiter à fait émerger un dictateur, doté d’un parlement à sa main, recruté par CV au plus docile. Ce qui est détruit, c’est l’élaboration même de la loi par le dialogue, c’est la possibilité d’un accord ou d’une justice. Désormais il n’y a qu’un équilibre possible, celui qui se fait dans la tête du chef entre son hémisphère droit et son hémisphère extrême-droit, entre sa dévotion à l’argent et son culte de l’autorité. Tout le monde est exclu de la politique. Pourtant là encore, la France de tout temps, cela a été des parlements qui délibèrent, construisent une opinion, adressent des remontrances au Roi, voir s’opposent à lui.
Macron – je le dis souvent pour éviter la confusion – a raison quand il restaure et assume la force de l’exécutif. La France silencieuse le suit pour cela, qu’elle déteste d’abord l’immobilisme et a besoin de se reconnaitre dans celui qui assume le mouvement, une part de nous-même est indécrotablement royaliste. Autant l’assumer. Mais le réflexe vital de la République est tout autant et absolument identitaire. Qu’il s’agisse du réflexe parlementaire des élites ou de l’expression du peuple, de la rue. L’un est réduit au silence, l’autre à la matraque contre à la fois toute notre identité parlementaire. Cette rupture est porteuse de tous les dangers car les tensions doivent pouvoir s’exprimer, dans la rue ou dans l’hémicycle et non se limiter à la couche royale.

Vers un pouvoir absolu

Parallèlement, un certain nombre de lois viennent confirmer cette inquiétude. Il y a la sortie de l’Etat de Droit au profit d’un régime policier à la faveur de la peur du terrorisme. Quasiment tous les pouvoirs de police, jadis exceptionnels, sont donnés en roue libre et sans contrôle désormais, à l’exécutif. La loi sur le Secret des Affaires bâillonnera les quelques rares voix de journalistes qui se frayaient encore un chemin dans un contrôle déjà quasi absolu des affairistes sur la vérité. Le chemin n’est pas celui de l’Ancien Régime, comme on le lit à tord, mais celui du Bonapartisme. Non pas celui élaboré par des centaines d’années d’équilibre et de rapports de force, non pas celui de l’enthousiasme pour des libertés nouvelles, mais l’ivresse d’un homme seul pour le pouvoir absolu. Là encore, le contraire de ce qu’une grande nation a élaboré durant toute son histoire.

La destruction du service public

S’il est bien un point d’appuis de l’histoire Républicaine, c’est l’armature qui assure un héritage à ceux qui n’en ont pas. Qu’il s’agisse de l’école de la République et tout aussi fondamentalement de l’accès au savoir (et non d’un passeport pour l’emploi à laquelle on feint de la réduire) que représente l’Université. Il en va de même de la SNCF dont on devrait se glorifier qu’elle assure la déserte écologique de chaque point du territoire dans un maillage unique. On ne parle pas des privatisations qui ont commencé bien avant, des abandons stratégiques, c’est à dire irremplaçables (comme Alstom). Mais que dire des hôpitaux soumis à la dictature du rentable quand ils sont faits pour l’accueil de tous les besoins ? Aller vers un système marchand dans tous ces domaines, c’est promettre à tous ceux qui ne sont pas riches qu’ils seront mal soignés, que leur espérance de vie sera indexée sur leur portefeuille. C’est renoncer à une société en paix, en quiétude et en prospérité pour fabriquer de toutes pièces une France de la survie perpétuelle et de l’anxiétée qui là encore n’a jamais existé que dans les périodes de crise. C’est faire absolument le contraire de notre histoire de progrès, c’est une mise en chaos.

Notre part dans la destruction dans la vie

Le dernier point semble peut-être le plus délicat, car il ne relève de l’innovation. C’est justement là d’ailleurs que la réflexion sur la tradition, ou sur l’ADN, sur les valeurs fondamentales prend tout son sens. On affronte bien la nouveauté qu’autant que l’on sait s’appuyer sur la tradition. Il n’y a pas d’un côté la répétition bête du passé et son rejet dans la rupture innovante. C’est parce que l’on a des racines que l’on va plus loin. L’écologie politique (et ça là mon grand point de désaccord avec ceux qui s’en réclament) n’est pas un élément hors-sol à faire germer en dehors de son contexte; c’est le produit même de ce contexte confronté à une situation inédite.

On est en face d’une situation absolument, radicalement nouvelle. Notre addiction pour le carbone, notre épandage de chimie, notre intoxication au plastique ont produit de l’irréversible. Nous n’avons pas pris conscience que dans le désert de glace et de roches, dans les silences fracassants des galaxies, nous étions le produit inouï d’un hasard incalculable, l’expression de la conscience, de la parole et de l’action dans le peut-être unique exemple de vie biologique.

Nous sommes lancés à 10 000 à l’heure dans une destruction de ce miracle. Il n’est pas certain que nous puissions sauver quelque chose si nous changions tous de direction et pourtant cela devrait être l’unique chose sérieuse qui nous occupe. Et bien non, raté, ce pouvoir croit en la toute puissance de l’accération de ce qui nous détruit. Plus d’argent, plus de compétition, plus de destruction. Ce qui pourrait être la gloire immortelle de ce concentré de pouvoir et d’animation du réel qu’est un président de la République, ne l’intéresse même pas. Il y a du fric à faire.

L’abandon enfin de la Culture

Je crois que je n’aurais pas été complet en ne terminant pas ce petit tour d’horizon par le coeur du réacteur, la Culture, en fait ai-je parlé d’autre chose ?
On a dit que ce président (qui se vante comme aucun d’avoir lu des livres et que ses conseillers en com’ déguisent en philosophe, parce que justement sa politique n’en a pas) se singularisait par le fait qu’il n’avait pas de politique culturelle. Malgré des mots choisis, c’est au « Choose France » qu’il invite, faisant fleurir par imitation sur tous les murs des affiches un franglais, un globish, insultant pour l’esprit et appauvrissant.
C’est parce que ce monde insipide et en autodestruction est d’inspiration anglo-saxonne que l’on n’entrera pas dans le rêve de ce qui nous détruit. C’est parce qu’il y a uniformisation par l’anglo-sphère que tout ce qui résiste se confond avec tout ce qui est différent. Et c’est parce que le Français est notre levier de ces singularités et la matrice de toutes nos spécificités politiques* qu’il est notre véhicule de résistance et que nous devons nous opposer à ceux qui veulent nous le faire abandonner.

C’est parce que tout ce qui fonde un « nous » est ébranlé par le nom que se donne le pouvoir de l’argent, Macron, qu’il est utile de se mobiliser tant pour le comprendre que pour se comprendre, tant pour résister que pour exister.

Langlois-Mallet

Note de contexte :

Je n’ignore pas que la France est composée de très nombreuses tribus, et ce depuis toujours. Si je choisi pour ma part d’ignorer les appartenances – et ce jeu de balancier un peu faux ou chacun répète la part de vérité de la sienne à l’infini pour défendre sa position contre les autres – c’est que m’intéresse ce qui dans l’équilibre des contradictions, fait le commun et le sens d’une aventure. Car être Français, ce n’est pas appartenir, c’est s’inscrire à son corps défendant ou de tout coeur dans une aventure millénaire.

Une amie FB, m’écrivait ce qu’elle avait aimé dans le pouvoir actuel (il a ouvert les bibliothèques le dimanche parait-il). A ce compte là, je suis sûr que pourraient faire s’entendre Marine Le Pen, Les Indigènes, Nathalie Arthaud et l’Abbé de Nantes. Il n’y a plus besoin de politique en fait, faisons un club avec ceux qui ne mangent pas les petits enfants et le carillon de l’église voisine battra la Marseillaise et l’appel du Muezzin, tout sera bien.

Un autre, sans prendre la peine de me lire, m’a reproché de m’intéresser à Macron (et m’a balancé un appel de fond pour son dernier projet). Ceux qui font un peu attention, se sont pourtant rendu compte que ce qui m’intéressait, c’était ce qu’il dégageait en creux. Macron, c’est à peu de choses prêt le contraire de notre ADN et donc la garantie d’une sortie de route.

 

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Parisiennes aux cheveux gris

Elles ont toutes les trois l’âge de s’occuper de leurs petits enfants à l’amorce de ce dernier week-end des vacances à Paris. Dames aux cheveux gris, rondelettes, je les croise ce matin dans le métro.

La première, n’emmène pas les mioches au ciné, elle me tend, presque me jette dans les mains, un « gratuit ».

La deuxième ne va pas arpenter les galeries du Musée de l’Homme ou du Muséum avec les petits enfants sages, elle pousse la chansonnette dans la rame et espère de son sourire, ou de son silence, les quelques piécettes du jour.

La troisième, n’est pas sur la route de Disneyland avec ses petits consommateurs repus par avance de loisirs, elle vend à la criée « Le Plan des tombes célèbres du Père Lachaise », alibi culturel d’une autre forme de manche culturelle qui ne dit pas son nom.

Cette presse qui ne vaut rien et qu’on ne lit pas, ces chansons qui ne valent rien et ne servent plus à partager un moment chaleureux, ce savoir sur Paris, vaguement détourné en info pour touristes. Voilà ma ville à mon époque alors que crient en moi tant de Paris perdus ou possibles, engloutis sous décisions administratives.

Je pense à ces grands-mères qui devraient faire des confitures, ou l’amour, en ce jour gris de pluie froide. A leurs stratégies de survie; regard agressif pour l’une, chaleureux pour l’autre, bonne humeur pour la troisième.

Je pense qu’elles n’ont rien à faire dans les boyaux de Paris. Je pense à leurs petits enfants, délégués quelque part, à la télé ou à une collectivité. Et je pense aux infos du jour : ces ados qui ont trouvé une raison de ne plus penser au suicide dans le djihâd. Et le milliard dépensé dans un nouveau chapeau vert-pisseux pour les Halles, que la maire de Paris s’apprête à inaugurer, toute fiérote d’elle-même et de la vie qui l’a placée-là, petite dame rondelette aux cheveux couleur noire.

Langlois-Mallet

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Nous et l’histoire (suite)

Vraiment la seule chose sûre est notre ignorance. C’est aussi la cause de la dépression collective.
Nous avons peu d’idées (ou très grossières et très fausses), de la façon dont les gens nos ancêtres ont vécu d’une vie de l’esprit intense.
Nous détestons Napoléon, dont l’ivrognerie militaire a causé deux siècles de destruction en Europe. Ou pire, pour certain, nous l’aimons. Mais ce qui est fascinant nous échappe.

Une petite plongée dans Musset ou Stendhal ces jours dernier, et ce sont tous les rêves de générations de jeunes hommes qui surgissent, Semblables à nous au fond, en plus lyriques que nous n’étions ou que nous sommes.

Des jeunes paysans, des palefreniers, des garçons de taverne, renversaient derrière lui les rois et surtout les vieilles aristocraties inutiles, les vieilles hiérarchies.

Portés par un souffle de liberté et d’héroïsme, ils devenaient généraux ou maréchaux. Aucune limite n’était plus mis à leur imagination. Il y a eu une sorte d’élan nouveau qui s’est refermé par la suite. Un peu comme notre époque est devenu un deuil, une punition macabre et commerciale de l’élan libertaire des années 70.

Notre ignorance crasse de l’histoire, limitée à l’ennui des programmes scolaires, a la repentance, est incapable de distinguer dans la masse informé du « passé », la matière bruissante des aventures de l’esprit, qui vont d’enthousiasme en répression, d’obscurité s’en Renaissance.

Je tombe sur un vieux livre d’histoire de la littérature qui détaillé toutes les révolutions de la pensée, toutes les Renaissances. Au rythme d’une tous les deux siècles, depuis que les gaulois se sont saisis de la langue latine. On a créé en latin, des œuvres majeures plus de mil ans après la chute de Rome nous dit l’auteur.

La politique meurt à notre époque d’avoir cannibalisé toute vie de l’esprit. Pris le contrôle de toute spontanéité. On les verra sûrement ce soir toucher le fond. N’ayant pour seule pensée que le FN est le mal, nous sommes le bien. Les uns accrochés à ce qui disparaît du XXe siècles, les autres acharnés à le détruire. Chacun crispé surtout au fond sur sa carrière, la peur au ventre d’un mot immaitrisé, qui le transformerait en proie de ses amis rivaux.

Nos politiciens sont pourtant des corps collectifs presqu’aussi morts que l’étaient au XVIIIe les aristocraties finissantes. On sait d’après Châteaubriant que celles-ci ont trois âges. Celle des supériorités, celle des privilèges et celles des vanités. Les rejetons des Lumières en sont là. Et le FN leur offre le dernier frisson héroïque, celui de se la jouer du fond des restaurants du 7e arrondissement « remparts contre la bête immonde » à coup de « plus jamais ça » poussifs de fils de pub.

Si les nouvelles gloires veulent se forger, elles auront probablement à dégager cette farce. Mais cela ne serait rien si c’est pour leur ressembler. D’où le désespoir actuel qui remplace le médiocre remplacé par le médiocre dans la crainte du pire.

Il faudra réinventer une autre manière d’être héroïque à soi-même, une manière qui dépasse les approbations et s’indiffère des fruits.

Il faudra s’attaquer non seulement à la misère des liens humains, à la crise écologique, à la misère tout court qui réapparaît. Mais d’abord à l’incroyable pauvreté humaine dans laquelle nous baignons individuellement. C’est à dire d’abord à réinventer une vie de l’esprit partagee.

Mais bien sur, cela peu attendre une génération ou deux. Le monde peut aussi se passer de nous…

David Langlois-Mallet

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Charlie. La force de nos diversités

Très belle image de ferveur sur la page de soutien à Charlie et autour de la Déesse République. Quand les Vikings terrorisaient Paris, et encore en 14-18, le peuple se portait autour de Geneviève, devenue Ste Patronne de la Cité.

Comme quand certains tuent au nom d’un Dieu, ou d’un totem (que pense le million de morts civils Irakiens de la Liberté made in USA ?), « l’Europe » pour Brejvik en Norvège, et donc « Allah » qui n’a rien demandé pour Charlie. Qu’importe au fond le nom de la divinité qui protège la cité, ou qu’une divinité nous protège, au fond. C’est toujours nous qui nous cherchons.

Nous, qui essayons de nous retrouver pour conjurer la peur quand nous sentons le danger. Partager, échanger. Trouver un slogan à taton, comme la foule ce soir Place de La République, pour se représenter une nouvelle direction. Un espoir quand l’hiver vient, une lueur comme celle des lanternes s’élevant dans les airs ce soir sous les applaudissements, quand la nuit et noire et que nos cœurs, lourds, soupirent.

J’espère que nous saurons manifester très fort notre cohésion dans les jours qui viennent. Montrer la puissance de notre détermination dans toutes nos diversités, ne pas se laisser entraîner dans les amalgames, les camps, les haines, les préjugés à maintenir un peuple libre et multiple, fier de son insolence et de sa liberté d’expression, une société ouverte.

« On n’abdique pas l’honneur d’être une cible » disait Cyrano. Le panache est une vieille vertu des Français, il flotte très haut dans le souvenir de ces artistes, des gens fraternels, des amis du rire, de la bonne vie et des autres.

Nous abattre en tuant les poètes… C’est une bien vilaine idée. Nous faire taire en frappant le rire. Une immense méchanceté. Opposer des mitraillettes aux crayons, une abominable lâcheté.

J’espère que nous ferons dans les jours qui viennent la plus gigantesque des manifestation, avec des satiristes, des clowns, des laïcards, des croix, des kippas, des libertines, des grenouilles de bénitier, des babouches, des charentaises, des foulards, des bérets, des drapeaux bleus-blancs-rouges, et de toutes les régions qu’on voudra, de tous les pays où l’on parle le Français, en particulier du Maghreb et d’Afrique, de Syrie et de d’Irak et de tous les pays où l’on aime nos artistes, nos moeurs sans façon et notre génie politique.

J’espère que l’on montrera au Monde que l’on sait être un seul peuple dans la paix, infiniment riche des diversités et des histoires complexes de chacun. Et que si l’on en frappe 12, on en mobilise 65 millions.

David Langlois-Mallet

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Grand Paris. Dans ta soupe chinoise !

Dans ce petit chinois bon marché (que j’affectionne), ça parle cinéma entre deux nems. Deux filles parisiennes, des gros pulls, mais des bottes un peu chic, la banalité tranquille d’une moyenne bourgeoisie intello. Assez typiques du coin en fait.

Du ciné aux opportunités de boulot, des copains de Bordeaux à l’expo Sade, de Duras à Pôle Emploi « dont je me dis que d’autres en ont plus besoin que moi » il n’y a qu’un pas. Rien vraiment qui me tire de mon bouquin sauf quand je dois le lâcher pour ma soupe crevettes. Un échange placide de multiples signes de reconnaissance culturelle, long comme un jour de pluie avec leurs parents à Bordeaux. L’ennui.

Quand tout à coup, de la vie. Des exclamations : « L’horreur ! », « tu devineras jamais ?! » « J’étais déprimée en lisant ça dans le métro… » « Ôlala… » « La seule proposition que j’ai reçu de Pole Emploi, c’était pour entre professeur de technologie dans un lycée d’ingénieurs à Garges les Gonesses ! »

« Non mais, moi ! Tu te rends compte ! Pro…fe…sseur… de techno…lo…gie… Gar…ges… les Go…ne…sses. » « Moi !! Horrible ! Avec le CV que j’ai… Les études que j’ai faîtes. Ma spécialisation en cinéma… Tu imagines ? Ils font vraiment n’importe quoi ! Et le pire ? C’est qu’ils menacent de te radier si tu refuses trois fois ! Non… c’est pas possible. Je suis allée les voir ! »

« Non mais j’allucine ! »

« GARGES LES GONESSES ! MOI ! J’étais effondrée. Ôlala. Non mais tu imagines ? Je ne peux même pas. Tous les cas sociaux là-bas. L’enfer. Non. Tu imagines ? Dire qu’il y a des gens qui y sont pour de vrai !!! Les pôôvres »

Typique j’vous dis… Le Grand Paris, c’est pas gagné !

David Langlois-Mallet
Laisse béton, vis à la campagne !

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Belleville, deux femmes dans un café

Un café à Belleville. Une femme très sexy mais sur laquelle tu ne miserais pas un cœur s’installe.

Soignée, des cuirs qui parlent d’argent, tous les geste sont cérébral, tout est sous contrôle, géré. Le gros sac Vuitton, en plus de l’autre, semble un outil de travail.

La porte des toilettes s’ouvre (enfin), sur une femme en désordre. Tout est pauvre, perdu, rien ne va. Elle s’installe à deux pas de la première, pose sa tête sur la table, son regard perdu comme un chien, dans le vague. C’est un instant avant de rejoindre les mains dans les poches, d’autres chinoises du pavé.

Deux destins dans un café. Pas un regard.

David Langlois-Mallet

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Belleville : Velasco-Meller, artistes de plain pied

« Il est mort pour nous sauver, ce simplet sur sa monture, car son fils qu’il chevauchait et les bombes qu’il trimbalait, lui ont pété à la figure ».

« Morts de faim et révoltés, aujourd’hui nous sommes bien tristes, qui va donc nous bombarder, afin de nous empêcher de devenir terroristes ? »

L’image épique qui accompagne ce poème satyrique de Raoul Velasco est digne du meilleur de l’esprit multiséculaire des fêtes de Toussaint et du rictus enflammé du dieu citrouille.

Cette pensée des morts, qu’une jeune femme Kristin Meller, est entrain de la graver dans le bois, représente un cavalier d’épouvante : l’oncle Sam et sa monture sont deux squelettes de la C.I.A. Les postérieures de l’animal, deux tours qui explosent, quand de ses pattes avant, jaillissent des fusées tomahawk. Dans sous sa hennissante, barbe intégriste, la poudre d’anthrax et le beurre de cacahouète coulent à flots.

Tandis qu’un petit Mickey à tête de mort tient sous les projecteurs le clap du tournage sur lequel on lit « Ben Laden *»… Cet envers du décors délirant et burlesque des cauchemars vrais que nous sert la télé, est une des spécialités de l’Atelier Velasco & Melle, fruits d’une tradition mexicaine, les « Calaveras ». Ces cadavres représentés pour châtier nos mœurs en riant, dans une tradition pamphlétaire, syncrétisme de nos danses macabres du XIVe siècle et des fêtes des morts précolombiennes.

Kristin Meller et Raoul Velasco, nos deux satiristes, sont des artistes qui ont « pignon sur la rue des Cascades » à Belleville. Il sont riverains de la rue de Casque d’Or, sans que rien d’anecdotique n’entre dans leur rapport au quartier. C’est même tout leur art au quotidien qui est relié aux habitants des petites rues de ces hauteurs populaires d’un Paris pas encore dévalé et avalé par le flots des con-sommateurs.

Deux étrangers, que la providence a semés là en 88, elle blonde britannique, lui mexicain au profil d’indien, deux citoyens qui voient leur Paris comme une « bouffée d’oxygène extraordinaire ». Portrait du cœur pour une capitale si polluée, mais qui ne surprendra que ceux qui n’ont pas rencontrée La Ville, ici la Belleville. « Il y a ici une forme d’acuité des habitants impossible en Angleterre. Ils s’intéressent à ce que nous faisons c’est merveilleux ! » dit-elle.

Une connivence avec ces regards populaires quotidiens qu’ils ont choisis de préférence à celui des galeristes et des experts « le regard a été trop réservé aux élites, c’est ce qui fait tomber l’art dans la propriété ».

Ils entendent que l’universalité du métier se travaille en atelier et parle de manière privilégié au quartier. Raoul clame sa vocation « On refuse le mythe de l’artiste incompris, la combine de ce psychodrame ! Je veux l’artiste qui s’intègre, qui a son mot à dire dans l’urbanisation et la rue, qui va avec des phénomènes comme : squats, art sur les murs…». Cet artiste en pas de porte, il le vit polémiste et antipopuliste, disputant l’espace publique et la rue aux cols blancs en même temps qu’artisan qui tire sa raison d’être d’échanges modestes.

Leur galerie ? Elle n’en jette pas, mais inverse doucement les logiques qui font de l’art un supermarché des snobs. Par exemple les artistes invités, choisis sur le sens de leur démarche, prennent possession de l’échoppe qu’ils s’engagent à faire vivre intensément durant un week-end, par une création publique, festive ou didactique. En échange de la participation symbolique (150F/j) qu’elle demande, la Maison fait de l’artiste l’unique bénéficiaire de ce qu’il vend ! Révolutionnaire, non ?

David Langlois-Mallet

Jusqu’au 11 novembre, de 15h à 20h, exposition collective « Calaveras », (gravure en vente* à 500 f ). Atelier d’initiation à la gravure sur bois en taille d’épargne (se renseigner).

Atelier Velasco et Meller – Association pour l’estampe et pour l’art populaire, 49, rue des cascades 75020 Paris – Tél. : 01 47 97 05 35 et <mel.vel@wanadoo.fr>

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Pamphlet. Honte à vous, élus de Paris ! Droit de table, droit de Cantine pour tous !

Bravo ! Que voilà un acte fondateur vraiment pour Madame Hidalgo et Monsieur Brossat ! Ce dimanche ils ont envoyé une compagnie de CRS contre un adversaire bien redoutable… Les Cantineuses et les Cantineux à Belleville qui n’ont que des gâteaux et des pizzas pour se défendre.

Quel est leur crime à ceux-là, ces Cantineux ?

Détourner l’argent public ? Monter les identités les unes contre les autres comme on le voit tous les jours ? Non !

Ouvrir une Cantine !

Une cantine solidaire qui plus est ! Proposer non pas de la charité des bénévoles et de leurs pauvres de soupes populaires, mais le repas à chaud à tous, sans distinction. Riches ou pauvres mêlés, vieux et jeunes, habitants et passants, français ou étrangers, blancs ou noirs, laïcards ou dévots, instruits ou ignorants, chanceux ou sans-dents. Pour 4 euros, café compris !

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Croyez-le habitants du monde entier, ça c’est à Paris !

Ville schizophrène dont les élus ne peuvent sans trémolo dans la voix invoquer « La Commune » ou « La Révolution « (et sans rire !)… Mais ville qui chasse les parisiens et vide leurs lieux pour faire de la place aux milliardaires du parfum ou du foot. Cette municipalité, parmi mille exemples, qui après avoir abandonné des lieux symboliques de la vie parisienne, comme La Samaritaine, soutien (contre les assoc de sauvegarde de Paris) que l’on fasse de ce lieu parisien un hôtel de luxe. Bref, qui soutien une privatisation de Paris qui ne dit pas son nom.

Sur la Samaritaine dans la vie de Paris, lire René Fallet
Sur la Samaritaine dans la vie de Paris, lire René Fallet

Ville qui pour crime de convivialité…

Ces Cantineux, ces gens -je ne partage pas leur dogmes politiques et le gauchisme un peu daté de ce collectif-, mais je regarde le réel. Je ne les défends pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font : Ils permettent aux autres de se retrouver, de sortir de l’isolement pour partager la table. Ca n’est rien ? C’est devenu immense dans une société du chacun pour soi, des portions une part pour les riches et des pâtes chaque jour pour les pauvres, de la solitude et de l’ennui pour tous face à son assiette ou son smartphone.

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Quand tous les humains sont captifs de leurs écrans, c’est être une ONG urbaine que de les réunir !

Ils font votre boulot Messieurs les élus, le boulot que vous devriez faire si vous intéressiez un peu à la société d’aujourd’hui et aux besoins des gens, plutôt qu’à votre paperasse ! Ce travail de solidarité de base, vous nous dites que le politique n’a pas les moyens de faire (belle excuse, vous avez juste d’autres priorités plus lucrative pour votre image), mais passons. Eux le font. Gratuitement.

Ils sont les inventeurs d’un service public nouveau et vieux comme l’humain à la fois : le partage de la soupe chaude ! Cette initiative par temps de crise, c’est la force de résilience de la solidarité parisienne. Ne pas avoir une politique de soutien aux alternatives citoyennes est déjà un déni de politiques publiques, les détruire systématiquement est un crime politique.

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Budget participatif, mon cul !

Et vous, pendant que vous les expulsez, vous vous vantez. De quoi ? « D’une innovation démocratique » (Anne Hidalgo)… autoriser les parisiens à choisir entre 5 ou 6 projets marchands que vous avez choisis pour eux (des fois qu’ils soient tebês). Mais quoi, vous n’êtes même pas capables de regarder et d’accueillir leurs actions, leurs propositions comment voulez-vous leur faire croire que vous vous intéressez à ce qu’ils pensent ? C’est quoi votre idée de la cité ? Une caserne pour demeurés que votre génie bienveillant administre ?

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Et quel est votre idée de votre fonction ? Votre sens de l’intérêt général ? Votre soucis de l’autre ? De ceux qui n’ont pas vos moyens ? Vous les expulsez. C’est cela le socialisme ? C’est cela le communismes rejetons dégénérés de vos ancêtres politiques !

C’est à cause d’actes comme ceux-ci, de politiques comme vous Ian Brossat, que demain dans ce pays nous n’aurons le choix qu’entre l’extrême-droite et la droite, entre l’exclusion par la nation ou l’exclusion économique. Encore un certain libéralisme des start-up et des petites entreprises nous laisse au moins l’espoir de faire entendre l’innovation citoyenne, sociale ou culturelle.

Alors que votre municipalité qui se prosterne devant toutes les multinationales, tous ceux qui l’invitent à un cocktail, et laisse des enfants dormir dehors quand l’hiver vient dans presque tous ses arrondissements de Paris. Elle, engouffre 1 milliard pour célébrer votre goût de nouveaux riches dans le mauvais vert de sa Canopée, nouveau coup de poignard aux Halles, Ventre de Paris.

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Que vous reste t-il Socialistes de Jaurès à part vos tee-shirt et leur marchandising ? Vous avez renoncé à tout combat, à tout progrès de l’homme, au simple honneur de ceindre une écharpe tricolore. Seul les carrières vous intéressent, en comptant sur le balancier immuable de la Fortune qui ramène de l’impuissance de la Droite à votre propre laisser-aller, qu’on n’appelle plus «  »de gauche » » qu’avec des doubles guillemets.

https://boutique.parti-socialiste.fr/

Et vous Communistes que vous reste t-il de votre honneur et de l’esprit commun, si quand un de vos petits marquis a deux doigts de pouvoir, ils s’en sert pour faire le joli à New-York et fait expulser de la table, les partageux ? Est-ce parce que ces autres communistes n’appartiennent pas à votre Comité Central qu’on les chasse ? Et vous alors, que ne les avez-vous ouvertes ces cantines ? Où êtes-vous quand le peuple de Paris est précaire et isolé ? Est-ce tout ce qu’il vous reste de vos héros de la Résistance ? Croyez-vous que ces gens auraient vaincu le nazisme s’ils n’avaient pas eu le sens du mot solidarité ?

English, mean succes : Tintin Brossat à New-York
ByJMMupIAAAdKOG

Et vous Verts, qui grouillez lâchement dans les lieux de pouvoir au lieu de porter la parole d’une société dont vous êtes pourtant tout fraîchement issus ? Que vous reste t-il de René Dumont, du Larzac et des valeurs libertaires qui vous fondèrent ? Dans votre manque de fraternité entre vous mêmes, vous vous êtes trahis pour trois postes, avant de vous retourner contre tous les militants qui portaient vos valeurs. Vous qui nous annonciez un monde nouveau, vous ne rayez que les parquets. Quel est le bilan des Verts quand la Terre se réchauffe ? Les Vélib de Monsieur Decaux ?

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On ne peut vous remercier que d’une chose, vous rappelez chaque jours aux parisiens qui l’ont oublié de la Mairie est une institution dont le premier acte, sitôt crée à la Révolution fût de faire tirer sur les parisiens eux-mêmes. Qui sitôt restaurée sous Chirac a instauré le couvre-feu qui a tué l’âme nocturne et vagabonde de la nuit. Qui, dès que la «  »Gauche » »  s’en est emparée est devenu ce coûteux Disneyland réservé aux bobos et aux touristes, où toutes les initiatives culturelles des habitants ont été mises à l’écart.

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A l’inverse, dans une époque qui nous déshumanise chaque jour, les Cantineuses et les Cantineux nous rappellent au sens le plus profond de l’humanité : le partage du pain. Le partage de la table.

J’invite toutes les parigodes et tous les parigots qui ont encore un souffle d’âme et d’humain en eux à soutenir les Cantineuses et les Cantineux, à soutenir le droit de Cantine, le droit du pain, le droit de table pour tous !

David Langlois-Mallet

NB : Quelques liens pour conforter le propos :

Petite note aux amis socialistes qui me trouvent méchant
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/10/08/petite-note-aux-amis-socialistes-qui-me-trouvent-mechant-et-autres-politiques/

NB II : Note sur la photo de couv’ un peu démago : j’assume ! (Ils ont raison d’ailleurs de bien se fringuer. Je sais que c’est l’argument le plus nul et le plus démago de l’article, mais je m’en fout !)
On a le droit d’avoir du fric, d’aimer le luxe et les belles choses (j’aime aussi) mais quand tu te fais élire en chantant avec des trémolo les chants de la Commune de Paris, le minimum, c’est de ne pas expulser les pauvres et ceux qui organisent la solidarité.
Après, le boulot fait, tu peux sortir ou bon te semble (dans les rades popu et aussi dans les soirées des défilés de mode, pas de soucis pour moi)

*(la Ville ne leur ont proposé qu’un gourbi sans fenêtre, vieille technique classique pour les disqualifier)

POUR ALLER PLUS LOIN, du même auteur.

Propositions positives :

Au Ministère de la Culture
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article33

Au 1er Ministre, soutenez d’urgence la créativité
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article2

Audition par le CESC (Parti Socialiste)
https://mesparisiennes.wordpress.com/2013/09/22/paris-culture-et-politique-audition-par-le-cesc-du-ps/

Les indiens de Paname
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/03/10/appel-des-indien-nes-de-paname/

Travaux de recherche officiels

Rapport des politiques de fabriques, Région Ile de France
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article7

Street-art. Rendez-sous passage du Désir (in Stadda, mag des arts de la rue)
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article8

Prises de bec :

Hollande attention ! Delanoë est le nom de la punition culturelle infligée à Paris
http://rue89.nouvelobs.com/rue89-culture/2012/03/25/hollande-attention-delanoe-est-le-nom-de-la-punition-culturelle-infligee

Christohoe Girard l’expulseur expulsé
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/03/27/girard-lexpulseur-expulse/

Paris est un jardin
https://mesparisiennes.wordpress.com/2012/03/28/paris-est-un-jardin/

Quelle Belleville forgeons-nous ?
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/01/05/quelle-belleville-forgeons-nous-in-lami-du-xxe-mai-2013/

Pour en savoir plus sur la Cantine :

Nouvelle occupation : http://paris-luttes.info/nouvelle-occupation-suite-a-la
La Cantine, fin de vie d’un lieu alternatif
http://rue89.nouvelobs.com/2014/08/12/expulsion-cantine-pyrenees-fin-dun-lieu-vie-alternatif-254163
Anne Hidalgo prive d’assiette les Sans-dents
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/10/01/paris-la-smart-city-dhidalgo-prive-dassiette-les-sans-dents/

Soutien à l’auteur :
https://www.leetchi.com/c/cagnotte-de-langlois-mallet

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Paris, Belleville. Escargots en cage ou oiseaux en coquille ?

Paradoxe ou logique ?

Tu passes par des quartiers de Paris où l’habitat traditionnel parigot, populaire et convivial, été détruit entièrement par la Droite. Ce sont des tours sans âme, des rues d’une laideur sans pareil, mais où subsiste du coup le peuple, dans son infréquentable diversité et son imprévisible beauté.

À côté, voisinent ces ruelles du Paris communard, leurs placettes aimables et les terrasses des cafés, plutôt gentiment aménagées. Malheureusement pour l’âme vibrante de la ville, les rénovations du Delanoisme ont remplacé les habitants. La Ville de Paris socialiste a ses plans sociaux comme une direction des ressources humaines…

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Dix populos virés deux bourgeois offerts !

La liberté de manières typique des ceux qui n’ont pas grand chose, celle qui fonde les révolutions créatives ou politiques a ainsi été remplacée par l’uniformité de la moyenne bourgeoisie des « créatifs » et autres professions formés à traduire et deviner les désirs de leurs clients, mais à ne rien exprimer d’eux-même ou du réel, qui est un décors plus qu’une relation.

C’est selon que vous préférez les oiseaux en cage ou à l’inverse la choucarde coquille mais sans son escargot ?

David Langlois-Mallet

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Guerre vs terrorisme. Retour à l’âge de l’effroi

L’assassinat du premier otage français, un civil, résonne comme un coup d’envoi macabre. Une rupture avec les années de paix, l’avance vers nous de la guerre sale.

Les guerres du temps jadis occupaient quelques poignées de rustres rébarbatifs et de professionnels emplumés aux marches du Royaume, malheur aux villages qui leur servaient de terrain de jeu… Mais ce n’était encore que quelques villages.

Puis vinrent les hécatombes Napoléoniennes, prélude sanglant aux guerres du XXème siècle. En 14 la levée en masse décima sous l’uniforme la France et l’Allemagne. La 2ème Guerre mondiale, pris les populations comme champ de bataille. Et depuis lors, si l’on tient à sa peau, il vaut mieux être soldat que civil. De la Shoah au Rwanda, de Hiroshima à l’Irak, nous sommes entrés dans des guerres d’anéantissement des populations.

Les terroristes, rejetons directs de ces guerres de l’effroi, gagnent alors à viser le plus innocent possible. Nous aurions tord de nous réjouir de voir la France installer ses avions au premier rang de ce choc des cultures. Ce déchaînement de violences planifiées, n’est que l’écume d’une immense angoisse. Celle d’une humanité suicidaire confrontée à une peur des âges primitifs, la probabilité de sa propre fin.

Car ayant pouvoir de mort sur elle-même sans être sûre d’être capable de sa survie.

David Langlois-Mallet

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Nicolas Bacchus, néo libertin (Nova Magazine – juin 2000)

Nom : Bacchus. Age : 28 ans. Profession : troubadour. Couleurs : Arc-en- ciel, vert et rouge. Situation : ambiguë (« comme la vie », dit-il). Projet : le bonheur (et à la rentrée un passage au Loup du Faubourg). Actu : un CD, des concerts (ci-dessous). Signes particuliers : love (and politic) songs plutôt gaies.

C’est la petite dissonance distanciée qu’il aime par-dessus tout, Bacchus. Nicolas Bacchus. Avec ses petits airs de satyre méditerranéen, il nous apporte un premier CD plein de promesses… ambiguës. « En fait je suis assez transparent »… qu’il dit. Avec sa guitare et ses accords qui chantent bon la chanson française de tradition, on avait cru pourtant le voir venir de Toulouse : un troubadour ! Un chanteur courtois. Oui, mais voilà : « Non, Madame, cette nuit-là ton fils n’a pas dormi avec les filles », dans ces chansons un peu écolo, le berger trousse parfois… le berger (et le cas échéant, sa bergère). Il chante l’amour tendre et le jus de queue, et le pire, c’est que ça passe super bien (si j’ose dire).

Ça donne un coup de jeune à nos vieux airs et un coup de vieux à nos jeunes pédés. Brassens des backrooms ? « Non. je ne veux pas être le chanteur des pédés et des écolos mais plutôt changer le monde ». Chiche ! (c’est un des animateurs des jeunes écolos-alternatifs sur Toulouse) « Pour m’rouler dans l’herbe et courir après les garçons/ J’ai pas besoin qu’ils soient millionnaires ni qu’entre nous y’ait un ballon ». Le premier CD est agréable, un peu vin nouveau. On y sent encore la patte des maîtres, mais ses caractéristiques sont déjà la « distance amusée ».

Mais, « éteignez vos ceintures et attachez vos cigarettes », il a déjà sur scène de l’épaisseur, une vraie intelligence avec le public. « Pour moi, l’engagement est évident et la revendication gay concerne bien la vie publique… et (comme il le chante) « pas la peine de me chercher à la Gay-Pride, je ne passe pas ma vie à me cacher, j’ai pas b’soin d’un jour pour me montrer ». « Je veux chanter l’amour et mes chansons d’amour, c’est ça… Mon but c’est que ce que je fais soit accepté un jour, comme… chanson d’amour ». Bacchus fredonne « Je suis venu te dire que tu t’en vas… la pt’ite nuance, entre Gainsbourg et moi, est immense, mon Amour… ».

David Langlois-Mallet
nova Magazine. Juin 2000 / l7

Actualités récentes de Nicolas Bacchus :

Pour en savoir plus : http://nicolas-bacchus.com/
Dernier article : Nicolas Bacchus gagne à l’extérieur, par David Desrumeaux Hexagone http://hexagone.me/2014/06/exterieur-quai-bacchus/
Prochain spectacle :

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Paris Popu. Les Paris follies de la Baronne de Paname à la Coupole – Montparnasse

Le Paris vivant éternel gigote encore en sous-sol… Même si la Ville Lumière n’est plus que l’ombre de ses plaisirs, entre interdictions diverses et mondialisation touristique, la Ville de Paris n’a pas encore tout à fait réussi à en faire un grand Disneyland anonyme. Ca et là, titis et gisquettes de Paname, dandy et merveilleuses se mélangent encore dans des danses au creux de la nuit.
David Langlois-Mallet

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Danse
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Sur https://mesparisiennes.wordpress.com/ on trouve :

Des enquêtes sur le Paris popu : Quelle Belleville forgeons-nous ?

Des protestations culturelles : Appel des indiens de Paname à la dernière barricade

Des écrits légers : L’heure lascive de la sieste

Des ballades de rue : Le théorème du rouleau de printemps

Des réflexions amoureuses : Les femmes du temps et le sexe

Des travaux officiels sur la culture alternative : Rapport Ateliers d’artistes pour la Région

Des textes politiques :  FN et misère morale. D’autres attitude que l’excommunication politique pour la misère morale ?


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Minute Blonde, temps médiévaux

Une Parisienne un peu spéciale ce dimanche. Où l’on retrouve Valls parmi les croissants, Consigny, une mendiante et des financiers la beauté des femmes, filles… Mes Parisiennes.

Je me réveille joliment entouré de blondes, en fleurs ou en boutons, à l’âge des premières nuits blanches ou à celui où les cheveux redoutent la lune.

Par les quais ensoleillés, je vais chercher des croissants cendrés et dégote de mini financiers parfumés à la vanille. Un petit bonhomme en sablé pour la petite rousse -oh pardon !- la bonde vénitienne. Nous nous amusons avec la jolie boulangère de ses poses de danseuses pour la capture d’un croissant. Les terrasses sont pleines déjà, les cafés noirs.

Quelque part, au banc de la ville paisible, un enfant est mort et dans les décombres d’une maison, gît aussi le corps de sa mère. La nouvelle qui ronronne ailleurs trouble ici le petit déjeuner et envoie une convive au front médiatique. Une mort là bas, un croissant de libre ici.

Tandis que coulent les douches des retardataires et que certaines mèches se défrisent des étreintes, je jette un œil aux réseaux. Un petit mec à la mode de Neuilly insulte une femme ministre parce que sa peau est trop dorée : « un vieux mâle ne serait-il pas plus compétent ? » demande, pour je ne sait quel sucre d’orge, le petit Consigny à son papa. Minute blonde.

Naguère, les jeunes élites étaient chargées de la cohésion, elles rongent aujourd’hui la fracture pour se nourrir. On a pas idée de la haine dorée qui monte derrière le mur de l’argent…

Du salon, monte le verbe dur de Manuel Valls. Premier des socialistes, il siffle la fin de la recrée rose dans la blancheur éclatante d’une chemise de bord de mer. Gageons que la farce de la révolte ne sera pas jouée. Le PS de Mitterrand est au pouvoir une machine à éteindre la colère ou l’action, encore plus la révolte. Il se transforme en machine à espoir quand les élections demandent que se lèvent les mots, les émotions. Puis il revient à sa vérité immobile. Le mot du chef pour dire qu’on ne fait rien s’appelle « la synthèse ».

Un peu plus tard sous terre, un chant déchire le métro. Une voix lumineuse de jeune fille, à la fois mélodie et cri de l’âme. Je ne vois pas la chanteuse mais je suis saisi. Personne ne parle sa langue mais tous comprennent sa suplique immortelle.

C’est une voix qui, malgré sa fraîcheur est vieille comme l’humanité. Elle implore le don nourricier. Exhorte au nom de la souffrance qui nous fait tous semblables et à genoux à pencher nos vies vers la sienne, non pour la changer, juste pour l’autoriser à vivre encore cette journée.

Cri de secours, psalmodie mystique, complainte ravissante et blessante à la fois, elle vient d’un petit tas en guenille, voûté à l’équerre, les moignons des pieds enturbannés de chaussettes en grosse laine militaire et qui progresse lentement parmi la rame.

Quand l’ordre classique de notre monde tombe en poussière, soleil foulé par des barbares à chemises blanches. Un rappel à l’essentiel de notre humanité.

Un être de contes de fées ou de cauchemars médiévaux, qui peut tomber à chaque secousse des rails et pourtant maintien le fil aérien de sa supplique enfantine, familière, qui béni et donne alentour la protection du malheur qu’il ne connaît pas lui-même contre un peu d’attention pour cet autre que soi.

David Langlois-Mallet

Mes Parisiennes 2014

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Paris. L’os de la Fraternité et la boucherie municipale

J’ai vraiment une reconnaissance intime à NKM. De m’avoir sorti de ma déprime de gauche. Ce n’est pas dans mon cas un passage à droite, plutôt un pas de côté sur le clivage droite-gauche, une prise d’autonomie. Ce piège Mitterrandien où j’ai été enfermé avec beaucoup d’autres depuis tant d’années : être amené à faire confiance à des gens qui font l’inverse une fois au pouvoir : L’enfer des espoirs. J’ai le sentiment que c’est ce qui est en train de craquer avec les européennes.

Probablement que pour d’autres comme pour moi, un nouvel espace politique s’ouvre. La version parigode de que l’on a appelé le Parti invisible ?
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Je parle hier au soir dans un lieu libre (sous condition) avec de jeunes parisiens : « pas d’endroits où se rencontrer », « pas d’endroit où l’on ait le droit d’être ensemble », de sortir de la solitude et des écrans. « Pas le droit de faire ensemble… (de la musique) », le couvre-feu sur les lieux… Le petit rade qu’ils avaient trouvé, fermé pour cause de concerts.  Et ces derniers confettis de liberté où l’on a parfois des autorisations ponctuelles de se retrouver et qui sont tenus par quelques résistants un peu blanchis. Des jeunes profondément de gauche, en rage contre ce PS de courtisans et de petits marquis qui préfèrent vendre la ville au tourisme et au multinationales. Une colère profonde dans le fond de cette ville.

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Reconnaître que nous aurions gagné au changement de majorité ne m’arrangeait pas, mais c’était de la simple honnêteté intellectuelle. Nous aurions même gagné à simplement à rebattre les cartes. Et la gauche aurait aussi gagné à ce que le PS parisien revienne se nettoyer au contact de la réalité.

Je n’ai eu aucun regret au demeurant de leur reconduction. Ce mélange corrompu d’une communication à base des idéaux des gens (parfumé aux cendres de Jaurès) et du profit personnel d’une technocratie sans âme que l’on appelle « la gauche » à Paris occupe le Château ? Qu’ils le garde !

Ils désignent symboliquement Paris, ils s’auto-désignent, comme un repère égoïste des privilèges dans une France en colère et des banlieues tout autour où les gens sont laissés à l’abandon : Pas assez parisiens pour avoir droit aux bulles de Champagne, ou simplement à des services publics décents. Pas assez « français » pour avoir droit au port du bonnet rouge et à se saouler à la potion d’oubli de Marine ? Dommage, faire évoluer la question culturelle, se serait aussi solder la question coloniale et nous éviter en France cette fracture sournoise et ses violences.

En tout cas les privilégiés qui fabriquent du désespoir chez ceux qui croyaient en eux pour améliorer leur sort et de la rage chez les autres… Amusez-vous bien.

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La vente à la découpe de Paris continue

Je suis pour donner sa chance à chaque personne qui prend une responsabilité, surtout si c’est une femme dans un système d’hommes. Anne Hidalgo a rajeuni et féminisé ses équipes, dégraissé un peu la courtisanerie de cabinet. Dont acte. Mais le passé Delanoïste dont elle est issue est partout. Le scandale Molitor (patrimoine vendu à un 5***** qui propose désormais l’accès à la piscine à 3000€ l’année). Le scandale Samaritaine (où la ville après avoir abandonné un trésor de culture vivante combat la justice pour soutenir LVMH dans sa transformation en 5****) marquent ses débuts.

Si son mandat se construit ainsi dans les ruines luxueuses de l’intérêt commun, il y a fort à parier qu’elle aura autant de mal à se maintenir à l’Hôtel de Ville qu’Hollande à qui sont sort est lié à l’Elysée. Au gré de la désormais imprévisible évolution de la situation politique nationale, je ne serais pas surpris qu’une coalition émerge autour des enjeux d’écologie urbaine. Car ce sont les Verts qui sont en position centrale. Pas le PS qui n’est majoritaire qu’en siège (et de très peu). On verra bien.

Marianne

Pour moi, reconnaître dans l’urne la trahison de « la gauche » oligarque, ne m’a pas rendu de droite. Nathalie ne m’a rien demandé, ni moi à elle. Si je siégeais au conseil de Paris, je serais aux non inscrits, mais je pense qu’il serait plus positif de faire avancer les choses avec l’opposition, a fortiori avec une personnalité qui s’est impliqué sur la liberté d’expression, non ?

Interstices dans les deux partis oligarques

Ce n’est pas la peine de me parler de « croire » ou ne « pas croire » en elle, la politique locale n’est pas de l’ordre des mythes qui agitent une présidentielle, elle est de l’ordre des propositions concrètes et des faits observables : comme l’est le fait que « la gauche » a vendu Paris aux multinationales.

Faits observables tout autant que Chirac et la droite avaient vendu les faubourgs pour démolition aux promoteurs (personne sur ce sujet n’a plus de mémoire que moi). Ce pourquoi je ne « crois » pas en la droite, mais j’ai fait avancer avec une personne précise et singulière (qui se trouve être de droite), un ensemble des propositions pour libérer l’expression et le lien humain dans la ville. Je peux « croire » que je contribue au fil des échanges à faire avancer sa position, mais ceci ne dépend pas de moi. Ce qui a avancé concrètement, ce sont des propositions, donc l’intérêt général.

Elles sont le fruit de mon travail de toutes ces années (détourné plusieurs fois par la municipalité avec des procédés qui ne l’honore pas), mais c’est surtout l’expression du besoin des habitants mais aussi de l’expertise citoyenne des gens interviewés au fil des années qui font concrètement la culture libre à Paris en particulier en ouvrant ou tenant des lieux. Cette matière vivante singulière, multiple, est je crois plus intéressant que d’imposer aux habitants de Paris une culture industrielle, uniforme, qui est fille des besoins des multinationales, de vos carrières et de l’autisme de votre technostructure.

Je ne suis pas devenu de droite pour autant. Si être de droite (dans ce contexte) signifie à gauche favoriser des intérêts privés contre l’intérêt général. C’est vous à la mairie qui l’êtes depuis bien longtemps. Mais je me suis en tout cas totalement libéré d’une discipline : le fait qu’avoir des idées de gauche (si gauche ici signifie intérêt général plutôt que l’égoïsme), signifie voter au 2e tour pour des gens qui feront l’inverse de ce pour quoi ils sont élus.

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Je n’ai pas changé en votant à l’inverse du balancier, mais j’ai beaucoup gagné en liberté et j’ai juste pu voir des gens de la ville qui votent à droite pour garder l’âme d’hier, celle du patrimoine et d’une vie quotidienne que le fric fout dehors. comme d’autres gens votent à gauche en espérant que l’âme nouvelle de la jeunesse et de la création puisse naître. J’ai pu mesurer que si la question de la liberté et de l’égalité séparait les camps, ce besoin d’âme, nommé parfois différemment, les réunis.

Ce pourquoi au final l’expérience parisienne m’apprend que les français on soif d’abord de fraternité. Et que celle-ci est détruite par l’oligarchie et la technocratie mêlée.

Autre chose que Paris m’a appris, c’est que le peuple est composé du mélange de toutes les cultures. Que l’on vit donc très bien ensemble quand l’urbanisme est à taille humaine et que les endroits pour la culture commune (espace public, cafés, petits lieux de culture sont libres d’expression et ouvert à tous). Le cadre identitaire (FN, religions etc) est donc une impasse. Sauf à définir notre identité par le multiple et le divers, ce qui revient simplement au message fondamental de la France : nous sommes une communauté politique, dont la base est la fraternité.

C’est cet « os » du bien commun qui est atteint aujourd’hui et je crois que c’est aussi ce qui se réveille.

Fraternellement à vous,

David Langlois-Mallet

 

© Mes Parisiennes 2014 http://mesparisiennes.wordpress.fr

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La place au sec

Cette merde de pluie. On a à peine la place en terrasse à couvert de la bâche. Les deux loulous sont en grandes conversations. Poliment n’interroge, savoir si ma présence ne gêne rien de confidentiel.

– « Non, ça va on s’tenait juste au courant pour la came… »
– « Ah, ça j’fais avec un air blasé, piqué à Gabin, j’respecte. Moi, je demande toujours à mes gars la discrétion sur mon business. »
– Ils se regardent les yeux ronds. Puis l’un se lance : « Pour les grosses livraisons, on voit toujours à le faire dans la limousine. »
– « Ah ouai… (Genre je critique l’amateurisme), avant, je tenais aux hôtels, mais aujourd’hui, un coup de feu part si vite… Je préfère que mes gars tiennent ça sous contrôle…»
-« Ouai, ouai, s’excitent les petits gus. Nous on a des armes dans les coffres…»
– (La, j’entre vraiment dans le personnage), j’allume ma bouffarde et je souffle : « Hum, hum… Mes snipers au premier geste suspect… Pffffiout ! Ils tiennent toujours les mecs dans la mire quand je cause à des inconnus. Un réflexe. »
– « Bon ben, c’est pas tout, on va y aller… Bonne journée Monsieur. Au revoir Monsieur. »

Et voilà comment on s’fait son coin de terrasse pénard.

David Langlois-Mallet © Mes Parisiennes 2014

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Chatte blonde, chats noirs… Tssss….

Elle.
M’attend au café du Chat Noir.
Je.
Déboule guilleret.

Mais voilà t’y pas qu’il y a un gus à sa table. Ah…

L’archétype du dragueur. Le mec qui se balance un peu sur sa chaise, les bras en torpille sur la table, la bouffant du regard et surtout cherchant dans ses yeux à elle qui se dérobent une réponse : « J’ai bon, dis ? J’ai bon ? Dis oui. Dis oui… »

Moi, fatalement, je suis tout de suite moins son genre de beauté à lui. En même temps, je critique pas car entre moi mâle hirsute et cette jolie slave, j’avoue…

En même temps, compliment pour compliment, lui n’est pas trop mon type non plus. J’ai l’avantage de la position dominante. Le mec qui arrive. Qui est attendu. Qui est debout. L’autre un peu tassé, je me doute qu’il aimerait que je sois ailleurs… Je ne mettrais pas mon veto à ce qu’il bouge.

Elle se balade ailleurs, dans ses pensées…

Les présentations sont vites expédiées. Nos prénoms échangés comme des cartes pour un duel, je me doute qu’ils ne resserviront pas…

– Elle, ne m’attendait pas si vite.
– Lui ne m’attendait pas du tout.
– Moi je m’attends à tout.

Le gars maintien la charge droit dans ses bottes. Mon arme aussi, c’était la cavalerie.

– « Bon, lui dit-il je t’offre le livre, tu me donnes ton numéro ». Portable en main, il attend.
– Silence gêné de la Miss.
– Attitude gêné du gus.
– Je me marre doucement.
– « Bon, dit-il, c’est gratuit, je t’offre le bouquin. » (Monsieur à sorti son roman, comme tout le monde, je suis à deux doigts de le tiper entre mes dents, comme dans les cours d’école « tssssss »… la drague parisienne, encore un lecteur de Technikart).
– Elle reste toujours interdite. Je débloque la situas. « En même temps, dis-je c’est gratuit, c’est bien… »
– Lui (de la répartie, parisien je vous ai dit) et l’oeil bien scotché dans sa blondeur à elle : « Un 06 aussi c’est gratuit. »
J’aime bien le cran, pas l’insistance.
– Moi « Toute la beauté du geste, c’est que l’on attend pas de retour… »
– Elle « Je vais voir, je ne sais pas s’il me reste de carte de viste… »
– Lui « Non, ça va. Bonsoir. »
Il lève le camp.

En plus le bouquin n’est même pas de lui. Tssss…

Reprenons les choses où on les a laissées.

David Langlois-Mallet © Mes Parisiennes 2014 mesparisiennes.wordpress.com

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Un désir

Elle m’est apparue un peu soucieuse entre son petit ami, son amant et le père de ses enfants… Le premier lui offrait beaucoup de choses dans lesquelles elle pouvait se projeter et qui lui faisait penser qu’elle pourrait agréablement passer sa vie à ses côtés. Au côté du second, qui avait été un petit ami un peu trop incertain, elle continuait de jouir sans entrave mais non sans une certaine culpabilité. De nombreuses tensions émaillait la relation avec son ex. Tout cela lui rongeait un peu la vie.

Il me semblait qu’elle avait trouvé un équilibre parfait pour elle… Mais elle n’en était pas certaine. Plus que son désir, elle continuait malgré elle à chercher à faire le bonheur des hommes ou du moins à répondre à l’attente supposé de ce petit ami qui ne cultivait pas la même délicatesse… Du moins pas au point de se poser la question de son épanouissement amoureux à elle. Que faut-il pour qu’une femme cesse de croire que la fidélité est un service à l’homme ? Soit la fidélité naît de la complicité amoureuse, soit, il n’y a pas vraiment tromperie. Plutôt une relation amicale, installée socialement dans l’idée du couple. L’innocence de cette situation nouvelle l’amenait à de petites indélicatesses avec son amant, dont elle annulait ou reconfirmait avec une maladresse touchante les rendez-vous qu’elle venait de lui demander. Enfin, la culpabilité de penser à soi envenimait sûrement la relation avec l’ex homme de sa vie qui avait pris ses habitudes à la confiner dans un rôle plus docile.

Tu fais le bonheur de trois hommes pourtant ! Que demander de mieux ? Tu assez assez volage pour que ton amant soit serein à tes côtés. Assez lointaine et ouverte au dialogue pour que ton ami puisse se poser les questions qui lui permettraient de faire évoluer votre relation dans la durée. Et assez sage pour confiner les tensions avec le passé, dans cette juste proportion qui serve la sécurité de tes enfants et la concurrence entre les parents sans atteindre à l’intégrité de leur image. Tout cela me dit plutôt que tu commences à faire d’abord ce qui est bon pour toi, qui reste le meilleur chemin pour faire bien avec les autres.

Et je trouve toujours tendre et plaisant de faire l’amour ensemble.

David Langlois-Mallet

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Paris XXe. LA CULTURE POPULAIRE FACE AU MUR ROSE

David Langlois-Mallet, journaliste spécialisé, nous livre son témoignage sur le 20e des années Delanoë-Calendra (Article pour La Gazette du 20e).

Quand j’ai commencé mes reportages pour le journal Politis et Radio Nova, « Bellevillemontant » était un Eldorado culturel. Les soirs, je n’avais qu’à me laisser glisser dans les hasards des rues et suivre un air de musique qui s’échappait d’un café, ou rejoindre une ambiance vivante autour d’un petit lieu du quartier. Les 3 Arts, ses petits concerts et ses parties de go, les 3 Chapeaux et son comptoir chantant, la Miroit’ ouverte à la rue, les folies du Carrosse, Le Théâtre de Fortune et ses spectacles à deux ronds, La Forge alors vivante, La Maison des Métallos en ébullition, Le chaleureux Pataquès, le Goumen Bis et ses baluches, La Flèche d’Or si vivante et popu…

Enfant de l’Ile-de-la-Cité, naguère populaire, avalée par les marchands depuis les années 1980, j’avais redécouvert dans le 20e le goût de Paris. Pas celui de la « capitale », des monuments et des défilés de mode, mais celui que je croyais éteint de la vie populaire, des liens chaleureux de quartier, des concerts pour un demi de bière et des fêtes en squat sans un sou en poche. C’était en fait le Paris vivant, éternel j’espère, celui du peuple et des artistes mêlés. Celui qu’ils vendent aux touristes, mais qu’ils ont détruit à Montparnasse, étripé aux Halles, acheté mètre après mètre à Montmartre… Il fleurissait là sur nos deux mamelons de Belleville et de Ménilmontant. Nez au vent et carnet de note en poche, je me croyais l’oiseau d’un printemps, chantre d’une renaissance où toute une génération en mutation portait ses œuvres. Mais de carnet de naissance, mes pages devenaient nécrologie… Que s’est-il passé dans les années Delanoë-Calendra ?

On votait sécuritaire plutôt que convivial. Le 11-Septembre avait été le prétexte à une montée folle de peur médiatique. Sarkozy jouait du menton à l’Intérieur et les lois se durcissaient partout. Mais plus surprenant, plus incompréhensible, la gauche pour qui j’avais voté, Bertrand Delanoë pour qui nous étions allés agiter des clefs sous les fenêtres de l’Hôtel de Ville, menaient ce mouvement de destruction des lieux de culture vivante à mesure que ses liens devenaient plus étroits avec les grands groupes. La culture à Paris, ce n’était plus la chanson qui sort d’un café ? Plus la fête spontanée entre voisins ? C’était le tourisme de masse et les expos « culture » de la ville consacrées aux parfumeurs ou à la consommation de la nostalgie. Et c’était la gauche qui faisait ça… ?

Le choc de cette trahison, ce mitterrandisme municipal, je l’ai pris en plein cœur. J’ai depuis interviewé des centaines d’artistes, de patrons de lieux, essayé de comprendre le mécanisme de cette violence faite à la ville. Comment Paris, et singulièrement notre 20e, fonctionne de tout temps comme une fabrique de culture. Une culture commune, fondée sur le lien entre gens qui n’ont pas la même culture justement, une fabrique d’intégration et de respect. Pour moi, dont une partie de la famille avait viré Front national, c’était une découverte très forte : la culture populaire était non seulement LES réponses aussi multiples que les gens, que leurs œuvres à la solitude, au vide créé par la société de consommation, à la peur sécuritaire, mais encore notre alternative à la montée des identitarismes. Notre fabrique positive pour cette période où chacun se replie sur sa tribu et son hiver. Le rôle du politique pouvait-il être de la démolir ou d’aseptiser les initiatives de la société ?

Quel sens cela a-t-il d’avoir des murs si propres dans des lieux si vides comme le Carré Beaudoin ? Ils privent dans le même temps une jeunesse du droit de réinvente ses formes d’expression, expulsent en décembre Le Block (19e), ruche artistique où tous les murs étaient peints, comme si l’avant-garde s’inspirait aujourd’hui des civilisations traditionnelles. Et alors ? On s’apprête à expulser La Cantine des Pyrénées, qui sert le repas convivial à tout le quartier pour 4€, permet le lien social et fait le boulot que ne savent faire ni le privé, ni le public. Et alors ?

J’ai un peu tout essayé depuis pour informer, alerter, proposer aux politiques* autre chose que la destruction de notre écosystème. Malgré des tonnes d’écrits, des dizaines de débats, des propositions souvent cosignées par le Parti socialiste lui-même, je n’ai jamais pu faire bouger le mur rose du mépris de l’Hôtel de Ville. Je ne souhaite qu’une chose, que ces élections nous délivrent de cet étouffement.

David LANGLOIS-MALLET
*Blog : mesparisiennes.wordpress.com

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Appel des Indien-nes de Paname à la dernière barricade !

Comme les indiens d’Amazonie, d’Afrique ou de Notre-Dame des Landes, nous devons résister à la marchandisation globale qui pourrit nos vies et nous chasse de notre territoire. La richesse de Paris, ce ne sont pas les bois précieux, le pétrole ou les hectare de nature. C’est l’imaginaire, la Culture, les idées, un art de vivre ensemble de musique au café du coin ou au coin de la rue. C’est de tout temps des fêtes et des chansons, une indépendance d’expression, une liberté politique. La spéculation ici, c’est le détournement et la vente de l’image de Paris et la destruction de sa réalité. La prostitution généralisée de son âme, au profit d’un tourisme global et celle de son M2 d’habitation aux spéculateurs.

Les lieux de culture indépendants du politique et des marchands sont nos oasis.
C’est avec un toit individuel, la condition collective de notre maintien dans la ville. Les lieux de culture indépendants (des politiques de sélection des pouvoirs) assurent le renouvellement des expressions, face aux conformismes et la solidarité face aux copinages. Ils sont à la base de nos riches projets culturels et de nos économiques précaires. Ils sont la condition du lien social ou affectif en ville. une condition du bonheur.
Ces lieux populaires de fabriques de culture sont une ressource de base de l’humanité, c’est la veillée, c’est le coin du feu, qui permettent d’échanger des signes et de créer des liens. Le sens et l’humain ? C’est justement ce qui est d’abord en crise aujourd’hui dans un monde industrialisé, américanisé, quadrillé et normé par l’argent et des politiques publiques où les individus sont renvoyés à leur solitude et à leurs « problèmes individuels. », plutôt que de se voir proposer des solutions collectives. C’est ce qui nous permet à l’artisanat de nos vies, de faire ville ensemble, plutôt que de laisser les agences de pub industrialiser nos imaginaires et nos usages.

A Paris, la mairie « socialiste » nous a confisqué en 12 ans la plupart des espaces collectifs dédiés à l’expression citoyenne. Détruits simplement (comme la plupart des lieux alternatifs, squats etc..), réduits au silence culturel (comme les cafés-concerts ou les arts de la rue), ou absorbés dans sa politique d’image (104, Maison des Métallos, La Forge de Belleville, Le Musée du Montparnasse, fausse politique des squats etc…). Le Delanoïsme fait ainsi descendre sur nous sa culture officielle, seule expression admise.

La Mairie, au lieu d’être un outil au service des parisien-nes, n’est que l’instrument de la Capitale qui joue contre une ville populaire qu’elle méprise gravement. Le Delanoïsme a poursuivit en cela, par d’autres moyens (et à vélib’), que le vieux rêve Haussmannien, Versaillais, Pétainiste, Pompidolien ou chiraquien : raser le vieux Paris, faire tomber les barricades de la Commune, réduire le Montparnasse cosmopolite des artistes à une Tour de bureaux, extirper le ventre des Halles, donner la Samaritaine aujourd’hui, La Poste du Louvre et l’Hôtel Dieu demain à des hôtels de luxe, des émirs ou des aristocrates du parfum, remplacer les librairies par des chaînes de magasins.

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Carte réalisée par Anne Clerval pour son livre : Paris sans le Peuple. Editions La Découverte.

Le Lavoir Moderne Parisien est le lieu le plus symbolique du quartier populaire le plus parisien parce que le plus divers, le plus décrié par la Capitale parce que le moins identitaire. Le plus intéressant parce qu’il nous jette aussi à la tête notre passé colonial que nous refusons de penser et pose de l’intérieur la question du Paris populaire, celle que l’on a administrativement mis derrière la barrière du Périph et caricaturé « en banlieue » pour délégitimer et reléguer celles et ceux qui y vivent.

Après des années de manoeuvres inégales la municipalité a mis à genoux l’association qui faisait du Lavoir Moderne une conjonction vivante de la rue et de l’exigence artistique. Où grands auteur-es et petits prix faisaient bon ménage. Le promoteur qui a racheté les lieux envisage de le raser bientôt. Cette semaine devrait être la dernière. Celle d’une remise de clefs symbolique au Ministère de la Culture qui en vertu de l’ordonnance de 45 a le devoir d’interdire la destruction d’un théâtre.
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Cette destruction coïncidant avec le temps très court des municipales, où les deux grands partis de la noblesse (PS et UMP) échangent (ou non) leurs sièges (et très provisoirement descendent dans la rue plutôt que dans les conseils d’administration). En absence d’alternative électorale structurée et cohérente (Verts et FG n’ayant pas fait alliance et ne nous proposant que des solutions marginalisées ou dépendantes, otage l’un d’un imaginaire national, l’autre de ses intérêts au Gouvernement), chacun-e de nous doit se sentir libre de faire jouer, au mieux de sa conscience, sa petite part de responsabilité collective, de pouvoir de vote et expression, du moins au moins mal de ce qu’il croit.
Même si les politiques des directions deux grands partis sont in-fine les mêmes, il ne faut pas céder à la déespérance, à l’abdication. Une volonté claire peut beaucoup et des tas de failles jouent (personnalités, situations, évènements, courants etc…). Plutôt qu’elles se jouent de nous, c’est à nous à nous jouer d’elles dans le bon sens du terme. A nous de montrer que l’on peut faire de la politique dans le sens de l’intérêt général. Peut-être justement en n’entrant pas en politique pour avoir une influence sur elle ? En nous situant en lanceurs d’alerte mais aussi en co-élaborateurs de ce qui manque le plus, le sens à l’intérieur des politiques. Par exemple une vraie politique culturelle qui garantisse l’indépendance de l’expression culturelle et artistique vis à vis du politique et la liberté dans l’espace public.

Mais nous avons collectivement le choix et le devoir de nous prendre en main pour renverser la vapeur et nous réapproprier ce qui nous concerne :  des lieux de libre expression culturelle, des centres sociaux autogérés par les habitants (comme la Cantine des Pyrénées Paris XXe qui propose le repas de midi pour tous à 4€). Par l’occupation ? Par la création d’une structure d’économie solidaire ? Par un bras de fer avec les politiciens pour récupérer du foncier ?

Au minimum par la maîtrise de notre information et la critique de nos outils de réflexion. Ou au pire pour simplement pour assumer notre défaite le 14 février, et d’être la génération qui rend les clefs d’une longue histoire parisienne de fierté et d’indépendance. A nous de voir.

Les indien-nes de Paname se donnent donc rendez-vous à la dernière barricade :

Rendez-vous mardi 11 février 2014 à 19h au Lavoir Moderne 18, rue Léon, 75018 Paris, pour une Agora d’urgence.

Evènement Facebook : https://www.facebook.com/events/813650331983541/

David Langlois-Mallet, Collectif Les Indiens de Paname

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Réponse de NKM : Autonomie de la culture et Renaissance culturelle de Paris

Cher David,

Je te remercie beaucoup pour ton papier que je prends comme une interpellation à la fois spontanée et généreuse, libre et engagée pour Paris.

Tu sais d’où je viens politiquement. Et je connais ton parcours. Nous ne nous mentons pas sur ce sujet. Ta liberté de ton est rare et je suis, pour ma part, flattée de ton ouverture.

Si nous nous comprenons sur ce qui fait l’essence de la culture, et sur notre amour pour Paris, c’est que l’intérêt général des Parisiens ne doit pas être très loin.

En matière culturelle, et c’est sans doute là que nous sommes les plus proches toi et moi, je ne supporte pas l’idée que l’on puisse enrégimenter les artistes selon des finalités politiciennes ni l’idée d’assujettir leurs rêves selon des logiques bureaucratiques. L’administration culturelle de la ville de Paris a hélas progressivement son âme et sa substance sous le poids des procédures. Or, ce n’est pas dans le bureau du Maire de Paris que doivent se décréter les mouvements artistiques.

La culture a besoin de liberté, la culture est même l’expression la plus haute de la liberté – liberté de créer bien sûr mais aussi liberté d’investir des lieux et d’aller à la rencontre de nouveaux publics puisque c’est bien au croisement des trois que s’épanouissent les œuvres!

C’est évidemment en ce sens que j’ai appelé à la désinstitutionnalisation de la politique culturelle de la ville de Paris, ce qui ne veut pas dire « privatisation » mais bien au contraire: rendre au public ce qui appartient au public ! « Défonctionnariser » en quelque sorte. Car je veux changer d’approche et donner l’initiative aux parisiens.

Historiquement, la culture à Paris à toujours été populaire, liée à l’intensité de la vie intellectuelle et artistique. Le rôle du Maire est de stimuler l’effervescence et la création, non de s’y substituer.

Symboliquement, je souhaite aussi que la culture soit le moteur de la reconquête de nouveaux territoires, que Paris ne soit pas emmure dans son périphérique, c’est l’esprit du Paris à la marge que je veux déployer grâce à la créativité des Parisiens.

Je sais que tu as lu et compris mon programme pour la culture. Je te remets le lien ici. Tu m’as vu spontanément soutenir le Lavoir Moderne Parisien par l’intermédiaire de la modeste lettre que je t’avais envoyée. Si les Parisiens me font confiance dimanche, tu me verras défendre de la même manière les lieux indépendants et autogérés, et plus généralement les lieux de culture de proximité.

Alors oui, bien sûr, je retiens complètement le contenu de ta proposition en la reformulant ainsi :

Renaissance culturelle de Paris :

-Pérennisation des lieux indépendants menacés et défense des scènes alternatives.
-Aide à l’ouverture d’ateliers et de lieux d’expérimentation en autogestion associative.
-Dépénalisation des métiers artistiques dans l’espace public.
-Encouragement de l’activité des cafés culturels en mettant fin à la politique répressive qu’ils subissent.

À bon entendeur,

Nathalie Kosciusko-Morizet
Paris, le 28 mars 2014

« Rendre au public ce qui appartient au public. » Le rapport d’un élu à la culture ce sont des mesures concrètes. C’est surtout toute la philosophie de son action politique, et l’essence de sa relation aux autres. C’est pourquoi je suis très heureux de cette réponse, qui vous en fait adressée, bien chers amoureux de la liberté d’expression culturelle, besoin universel et sorte d’art local pour nous, Indien-nes de Paname.

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Mes Parisiennes. Le… tire-bouchon

Je l’avais croisé dans l’escalier de cet appartement, où je passais quelques jours…

Le genre de jolie brune à laquelle je ne résiste guère.
Élancée, assez classique, souriante et respirant l’aisance de l’esprit.

Scotché, l’esprit emparfumé par l’échange magique, spontané et subtilement profond qui nous avait lié dans cet escalier ;

-bonjour !
-bonjour…

Je ne tenais plus en place, attendant le soir, heure où ma déesse du dessous ne pouvait manquer d’être présente.

Attendre de la recroiser par hasard ? Cela ne m’effleurait même pas. A 20h, je me saisis donc d’une bouteille de bon aloi, vérifiais mes clefs après mon col de chemise et tirais la porte. Gambadant à l’étage en dessous avec ma petite bouteille à la main.

-Ding-dông !

La sonnette était aussi joyeuse que moi, j’entendais,  craquant sur le plancher, son petit pas menu. Je l’imaginais. Qui sait ? Peut-être était-elle aussi impatiente !? (on peut rêver, non ?) Ou alors elle serait surprise ?

Le loquet tourna, la porte délourda…

Mon plus grand sourire rencontra le regard étonné d’un individu mâle de près de deux mètres, une quarantaine d’années et d’une carrure adaptée à l’encadrement de la porte.

Je devais paraître petit. Un peu tassé avec ma bouteille, probablement rétrécie elle aussi à la main.
Je toussotait sans quitter l’individu des yeux. Nez à nez. Étonnés mutuellement.
Une forme de communication subtile (quoique discrète), disons d’évaluation…

C’est lui qui rompit le silence le premier après un immense sourire subtil, celui de l’homme d’expérience, celui à qui on ne la fait pas : « ah, ah… Ah, ah.. me lança t-il, je devine ! Je devine… »

Mon expression n’était pas si joyeuse.

« Le tire-bouchon ! Hein, c’est ça ! Hein ? Le tire-bouchon » dit il en se précipitant en cuisine ».

« Mmhh.. Oui. Opinais-je… Le… Oui… Tire-bouchon »…

David Langlois-Mallet

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Paris, culture et politique. Audition de David Langlois-Mallet par le CESC du PS

Compte rendu réunion 10 juin 2013
Comité Economique Social et Culturel du Parti Socialiste
animé par Jacqueline Zana-Victor, Annie Crépin

Audition de David Langlois-Mallet

Biographie

A la demande de la Commission, David Langlois-Mallet rappelle son parcours, un travail d’intellectuel engagé de la « fracture démocratique aux politiques culturelles » mené au carrefour des « marges » et des émergences culturelles, de la mouvance alternative rouge et verte et du PS, tour à tour comme militant, journaliste et chercheur en politiques culturelles alternatives.

Après le mouvement étudiant de 95, il devient porte-parole de Chiche ! qui de mouvement de jeunesse politique (des Verts et des Alternatifs) tend à se diriger vers un mouvement plus culturel, cherchant l’influence d’idées et se rapprochant pour cela dans ses pratiques militantes des Arts de la Rue. Comme journaliste à Politis et Nova mag, son travail d’enquête porte sur la culture alternative et dans le même temps à Communes de France sur les politiques culturelles progressistes. Au croisement de ces deux domaines, il s’investit dans la recherche de politiques culturelles alternatives intervenant dans l’espace Socialiste ou Verts et les médias. Un travail qui s’accompagne d’une réflexion critique, voir polémique, sur les politiques culturelles d’image, de distinction, de marketing territorial en particulier celles de la municipalité parisienne et plus profondément d’une recherche sur l’identité du Grand Paris.
Il fédère aujourd’hui au sein des Agoras de l’Association Un Peuple Créatif militant-es des politiques culturelles (du PS, des Verts, du FG et du Modem) et acteurs du tiers secteur de la culture (Friches, lieux pluridisciplinaires de proximité, squats, bars culture, arts dans l’espace public…). Avec l’objectif de concevoir des politiques oeuvrières et de proximité innovantes qui accompagnent un nouvel âge des politiques culturelles et de l’éducation populaire en phase avec les mutations actuelles de la société : l’explosion de la pratique, besoins en terme de liens de proximité et pluralité des initiatives face à la crise du sens.

Une vaste enquête de terrain
sur la convivialité et les nouvelles cultures populaires

Pendant dix ans il enquête à la fois sur le lieux culturels et alternatifs et en parallèle sur les politiques culturelles à Communes de France. Il cherche à comprendre ce qui se passe à la marge et, du culturel, débouche sur le politique et le social. Il conçoit le culturel comme matrice de la mixité heureuse et du vivre ensemble que permet la culture de proximité grâce à laquelle on pourrait éviter le tout sécuritaire et la dislocation du lien social. Il regrette que les politiques « tuent » trop souvent cette matrice. Par exemple, il juge que la loi Voynet a empêché ou brisé la jeune chanson émergeant dans les bars au cours d’un processus de « policiarisation », le politique n’ayant pas joué alors selon lui son rôle de médiateur. Trop souvent le discours du politique se technicise et la population est abandonnée à elle-même d’où parallèlement un processus de dépolitisation. Il faudrait repolitiser le lien entre les élus et les citoyens (dans « le bon sens » en favorisant l’expression politique qui émerge de la culture et correspond aux nouvelles représentations de la société, et non pas à coups de tracts qui enferment le politique dans un système de représentation jugé déconnecté de la société). Pour lui, c’est la culture émergente qui peut permettre de renouer ce dialogue et cette transmission, brisée aujourd’hui entre la société et la politique.

Un divorce avec la politique culture de la ville de Paris

Ce qui explique qu’il ait pris ses distances avec la politique parisienne de prestige qui entraîne au XXIe siècle une nouvelle haussmanisation, c’est-à-dire l’alliance du pouvoir et de l’argent comme au XIXe siècle, alors que la culture de proximité répond à l’inverse à la demande de la société, au besoin de sens et de lien des habitants. Existe aussi le risque de la « dysneylandisation » qu’entraîne la marchandisation du patrimoine. Celle-ci a des effets pervers (même à long terme sur les intérêt des secteurs du luxe et du tourisme qu’elle prétend favoriser) car elle fait augmenter les prix des loyers et tend à défaire une ville vivante en la remplaçant par un désert touristique, une coquille vide de sa substance : ses habitant-es. Les touristes étant les premiers déçus d’un manque d’expérience de ce qu’ils recherchent, l’âme populaire et conviviale de Paris, qui fait au moins autant que les vieilles pierre son attrait dans le monde.
Faute de cohérence et d’objectifs sociaux et de compréhension du tissu de la ville, les politiques qui prétendent prendre en compte les squats se retournent vite en politiques d’image.
Même dans les bonnes intentions des politiques de la ville de Paris on sent un replis, une peur des élus. Comme si les politiques étaient animés d’une phobie de l’expression de la société, quand les « friches »  ou de simples « espaces vides » que pourraient se réapproprier les habitants d’un quartier, comme des prise de parole dans l’espace public (politiques sécuritaire plutôt que convivialité, que street-art ou arts de la rue, (quand les rares espaces vides sont remplacés par des équipements publics crèches ou des piscines).
In fine, l’étude de cette fracture entre l’expression culturelle de la ville et son action politique, laisse entrevoir une cohérence historique assez malheureuse dans l’hostilité et le mépris que les politiques des pouvoirs ont de tout temps menées à l’égard du peuple de Paris. Des politiques qui ont trouvé, au moins depuis Haussmann, une cohésion et un encrage dans l’alliance avec l’industrie. Alors qu’on pouvait espérer l’inverse, le pacte d’un élu de terrain avec les habitants, cette priorité à « l’industrialisation de Paris » s’est trouvée renouvelée par Delanoë sous la forme d’une priorité donnée aux industries du tourisme et du luxe sur l’intérêt des parisiens. Selon David Langlois-Mallet, cet échec mesurable tant dans la perte d’âme de la ville que dans la difficulté des parisiens pour se loger dans leur ville, est plus encore que l’échec d’un homme ou d’un parti, celui d’une institution Ville de Paris, ne s’est pas trouvé dans la rencontre avec les parisiens.

La culture populaire
comme source d’inspiration pour les politiques culturelles

En 2007, il propose à la commission Culture du PS un travail sur la culture populaire parisienne et la démocratisation des institutions, c’est la lettre à Delanoë (co-signée par François Adibi et publiée par Rue89) sans effet sur l’action municipale. Selon lui, la politique culturelle de Paris devrait être pensée par la mairie, non en imitant le centralisme de l’Etat en charge de la Capitale, mais au plus près des habitants. Une politique d’arrondissements et de quartiers, ou le politique considérerait le caractère d’utilité publique des lieux de proximité qui permettent la rencontre et l’expression et sont donc le terreau d’une culture populaire. C’est la somme de ces ambiances et ces expériences culturelles qui font une ville vivante. C’est de tout temps (Paris est une fête, Montmartre ou Montparnasse…) l’un des piliers de l’attractivité Paris, au même titre que son patrimoine ou son luxe. La culture populaire d’aujourd’hui, c’est sur le territoire du Grand Paris, le potentiel d’une nouvelle culture-monde francophone, sans la diversité de laquelle la France est condamnée à la nostalgie, culture patrimoniale et vote identitaire.
A la demande de Corinne Rufet, élue verte, il réalise pour la Région Ile-de-France le rapport pour servir de base à la politique de Fabriques et d’ateliers d’artistes : « De l’atelier bureau à l’atelier logement » (2008) Un vaste tour d’horizon, au fil d’une centaine d’interviews, du squat au DRAC, des problématiques d’ateliers sur le territoire francilien.

Lieux de proximité et politiques oeuvrières

La question des pratiques oeuvrières est, avec la question des lieux de proximité, l’autre aspect de la culture populaire d’aujourd’hui sur laquelle porte son travail.

Les oeuvrier-es, ces porteurs de projets culturels, qui prennent le risque de la précarité pour porter individuellement au travers de leur œuvre une part de sens collectif. Ce sont des actifs engagés dont la démarche, au regard des structures traditionnelles du travail, relève de contours très flous, entre le marché, l’activité indépendante et l’aide sociale, (artistes, artisan, intello-précaires, vivant souvent à cheval sur de petites activités de compléments ou sur les minimas sociaux).

Ce phénomène de société, révèle une mutation profonde du rapport à la culture dans les nouvelles générations. Débordant les grilles traditionnelles entre professionnels et amateurs, c’est toute une société créative qui se met en mouvement en passant, souvent grâce aux nouveaux outils, de la réception à la conceptualisation, du rôle de spectateur à celui d’acteur culturel. Les politiques culturelles, enfermées dans des modèles passéistes (désignation par le prince des acteurs légitimes, politiques de sélection et d’excellence, centralisme…) passent à côté de cette profonde mutation et contribuent à accentuer les fractures : générationnelles, territoriales et sociales.

Les générations oeuvrières ont besoin d’une politique, de lieux outils fondés sur le soutien à la pratique et non sur la sélection, et d’une réflexion sur un statut d’existence (logement ou allocation d’autonomie?) que les auteurs, plasticiens, chercheurs etc… n’ont pas, à la différence des intermittents du spectacle.

Une vaste concertation culturelle du Grand Paris

Prenant acte du désengagement de la Ville de Paris sur ces question du fait d’une approche centrée sur les politiques d’image et de communication. C’est avec le tiers secteur de la culture lui-même que David Langlois-Mallet a pris l’initiative d’organiser la vaste concertation nécessaire sur le territoire du Grand Paris. En partenariat avec Jean Digne et le Musée du Montparnasse, il réalise Les Inclassables qui seront la maquette d’une concertation plus vaste.
Lancée avec le 6B, établissement pluridisciplinaire abritant près de 200 plasticiens à St Denis et le 100 Etablissement Culturel Solidaire de la Ville de Paris ou travaillent (en rotation) plus de mille oeuvrier-es il initie une vaste concertation du Grand Paris des professionnels du tiers secteur culturel : les Agoras du Peuple Créatif réunissent plusieurs centaines de participants en 2012.

Nouvelles gouvernances et crise de la transmission

David Langlois-Mallet voir dans une politique culturelle qui aborderait intelligemment la question des nouvelles cultures populaires la matrice d’une nouvelle gouvernance. D’un new-deal, où l’institution stratège, faciliterait la rencontre et l’expression de la créativité de la société en soutenant l’émergence des dynamiques mutualistes dans la culture. Il aimerait un politique qui au lieu de dire « Voilà ce que j’ai fait (pour mon image) » soit en état de dire « Voilà ce qui se passe, ce qui émerge sur mon territoire (ce qui pousse grâce à mon action) ». Sans une politique d’éducation populaire d’aujourd’hui, favorisant la diversité des expressions, ou le politique joue son rôle de facilitateur et d’intermédiaire dans l’expression, la rencontre, la circulation des représentations. Cette remontée ne se fait pas, la population se réfugie dans la nostalgie (et dans des votes de nostalgie !) et les différents identitarismes et communautarismes. Une part importante de la population laissé sans médiation ni culutre vivante vit sous perfusion du divertissement commercial, en particulier télévisuel. Tous phénomènes qui condamnent à terme le vivre ensemble et la cohésion et peut-être la république.

Actuellement, la politique n’est plus porteuse de sens, de promotion de ce sens, ni de transmission. ll y a trop de fractures qui empêchent la transmission, les circuits de celle-ci sont ossifiés et enkystés. Un incroyable égoïsme générationnel pèse sur ces questions. Les baby-boomers n’ayant pas hésiter à jouer contre leurs propres enfants. On voit partout (cela apparaissait très clairement avec l’affaire DSK) une fracture entre les pratiques féodales du milieu politique et les valeurs de la société moderne, en particulier des jeunes générations. Elle recoupe aussi la question de la domination masculine, de la reproduction endogame des élites et une conception monoculturelle très française qui maintien une ségrégation de type coloniale à l’encontre des jeunes français-es dont la culture familiale n’est pas celle du modèle dominant.

Pour ce qui est des politiques culturelles à proprement parler, l’État gagnerait à rompre avec un héritage Louis quatorzien et aux politiques de distinction et de sélection qui en découlent. Plutôt que ces vanités désuètes dans la concurrence de la mondialisation, il serait plus fructueux pour les territoires de se positionner non comme un arbitre des élégances ou un programmateur, mais un entraîneur qui aide les choses à advenir, donne des outils et laisse s’exprimer l’énergie créatrice au lieu de tout institutionnaliser. Il est au contraire trop centraliste, dans le contrôle plutôt que la confiance et l’immobilisme. A son images, les élus semblent souvent vivre dans « la peur qu’il se passe quelque chose » alors que le problème est justement l’ennui et l’uniformisation de l’espace public et le manque d’âme de tout une société qui semble condamnée en fait de culture à errer entre le supermarché et les séries télés, dans ce très pauvre et réducteur espace que lui propose le divertissement mainstream.

Pour le politique, la société n’est qu’un public qui boude les programmations (10% de fréquentation), parce qu’il ne voit pas qu’elle est une force de proposition, une force créatrice. Or, ne serait-ce qu’à Paris, les quartiers populaires sont de véritables fabriques de culture et d’intégration. Mais là encore, au lieu d’accompagner le vivre ensemble de son époque, la ville de Paris a tendance à tout reformater, à « boboïser » et à imposer sa propre culture, dissolvant de l’âme de la ville.

Il faudrait accompagner le déploiement de cette énergie créatrice de « la chambre de bonne aux Victoires de la Musique » d’autant que, selon David Langlois-Mallet, la frontière ancienne entre amateur et professionnel n’est plus si pertinente à l’heure d’Internet. Toutes ces nouvelles dynamiques ont par ailleurs l’avantage non négligeable d’être très économes d’argent public.
Reconnaitre l’expression et encourager l’autonomie culturelle de la société, c’est aussi une requalification du politique. C’est accepter une diversité et renoncer à un féodalisme désuet à la base du divorce entre les citoyens et leurs représentants. La culture partagée et le dialogue c’est plus largement se donner le moyen de résorber les contradictions et les tensions d’une société en crise de déclassement, tentée par les replis identitaires, les communautarismes et la violence innérente au culte de l’argent et à l’individualisme. Rompre avec une conception étriquée de la culture française, en abordant de manière ouverte la question de l’intégration et des diversités culturelles issues de notre histoire coloniale et de la mondialisation, ce n’est pas fragiliser notre unité politique mais au contraire la renforcer. Sortir de la dépression identitaire et contribuer à la réinvention d’une parole francophone et des valeurs universelles qu’elle porte dans la mondialisation.

(Des propositions formulées notamment, au sein du think-thank Altaïr, du collectif Un Peuple Créatif et dans la lettre ouverte collective à Jean-Marc Ayrault).

Réaction des membres de la commission

Jean-Claude Bourbault fait remarquer que les lieux créatifs sont rarement dans les institutions et que les hommes politiques ont tendance à indiquer eux-mêmes les lieux. Mais, lorsqu’un politique s’occupe de culture, il ne peut être dans l’instant et doit penser à demain.
Alain Maurel juge qu’on ne peut reprocher à une collectivité d’institutionnaliser et que l’institutionnalisation n’est pas forcément marchandisation. Comment faire une bonne gestion avec des choses informelles ? Comment trouver l’équilibre entre la spontanéité et l’institutionnalisation ?
(…)

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Paris est un jardin

L’objet de mon article est de dire que de l’autre main, la politique de la ville consiste à prendre le contrôle ou à détruire toute les initiatives des lieux et des artistes parisiens qu’elle ne contrôle pas.

Comparons la culture à un jardin

Dans l’esprit Delanoïste, tout ce qui y pousse spontanément comme initiative artistique des parisiens et considéré comme mauvaise herbe et arraché impitoyablement (les caf’conç, les squats d’artistes, les arts de la rue, les lieux de petite taille etc..).

Il reste les quelques charmantes pâquerettes en pot que l’on veut bien montrer aux enfants des écoles (c’est ce dont parle votre réponse, l’action culturelle tant méprisée en haut). Vous me reconnaîtrez que la moitié de mon militantisme auprès de la ville, loin de nier l’importance de tout ce dont vous parlez consiste à plaider pour l’augmentation des budgets et plus de considération pour les élus à la culture des mairies d’arrondissement, véritables « sous-mairies » dans le système actuel.

Et puis il y a la politique paillette de la Mairie centrale… Là ne poussent que des fleurs destinée à la parfumerie de luxe et au marché de l’art. Dans un entre-soi ridicule on y renifle le narcisse sous serre qui ne sert qu’à l’ego et la promotion personnelle.

Je parle d’entre-soi, pas de privatisation du bien public. Il est évident par exemple que l’urgence pour les parisiens est d’avoir un immense hôtel de luxe LVMH plutôt que des d’habitations bon marché à la Samaritaine.

Il n’y a pas de place… nous dit la politique de la mairie, pour les lieux culturels libres auxquels je fais référence et qui sont fréquentés aussi par les enfants, les associations, les jeunes, les vieux, on y donne des baluches et des oeuvres vivantes qui ont de tout temps fait le succès de Paris. Cette culture populaire spontanée. Celle des enfants du Paradis, du Montmartre ou du Montparnasse des artistes, c’est le lien essentiel à la vie de quartier qui fait que le XXe est si agréable à vivre et le 7e si mortifère, que la Goutte d’Or est un quartier riche culturellement et le XVIe un « vaste désert d’hommes ». Ce Paris dont je parle dans votre arrondissement, c’est celui du Carrosse expulsé aujourd’hui même au prétexte classique de la sécurité celui de la Miroiterie menacée, du Théâtre de Fortune rasé au mépris de la loi-même qui interdit de raser un théâtre, du Goumen rasé vendredi dernier….

Alors le patrimoine… largement oeuvre des pouvoirs, fait partie de l’âme de la ville. L’industrie du luxe a sa part bien sur qui le nie ? Mais les parfumeurs et leurs relais municipaux en voulant faire de la ville un duty-free, en sacrifiant tout au tourisme et à la spéculation, ne rendent pas seulement la vie invivable aux parisiens. Ils tuent ce avec quoi ils font de l’argent.

« Les aigles d’Altaïr », les derniers indiens de Paris demandent d’urgence une politique. On a d’ailleurs l’élégance de vous la fournir gratuitement. Elle a été conçue au prix d’une mise en danger personnelle en ce qui me concerne et beaucoup d’autres aussi (que dire d’Hervé en grève de la faim, de Yabon et de Cathy qui ont des enfants en-bas âge et souffrent une expulsion), quand tant « d’experts » se payent de nos impôts pour détruire notre ville qu’ils ne connaissent et n’aiment même pas. Quand tant d’agents municipaux sont, faute d’une politique éclairée ou d’une formation (je pense aux jeunes papillons des cabinets qui ne sont pas malveillants forcéments mais n’ont que la vague conscience en poursuivant leur intérêt individuel de participer à une politique d’apartheid social).

Voilà pourquoi il faut laisser s’exprimer le tissu de la vie, de la ville : à côté de l’action municipale les parisiens ont leur place. C’est un enjeu culturel et démocratique essentiel. Si Bertrand Delanoë ne comprend pas culturellement la nécessité d’une rupture dans sa politique, d’un réveil, il peut comprendre politiquement que Paris est perdu pour la gauche. Yabon, figure de Paname, artiste expulsé aujourd’hui avec Cathy sa compagne actrice de la renaissance du Carnaval de Paris me disait aujourd’hui « ils croient que nous sommes leurs adversaires, ils nous traquent et nous expulsent, nous sommes juste des lanceurs d’alerte ».

Ce que je dis la gauche l’a compris, les Verts l’ont compris, la droite populaire l’a compris. Il n’y a que la gauche caviar qui reste autiste à Paris aujourd’hui, je pense que même Bernard Arnaud pourrait le leur expliquer.

© David Langlois-Mallet, 28 mars 2012

* (Réponse à la tribune de Julien Bargeton dans Rue89)http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/03/28/la-culture-paris-un-travail-de-dentelliere-230607Bravo pour cette tribune et merci pour cette réponse. Je salue l’homme courtois et de qualité qui n’a pas que le mépris à offrir au débat. C’est la première fois, je crois sous vos yeux, que le Paris de la culture officielle s’adresse au Paris populaire.

Mais sur le fond, un constat simple… de malentendu. Nous ne parlons pas de la même chose. « La municipalité a une politique culturelle de proximité » nous dit en substance cet article.

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Hollande attention ! Delanoë est le nom de la punition culturelle infligée à Paris

Pas d’erreur sur la culture monsieur le candidat du « rêve français » !

Au meeting culture de vos supporters au Cirque d’hiver vous avez fait applaudir le nom de Delanoë « exemplaire » selon vous en matière de politique culturelle. Attention, c’est une grave confusion et un bien mauvais bateau qui associe à culture le nom de Delanoë. A la différence des armes de la ville, il coulerait à la première vague comme son « pari olympique » le fit en son temps.

Prenez le temps de vous informer auprès des meilleurs réseaux, le think tank Altaïr par exemple avec qui nous venons d’écrire une proposition complète, sur le sens qu’il y a ici à associer Delanoë et culture. Il y a assez de politiques culturelles socialistes exemplaires en France à mettre en valeur, en Rhône-Alpes, en Bretagne, ailleurs pour vous éviter une grave faute.

Une ville à péage

Faut-il vous apprendre que le lien entre les citoyen(ne)s de Paris et les lieux de culture de proximité a été détruit systématiquement onze ans durant par sa politique ? Même si certaines mairies d’arrondissement ont tenté sans moyens parfois de compenser ses erreurs, la mairie centrale, qui se prend par une vanité personnelle ridicule pour un ministère de la Culture bis en même temps qu’un office du tourisme, substitue à toutes les traces d’activité culturelle vivante, spontanée ou populaire qui sont pourtant l’essence de Paris et le rêve d’art de vivre que l’on vend aux touristes, un modèle de culture unique, policée, bobo, glacée, puant la distinction par l’argent et les compromis avec le marché de la mode ?

Bilan ? Une ville à péage, bradée au groupe de luxe LVMH où vivre simplement nécessite 3 000 euros par mois. Aujourd’hui, trois parmi les derniers lieux ressources (où l’on fait des rencontrent intéressantes en dehors du lien de l’argent) lancent des SOS.

  • la Ville de Paris expulse à Ménilmontant le squat du Carrosse (animé par deux figures du Paris underground, Yabon et Cathy Poulain) dont les artistes ont refusé de se soumettre à un chantage personnel : échanger un lieu collectif porteur de sens contre l’avantage d’un relogement personnel ;
  • la municipalité tente d’étouffer le Lavoir Moderne Parisien en créant à grand frais un lieu richement doté qui ouvrira aux agents immobilier le cœur du quartier populaire de Paris ;
  • elle menacerait même le musée du Montparnasse en soutenant une polémique sans fondement contre son remarquable directeur Jean Digne, qui revivifie chaque jour la culture vivante en tissant des liens entre les gens du monde francophone et ceux des quartiers populaires. On parle de menace sur sa subvention, est-ce vrai ?

Gentrification culturelle

Le cas de la Goutte d’Or mérite qu’on s’y arrête. Le dernier quartier populaire de Paris est l’exemple parfait de la gentrification culturelle. A Paris, cette mise aux normes bourgeoises de la ville qui évince petit à petit le peuple et laisse libre court à la spéculation immobilière se fait avec un cheval de Troie imparable : la culture.

La Goutte d’Or, c’est un quartier populaire d’aujourd’hui. C’est-à-dire que le peuple y vient des quatre coins du monde, comme on venait dans le Paris du XIXe siècle des quatre coins de France. La culture populaire parisienne ? C’est l’art de vivre ensemble des provinciaux et des étrangers. Sur un air de java ou de châbi, dans un slam ou de graf’, c’est le langage commun que les gens s’inventent pour échanger quand ils n’ont pas les mêmes origines.

C’est exactement ce mélange que pratique le Lavoir Moderne Parisien depuis trente ans. Les grands mafés de rue, les œuvres de Novarina ou un concert de reggae y sont également accessibles, au prix de l’apéro et avec la même décontraction. On peut y croiser des gamins à casquette et des bobos, des Blancs et des Noirs, des petites vieilles et des poètes, bref des amoureux de culture sans condition de revenus.

Esthétique froide de show-room

Non seulement Le Lavoir aux 500 événements culturels annuels reçoit un soutien dérisoire de la ville. A quoi peut-on comparer les 50 000 euros de subvention qu’il reçoit par an pour son travail de cohésion culturelle de quartier ? Certainement pas aux millions d’argent public qui arrosent le 104, paquebot bling-bling qui a échoué en naufrageant tous ces liens avec les acteurs du quartier et qui tente actuellement sa difficile remise à flots.

Mais encore, à coup d’audits qui ne montrent aucune erreur de gestion, pour ce petit pécule on lui fait-on une guerre comptable sans fin.

Que comprendre quand dans le même temps la Ville exige la tête d’Hervé Breuil, directeur de ce petit théâtre indépendant et figure emblématique du quartier, quand elle se prépare à investir des sommes considérable dans un projet concurrent juste au coin de la même rue avec une équipe privée qu’elle a choisie ? Simplement que la culture Delanoë doit être sous contrôle politique total, que les lieux de culture vivante ont presque tous disparu. Qu’il s’agit partout de substituer à la culture qui a toujours monté des quartiers de Paris un modèle unique de culture descendant de l’Hôtel de Ville, avec ses codes de distinction accessibles seulement aux bobos et son esthétique froide de show-room. Que cette politique culturelle fermée a pour effet de déstructurer la convivialité de quartier, de mettre la ville au normes de l’habitat et de la spéculation immobilière.

Car dans le même temps, où les besoins de logements sont vitaux, que fait-on des immenses espaces centraux comme celui de la Samaritaine ? Un hôtel de luxe géant face à la Seine. Ah, oui. Avec une crèche dans un coin pour que nul ne puisse rien dire.

L’art du Paris capitale

Alors que l’on fête la Commune, que le peuple en rouge manifeste à la Bastille, Paris n’a pas fini pas d’être punie pour ses Révolutions. En 1871, on a massacré les habitants des quartiers populaires femmes et enfants compris. La punition urbanistique est venue des gouvernements, puis des maires de droite qui ont rasé au fil du temps la moitié de la ville, déplacé honteusement en banlieue les vieux habitants amenant le désordre d’une surpopulation mal préparée.

La punition a été la mise en coupe réglée par les marchands et les promoteurs de l’autre côté. Les bouillons de culture populaire, les Halles (ventre de Paris), Montparnasse patrie des artistes du monde (900 ateliers rasés pour une tour de bureau) ont été systématiquement détruits, mis au pas, normalisés.

On a espéré de la venue de la gauche. La réponse est venue par une culture vitrifiée qui tombe de l’Hôtel de Ville sur les quartiers qui contribue depuis onze ans à détruire l’esprit de Paris, à repousser le populaire et à « gentrifier » l’espace urbain. L’art du Paris capitale méprise et détruit ainsi la culture issue des quartiers qui est pourtant, autant que le patrimoine ou le luxe, l’identité de Paris. C’est même son âme.

Alors quand on nous demande de croire, une fois encore, une clarification s’impose. A quoi se réfère monsieur Hollande votre rêve culturel français pour les cinq ans qui viennent ? A une politique d’émergences, de proximité vivante misant sur la créativité, la diversité et l’expression du peuple ou à la politique institutionnelle glacée et morte d’une ville à péage exemplaire ?

Langlois-Mallet

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Un Peuple Créatif – Propositions collectives pour le ministère de la Culture

« FAY CE QUE VOULDRAS »
François Rabelais, L’abbaye de Thélème, Gargantua, chapitre LVII (1534)

UN PEUPLE CREATIF
Force de mutation d’un peuple créatif,
un 11e art, art de la relation émerge

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Y aura t-il une volonté ?
Notre peuple est créatif, inventif, éduqué, riche d’émotions et d’idées à partager. Notre pari est qu’il y a dans sa créativité un profond moteur apte à dépasser toutes les crises et toutes les sinistroses du temps, pourvu que le sens soit activé.

Ce travail sur le sens et sur le lien, c’est le rôle des artistes, des lieux et des acteurs culturels. Un peu partout depuis 15 ans s’invente comme un nouvel art. Dans les lieux en friche, les squats, la rue, les campagnes et les banlieues, des artistes cherchent de nouveaux liens. A mesure que la crise de l’humain et des relations s’intensifie, leur urgence, souvent dans des conditions très précaires, s’accélère. Comme s’il fallait compenser par le tissage humain ce que l’économie déchire.

Une force de mutation est en marche pour permettre une mutation des façons de penser. Il y a le potentiel créatif pour forger de nouvelles représentations qui nous redonnent le goût de vivre ensemble, pour renouveler l’aventure de l’art, l’élan de l’éducation populaire et ressourcer les politiques culturelles, faire vivre l’espace public d’une façon nouvelle et permettre la découverte de territoires d’humanité non encore explorés.

Ce mouvement créatif est aujourd’hui entravé par une pensée administrative des années 60. Entravé par la précarité, des lois et une réglementation inadaptées.
Il attend un regard, un souffle, une politique.
Nous connaissons les besoins, nous savons les dangers, nous montrons les richesses.
Nous avons fabriqué les outils.

Y aura t-il une volonté ?

I . Un peuple créatif, fraternel
Un immense besoin de partage et d’expression

Notre peuple est créatif, inventif, éduqué, riche d’émotions et d’idées à partager. C’est ce point que nous avons placé au départ de notre réflexion parce que dans un temps de troubles, il faut repartir sur des fondamentaux simples et républicains, de la dignité humaine. Notre pari est qu’il y a dans sa créativité un profond moteur apte à dépasser toutes les crises et toutes les sinistroses du temps, pourvu que le sens soit activé. Ce travail de mise en marche d’un tissu humain mobilise des artistes, des lieux de proximité et des collectifs.

Saturés de signes, bombardés de messages et dotés souvent d’outils, les citoyens ont besoin d’expression et de partage, de participation artistique et de fête. Ils ont besoin de se retrouver et de s’exprimer. La profonde richesse culturelle et humaine des gens qui, sans distinction d’origine, peuplent notre territoire, est une réalité massive de la société pourtant négligée par les politiques culturelles. C’est elle que nous proposons de prendre en compte. A ce titre, notre travail serait un frère de celui de l’éducation populaire à condition de bien comprendre qu’il n’est pas ici question de remplir un vase vide et en aucun cas de faire descendre une culture d’en-haut vers des masses supposées ignorantes.

Libérer l’expression d’autres légitimités

Nous avons plutôt pris en compte des richesses multiples : il y a les plus évidentes, celles dont la créativité se trouve souvent entravée par le marché : créatifs culturels, jeunes générations, geek, intellos-précaires, plasticiens-RMIstes, artistes spontanés de la rue, graffeurs, taggeurs, poètes des rues, slameurs de bars, etc.. Les moins évidentes aussi car il n’est pas pour nous seulement question de créateurs qui aspirent à une reconnaissance artistique. Ce ne sont pas les moins riches ni celles dont l’expression est la moins porteuse de sens : enfants, mères de famille, personnes d’origines étrangères, personnes âgées ou handicapées, humanité que l’on va chercher jusqu’au cœur des prisons. Un catalogue qui semblerait un programme social, s’il n’avait pour but d’évider en creux deux figures, celle de l’homme blanc, bourgeois, quinqua-septuagénaire à haut niveau d’études d’une part, et son pendant du marché, l’image de la femme sexy identifiée au mannequin, si possible chanteuse en plus. Pas par ostracisme d’ailleurs, mais pour souligner les richesses qui existent là où on ne les cherche pas habituellement, où on ne les attend pas. Là où elles ne sont pas considérées comme légitimes. En creux, l’expression de l’art du temps étant aussi politique, se dégage une figure de la légitimité politique d’aujourd’hui, moins fondée sur l’expression politique elle-même que sur l’organisation de l’expression de toutes les légitimités.

Typiquement aujourd’hui, ce qu’il faut de plus urgent, c’est une solution pour mettre en relation les expressions de la créativité contemporaine qui n’ont pas de débouchés ni de regard et les 90% de personnes qui ne fréquentent pas les lieux officiels.

C’est l’exemple de la troupe de théâtre amateur ou même professionnelle dont les artistes ont créé une œuvre, parfois au fil de deux ans de travail, et qui n’ont pour le moment qu’une ou deux occasions de la jouer. Il faut les relier avec toutes les personnes qui rêveraient d’échapper un soir à leur solitude ou aux écrans, mais qui n’ont pas forcément les moyens d’investir dans un billet ou même d’y penser tant il est vrai qu’on les conditionne différemment. Une politique culturelle doit assurer à faible coût cette passerelle en s’appuyant sur le tissu des lieux de proximité et des collectifs existants.

II . Lieux d’émergence et de culture populaire…
matrices d’une mutation culturelle

Ce travail pour faire émerger le sens et créer le lien de la société, c’est la mission que se sont donnée d’eux-mêmes des artistes, des auteurs de lieux, des acteurs culturels. Un peu partout depuis quelques années ils inventent la possibilité d’un nouvel art. Dans les lieux en friche, les squats, la rue, les campagnes et les banlieues des artistes cherchent de nouveaux liens. A mesure que la crise de l’humain et des relations s’intensifie, leur urgence, souvent dans des conditions très précaires s’accélère. Comme s’il fallait compenser par le tissage ce que l’économie déchire…

la force d’une mutation

Les lieux émergents, squats, bars culturels ou autres sont les catalyseurs des relations à l’échelle d’un quartier. Le quartier aujourd’hui c’est l’unité de sociabilité. Entre voisinage et espace public il retrouve un rôle essentiel d’humanité. C’est ici, à l’heure de la globalisation, d’Internet, des réseaux sociaux, que se répercute l’écho reçu de la planète. Le village monde dans sa diversité se retrouve au bar du coin. Et spontanément, entre des gens aux parcours d’origine (comprend pas parcours d’origine) et aux références culturelles différentes, on se tourne, pour échanger, vers de vieilles recettes, celles des cultures populaires urbaines.

Ce sont elles qui inventent les signes et le langage commun à partir des référents et des valeurs partagées. Dans les quartiers populaires ou mixtes, se forment ainsi des mélanges qui sont autant de signes d’une nouvelle alliance. En matière d’intégration, les balluches sont plus nécessaires que les discours. Il faut avoir à l’esprit pour comprendre notre monde les petits poulbots parisiens de la Goutte d’Or dont les parents sont nés au Mali autant que les demoiselles Dupont fans de danse africaine, ces groupes japonais d’accordéon musette comme ces couples qui se forment sur un air de châbi sans se demander où étaient nés leurs parents.

III . …et collectifs d’artistes
laboratoires du sens et secteur R&D du lien social

La diversité des collectifs d’artistes existants est l’une des plus grandes sources de développement créatif et d’innovation. Les politiques publiques n’ont pas assez pris en compte l’importance de ce mouvement et le sens de ce qui se joue comme transformation du rapport des artistes à la population et comme mutation culturelle. Dans sa diversité, ce secteur d’innovations sociales est un peu le laboratoire Recherche et Développement de notre vivre ensemble. Ce sont aussi les fabriques d’oeuvres, les ateliers… Avec la créativité publique, les lieux de proximité et l’espace public, les collectifs sont les maillons du terreau culturel. Vu leur singularité et leur hétérogénéité, il est nécessaire que le politique les approche comme il le ferait dans le secteur économique, en les regardant comme des porteurs de projets, des pépinières…

Comme pour le phénomène de la collocation dans la société, ce mouvement culturel tient pour partie de l’adaptation à la précarité, mais aussi d’un besoin d’échange et de convivialité. Il s’y pratique des formes d’échange et de mutualisation très variées, allant du simple partage d’outils, à des mises en commun, allant jusqu’à la naissance de formes artistiques pluridisciplinaires. Les collectifs sont ainsi susceptibles de prendre des formes singulières.. Elles vont du simple partage de loyer qui a l’impact limité de la présence d’artistes, à des portages de projets artistiques complexes dans un champ précis (gravure, photo, arts plastiques), ou socio-culturels de toutes natures dirigés principalement vers le territoire. Il importe de voir avec chaque collectif la nature de ses intentions et propositions, son action, et d’en évaluer la présence, de l’intérêt général et pas uniquement de l’intérêt personnel des acteurs.
Le collectif est une révolution dans le champ culturel qui manifeste une évolution sociologique de première importance. Celle d’un troisième modèle entre des formes collectives en décrépitude et l’impasse individualiste. Une solution qui permet de faire son travail personnel et de participer à un sens collectif. Une évolution qui n’est bien sûr pas sans lien avec d’autres formes, politiques notamment, dans le nouveau militantisme, les coopératives salariales etc. Et sont autant d’indices de l’évolution de la société qui cherche à naître. Parfois dans l’indifférence et le mépris (on pense aux élus qui se focalisent sur le mode d’occupation, par exemple l’occupation sans droit ni titre d’une friche, plutôt que sur le projet lui-même).

IV . La création culturelle, circulation et entrave

Un exemple illustre très bien, le fonctionnement de la chaîne solidaire que forme la culture, c’est celui de la jeune scène chanson.

Alors que la chanson française était tombée brutalement aux oubliettes dans les années 80-90, il y a une quinzaine d’années, tout un mouvement de jeunes artistes est apparu. Une génération spontanée a poussé dans les bars à Paris, mais aussi à Rennes, Toulouse ou Grenoble, qui se sont transformés en scène ouverte. De jeunes auteurs (comme Bénabar) ont pu se familiariser avec un public sur ces très petites jauges et dans le même temps, le public populaire avait, pour le prix d’une bière accès à des artistes avec qui, miracle de la culture à taille humaine, ils pouvaient même aller sympathiser après le concert. Cela avait un effet positif sur les environs, une certaine convivialité débordait dans l’espace public et une petite circulation faisait refluer dans certains quartiers une petite délinquance ou de petits trafics qui évitent la lumière.

De bars en petites salles, certains jeunes artistes amateurs sont montés très haut. Tous ne sont pas devenus de grands artistes, mais sur le terreau de ces lieux modestes, toute une génération a pu s’exprimer en chansons, un public se reconnaître dans des sujets qui parlaient de sa vie, de son quotidien, irriguant le champ public de représentations nouvelles. Symbolisations sans lesquelles les tensions de société se retournent en violence plutôt qu’en dialogue.

Ce mouvement pourtant a été stoppé brutalement par la loi Voynet sur le bruit. Cette dernière, même si elle ne visait pas la culture, instaure un déséquilibre très favorable au plaignant et de nombreux bars ont dû cesser une programmation qui leur attirait trop d’ennuis, participant ainsi à une perte de sens et de valeur de l’espace public, à sa désertification culturelle et à sa banalisation.
L’exemple du Canal St Martin à Paris est frappant. Lieu de trafic avant que les bars à chansons n’en fassent un quartier vivant, il n’est plus depuis qu’on les a fait taire qu’un simple quartier de bars à touristes bobo, sans autre vocation que de faire de l’argent.

V . Un espace public réinventé

La sociabilité dans l’espace public, condition de notre hominisation

C’est dans les espaces de convivialité que s’invente, avec les liens, la possibilité d’un vivre ensemble. Se connaître, se fréquenter, sont, bien plus que la surveillance policière, les conditions d’une sécurité, mieux peut-être d’une convivialité. Ironie de l’histoire, ce n’est pas le ministère de la Culture qui s’intéresse à ces phénomènes. Il semble même, au rythme des expulsions de squats, des interdictions de concert, ou des PV donnés aux artistes qui chantent ou dansent sur le pavé des rues, que ce soit au ministère de l’Intérieur qu’ait été délégué ce pan entier de l’activité culturelle. Que Claude Guéant se trouve placé au cœur du lien social… le malaise fait à lui tout seul image.

Redonner du sens à l’espace public / faire confiance aux artistes

Dans une société un peu rationnelle, c’est à dire culturelle, ces lieux d’élaboration d’un langage commun seraient reconnus d’utilité publique et l’irruption spontanée de l’art sur le pavé serait perçue comme une chance. De notre point de vue, l’espace public est :
• Un espace de liberté individuelle et d’aventure humaine
• Un lieu de confrontation et d’apprentissage des tensions de la société
• L’opportunité de rencontres spontanées, une chance d’échapper au formatage relationnel
– Du point de vue de la puissance publique, c’est un espace de moins en moins créatif et qui est au contraire entièrement dédié au contrôle sous toutes ses formes. Pour l’élu, l’espace public semble catalyser une phobie : la peur qu’il s’y passe quelque chose semble dominer toutes ses décisions.
– Du point de vue des artistes qui la font vivre, il semble que ce soit la peur qu’il ne s’y passe rien. J’ajouterais un point de vue de sciences humaines qui nous disent qu’il s’agit pour les humains d’un espace de socialisation majeur et d’apprentissage du vivre ensemble.

« La culture, mot et concept, est d’origine romaine. Le mot « culture » dérive de « colere » – cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir préserver – et renvoie primitivement au commerce de l’homme avec la nature en vue de la rendre propre à l’habitation humaine. En tant que tel, il indique une attitude de tendre souci, et se tient en contraste marqué avec tous les efforts pour soumettre la nature à la domination de l’homme. »
Hannah Arendt, La crise de la culture.

VI . Le terreau culturel
premier maillon de la chaîne culturelle

Se dégage au fil de cette contribution une vision, à la base du phénomène de culture vivante, d’un terreau composé de l’expression du peuple, des lieux de proximité et de l’espace public comme lieux ressources de l’expression sans rupture avec la monstration et des collectifs d’artistes comme catalyseurs, propulseurs, inventeurs. Le double sens du mot culture, se prête bien à expliquer notre intention par cette image. Comme le précise Frédéric de Beauvoir, directeur du Cent, « Il faut une politique qui s’intéresse à la terre plus qu’aux plantes. » Notre conception de la culture se rapproche de la démarche de l’agriculture bio qui, à la différence de l’agriculture intensive, s’attache à enrichir la terre quand la seconde met de l’engrais sur les plantes.

Ainsi, si aujourd’hui les jardiniers des politiques culturelles cherchent à faire pousser des artistes ou des compagnies de spectacle, qu’ils doppent parfois à l’engrais de la subvention, d’autres fois, ils cherchent à planter des espèces rares sur des sols non préparés pour les recevoir, mais surtout sans respect de la végétation qui y pousse déjà.

L’approche que nous proposons pour demain part d’une considération pour l’existant. Notre principe est d’aider les acteurs à labourer le terrain, de la ville, des quartiers ou des villages. Dans le respect et l’intérêt pour ce qui y vit et y pousse déjà. Une fois le sol nourri il va y pousser les potentiels qui s’y trouvent. Certains seront peut-être exceptionnels, mais tous auront une fonction et un usage pour ce qui les entoure. Dans notre approche, ce n’est pas d’en-haut que se décidera l’agrément local ou l’éradication, comme c’est encore trop le cas par le biais de politiques culturelles descendantes qui font table rase de l’existant. Pratiquer une politique descendante pour une collectivité aujourd’hui n’est pas seulement une bêtise culturelle, c’est une faute politique. Puisque cela revient à accompagner le marché dans sa volonté de gentrification de l’espace urbain en se faisant l’adversaire des initiatives de lien du territoire. C’est typiquement l’impasse actuelle de la politique culturelle de la Mairie de Paris.

VII Culture montante ou culture descendante ?

D’une façon plus large nous souhaitons que ces réflexions sur le tissu culturel inspirent une réflexion simple, mais de fond, aux élus et aux auteurs des politiques publiques. Le choix peut se résumer ainsi :
1- Culture descendante ?

La culture est-elle un objet que le politique doit contrôler et qu’il fait retomber sur la population sous forme de programmations en attirant vers elle « des publics » avec plus ou mois de difficultés et à grands frais de communication ? Dans ce premier cas, l’élu serait une sorte d’arbitre des élégances, contrôlant avec les opinions et les goûts de son âge, ceux du public. Une sorte de père qui gèrerait le contenu de l’Ipod de ses ados.
2- Culture montante ?
La culture n’est-elle pas plutôt une expression qui monte de la société sous des formes qui expriment ses besoins tels qu’ils se donnent, tels qu’ils se vivent ? Dans ce second, l’élu serait attentif aux expressions nouvelles de la société. Il s’inspirerait pour son action des signes et messages qui lui parviennent, permettrait leur expression, favoriserait leur émergence, aiderait à la progression des plus signifiantes.
Le choix de se référer pour une politique culturelle à une culture montante ou descendante est une question de philosophie de l’action publique. Inutile de préciser où va notre préférence, car ce qui est en phase avec les aspirations de la société contribue à en résorber les fractures et les crises, quand ce qui accompagne le profit individuel irraisonné les précipite.
« Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? Tout.
Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien.
Que demande-t-il ? A y devenir quelque chose. »
Emmanuel-Josephe Sieyès, 1789

Reconnaissance du tiers secteur culturel
Scénarios de refondation pour une
République culturelle

1. Un peuple créatif
La nécessité : permettre l’expression et la rencontre
Notre proposition : Création d’une bourse de projet culturel de société

Il faut soutenir les micro-projets culturels d’initiative citoyenne. Tout projet citoyen dans le domaine culturel, en appui sur un lieu de proximité, se verrait soutenu à hauteur de 1000 euros. En échange de quoi il s’engagerait à un cahier des charges de respect du voisinage, d’ouverture à tous (habitants, personnels des comités d’entreprises, scolaires, public municipal, tarifs sociaux etc..). Le droit d’entrée devant se faire sur la base de l’euro symbolique.
Ouvrir par exemple des bourses de projet à 1 000 euros pour l’expression culturelle et la rencontre serait une mesure de mise en marche de la société en même temps que le symbole fort qu’une nouvelle ère politique s’ouvre.

2. Les outils de mutation
La nécessité : Une vraie politique pour les lieux de proximité et collectifs
Notre proposition : Etudier avec les acteurs des scénarios de refondation
L’originalité de ce secteur et son autonomie impose une invention politique, celle-ci ne peut être imaginée qu’en concertation étroite avec les acteurs

Plusieurs pistes de réflexions sont ouvertes qui ne s’excluent pas. Mais là encore, le processus de partage de réflexion et d’échange importe autant que la décision, car ce sera aux acteurs eux-mêmes de se réapproprier cette politique qui ne vit que de leur initiative propre et part donc de leur reconnaissance par le politique. C’est le sens du travail mené dans notre groupe et de la diversité des contributions qui en sont issues et sont disponible sur le site http://www.altair-thinktank.com

– La reconnaissance et la protection de l’indépendance de la culture de proximité et du tiers secteur culturel Le ministère de la Culture pourrait protéger un réseau très dense de CNDCQ (Centre National Culturel de Quartier). Celui-ci n’est pas une création ex-nihilo du fait de la volonté publique, mais une reconnaissance de l’existant.

– Médiation. La mise en place d’une instance de médiation du ministère avec les collectivités territoriales est nécessaire. Par exemple une instance de concertation régionale, réunissant les institutions, Drac et collectivités territoriales s’étant donné la compétence culturelle, serait prévue. Ce Tiers Secteur culturel serait également représenté auprès du Médiateur de la République pour toutes les questions de litiges entre lieux et collectivités.

– Création d’une Coopérative réunissant l’ensemble des collectifs, structures et lieux se réclamant d’un Tiers Secteur culturel de proximité. Les subventions du Ministère de la Culture et des collectivités territoriales pourraient être réparties équitablement entre ses membres sur une base qui serait à définir ?
C’est une des solutions envisagées pour que l’argent aille à la création et non à gonfler les charges de l’administration de la culture (80 postes administratifs pour un emploi créatif, celui du directeur dans une scène nationale). Ses comptes seraient soumis à l’approbation des pouvoirs publics, sa structure pilote très légère. Structure de répartition, ses frais de fonctionnement seraient extrêmement plafonnés pour que la quasi totalité des moyens aillent aux lieux et aux compagnies.

– L’ouverture d’un grand lieu d’utopie, d’expérimentations artistiques et culturelles et citoyennes, par exemple sur le lieu symbole de la citoyenneté, en face de l’Assemblée nationale, Place de la Concorde, à l’Hôtel de la Marine. Elle pourrait accueillir une structure comme Hors les Murs, dont le champ et l’objet seraient redéfinis en lui offrant un champ d’action beaucoup plus large, non seulement arts de la rue et cirque, mais lieux, collectifs, des émergences etc.
– Refonder par un travail parlementaire l’ensemble de la vision de l’espace public, revenir sur la loi Voynet. Reconnaître le rôle culturel des cafés à activité.

3. Un espace public réinventé

La nécessité : Réinventer le rôle de l’espace public
Notre proposition : une initiative parlementaire
Il faut d’urgence qu’une commission parlementaire se penche sur la question de l’espace public et lève dans la loi un certain nombre d’interdictions, de freins qui pèsent sur la rue. Par ailleurs, il faut parvenir à une synthèse claire des travaux qui démontrent la nécessité du rôle de la culture dans l’espace public. De façon à penser une politique de progrès. Les artistes doivent pouvoir de nouveau librement faire vibrer l’espace public, c’est la vraie place du spectacle vivant.

4. L’expertise sociale du terreau culturel

Nécessité : coordonner l’expérience de terrain et la décision politique
Notre proposition : Remonter les expériences du Tiers Secteur Culturel

Représentation des émergences culturelles au conseil économique et social
On ne situe pas impunément l’activité artistique au contact des réalités. Comme on ne met pas sans conséquence toute une génération éduquée dans des conditions de vie précaires sans qu’il n’en sorte une pensée. Il s’agit maintenant de s’appuyer sur ces moteurs d’expérience et de transformation sociale pour que le conseil de l’Etat (heu phrase pas finie ?). Une mission qui aurait sa place au sein du Conseil Economique et Social. Avec pour objectif l’inscription de la marge dans les institutions et sa reconnaissance et surtout la remontée de ses expériences utiles à la société dans tous les domaines (bien-être, cadre de vie, sécurité, emploi, innovation etc.).

Nécessité : soutenir l’existence créative des acteurs de la culture
Notre proposition : Ouvrir une réflexion sur le revenu d’existence

La professionnalisation ou la préprofessionnalisation dans le secteur de la culture concerne différents types de parcours qui sont souvent sécurisés dans les faits par le filet social que constitue le RSA. C’est une réalité indissociable de la mise en danger qu’acceptent les acteurs pour des raisons de sens : ne pas perdre sa vie à la gagner mais plutôt produire du symbolique pour ne pas mourir. Cela renvoie au sens de leur vie, à leur conscience citoyenne des projets d’utilité publique qu’ils comptent développer.
• l’activité artistique complémentaire d’une activité de revenu ou d’un revenu social
• L’activité artistique qui travaille sur le lien, la médiation, la mise en route de la créativité des autres et aussi des lieux.
• Et aussi des artistes en développement qui visent à pousser toutes leurs qualités dans un projet artistique professionnel qui est, ou tendrait à devenir, leur activité principale, régulière, rétribuée.
La réflexion culturelle ouvre là encore sur un sujet de société. Celle des minima sociaux et des ressources humaines sur lesquelles le politique entend miser. Une décision dans ce domaine est liée à la vision de la société portée par le politique. Si l’humain n’est pas perçu d’abord comme un profiteur (on parle de 480 € par mois dans le cas du RSA) ou un ivrogne pressé d’aller boire aux frais de la société son larcin. Mais plutôt comme un porteur de projet qu’il convient de soutenir quelles conséquences en tire t-on, pas seulement pour « les gentils nartistes », mais dans une politique sociale d’ensemble ?

Nécessité : penser de nouveaux financements pour la culture
Notre proposition : Evaluation de cette politique

La culture de proximité ayant comme justification une amélioration de la qualité de la vie et du moral des français, le secteur aurait pour objectif de tendre vers l’auto-financement. Celui-ci serait évalué sur la base d’une reversement des dépenses négatives qu’il permet d’économiser sur des dépenses publiques négatives (Frais de santé, sécurité, conflits de voisinage etc.).

Une mission d’expertise avec le concours de la Cour des Comptes et du Conseil d’Etat serait chargée d’évaluer l’impact positif de l’activité culturelle de proximité dans tous les domaines du vivre ensemble : impact sur les relations, le moral, la sécurité, l’image du territoire, le tourisme, les violences aux personnes etc.. Les indices habituels du moral des ménages et du bonheur intérieur brut seraient également estimés.

Quel lien avec l’institution culturelle, quel impact sur l’action du Ministère de la Culture en particulier ?

Cette politique de terrain ne nie bien sûr pas la nécessité d’accompagnement dans la croissance des artistes et la professionnalisation sur le marché ou par l’institution. Mais c’est toute la politique des institutions, collectivités locales ou du ministère de la Culture qui doit se trouver modifiée par une attention nouvelle pour ce que fabrique la société. Il est totalement aberrant que la plupart des acteurs institutionnels ne descendent (où ?) qu’avec méfiance, réticence, voir se détournent dégoûtés par ce que produit leur époque. Les critères de distinction qui ont cours dans l’institution, ainsi que la définition de la mission et la formation des personnels est à réinterroger et ne peut l’être sans une réflexion politique globale sur le sens de l’action publique.

Une des propositions des groupes de travail était d’ailleurs de changer le nom du Ministère en faveur de : Ministère de la Culture et des arts.

Nécessité : réorienter l’activité des institutions culturelles face à la crise
Notre proposition : une entrée en résistance des équipements culturels

Acter du fait que la séquence historique qui s’ouvre implique une mobilisation exceptionnelle des acteurs et des ressources. Il faudrait permettre et encourager la mobilisation des acteurs institutionnels qui le souhaitent.

L’aspect transversal de la culture
Nous savons que la culture n’est pas un sujet isolé, mais qu’une image, une musique, une danse, un écrit ou un acte nous parle de notre rapport à la réalité. En quoi cela peut-il enrichir l’action publique ?

Chaque ministère devrait par ailleurs accueillir en résidence des artistes. Pour se voir poser de l’intérieur des questions utiles et accepter que l’inquiétude sur le sens s’invite dans l’action. Quelles conséquences cela a t-il pour leurs administrés si les fonctionnaires n’ont pour représentations de la réalité que celles d’artistes majoritairement masculins du XXe siècle dans des décors du XVIIIe siècle ? Ou, dit différemment, que peut apporter au travail des fonctionnaires le fait d’être en contact avec des représentations contemporaines des réalités sur lesquelles ils agissent au quotidien ? C’est toute la question de la fracture politique qui se pose ainsi.

Enfin un dernier point sur le ou la futur-e ministre de la culture. Peu importe qu’il aime le rap ou la musique classique. Il paraît nettement que sa qualité principale doit être l’intelligence relationnelle.

David Langlois-Mallet
Coordinateur du groupe d’Altaïr « marges et cultures populaires »

Paris, le 6 mars 2012

Premier-es signataires « Un peuple créatif »

Gloria ARAS, duo ETXEA, Sylvie ARMILLON, Chargée d’études et de réalisations culturelles, Centre National Georges Pompidou, Camille ARNAUD, réalisatrice-monteuse, Frédéric de BEAUVOIR, directeur du CENT établissement culturel solidaire, Julien BELLER, directeur du 6B, Danielle BELLINI, chargée de cours en politiques culturelles à Paris 7, présidente des Souffleurs commandos poétiques, Jean BOJKO, metteur hors scène, TéATr’éPROUVèTe (Corbigny, 58), Carmelinda BRUNI artiste du spectacle ex- Théâtre de Fortune, Alain CADILLAC, coordinateur exécutif université européenne de la recherche pft JP Faye, Gilles COMBET, réalisateur, Claire DEHOVE, WOS/agence des Hypothèses, Eric DELION, réalisateur, Télé de Gauche, Jean DIGNE, Président de Hors-les-Murs et du Musée du Montparnasse, Jean DJEMAD, Cie Black Blanc Beur, Frédéric ETCHEVERRY, duo ETXEA, Dominique FOLLENFANT, artiste plasticienne, La Fonderie, Philippe FOULQUIE, directeur fondateur du théâtre Massalia, Olivier LE GAL collectif Mu (Paris), Alexandra GARSON, Psychanalyste, Vincent GARSON Art Director, Adrien GAUME, la Clique des Batifouls, Zérane GIRARDEAU Productrice Confluence Artistique, Guillaume GOMIS, journaliste spécialiste du mouvement squat, Franck HILTENBRAND dit YABON PANAME artiste plasticien, co-gérant du Carrosse, Paris 20e , Cyrille HUGON gonzo journaliste à l’Ethylique, David LANGLOIS-MALLET, essayiste, Germain LENAIN cie Mille et Une Vies, Monica LY, chorégraphe-metteuse en scène, Jean MERMET, Jérémy NESTEL, Libre Accès, Blandine PELISSIER, actrice et metteure en scène, association H/F, KTY Catherine POULAIN, artiste plasticienne, co-gérante du Carrosse, Paris 20e, et Transversales K, Sara RENAUD membre du collectif le Jardin d’Alice (Paris 18eme), Karine ROYER, Médecin généraliste, Nathalie SAÏDI, Art Passionata, Les Arts et Mouvants, Valérie de SAINT-DO, journaliste, Michaël SILLY Villibryde, Laurent SCHUH / Les Arts et Mouvants, Khalid TAMER, président du Lavoir Moderne Parisien, Aude TINCELIN, photographe.

Publié in « Forces et défis de la Culture » Altaïr, think-thank médias 2012.

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Chanson. Astier, rêves de comptoir

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On aime l’élégance de son bagout, la parfaite classe de sa dégaine gitane, ses chansons sans
filtre, ses brèves de comptoir sardoniques au fumet libertaire, ses chansons à abus dangereux, son swing fuligineux et son fume cigarette. Astier chante dans les bars ses airs allègres et gouailleurs. Tournée générale !

Astier, on le connaît depuis toujours. Intemporel comme Paris. Grand chat efflanqué, il
traînait paraît-il déjà sa mandoline avec la bande à François Villon, du côté de Monfaucon. Ses traits
fatigués de nuiteux, on les a croisés, dans les petites rues de la Cité, au Cabaret de la Pomme de
Pin. Ses cheveux frisés on les a entrevus au comptoir après le couvre-feu. Il laisse miauler son violon
en vrai Paganini et comme pour ce dernier, il flotte autour d’Astier une aura, quelque chose du
mystère sulfureux d’une permanente jouvence. Astier, c’est pas naturel !

En tout cas, en ce début de XXIe siècle, il sort des CD, forcément. Sur une musique allègre et sautillante, d’une qualité remarquable (gracias aux frères Sakarine pour les cordes), sa voix gouailleuse, pleine de cet esprit, vif et social du pavé pantruchois nous en lance de bien bonnes. On connaissait le « Dentiste des
Beaux Quartiers » qui prend son pied au fond des gosiers et l’on savait que l’on est éthylique
lorsqu’on voit « des moustiques qui s’enc… », on raffolait de « La Squelette » :

« Quand tu seras mourue / Je garderai ta squelette / Au fond d’un placard / Et quand il fera noir… Au creux de tes orbites / Je planquerai mon shit / Sur tes omoplates / Je ferai cuire des tartes / Avec ta mâchoire / Je ferai un encensoir / Avec ton radius / Un Stradivarius ».

Le voilà revenu à nos oreilles avec « Les gens sont devenus oufs », frère de vigne du swing et des délires d’un Boris Vian qui aurait trinqué le coup de trop avec Boby Lapointe. Ce coup de trop, on l’ingère aussi, avec lui, au bar de Tchernobyl, entre les hamsters géants et les moutons qui aboient. Au comptoir en sa compagnie, on retrouve l’enfance, on en apprend d’ailleurs de belles, des vertes et des pas mûres que « y’a des cas catastrophiques, que même les écolos, pour pas semer la panique, y parlent pas à la radio ».

Dans ce monde « devenu Ouf », et avant de reprendre le populo « viens pou poule, viens pou poule, viens » il emmène sa souris en carrosse. Lancé sur les routes à « 30 à l’heure » mais 200 syllabes
minutes, comme notre assiette dans la bio-science, il croise « des cochons siamois à deux langues
et des foies pour faire du cervelas pour dyslexiques dans les champs des lapins mutants qui miaulent
en volant dans les radis géants, c’est transgénique ». Derrière lui « il entend déjà les prions qui
klaxonnent » et nous, nous sommes dans la même auto !

De quoi raconter, avant le coup de l’étrier, sur les hommes-grenouilles qui grouillent « In the désert ». Politique, il l’est assurément et d’un côté qui nous place tout de suite en sympathie, mais c’est toujours à l’apéro qu’il sévit. Et puis, d’un air qui te dit aussi dans une haleine de Smirnoff, que la vie c’est bêtement plus important que de se prendre au sérieux. Cet été, on le récupère en tournée, forcément générale, mais il faudra dégoter soi-même sur son site le rade ou passer en sa compagnie la mémorable soirée. On s’y jettera un petit « rêve de comptoir » de chez derrière les fagots, histoire que le bonhomme Astier tache nos songes bachiques, avec son CD grand crû .

David Langlois-Mallet – POLITIS 2005

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Chanson – Thomas Pitiot, griot du 9.3

Pitiot

St Denis, Bamako, Paris… Thomas Pitiot invente une chanson française du monde.

Oh vous les heureux coquins qui ce soir écouterez Delerme… Tirez sur le parisianiste, sortez du formatage pub, de la culture IKEA ! Et tendez plutôt l’oreille à Thomas Pitiot, ce qui est arrivé de plus audacieux à la chanson française depuis Trénet. Pas que ce chien fou égale déjà les maîtres fous chantants. Mais parce que son beau talent tente la synthèse la plus hardie et la plus politique entre une chanson populaire de bonne souche et les musiques du monde. Paroles ancrée dans une France sociale sur des refrains riche d’ailleurs… Un style captivant qui déconcerte les puristes de la chanson française, comme les amateurs de groove. Une vigueur nouvelle, puisée dans un quotidien exotique, nous raconte t-il dans des spectacles où il se joue avec beaucoup de finesse de nos préjugés : « J’ai grandi loin d’ici… derrière le Périph, dans un pays qui s’appelle le 93… ». Ce 9.3. fantasmé, que TF1 nous montre peuplé de flics et de Caillera, Pitiot nous chante qu’il reste d’abord un quotidien oublié. Celui des bonheurs poétiques des jours de la « maicresse d’école » croulant sous les avalanches de bisous édentés en contraste avec « les langues de pierre, cœurs de vipères, qu’on jamais rien donné, qu’on jamais rien offert diront du mal des fonctionnaires »… Celui des colères de Raja l’équipière en grève de Mc Do, qui « rêve d’un bonheur sur place ou à emporter », de Momo le SDF-intello des squares, qui touche le RMI (Rente au Métier d’Intellectuel), cite Baudelaire et insulte, incompris « les statues toutes nues, (qui) c’est bien connu, ne parlent que le grec ancien ».

Chroniques de la misère d’en-bas au temps de Raffarin, où les ouvriers ont le blues, même si sous le bleu la peau est noire, mais aussi chronique de richesse. « Parce qu’en donnant des cours d’alphabétisation, des gens m’ont donné de découvrir un Mali et un Sénégal qui n’est pas celui des expos d’art. Je me dis qu’il faut renvoyer l’ascenseur, ne pas profiter de toute cette richesse tout seul » dit-il. Thomas a le bon coeur de ne pas nous chanter sa culture, mais de chanter depuis sa culture, tous ceux qui tombent sous son regard gourmand. Encore une différence avec les petits malins qui citent France Inter et Télérama dans leurs chansons qui ne troublent rien, Thomas nous parle d’une humanité qui n’est pas à la fête. Il puise ainsi à une source infiniment plus riche que cette jeune scène qui se contente d’épier, complice, les frémissements de son nombril. Une chanson politique aussi parce qu’elle renouvelle les représentations. Ainsi sa prostituée, n’est pas une image folklorique reproduite de Brassens, mais la « petite craquette » des boulevards extérieurs. Pitiot nous donne à partager, différement, son intimité « ta grand-mère t’avais nommé ma violette, les mecs s’en moquent à la porte de la Villette ».

On dira que Pitiot le jeune (son père Gérard en est un autre) n’est pas encore assez exigeant avec tous ses talents ? Le public et la critique seraient bien inspirés de l’être au moins autant.

David Langlois-Mallet

www.thomaspitiot.net

CD La terre à Toto, T’inquiète production

Article paru dans Politis, 2005

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Bringuebal, la Folie en tête

Bringuebal

Baluche : Bringuebal, la folie en tête

Au Bringuebal à Ménilmontant, l’esprit de fête se nourrit de ses racines urbaines. Néo-popu ou post branché ?

Comment cela se passe-t-il près de chez vous ? On veut dire, l’esprit de fête… Où-est-il ? Comment se porte-t-il ? Avouez, qu’en ville ou dans les champs, des soirées légères, enlevées, à la fois joyeuses et bon enfant, ne nous clignent pas du lampion à tous les carrefours. Allez, disons le mot, entre plaisirs sur télé-commande et rires plus ou moins tarifés, nous vivons une époque confortablement sinistre. C’est pas nos ans 2000, qu’on appellera les Années folles ! Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si certains jeunes urbains, déçus par la joie qu’on nous propose, s’amusent à brocanter des éléments à ces temps oubliés pour recréer de la complicité et de la rencontre. Norbert Bouche, l’un des instigateurs d’un baluche à chansons nommé le Bringuebal, pour être un fêtard, en parle très bien : « les parisiens ont en commun de venir tous plus ou moins d’ailleurs, du coup, on se recrée nos racines urbaines. Certains cherchent vers l’Amérique ou l’Afrique, nous, plutôt vers un Paris plus ou moins mythique des arrières grands-parents, quand la musette et la chanson française se mélangeaient au swing manouche et à l’accordéon italiens ».

Ainsi est né le Bringuebal, d’une conversation entre amis à un collectif d’artistes, à la recherche d’une autre fête. Son idée, rapprocher les artistes du public, avec des chansons chantables et dansables à la fois. « On jette les chansons qui ne nous font pas danser ! résume Norbert. C’est un esprit guinguette sans les bords de Marne, musette sans le côté virtuose de l’accordéon, on préfère oublier un peu les musiciens pour renouer avec la fête » dit-il.

Car au Bringuebal, la sono n’écrase pas la fête, l’orchestre et le chanteur ne sont pas omnipotents. Du coup, la vie regagne les parterres. Grâce aux gros cahiers de paroles qui circulent, on y chante comme on y danse. On gigote à deux comme on s’époumone ensemble, dans un bel état d’esprit. Sans en faire des tonnes. Histoire de se dire qu’on peut trouver la complicité des fêtes amicales entre inconnus de la ville.

Depuis la rentrée, le Bringuebal a planté son estrade du côté de Ménilmontant, chaque dernier samedi du mois, au Studio de l’Ermitage. Pas évident en effet de trouver une salle dans cette fichue ville embourgeoisée, quand on veut que le tarif de l’entrée n’en contredise pas l’esprit. Ici ce sera 7 euros. On transige un peu pour l’un des rares petits lieux bien vivants. Que vous vous sentiez l’âme d’un de ces néo-parisiens, popu de conviction et de CDD, branchés à leur corps défendant, ou que vous ne vous déguisiez en titi ou un gigolette que pour un soir, ce baluche pas chien, pas snob, pas regardant, pas bégueule, vous tend par la main pour la nuit. Une java avec mézigue ?

David Langlois-Mallet

Le Bringuebal, bal à danser à tue-tête, Studio de l’Ermitage, 12, rue de l’Ermitage, 75020 Paris. http://www.bringuebal.com

www.studio-ermitage.com

Politis 875 – Nov 2005

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Culture en résistance : l’autre Renaissance ?

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« Le bonheur est dans la résistance » écrivit un parolier populaire au nez creux en matière d’air du temps. Ou, que se cache t-il, autrement dit,  qui nous concerne de près derrière tous ces phénomènes culturels disparates, entrés en résistance ? Quelles sont les logiques à l’œuvre derrière ces cultures dites « alternatives », « populaires », « émergentes » etc… ?

Tendance
Peut-être, à une époque pas trop lointaine, l’encartement et surtout la parole militante, à la scène ou sur un air de guitare, fondaient-ils la démarche de « l’artiste engagé » sur le modèle de l’orateur politique… Aujourd’hui, à côté de cette révolte explicite — qui existe notamment dans la chanson — on observe des formes d’engagement culturel bouillonnant d’inventivité qui correspondent aux formes de la conscience sociale, politique et même économique, dont elles investissent  les champs, à leur façon. Si les mots ont perdu de leur pouvoir au pays de Voltaire, c’est probablement, dans notre post-mitterrandisme, que la pensée du moment, lorsqu’elle est en mouvement, fructueuse et active, est particulièrement attentive à un autre champ, celui des pratiques, à une certaine cohérence entre paroles et actes, voir à un feeling. Certains y verront un reflux de la politique, c’est en tout cas une transformation. Une Renaissance, peut-être.

Ces nouvelles pratiques de l’engagement que l’on repère et expérimente dans un grand nombre de dynamiques en cours dans ces cultures dites « alternatives », sans préciser à quoi. Que l’on qualifie de « jeunes », même si, du cœur des nouvelles générations, elles restent ouvertes à une jeunesse à la Tintin, où chacun peut trouver sa place.  « À la marge » ce qui est insultant pour des phénomènes qui sont au cœur de la société (ou bien est-ce un lapsus qui, parce qu’il vient de l’Institution, traduit l’éloignement de l’Etat ?)… CultureS surtout, au pluriel, car nos vieilles habitudes jacobines devront bien réapprendre à penser dans la diversité quand dans nos quartiers comme nos représentations, cohabitent et se bousculent plus qu’avant, les représentations venues de toutes les régions du monde, époques de l’histoire et systèmes esthétiques nées des formes musicales (techno ou rap, rock et reggae ne sont pas que des musiques). On aurait pu parler de cultures actives. Mais quel terme rend compte de ce qui peut se passer, ici ou là, dans certains squats, mouvements sociaux, l’antiglobalisation, la jeune scène, du graph, les artistes de rue, dans les caves des téCi, les bars musicaux, sur certains sentiers du web, dans de petits lieux alternatifs un peu reconnus, voir jusque dans l’évolution, éminemment culturelle, des relations humaines, amicales ou amoureuses. Bref, dans un renouveau des cultures populaires, marquées par la volonté de résistance ? Alors résistons au logo. À la définition d’une école, ou la dénonciation à l’admiration générale de grands artistes. À la facilité commerciale du concept, préférons la difficulté à les saisir qui est peut être une chance de préciser ce dont on parle. Essayons de reconnaître des tendances à l’œuvre en relevant, ici ou là, des indices de leur présence.

Lieux
Mettons-nous à la recherche d’endroits où « cela » peut se passer. « Cela », c’est une rencontre entre une humanité et des pratiques artistiques, une élaboration culturelle ouverte à ceux qui l’entourent. Des lieux possibles parce qu’ils ne sont pas construits sur le mode de l’espace privé avec ses barrières réelles et tarifées (droit d’entrée) ou symboliques (vigile, regard en biais des galeries d’art, propriété de celui qui paye et possède le territoire, juge du droit d’accès, etc…). À la recherche de ces espaces privilégiés, on trouve les quartiers populaires mixtes (l’est parisien par exemple), parce qu’ils sont humainement plus riches, divers, multiculturels, et fourmillent de lieux ouverts, bars culturels, squats et petits lieux de culture. Entre de « beaux quartiers » (de quelle beauté parle t-on ?), vidés de leur substance, transformés en galerie marchande obscène ou en musée glacé (qu’on veuille bien prendre le temps de regarder ce qu’est vraiment le quartier Latin) et les quartiers délaissés, où l’injustice et la souffrance se donne de façon plus brut(e) et dont l’humanité reste d’un accès codé.

Démarches
Entrons dans cet atelier à Belleville, Velasco-Meller, dont les artistes choisissent de se retourner sur le regard des habitants du quartier plutôt que de rechercher l’approbation du marché, des critiques et des galeries. Ou chez ces artistes à Montreuil qui avec l’association Pulsart travaillent avec les gamins du 93, ou avec des prisonniers et d’autres publics délaissés et font ainsi jaillir une créativité brûlante. C’est dans un coin de Ménilmontant, le Théâtre de Fortune, qui ouvre de longs mois une scène gratuite, avec des programmations vraiment intéressantes mais est aussi un lieu de débat, de répétition, une maison du peuple dans un squat sous la menace des pelleteuses. C’est une compagnie de théâtre qui promène les gens dans le noir et leur chuchote à l’oreille, une autre qui joue en appartement, parce qu’elle recherche cette même proximité et aussi parce qu’elle n’ont pas de salle. On voit de nombreux artistes qui diffusent, parfois par internet, leur œuvre, leurs pensées en forme no-copyright, sans prétention mais non sans talent comme Katerine Louineau et ses K-lignes. Les Femmouzes T, chanteuses des rues toulousaines passées à la scène, qui refusent les budgets qu’on leur propose : « dépenser de l’argent public, pourquoi faire ? » Ce sont des artistes du quartier Arnaud Bernard de Toulouse, les Fabulous Trobadors, qui lancent les repas de quartier. Tel squat (mais pas tous) recherche le travail en atelier, tel autre une alternative à la galerie ou à la boîte de nuit, celui-là un rapport différent au quartier. Yannick Jaulin dit qu’il a choisi de dire des contes sur un thème difficile, la mort, parce qu’il pense que la société est paralysée sur ce sujet. Bureau d’Études crée des plans de ville sous un angle abstrait et figure à la fois « le droit et les interdictions », puis trouve plus de sens à s’investir à corps perdu dans l’organisation du camp No-border. Sous leur chapiteau et autour de leurs chansons époustouflantes, les quatre frangins-et-gines des Ogres de Barback construisent un réseau indépendant. Et dans cette petite épicerie, « l’arabe du quartier », on écarte quelques jours boîtes pour chat et paquets de lentilles, pour une expérience avec des vidéastes. Qu’ y a-t-il d’intéressant là-dedans ? L’épicier ne l’est-il pas autant que les artistes ?

Centralité des pratiques
L’identité profonde de toutes ces expériences et ces créations — de ses vies — s’attache à la recherche d’autres pratiques. On fait avec d’autres publics, en se débrouillant pour que ceux qui d’habitude sont exclus, puissent en être. On fait avec d’autres moyens, un autre rapport, d’autres lieux. « Autre » que les conventions, autre que ce qui habitue au fonctionnement routinier de la société. Tout ce qui peut casser l’habitude semble susceptible de faire naître un instant de pensée autonome chez le spectateur, devenu spec-acteur. De créer un lien différent de la relation figée artiste / public ou de sortir celui qui vient, petit bout de société, de son attentisme. De casser les rapports convenus. Accepter que les choses soient là où on ne les entend pas. Comment échapper au produit culturel et à la démarche marketing ? À la mécanisation ? Y a t-il des archétypes, des modèles ? Plutôt des démarches dont la convergence peut faire penser qu’une véritable culture est en train de naître.

Contre-pied ?
« Autre » que quoi ? Alternative à quoi, résistance contre quoi ? «Devine ! » devrait-on répondre. Alternative à une société dominante dans laquelle on ne sait plus bien si l’idéologie de la consommation et celle du repli sur soi forme deux options, ou les deux faces d’une même dictature molle. « Autre » qu’une société à la fois moutonnière et égoïste mais volonté de faire dans le sens d’une certaine logique humaine, individualisé mais reliée au collectif. On pourrait presque imaginer un tableau :

Commerce / Gratuité
Récréation / Sens
Tourisme / Local
Standard / Cultures du monde
Ciblage / Ouverture
Centralité / Réseau
Autorité / Autogestion
Masculinité / Parité
Privé / Public
Etc…

Un tableau que l’on peut retourner. Il est amusant d’avoir une lecture de la société dominante, dans l’exaltation des valeurs inverses de la culture alternative résultat… presque aussi flippant qu’un prime-time sur TF1.

Du côté des militants
On peut même penser qu’il n’y a qu’un mouvement, artistique et mouvementiste, ( !) (militant ? activiste ?) tant l’évolution est parallèle. Les mouvements qui prolongent 68 substituent aux discours la vigilance sur les pratiques et des générations, que l’on dit incultes historiquement, ont en mémoire les erreurs à ne pas recommencer. Reclaim The StreetS, Aarrggh ! ! etc… veulent faire réfléchir plutôt que prendre le pouvoir. À Dijon les anarcho-punks de Maloka ouvrent squats sur squats et expérimentent un vivre-ensemble politique. Et la réinvention des cabarets politiques, après le 11 septembre, n’est-elle pas le fait des artistes de Jolie Môme ? À côté, ou en plein dedans, les formes de représentation qui s’élaborent au MIB, entre répression policière et hip-hop : est-il culturel ou politique de faire émerger l’idée, sur un tract ou en free style, que « la justice coloniale s’est transposée aux banlieues ? » Les jeunes qui montent le Festival des Résistances et des Alternatives, organisent concerts, débats politiques ou expérimentations de désordre urbain. Vous avez dit frontière ? Quelle frontière entre happening et manif aujourd’hui ? S’il n’y en a pas dans la forme, c’est dans le sens qu’il faut la chercher, dans l’intention.
Dans ces groupes, les questions les plus actives sont celles des pratiques internes : convivialité, politique festive, parité, démocratie, non violence etc… Le militantisme recherché (qui choisit pour s’exprimer la chanson, le dessin, le carnaval, le théâtre de rue etc…) se veut moins « efficace » que tourné constamment vers l’art de vivre politique du collectif. Car l’important y est peut-être d’abord ce que les gens vivent : la pratique encore. Même si on ne peut que rarement parler d’art dans les pratiques des mouvements militants (oui, mais alors ne dirait-on pas qu’ils sont artistes ?), où est leur frontière avec des groupes musicaux qui finissent par présenter leur liste aux élections, comme Zebda ? N’est-ce pas d’un même mouvement qu’il s’agit ? D’une même pensée, d’un sens, décliné sur des champs différents ? D’ailleurs tout cela ne finit-il pas, en manif ou en soirée, sur l’air « Motivé, motivé »…

La question du sens
La tendance est repérable à certains comportements, mais io n’y a pas de recette, de « concepts », dont pourraient s’emparer des opérateurs commerciaux ou institutionnels pour reproduire du sens (il semble que cela leur soit aussi difficile qu’à un dirigeant politique ou économique de produire du sens social). Mais quelque chose est à creuser. Pourquoi parler des SDF ? Aller dans les prisons ? Rechercher le contact du quartier ? S’intéresser aux jeunes des cités plutôt que de les désigner à la vindicte publique ? Pourquoi se préoccuper des exclus de ceux que la société rejette, les vieux, les gamins, les quartiers populaires ? etc… . Pourquoi cette intention a t-elle du sens, plutôt que de se demander quel marché est à conquérir, ou comment maintenir ses petites positions en faisant trébucher untel ? Contentons nous ici de répondre : « Parce que ». Sans plus de prétention. Et renvoyons chacun à son bouquin d’éthique favori, à son bénitier, à son manuel de sociologie ou à ses éphémérides… sa façon de se débrouiller avec ce mystère de notre humanité. Nous pensons que le cœur du mouvement est dans la sincérité d’intention de ses acteurs. Sincérité artistique, qui manifeste aussi un sens subtil de son intérêt : « jouer dans une salle où les gens ont payé 20 euros l’entrée, non merci ! Bonjour la gueule du public dans ces lieux là ! Je préfère de loin les petites salles » s’exclamait par exemple Akosh. Mais sincérité d’abord d’artistes ou d’associatifs  qui se pose simplement la question de ce qu’ils peuvent faire de bien avec leurs moyens dans ce contexte. Échos à la belle angoisse d’un José Valverde : « Ai-je assez dit que le monde comme il va ne peut pas aller ? »

Contexte
Qu’on se rassure, on reste libre de penser que la création et la culture n’ont rien à voir avec notre époque. Que la culture, c’est un peu de musique que l’on ajoute dans une convention d’entreprise, une expo d’un peintre mort pauvre (mais très coté) qu’il faut voir, le livre de la rentrée ou de l’été. Quand les richesses les plus phénoménales jamais détenues par l’humanité se concentrent entre quelques mains alors que la pauvreté explose à milliards, que les médias nous habituent à l’idée de la mort de la planète, qu’un zigoto au fond d’un laboratoire, ou un autre, élu par des mafias, peut changer la marche de l’Humanité, voire l’interrompre en appuyant sur un bouton. Quand le pouvoir économique s’est constitué en force méta-politique depuis ce que l’on commence à appeler « le coup d’état de l’OMC » et se dote aux travers des États (qui ont échappés à leurs citoyens et dont on se demande s’ils forment une entité distincte) et des médias de moyens de contrôle considérable sur les individus au nom de leur sécurité ou de leurs loisirs. Est-ce un hasard si c’est au Président de la Commission Culture du Parlement Européen, Michel Rocard, qu’il revenait de dire que « certaines mafias ont trois ou quatre fois le PNB de la France et disposent de tanks et de sous-marins » ?

Libres de penser que ces considérations doivent rester sans rapport avec l’évolution culturelle — puisqu’elles ne sont même pas politiques, si l’on en croit nos énarques, qui planchent sur l’équation entre critère de convergences et taux de croissance. Que nos murs bardés de digicodes, (de caméras de surveillance, de reconduite aux frontières, de vigiles et de normes de sécurité…), construits entre deux mondes, dans la même rue, sont sans rapport avec nos propres cloisonnements. Que le fait de s’habituer aux SDF dans la rue, que nos comportements avec l’Autre (autre fortune, autre âge, autre culture, autre richesse, autre sexe, autre couleur etc…)  sont sans conséquence pour notre humanité et sans rapport avec le retour de l’extrême-droite. Nous ne savons pas si les nombreux opérateurs culturels et les pro du marketing du moi ont encore de beaux jours devant eux. Ce qui est certain, c’est que le choix d’une logique ou d’une autre signifie une société déchirée, où les passerelles sont peu nombreuses en dehors de la fête par exemple.

Pratique de l’exclusion
Une jeune femme qui venait de faire émerger son « petit lieu » de culture, essayait d’expliquer son parcours par une précarité « à 80% subie, à 80% choisie ». Cette phrase, combien de jeunes artistes, militants, chercheurs, intellos-précaires, la comprennent de l’intérieur ? C’est une signature de génération ! Entre les forces du marché qui n’en veulent pas et des institutions qui les snobent, un verrouillage de la société sur le modèle de l’homme blanc, quinquagénaire… Les pratiques de la recherche, de l’exigence, impliquent une expérience pratique de l’exclusion qui rapproche les modes de vie de ceux qui possèdent une richesse culturelle et de ceux qui subissent une pauvreté matérielle. Les squatteurs, le mouvement des free parties, les jeunes des cités, les artistes de rue, les bars musicaux etc… sont comme les SDF, les sans-papiers et les autres exclus, priés de circuler. « Oui, mais pour aller où ? » disait l’un d’eux, à Amiens, contraint de déménager. Ils sont là parce qu’on les empêche d’exister. Pourquoi certains ont-ils moins le droit de respirer que d’autres ? Pourquoi certaines cultures relèvent-elles du label et d’autres de l’écrou ? Pourquoi le ministère de la Culture ne gère t-il qu’une partie de son champ et laisse t-il au ministère de l’Intérieur les arts de la rue, des squats, des bars musicaux ?

Quelles perspectives ?
Si l’on s’en tient au rapport de force, si l’on mise sur l’affrontement, cela se présente mal. Rien qu’en France, quelles peuvent être les « marges de progression » des marges ? Si le modèle culturel jospinien prêtait à sourire, que dire de l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement culturellement néo-pompidolien au temps de l’OMC ? La répression se fait depuis quelque temps plus violente, dans un conservatisme autoritaire décomplexé. La culture de contestation ne bénéficiera même plus de l’influence et de la fascination qu’avait sur la droite son aînée dans les années 70, tant son capital moral s’est perdu dans l’affairisme et le pouvoir. Du côté des conservatismes de gauche et des adeptes de la culture de distinction, par définition vides de sens, une violence symbolique se développe « contre le nouveau populisme ». Tout est à reconstruire dans une société qui fonctionne en cercles de plus en plus autonomes, n’ayant de compte à rendre qu’à leurs conflits internes. « Dans les éléments chaotiques de notre société, comme dans les éléments naturels, le geste ne peut plus tant être un geste de force contre les choses, que de composition avec les choses » écris Gibus de Soultrait, surfeur et philosophe le temps d’un ouvrage collectif avec les Périphériques Vous Parlent.

Un humanisme
On doit s’impliquer contre cette précarisation et essayer de faire évoluer les mentalités, le droit, ou les pratiques. Cela n’empêche pas de retourner la question : « au fait, qui est précaire culturellement ? » Car le revers de cette précarité, c’est une richesse culturelle. Les habitants des beaux quartiers ne sont-ils pas nécessiteux ? Culturellement ou humainement, ne vaut-il pas mieux habiter à la Goutte d’Or que dans le XVIe ? Ceux qui n’achètent qu’un art qui les conforte se condamnent eux-mêmes à fréquenter des artistes qui n’ont rien à rien à leur apprendre, sur un monde qu’ils ignorent. À quoi cela sert-il de trôner, déconnecté et dans l’ignorance ?

Réponse courante des artistes sur la question de l’engagement : « vivre comme ça est déjà un engagement ». Si les artistes en résistance n’avaient à répondre qu’à eux-mêmes, la plupart feraient le même parcours, « parce que c’est plus passionnant » disent-ils avec Nicolas Verken de la K’Tamaïr compagnie. À défaut d’une vie publique, ils s’offrent le luxe d’une vie d’intérêt collectif et tout simplement une vie intéressante. Mais quel gâchis que tous ces gens, riches et brillants, restent dans une certaine l’obscurité, alors que moins de tracas, un peu de moyens, de la lumière leur ferait tant de bien (et à la société  donc !), quand tous les ploucs du show-biz grillent sous les feux de la rampe. Ces artistes qui éprouvent la nécessité de transmettre une émotion porteuse de sens dans une période de crise grave,  ces militants convaincus qu’il est plus urgent de favoriser une prise de conscience collective que de prendre le pouvoir se retrouvent dans une convivialité populaire soucieuse de notre humanité ; ils savent qu’à grande échelle le problème politique est avant tout culturel. Espérons de jolis fruits d’art de vivre et de civilisation, car comme le disait joliment l’éditeur sonore Alexis Frémeaux. «La culture vivante, c’est la spiritualité des pays laïcs ».

Que du bonheur !
Jolie perspective, sa plus belle chance ne réside t-elle pas dans une certaine séduction ? Voir un hédonisme conscient. Entre des masses sous hypnose cathodique, une culture du profit qui génère une dégradation des conditions de vie, des rapports humains de merde, un dégoût de soi compagnon nécessaire des carrières « réussies ». on n’enlèvera pas aux artistes les moments de bonheur, et les bourgeois restent troublés de voir passer les gueux. La vraie séduction, c’est peut-être ça, tous les enfants ont rêvé d’être d’Artagnan ou Zorro avant de devenir épicier. On se rêve résistant, pas milicien, Même les buveurs d’eau de Vichy rêvent d’ivresse et ont des oreilles qui peuvent entendre cette petite musique de bonheur, d’intelligence, ou de liberté intérieure.

David Langlois-Mallet


(Article paru dans la revue Cassandre 2003)

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Langlois-Mallet, Bojko, Cassandre

Langlois-Mallet, Bojko, Cassandre

La France d’en-bas vous salue bien !

Jean Bojko a des yeux pleins de malice, mais c’est à bras le cœur qu’il étreint son époque dans ce vaste champ humain qu’est la Nièvre, brassant, emblavant, fourgonnant de la grise, des idées, du sens, de l’autre, en vidant des petits rouges. Précaires, artistes, villageois, rurbains, personnes âgées, élus, entrent dans sa danse. En particulier ceux que les autres jettent et dont il relève l’estime et le talent : la Rmiste que les stages de formation bidon ne forment qu’au désespoir, le quinquagénaire au chômedu à qui tout dit : « Rase les murs, tu es la France qui perd », les habitants des champs que la sous-culture hertzienne cyanose à l’idée qu’ils ne sont que des ploucs plouquant de plouquerie… Avec eux, il monte des rêves, fait venir les meilleurs maîtres dans les arts libéraux et propose à tous une éducation digne du Courtisan de Balthazar Castiglione.

(cliquer sur le lien pour lire la suite)

Anne Sylvestre, une amour, une cathédrale

Un chêne centenaire est tombé. Solidement enracinée dans la culture française, malgré l’air du temps soufflant l’américanisation commerciale, Anne Sylvestre aura ouvert un nouveau territoire à notre humanisme, une parole de femme d’une puissance inégalée.

Franchement ? Un certain chagrin ne me quitte pas. Une peine de coeur si vous voulez. C’est idiot je sais bien que les gens doivent partir surtout ceux qui sont très avancés dans l’âge. Et puis nous n’étions pas non plus des familiers parce que nous avions pris un verre et que son numéro de téléphone roupillait dans un de mes carnets de nuit.

Mais voilà, la mère de Mouchelette est vraiment une personne qui flotte dans la maison tous les jours. Il y a un mois, c’est la première chanson que j’ai chanté à mon bébé en espérant que sa mère revienne du bloc. Ça crée des liens forts, un pacte à trois. Si je ne pense à rien pour moi-même, c’est un air de Brassens qui vient spontanément « l’avait la taille faite au tour les hanches pleines et chassait l’mâle aux alentours des la Madeleine. » Si j’ai un enfant dans les bras, c’est Anne Sylvestre « Mouche, mouchelette, moucheronette, moucheron demain c’est ta fête…»

Il n’y a rien d’anecdotique qu’elle ait renouvelé les comptines, c’est à dire la forme primordiale de transmission de ceux qui, habillés de culture, prennent soin à ceux qui arrivent tout nus et démunis. C’est la matrice des imaginaires. Et sa grande force singulière restera d’avoir été une expression profondément enracinée dans notre culture française et à la pointe de ce qui changeait dans son époque, en particulier du côté des femmes.

Un chêne, par l’énergie puissante et paisible et une chaîne reliant le passé et le futur, la tradition et le changement. C’est à dire l’exact contraire des modes de son temps, du style états-uniens, du show-biz, de la mélodie vide de sens, beuglée à perdre gorge en prêt-à-jeter pour défiler le caddy à la main dans les rayons des grandes surfaces.

Anne Sylvestre posait au contraire sur le silence une magie qui, loin de l’insulter continuait sa majesté par d’autres voies, la mélodie du temps long au rythme de la nature, l’écriture soignée d’une profonde culture des mots, recueillie par sagesse au tempo de l’âme. Une gravité simple, servie par une voix douce et en général juste (avec quelques ratés émotionnels, c’est vrai), imprimait en nous l’expérience unique d’une rencontre, d’une relation; comme d’avoir été invité à goûter sa tarte au pomme à la cannelle dans une chaleureuse maison à la campagne un jour de pluie.

Dans un temps où n’importe quelle frustration ou agressivité se pare de féminisme, elle a si puissamment donné un sens au mot qu’on ne pouvait, comme homme, que trembler sur ses bases. La chanson française, la faute à une culture trop cérébralisée, n’a rien a priori de la puissance tellurique des « chants du monde ». La force de ce qu’elle avait à dire avec douceur la place pourtant parmi les grandes tragédiennes. Je pensais aux chants méditerranéens, mais surtout à une grecque, Maria Callas hier; m’amusant à rêvasser à cette époque, pas lointaine, où un spectateur, l’Officiel sous le bras, aurait pu aller le même soir à Garnier entendre l’une avant de finir la nuit à La Colombe (près de chez ma mère dans le cabaret de l’amie d’enfance de ma grand-mère), en écoutant l’autre.

Tout semble opposer l’interprète de bel canto et l’auteur de chansons intimistes. Et pourtant dans l’éclat d’orage de la grande prêtresse Norma comme dans la foudre contenue et pudique des sons elfiques de la troubadour d’Une sorcière comme les autres, il y a toute une puissance du féminin oublié, par les femmes d’abord, autant par les courtisanes que par les agitées qui se veulent des hommes comme les autres.

Dans le fracas tragique que fait le chêne centenaire qui tombe, j’ai ressenti une peine et un ébranlement comparable à ceux de l’incendie des chênes centenaires d’une autre, qui veille au dessus du cabaret de la Colombe (devenu, avec le destin de Paris, un muet débit de vin), Notre-Dame; la mort de la grand-mère, prêtresse gauloise d’une tribu sensible, de chansons, d’idées, de culture, dont nous aurions été les petits enfançons, de la première comptine à l’éveil politique adulte. « Sans le chant des troubadours, n’aurions point de cathédrales… »

J’avais emmené la mienne de tribu la voir il y a quelques mois pour son retour sur scène après son terrible deuil. Il faut toujours semer des graines et laisser des petits cailloux blancs; comme ce matin autour d’une tombe en signe de gratitude, tout autant que d’espoir.

Langlois-Mallet

Hold-Up moment hystérique. Sommes-nous des cow-boys ou des indiens ?

Les nerfs mis à vif par les séquences d’enfermement élyséennes, la France des opinions, s’est offerte l’une de ses 70 crises annuelles destinées à départager les « bons » des « méchants ».

Que s’est-il donc passé ? Un documentaire est sorti dont l’intention, en usant de faits disparates parfois inexacts mais mis bout à bout sous forme d’enquête, était de servir la thèse que ce que nous vivons (effondrement des économies, privation de liberté, mis en danger psychologiques des populations, surinvestissement dans les multinationales du médicament…) au prétexte de la pandémie de Covid19 était non seulement voulu, mais que la maladie l’était sûrement aussi. Que se cachait sans doute derrière une volonté de gouvernance mondiale hostile aux populations. Bref, un complot. Dites-moi si mon résumé est correct, car j’avoue volontiers m’être endormi deux fois devant la susdite vidéo et donc en parler un peu en compilant ce que j’ai lu.

La vidéo viendrait de la famille d’idée de la Manif pour tous, Frigide Barjot, Civitas… Donc des méchants, et à ce titre les petits enfants citoyens, qui s’est bien connu n’ont pas de jugement et vont faire des bêtises s’ils sont mis en contact avec de mauvaises pensées, ne devraient pas la voir. La censure, comme les censeurs s’assurant par leurs cris horrifiés de scandale – comme ils se doit – une incomparable publicité à leur adversaire auprès de la masse des indifférents. Publicité doublée par le fait que la gauche Castor s’enrôle dans la croisade de la vérité contre le mal, de la lumière contre les ténèbres etc. sous la bannière de tous les pouvoirs honnis ou suspects (LREM, médias officiels discrédités dans l’opinion), trop heureux de ressouder le terreau de l’unanimité des convictions flasques, sur lesquelles se fonde les deuxièmes tours et leur maintien au pouvoir.

La formation de mon cerveau d’enfançon ayant été marqué, à l’occasion d’une visite à la BNF, par une tradition voltairienne – particularisme français aujourd’hui suspect – j’ai tendance à considérer censures et excommunications comme des dangers plus grands que les opinions même d’avis adverses. La veine du « j’ai une opinion contraire à la votre, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de l’exprimer » me paraissant comme un fondement de bon sens de notre liberté française, si la liberté des opinions et des œuvres n’existe pas, nous sommes tous menacés en même temps que la vérité devenue parole d’évangile officielle.

Que l’on continue à se quereller pour des opinions, des motifs culturels, comme les Bouffons du XVIIIe siècle qui se cassaient les fauteuils de l’opéra sur la tête, est bien sur très sain. Mais que l’on mette au-dessus d’elle une vérité et un blasphème (même laïcisé, surtout laïcisé en fait), s’étendant par exemple aux caricatures, représente un piège mortel, ouvert dans la République par le stalinien Gayssot. On a vu récemment les mêmes hurler au blasphème pour des caricatures (assez dégueulasses par ailleurs) visant Danièle Obono et rehurler presque en même temps à front renversé, contre les Musulmans de ne pas accepter notre belle liberté de caricaturer, accréditant l’idée que la liberté est avant tout fonction d’une domination. Disons aux uns qu’on a le droit de hurler bien sûr, mais pas au nom de la censure, et aux autres de se taper dessus, pourquoi pas, mais pas avec des haches ou des couteaux.

Revenons-en au documentaire Hold-Up. Que lui reprochent les bien-pensants ? De comporter de nombreuses inexactitudes (il est vrai à la lecture de Libération on est en général vacciné) et surtout si j’ai bien compris de suggérer que nos malheurs bénéficiant toujours aux 0,01% seraient l’objet d’une volonté des mêmes bénéficiaires. Difficile à croire en effet…

On a bien compris que la réponse des auteurs était dans la question. Comme celle des contradicteurs dans l’excommunication. Très bien.

L’un ou l’autre des camps nous a t-il apporté une preuve irréfutable d’une volonté de créer en labo cette maladie à des fins d’enrichissement ? Bien sur que non. Le succès de Hold-Up (2, 3 millions de vues?) indique une chose bien plus intéressante. Nous sommes nombreux à nous poser des questions. Il y a une soif dans l’opinion de comprendre ce qui nous arrive.

Que les complotistes y répondent par la théorie que « tout est organisé», relève du normal. Nous sommes beaucoup à pencher plutôt pour l’idée que les conditions épidémiques du passage des maladies à l’homme sont crées par la mondialisation. Comme à Wuan, on enferme ensemble des espèces animales sauvages porteuses de germes inconnus (chauves-souris, pangolins…) avec d’immense concentrations industrielles d’animaux domestiques et ce bouillon de culture est en interconnexion humaine permanente par avion avec le reste de la planète : que croyez-vous qu’il arriva ?

Que des labos en tirent le bénéfice cynique d’un enrichissement désiré ; que des politiciens « libéraux » en réalité fascinés par le modèle d’une société « qui se tient sage » organisée selon leur propre esprit, en camp de travail de ceux « qui ne sont rien » pour plus de profit de « ceux qui méritent d’être premiers de cordée » en profitent pour supprimer les libertés publiques et que les deux fonctionnent comme un système endogame avec les médias qui leur appartiennent et ne font plus la part des choses entre leur intérêt et la vérité relève de l’observation de bon sens.

Dans ce contexte le sentiment qu’on les peuples d’être en grand danger est-il sérieux ou fantasmé ?

Disons d’abord un mot des racines de cette inquiétude. Je vous invite à jeter un œil aux diverses sources de la domination. Sans remonter aux Romains, les fondateurs de notre Droit, imposant l’Etat aux Gaulois en coupant des milliers de mains et en réduisant en esclavage des dizaine de milliers de vaincus ; sans passer nos journée dans les sources du haut-moyen âge et des milliers d’implacables témoignages sur la domination des seigneurs barbares Germains, la part de nous qui est « Francs », sur les populations paysannes réduites au servage (j’ai en mémoire l’histoire d’un seigneur en courroux que deux paysans veulent se marier et qui les fît enfermer ensemble tout vifs entre un arbre et son écorce jusqu’à ce que mort s’ensuive, l’évêque du lieu (sorte d’élu local à l’époque, face à une multinationale de la mafia) accourant pour tacher de les sauver);

sans aller jusqu’à la Révolution Française où ces mêmes paysans ont donné leur pouvoir à leurs descendants, certes très humanistes, mais pressés de faire voter à l’Assemblée Nationale les lois type Lechappelier qui allaient enfermer la paysannerie à la misère de l’usine durant tout le XIXe siècle;

sans non plus rappeler que la conquête des Etats-Unis s’est faite en éliminant un peuple qui s’y trouvait (fort mal à propos sur ses richesses ne les exploitant pas), notamment dans un épisode fameux de couvertures offertes, contaminées à la variole il me semble;

on pourrait parler de tous nos petits paysans de 14 ? Envoyés gambader en pantalon rouge sous les mitrailleuse allemandes camouflées, par des généraux appartenant à l’ancienne aristocratie, dont un de mes profs en anthropo pensait, sans détours superflus, que leur mort n’était qu’une « vengeance de classe » en souvenir des châteaux, et de leurs terriers, perdus durant la Révolution dans les incendies de la Grande Peur.

Sans donc convoquer l’histoire trop lointaine je vous invite à vous demander s’il est si hautement improbable que des multinationales mettent la vie de milliers d’humains en dessous de leur bilan annuel à leurs actionnaires. A jetez un œil à ce qui se passe en Amazonie, où les indiens continuent d’être tués pour que la forêt puisse devenir une usine ; à jeter un coup d’oeil à ce qui se passe un peu loin des regards, à Bornéo, au Gabon, voir plus près de nous à Beyrouth ou de demander l’avis des habitants de Rouen sur le respect de leur vie, de leur santé et de leur sécurité par Lubrizol et la nature exact du soutien dont ils ont pu compter de la part du gouvernement élu.

S’agissant de confiance en l’Etat, je pense aussi à l’histoire fameuse de tous ces Juifs qui sont allé se faire recenser en mairie parce qu’ils avaient profondément foi dans le pays des Droits de l’Homme et qui ont donc été déportés, moins d’ailleurs comme on l’a dit parce que le Gouvernement était antisémite, que parce qu’il voulait gérer lui-même son territoire, garder le contrôle, même en rendant service aux Nazis. On connait les débats dans les familles de ces malheureux et on sait que ceux qui ont survécu sont souvent ceux qui ont pris la clandestinité. Que dire aussi, encore plus près de nous, des Harkis ? De cette part de l’Algérie qui croyait au lien avec la France, Français de cœur, que l’Etat a utilisé jusqu’à la corde, puis trahi et abandonné au massacre.

On pourrait multiplier les exemples à l’infini. De mon point de vue, je crois que le peuple a une « mémoire de l’eau » qui lui dit de se méfier, comme le groupe dominant a un intérêt évident à jouer les yeux de serpent Kaa « Ayyyezzz confiaaaannnceee. »

Cela ne fonde pas la validité d’une théorie du complot dans le cas présent. Juste la piqûre de rappel que l’intérêt cynique et la loi du plus fort mènent le monde. Et la mise devant la nouvelle réalité de la mondialisation, quand les élites, notamment politique, font « sécession », cela signifie que leur propre peuple est devenu pour eux étranger, des Indiens, des colonisés qu’ils administrent autant qu’il y a profit et obéissance mais auxquels ils ne se sentent tenus par rien.

Tout ce qui met en alarme n’est donc pas à gober comme un œuf, mais tout ce qui dit « rendormez-vous » doit être tenu pour suspect.

Que les militants de gauche, les bobos, les Castors, tous ceux qui ont des caméras et ne s’en sont pas servis (trop obnubilés par les questions de mœurs, de nombril et de derrière), pour attaquer des problèmes de grande taille, embrayent en hurlant derrière la bannière de tout pouvoir, votent Macron à chaque 2e Tour, parce qu’ils sont conditionnés à regarder derrière eux, dans le confort de leur ligne Maginot mentale, la montée du doigt de l’extrême-droite bottée d’hier au lieu de voir la Lune de son avancée, en veston bleu pétrole, aujourd’hui dans la privation des libertés et la mise en place de puissances d’argent féodales, en dit avant tout long sur leur déconnection.

On peut d’ailleurs en lire le pourquoi dans le dernier bouquin de Todd : « la fausse conscience », qui les faits se sentir « élite » (et donc solidaires in fine de l’élite), dans le déni de leur appauvrissement qui les mets en réalité dans la condition des milieux populaires. Mais il leur faut, pour être « bankable », ou pécho les nanas, du moins sauver l’image.

Une vidéo ne validera évidemment pas les milieux cathos tradi pour représenter le peuple. Elle ne fera pas en elle-même le succès d’une extrême-droite ou que sais-je. Les excommunications et le sentiment de relégation, hors de la place où il faut être vu, ont par contre l’effet de créer du commun.

Mais toute cette comédie autour d’une insignifiance pointe simplement un grand abandon. Qui s’intéresse aujourd’hui au sort de la population, qui lui dit ce qui se passe, pourquoi elle souffre, comment s’organiser et où se défendre ?

David Langlois-Mallet

Rhinocéros blanc

Je me suis amusé à vous mettre un peu en boîte à propos de vos réactions stéréotypées au décès de Juliette Gréco. La part faite de mon caractère, je crois que cela mérite de creuser sous la raillerie car cela dit quelque chose de plus profond. Si à chaque décès de personnalité de 80 ans il y a ces déplorations « c’est trop dur…etc. » on peut l’attribuer au vieillissement de nos générations (nos jeunesses meurent inexorablement comme toujours dans la roue des âges, et avec elles les personnages qui faisaient partie du décors).

J’ai tendance à y voir autre chose.

Je dirais un effet rhinocéros blanc. Nous ne sommes pas seulement pris dans le cycle des générations. Nous sommes, comme ces vieux indiens d’Amérique du XIXe siècle, les premières générations à voir que notre culture n’aura pas de successeurs.

Ce n’est pas seulement Piccoli ou Gréco qui meurent. Ce sont les dernières traces de la culture vivante de Paris. Nous avons vu de notre vivant mourir St Germain des Prés.

Quand nous sommes nés, il était plus ou moins naturel de penser qu’en prenant un café crème au Deux Magots, la place était encore chaude. Sartre ou le Castor venaient de sortir ou allaient rentrer. Juliette Gréco pouvait débarquer, cela nous aurait fourni une anecdote, comme à ma mère quand elle a été raccompagnée par Ionesco en personne pour la consoler du fait qu’il n’y avait plus de place ce soir là au Théâtre de la Huchette.

Nous n’avions d’ailleurs pas besoin de les croiser, car entrer à la librairie La Hune, faisait d’une expérience vivante qui témoignait de la vivacité de la culture du lieu.

Par la merveille du choix d’une politique pro-business à Paris, nous avons vécu le vrai grand remplacement. Celui qui consiste à mettre des boutiques Armani, Vuitton etc. à la place des librairies, à mettre des touristes du bout du monde plein les cafés intellos, et à transformer la vie de l’esprit en show-biz (voir mon dernier billet sur Entoven, Carla Bruni, BHL, et compagnie).

Il n’y a effectivement plus d’après à St Germain des Prés, pas davantage à Montmartre ou à Montparnasse et même dans les petites réserves d’indiens qui subsistaient il y a encore une dizaine ou une quinzaine d’années à Bellevillemontant. Les chaînes de superettes, de lunettes, de téléphonie, de vêtements prêt à porter global, les Mc Do et compagnie ont eu raison des commerces atypiques, de l’âme des cafés populaires.

Le Monde nous écrit d’ailleurs que la Mairie de Paris va « sauver » quelques lieux culturels pour lesquels nous nous sommes beaucoup battus en leurs temps. Sauver en rachetant. C’est à dire parachever la colonisation institutionnelle de la ville populaire que garantira demain une programmation bobo ou folklorique à destinations des touristes. Ce ne sera plus, des Parisiens qui y font le Paris tel qu’ils le vivent, mais « venez voir la culture de Paris ! »

On a beaucoup ressorti l’anecdote du manteau de Gréco cette semaine. Elle pose son manteau sur la rampe de l’escalier du troquet, il tombe, elle descend le ramasser… Découvre la cave de l’établissement. Une semaine plus tard, les philosophes, le papulo et les artistes dansent au Taboo.

C’est la vie de Paris d’il y a peu. Disons d’avant les lois Voynet (merci les Verts !). Celui de la spontanéité. Désormais le patron répondrait que la cave ne peut pas être mise aux normes incendie et qu’il ne veut pas d’ennui avec le voisinage ou la police en organisant quelque chose.

Un peu plus grave encore, c’est le substrat populaire même, le terreau, l’humus. Le peuple de la ville qui a été exclu. Donc les artistes n’ont plus où germer, les intellectuels tournent en roue libre sur eux-mêmes et pour les plus fortunés dans les médias de leurs relations, canards sans-tête hors-sol, reflétant dans un riad de Marrakech les préjugés et les intérêts de l’hyper-classe globale à laquelle ils appartiennent. Les racines qui les liaient au populo inventif et à ses interpellations sans façon dont ils ne pouvaient tout à fait faire abstraction, ont été coupées. Désormais, ce sera Gilets-Jaunes sans représentations, contre clients du grand hôtel de luxe global.

A cette dépossession de la culture vivante, s’ajoute d’autres. Essayer de montrer à vos ados des films sur l’aventure des soldats de l’Empire… Ils baillent déjà. Annoncez que vous mettez Game of Thrones, les copains seront conviés. La mémoire réelle n’est plus investie, l’imaginaire d’Outre-Atlantique a tout pris.

Quand Juliette Gréco meurt, vous savez que vous aurez du mal non seulement à transmettre ses chansons ce qui est un peu normal (je ne m’intéressais pas non plus aux musiques de ma grand-mère), mais encore à transmettre l’esprit de la culture chanson. Les produits de l’industrie marketing du son ont depuis longtemps remplacé une culture qui n’est de toutes les façons plus vivante s’il faut aller à Bercy et non au bar du coin.

Pour Gréco, comme pour le rhinocéros blanc, ce n’est pas seulement un ancien spécimen qui s’éteint, mais l’espèce qui disparait. Je pense que c’est ce que vous pleurez en secret.

Langlois-Mallet

2020 Petits anges arrivés trop tôt

Hé, tous les Gens qui, chaque fois qu’un artiste nonagénaire meurt, pleurez que c’est trop dur, trop injuste, que vous n’allez pas tenir le coup, que 2020 est une année de m…

D’abord soyez honnêtes, vous ne saviez en général même pas qu’il ou elle était encore en vie et vous n’auriez pas pensé à elle ou à lui s’ils n’avaient eu le bon goût de se rappeler avec l’élégance de l’adieu, à votre souvenir distrait.

D’autre part, n’oubliez pas que les génies qui naissent ne se signalent pas.

Quand un Michel Lonsdale s’éteint, un ange marseillais tatoué de la télé-réalité apparaît ! Pour un Manu Dibango, combien de petits d’jeunes se mettent au djembé dans le voisinage le soir ? Quand un Christophe a fini d’appeler Aline (pour qu’elle revienne), un Kendi Girac ou un scarabée Doré apparaît.

Quand une Juliette Greco s’endort une Angèle ou une Zaz émerge !

Idem en politique. Quand un Séguin nous a quitté, n’avons nous pas un eu très vite deux Sarkozy, un Jean et un Louis ? Pour chaque Rocard parti, un Benalla sinon rien vous est servi en terrasse, pour chaque René Dumont, un Bayou d’école de pub a éclôt. A chaque Simone Veil sa jet-setteuse bonnasse, sa Schiappa ou son Aurore Bergé, comme pour chaque Gisèle Halimi son Audrey Pulvar.

Halte au pessimisme ! Et qui sait qui nous remplacera si 2020 nous emporte ?! Je vois déjà de dresser, dansant autour de ma tombe, le cheveu huileux, un petit « la question elle est vite répondu », à vos esprits oublieux, pousser son premier cri !

Langlois-Mallet

LREM, à quoi bon le filet ?

Cela ressemble à un exode de cadres déprimés par des rumeurs d’annonce d’un plan social… Les députés chèvres, recrutés sur CV par le chef et Madame, savent leurs jours comptés. Le groupe se vide et, d’écrasant, est passé minoritaire au fil des défections.

Il y a deux jours, c’était un énième départ de députés; hier dimanche, encore une rouste mémorable aux élections partielles dont on ne parle même plus vraiment (l’un de ses aspirants députés à fait… 500 voix !). Aujourd’hui, c’est le député du XXe (mais l’y a t-on déjà vu ?) Parait-il numéro 2 (mais de quoi ?) du parti fantôme qui démissionne. LREM n’aura été qu’un leurre destiné à la prise du pouvoir. A l’image des rêves d’école de marketing d’une campagne présidentielle attrape zozos.

Politiquement, et tant que rien de profondément enthousiasmant n’émergera, il n’y a pourtant pas grand chose à espérer. Le cancer macroniste fait métastase dans plein de micro-partis satellites. Ils se recomposera sous un nouveau logo le moment voulu, donnant l’illusion de la fédération. Et, profitant de la dépression politique actuelle, Mercure déguisé en Jupiter se fera probablement réélire rhabillé en Pluton détestant l’écologie; en rempart contre les hidjab; ou selon, sur la peur du loup Le Pen… grâce à un battage médiatique de tous les diables et tous cas.
Avec cette fois une majorité trouvée à droite – plus quelque Valls ou autres membres de l’intemporel parti des arrivistes pour maintenir l’illusion du « en même temps » – le tout pilotée par les sarkozystes, dont il sera l’otage inerte. C’est du moins le plan.

Et les Playmobiles© eux, avec une ligne de plus sur leur CV et beaucoup de honte, retourneront à leurs start-up en pleurnichant qu’ils ont « essayé ». Ben oui quoi, on ne va pas demander aux représentants de réfléchir avant de se présenter, puisque les électeurs ne le font pas !

Leur abandon après usage me rappelle la fable du Mulla Nasrudin qui apprenant que le calife recherchait un grand visir vertueux, c’était enveloppé d’un filet de pêche avant de se poster sur son passage.

– Que fais-tu avec ce filet mon bon Nasrudîn lui avait-il demandé ?

– C’est pour me souvenir de mes modestes origines, mon père était un pauvre pêcheur…

Il fût bien sur nommé grand Visir et s’empressa de se couvrir de pierreries et de soie.

– Mais où est ton filet demanda le calife ?

– A quoi bon le filet quand le poisson est pris ?

Langlois-Mallet

Peine de mort, « ensauvagement », culture de la violence etc.

La peine de mort existe encore, il faut faire comme les petits singes pour ne pas la voir.- Donnée par l’Etat, elle existe simplement de manière non dite (éliminations ciblées, interventions policières), mais surtout par non assistance et par indifférence (SDF. réfugiés laissés à la mer) et plus encore par les catégories que l’on élimine par misère, paysans (2 suicides par jour), anciens ouvriers, vieux laissés à l’abandon…) la vraie peine de mort « légale » est là et elle cible surtout les innocents.

L’autre existe du côté des violents de plus en plus sans limite, refus d’autorité de délinquants qui n’ont plus de repères (meurtres de policiers et gendarmes, de chauffeur de bus ou de citoyens qui ont simplement dit « non », où on rappelé le règlement ou leur droit etc). Mais elle existe surtout contre des femmes et des enfants, des gens sans défense, les plus faibles.

Après… Ce qui n’existe plus, c’est quelque chose de très formel. C’est la peine de mort donnée après réflexion à un individu par un tribunal dans le cadre d’un examen mesuré des faits. Personnellement – mais on s’en fout de l’avis de tel ou tel y compris du mien- je ne suis pas pour la peine de mort, mais ce n’est pas la vraie question. C’est corrélé à l’état d’une société dont il faudrait faire baisser la violence culturellement. La première chose, en sortant d’une fascination (films, séries etc). en donnant un sens positif aux vies, enfin en lançant un grand programme d’éducation des barbares.
Là, tu as une société qui s’effondre dans la violence, économique d’abord, mais s’accroche à ses souvenirs, à des droits formels très Français dans la mesure où le reste des faits ne suivent pas, d’un temps normal en se refusant à la peine de mort. Pourquoi pas, mais c’est surtout devenu et ce sera de plus en plus anecdotique. La société des années 70 dans laquelle l’avancée que représente l’abolition a été possible, se caractérise par son haut niveau de vie, sa sécurité, son abondance et une certaine homogénéité culturelle humaniste (catho et laïcs mêlés), juste après deux déchainement de violence meurtrières hors-norme (14-18, 39-45). C’est tout de même un peu un micro-climat dans l’histoire…

La société d’aujourd’hui se caractérise elle, par un effondrement sans précédent dans l’histoire de ce sur quoi nous reposons, le vivant. Qui au lieu d’exacerber une coopération folle pour endiguer le naufrage, produit une course encore plus folle au profit et une concurrence à la survie. La dynamique sans conscience du capitalisme, l’accaparement des richesses par très peu de gens pousse la glissade vers la paupérisation de la majorité. Dans ce contexte les rapports sociaux se tendent, la compétition et l’envie se généralise à mesure que l’Etat social et la sécurisation des parcours (ascenseur social, vieillesse, maladie, chômage, accidents de la vie…) qu’il permettait recule. Elle est aussi marqué par l’étasunisanisation (on le répète à l’envie ici), c’est à dire à la fois le replis individualiste, narcissique et identitaire (mon groupe contre les autres, pouvoir des Blancs, nationalismes divers) ou néo-identitaire (mon identité de sexuelle, de genre, de pratique, de peau, d’origines réelles ou fantasmées comme victime des autres). Un abaissement du niveau culturel (lecture, écriture, conversation, vie sociale civile, philo, sagesses, connaissance de l’histoire..) et son remplacement par une culture de l’émotion par l’image, une forte prédominance des représentations violentes, une valorisation de la consommation sans conscience, une hyper-sexualisation qui mais aussi un appauvrissement de l’imaginaire érotique, sexuelles, une virtualisation des rapports humaines, une baisse de la convivialité et des liens réels etc.
Elle est marquée aussi par le mélange de populations qui ne partagent pas les mêmes présupposés culturels. Caricaturalement par le choc entre un Occident qui évolue vers des valeurs féminines (dont l’abolition de la peine de mort fait partie) et la majorité des pays du monde, dominés au contraire par un retour vers l’autoritarisme avec un système masculiniste et répressif très fort.

Chez-nous, même si les Gilets-Jaunes ont remué les consciences, l’opinion mesure très mal la violence collective que les messieurs polis en cravate font à l’ensemble du corps social (la destruction des cadres de vie, campagnes, cités, villes, la banalisation des vies, la perte de sens du travail, l’appauvrissement etc.) et perçoit en revanche très fortement la violence individuelle venant de petits merdeux inciviles et violents (En gros, tous tes repères de vie, quartier, nature, travail, sociabilité, culture… ont été détruits par des mains invisibles relativement insensiblement, mais tu resteras marqué, choqué, par une personne agressive ou insultante).

Cette violence est identifiés dans les représentations collectives aux petites cailleras de banlieue. Plus ces gamins viennent d’une culture autoritaire dont les repères ont été disloqués par leur plongée dans une culture occidentale (perte de l’autorité du père, dévaluation du travail, absence de repères religieux, absence ou faiblesse de l’autorité répressive), plus ils se sont reconstitué sur les représentation violentes de la société étatsunienne, plus violents et plus la société devient violente, perçoit « l’ensauvagement », la barbarie etc. Qui est à mon avis un phénomène réel, mais conjoint du haut et du bas. un double mouvement.

Mais bon, pour revenir à la peine de mort. Comme être partisan ? Qui la donne ? Comment (quelle violence aussi sur le bourreau etc). La perpétuité a des « vertus », si personne n’a de plaisir à imaginer Fourniret et Haulme vieillissant paisiblement à nos frais en jouant aux échecs (comme c’est le cas) en prison, leur maintien en vie permet aussi de dénouer des affaires comme dans le cas de l’abominable souffrance de la famille de la petite Estelle. Chose qui aurait été impossible avec la peine de mort. Mais encore une fois, c’est une question très relative. Plus le niveau de violence économique et social monte, plus la peine de mort devient monnaie courante pour des innocents. Plus les barbares courent les rues dans un système qui se délite, plus la mort fait partie du quotidien (songeons au Brésil), plus le droit mis en place dans une société relativement paisible nous apparaitra anecdotique. La Justice n’a pas le droit de tuer, c’est entendu. Mais si tout le reste s’entretue autour ? Si les prisons débordent, que l’on relâche comme ses jours-ci un violeur multirécidiviste jusqu’à ce qu’il devienne l’assassin d’une gamine de 15 ans, n’arrive t-on pas à l’absurde où il ne reste que les assassins pour voir leur vie protégée ?

Langlois-Mallet

Mademoiselle B. la mode néoféministe recèle encore bien des trésors…

J’avais connu Mademoiselle B. en terrasse. C’était un archétype de parigode, la taille légère, l’esprit vif et libre avec cette désinvolture familière qui fait le charme du Paris des petits villages encore alors marqués d’esprit populaire. Elle animait un club de jeu de go rempli de vieux garçons, où je passais parfois en intrus, jouer le jeudi soir. C’était un plaisir de sentir sa présence à la fois pleine de charme et d’une camaraderie dans laquelle nul de nous n’aurait songer à glisser la moindre ambiguïté. Les Trois Arts était alors un des meilleurs petits rendez-vous des initiés de Ménilmontant. Un des lieux, il en existait alors une bonne vingtaine dans les environs, avec chacun sa personnalité propre, comme celle d’une vieille hôtesse sortie d’un film des années 50. On y jouait donc, mais c’était surtout de la musique, des chansons, quelques fois du théâtre et puis du go dans une camaraderie de village, celui du Paris populaire d’avant Delanoë et les agences de com’ « socialistes ». Dans la cour, entre les pavés moussus, on installait aux beaux jours des tables de guingois, et un petit repas à vrai dire un peu huileux, qui sans façon au son des moineaux ou des hirondelles, nous paraissait plus délectable que les étoiles du Michelin.

La vie coulait ainsi parmi les chansons à la mode dans un décors intemporel qu’avait sans doute connu Brassens, Piaf ou Chevalier. Les Trois Arts, comme plus loin les Trois Chapeaux, comme le Théâtre de Fortune, le Pataquès, le bar Edith Piaf… inscrivait dans le village de Bellevillemontant un de ces oasis culturels qui nous servaient de repère. On savait que quelque soit la froidure l’hiver, se trouvaient de petits points chaleureux où se rencontraient toujours les amis, des concerts et des artistes nouveaux et quelquefois une jolie passante à emballer, qui n’aurait songer à récriminer que lorsque l’aventure s’arrêtait. Comme reporter, je n’avais pas à chercher bien loin le contenu neuf de ma page de la nuit. Je sortais le soir de chez-moi, elle sortirait au petit matin. Je fuyais les attachés de presse craignant que ma liberté de parler des artistes ne soit captive de ceux qui avaient les moyens de les payer. Je ne sonorisait donc que les autres, ceux que je croisais en furetant dans la vraie vie, au hasard d’un petit « flyer » laissé sur le comptoir ou d’une conversation improvisée.

Les Trois Arts m’ont fournit des pages et des pages « d’Action Culture » dans Politis et c’est sur ses banquettes aussi qu’une chercheuse-cinéaste new-yorkaise m’avait interviewé à mon tour pour parler du café « l’âme de la rue ».C’est aux Trois Arts que j’avais emmené, le premier matin, pour le premier croissant après la première nuit, une conquête d’un soir levé à la hussarde (quand ce n’était pas encore criminel : « Toi, je te raccompagne ! », « Bon, les amis, je vous quitte, il parait qu’il me raccompagne… », celle dont je ne savais pas encore qu’elle allait un jour porter mon premier enfant et me transformer à jamais de joli crapaud désinvolte, en père soucieux. C’est aux Trois Arts qu’officiait aussi un autre père, la pipe à la bouche au milieu d’une barbe qui n’eut déparé ni auprès de Hugo ni auprès de l’Eternel, et la main dans son tout aussi éternel pantalon de velours, un vieux toubib, président du club de go (et père de l’héroïne de ce petit billet). Elle était en ce temps je crois la petite amie d’un séduisant chanteur à la mode et je ne serais pas surpris si quelques chanson que vous avez fredonné parlait d’elle et de l’amour qu’un de ces horribles hommes — que nous sommes parait-il devenus depuis, subitement, au hasard d’une mode étatsunienne — lui voua.

Par la suite… les amitiés de quartier se nouent et se distendent dans les petits villages de Paris au gré des déménagements dans d’autres villes éloignées d’une station de métro ou deux deux, mais surtout n’ayant pas les mêmes cafés. Je l’ai perdu de vue, vu de loin en loin à une terrasse; su qu’elle était jeune journaliste quand je ne l’étais plus, puis vu réapparaitre avec esprit sur Facebook.Bizarrement, celle qui était à mes yeux l’une des images possible de l’indépendance et d’un bonheur parisien éternel (qui disparaitrait vite et sans révolte, on ne le savait pas non plus), sous la banalité des vegan-shop, du tourisme global, et du prêt à penser victimaire réapparait sous son vrai visage. Après la révélation néo-féministe donc.

Où j’apprends avec le sermon cérémonieux qui accompagne ces prêtresses, dont l’assurance n’a rien à envier aux pères supérieurs d’antan, que son sort de femme dans le regard des hommes était comparable à celui d’une esclave africaine sous les coups de fouets (qu’en pensent les afro-descendants ?). Misérable destin que je ne voyais pas. La marque du collier sans doute devait être douloureuse quand nous croyons son pas léger. Sa joie était donc feinte quand elle vivait sous les coups et la liberté sage, l’indépendance qu’elle incarnait, un rôle de composition puisqu’elle devait sans doute rentrer le soir pour être attachée et travailler le lendemain sous le soleil des champs de coton ou de canne, dans la crainte du maître violeur et violent.

Qui dira la vie terrible de la bourgeoise parisienne du XXe au XXIe siècle ? Quel poète, quel amant, quel homme se dressera enfin pour libérer sa soeur des fers ? A moins qu’un satiriste, un Thespis égaré par Bacchus ou poussé par Momus, ne dise la cruauté de vieillir ?

Langlois-Mallet

Enthoven et les règlements de comptes familiaux

On peut tous être fondés à des degrés divers, surtout dans la génération post-68 quand les parents ont posé le costume de parents (et souvent les responsabilités qui allaient avec) pour celui d’éternel ado, à jouer les Raphaël Enthoven* et à se plaindre de nos enfances, de nos parents immatures, à transformer l’espace public, selon notre force de frappe relationnelle, en divan de narcisse. Ou, selon le encore plus déconcertant sport à la mode, à se poser en victime de nos ex ou de nos relations amoureuses. Bien sûr que nous sommes victimes mais de nos mauvais choix (ou de leurs bonnes conséquences) et c’est notre grand mystère ! Si nous ne sommes en effet pas responsable de nos enfances, que sommes-nous si nous ne le sommes même pas de nos déboires d’adultes ?

Le problème de grand déballage, saturant ici l’espace médiatique et donc l’imaginaire des autres, c’est que cela n’a aucun sens et ne débouche sur rien. Que va ressentir son propre fils pris entre deux parents qui ont sorti chacun un livre de dénigrement de l’autre ?

Avec le temps les souffrances de notre enfance et les cicatrices de la rencontre avec l’autre forme théoriquement une pâte qui nous fait « nous » et qui est modelée aussi, on l’espère, d’amour et de dépassement vers ces autres que nous lançons dans la vie. Bien sûr il y a la souffrance des ancêtres dedans, mais ce narcissisme semble figer les choses dans la volonté d’être le seul finalement ou le dernier en Louis XIV de la souffrance ou de l’ennui ayant enterré tous ses enfants et petits-enfants dans un coucher de soleil glacé et sans fin. Dès lors que l’ont nie ses enfants, que reprocher à ses parents ?

L’autre aspect, plus vertigineux, c’est n’est même plus le néant de la culture, c’est la culture du néant de notre époque. Comme ce Paris populaire finissant dans un restaurant de fantaisie où ne sont plus attablés que des touristes Coréens et Japonais guettant désspérement la survenue de quelque chose de parisien; il ne reste de la vie de l’esprit brillante de St Germain des Près – grande boulangerie destinée à fabriquer notre pain intellectuel – qu’un barnum d’egos, plutôt les moins matures, sorti de Gala ou de Closer où l’on nous propose comme héros Bruni et Sarko, BHL et Dombale, voir Maud Fontenoy entre deux palais marocain. Si la place dans le café est bien celle où s’asseyait Camus, Hemingway, Prévert, Picasso, Greco, St Laurent, Sartre ou Fujita, la violence du contraste avec l’insignifiance de ces nombrils n’ajoute qu’à notre peine. A-t-on dit aux enfants de Libye — vraies victimes s’il en est — que leurs enfance sous les bombes vient d’un jeu de société dans ce salon là ? D’un 7 familles mondain et mortel Saint-Germain des Prés ? C’est tristes egos qui squattent l’image et les lieux d’une vie intellectuelle naguère brillante, se rendent-ils compte qu’ils ne nous disent pas seulement qu’ils ne sont rien, mais que nous ne sommes plus ?

Langlois-Mallet

Vous êtes plusieurs à partager l’article de Paris Match, je le mets donc ci-dessous.

Nègre

Le blanchiment, pire que le grimage en noir ? D’abord un point de méthode. On est d’accord que l’on ne sait pas si nos enfants pourront respirer, boire de l’eau ou manger dans 30 ans. On ne sait pas s’il y aura des animaux, autres qu’en usine à viande. On n’ose même pas voir le niveau des mers en France, celui du réchauffement et l’état des nappes phréatiques. Je ne dis mot par pudeur du contexte géo-stratégique ou des déplacements de populations. Nos dirigeants n’ont plus de visibilité économique au delà d’un mois ou deux et toutes les classes de la société (à part le 1%) s’enfoncent dans le déclassement, la précarité, la survie ou la barbarie.

Ceci posé on respire mieux, et l’on peut attaquer les choses qui passionnent vraiment la moyenne bourgeoisie et les médias : le genre, la couleur de peau, l’identité sexuelle et toutes les games de la victimisations permises par les débats identitaires quels qu’ils soient (même le Lepéniste se sent désormais victime de l’immigration) Culturellement ou politiquement il n’y a plus de propositions sur ce que l’on pourrait faire ensemble, ou comment le faire. Il ne reste que des invectives, des attaques de statues. Deux France qui affûtent leurs armes.Comme on avait épuisé ad nauseam le registre du néo-féminisme depuis trois ou quatre ans que l’on mange des règles à tous les repas, que les magazines (qui viennent de le découvrir) nous racontent le clito comme Christophe Colomb le Brésil et que les plus insignifiantes starlettes ou plumitives, si elles se disent féministes, nous racontent à longueur d’antenne le Chemin aux Dames d’être femme, de la guerre de tranchée du maquillage, au Verdun de l’achat de sous-tif, il fallait sans doute changer de thème tout en continuant à brouiller les débats.

Le COVID a mis un temps tout le monde d’accord et à enfermé l’espèce bourreau avec l’espèce victime, attelé à son cruel destin de s’épancher de ses misères sur Internet et de se faire émouvoir. La politique, enterrée depuis l’irruption des Gilets-Jaunes, a failli un moment ressurgir dans la colère des médecins et des femmes en blancs; puis les agences de com’ et les trafiquants d’éléments de langage gouvernementaux ont réussi à transmuter la colère des Gaulois réfractaires contre l’incapacité de leurs dirigeants (heureux temps où l’on tuait le chef en cas d’épidémie), en guerre tribale des pro et des anti-masques. Et nos Gaulois de donner dans le panneau…

Je compte revenir dans un prochain post sur ce qui m’a le plus marqué cet été, et plus généralement dans la décennie : de la destruction des politiques pour leurs vices personnels (de DSK à Darmanin en passant par Fillon ou Juan Carlos ou Adama), concomitante de l’incapacité totale à juger de leur politique, projet ou message. Où l’on retrouve encore les moeurs et le sociétal qui a cannibalisé le social et le public.Le meurtre à Minneapolis de George Floyd, a représenté un vrai moment de bascule culturel. Dans un premier temps, on a cru que l’on allait se poser la question du maintien de l’ordre en France. Le cas de Cédric Chouviat est ressorti. Peut-on imaginer un autre rapport avec les fonctionnaires chargés de nous protéger, incluant le respect qui leur est dû, que celui de la crainte, voir d’une sorte de peine létale quasi légale touchant plusieurs personnes par ans ?Très vite le Comité Adama a bousculé les lignes, y compris celle de l’interdiction sournoise de manifester pour cause de… Covid. Puis le débat s’est enlisé dans les attaques par des ignorants de statues de Colbert et se prolonge depuis dans toute une série de polémiques, jusqu’à Agatha Christie à la caricature de la députée de Paris Danièle Obono.

Repenser la relation des Blancs et des Noirs (comme des Femmes et des Hommes ailleurs) pourrait être une aventure politique vraiment intéressante ! Si ce besoin profond n’était pas pris dans la glu du puritanisme médiatique, des apparences et de ce débat sociétal poisseux et victimaire.Au final, il s’agit toujours de rien changer sur le fond de la mécanique de domination, en culpabilisant sur la forme le populo ou en maquillant le regard et les mots des Blancs en quête de nouvelles distinctions.

J’aimerais bien savoir pourquoi tant de Noirs en France occupent les emplois dévalorisés ou inférieurs. J’aimerais savoir pourquoi nous sommes si indifférents au fait que les pionniers les plus courageux d’entre-eux meurent de notre indifférence en mer, ou croupissent à Stalingrad. J’aimerais savoir quelles sont les relations post coloniales que mon pays entretien avec les pays d’Afrique qui ne soit ni pillage des ressources, du soutien à des corrompus, ou de l’intervention armée. Et les projets politiques pour nous changer nous même en changeant tout cela. Cela aurait du sens et de la richesse. Ce serait bien aussi que parole soit donnée aux amoureux de l’Afrique comme de la France, ça changerait de climat. Que l’on entende aussi davantage les métis et pas que sur les terrains de football.Voilà qui serait plus intéressant que de maquiller les titres des livres, d’interdire les caricaturistes, de repeindre en rouge les roses blanches comme dans Alice de peur que le politiquement correct ne nous tranche la tête.J’aimerais bien que l’on arrête aussi d’emmerder les Blancs et de leur faire tomber la hache du racisme pour des futilités ou dès qu’ils perçoivent une étrangeté. Je ne pense pas que le chauffeur de taxi soit raciste parce qu’il ne voit dans le rétroviseur la nuit « que du noir ou des dents blanches », ou parce que les Blancs leur trouvent une odeur d’épices. Il parait qu’ils nous trouvent une odeur de cadavre, sans que nous ayons à nous en offenser non plus et j’imagine qu’en Afrique un blanc est aussi un objet (relatif) de curiosité. L’autre est étrange et c’est bien ainsi que se fait la découverte, à taton dans les préjugés et que la censure la rend impossible.

Sur le fond, plutôt que de chercher à contrôler l’expression, je crois que l’on devrait s’attacher à faire évoluer la conversation. Les Blancs regardent beaucoup les Noirs, ils sont fascinés par leur beauté, lui attribuent des rôles (danseurs, sportifs, mannequins..). On les regarde, on en parle ou en en parle plus s’il faut tout maquiller, tout taire, ne pas prendre le risque d’un mot ou d’un procès d’intention.Mais que m’importe ce que les Blancs disent ? Que m’importe ceux qui veulent les faire taire ? Mais par contre les écoutons-nous ?

Quand un noir nous parle sa parole a t-elle dans notre oreille la même valeur, le même impact, que celle d’un blanc ? Vaut-il comme personne singulière ou compte t-il d’abord comme noir ? Sommes-nous prêts à accueillir sa pensée et non la catégorie de préjugés dans laquelle notre culture l’enferme à priori. Ce sont là des questions beaucoup plus intéressantes à affronter y compris pour nous-mêmes !

Cela vaut d’ailleurs pour nous les hommes quand une femme nous parle. Sincèrement sa valeur symbolique a t-elle la même force que celle d’un homme ? Et pour un enfant, reconnaissons-nous d’abord une personne en dignité ou un inférieur à reformater dans ce que l’on appelle éducation ? Comme toujours, il y a l’effacement du social par le sociétal. dans ce néo-féminisme idiot qui consiste à revendiquer la similitude à l’homme et non pas l’égale reconnaissance (« moi aussi je peux pisser debout » servant à ne pas parler de l’injustice des écarts de salaire). Mais il y a bien une question qui se pose. Etre un homme, plus âgé que jeune, éduqué ou aisé, avec plus de pouvoir que moins, c’est tout de même considérer que l’on appartient à un club fermé sur ceux que l’on reconnait ses semblables ayant vocation à la direction des affaires de la cité, de la vie de l’esprit, voir de la vie des autres tout simplement. Cette réalité est très sensible en politique et donc un peu partout, même si le groupe se maquille de quelques femmes ou de quelques noirs.Tirer ce constat n’invite nullement à l’effacement ou à ne pas assumer son rôle de père, d’éducateur, de citoyen. Juste à écouter et faire de la vrai place, plutôt que de l’hypocrisie ou du maquillage du passé, ou de la pensée qui est bien plus obscène à mon avis que le grimage en noir.

Pour le sujet qui nous occupe, une société où on les appellerait « nègres » mais où on les penserait et traiterait vraiment en partenaire et alter-ego serait-elle plus mauvaise ?

Langlois-Mallet


Obono : Blasphème ou censure

Personnellement, je préfère vivre dans un pays de blasphème que de censure.Bien sur qu’il faut être au côté de l’insultée, la députée Obono, et que l’insulte assez abjecte confirme ce que l’on peut penser de Valeurs Actuelles (même j’avoue, sans même l’avoir jamais lu). Mais c’est quoi cette société de verre où l’on a besoin d’aller chercher entre les pages des fanzines polémiques des motifs d’indignation ?

Le plus criant, n’est pas l’insulte, mais la place exagérée jusqu’au ridicule donnée dans l’actualité à des contenus voulus pour créer la polémique. Valeurs Actuelles a réussi son coup médiatique sur le mode Lepéniste bien connu de celui qui pète bruyamment pendant la messe pour s’attirer la gloire des autres garnements.Evidemment que ce journal ne cherche pas l’information, mais à augmenter son lectorat potentiel en lui adressant un gros clin d’oeil. Le fait que tout le monde hurle, et particulièrement ceux et celles que ses lecteurs potentiels détestent, a dû les inviter à déboucher le champagne. Campagne publicitaire réussie… payée par ses adversaires !

Langlois-Mallet

© inconnu. Abolition de l’esclavage, in Geo-ados

Rentrée de Mélenchon : Un arrière goût bizarre

Mélenchon m’a fait une impression contrastée. Son discours de rentrée et plus ou moins de lancement de la présidentielle sans le dire était… étrange.

D’abord, il s’est placé sous l’égide de beaucoup de bonnes fées, des jeunes femmes en vue de son mouvement, comme pour conjurer quelque chose. Le reproche d’être un homme, solitaire dans l’exercice présidentiel, et moins jeune, poursuite de la course à l’échalote derrière le néo-féminisme, ou volonté d’émousser le dard régicide qu’une Autain a pour mission depuis toujours de lui planter dans les endosses ?

J’ai beaucoup adhéré à la première partie du discours consacré à l’écologie, non pas sous la forme des bons sentiments charitables, de capitalisme vert, d’invocations impuissantes… (« il faut faire quelque chose pour la planète », « la transition est une opportunité pour nos entreprises », « si on s’y met tous, on peut renverser la courbe du réchauffement » etc. ), mais sous la manière dont on le voit ici : un trusnami nous arrive dessus, quelque chose de choquant et d’inouï pour l’humanité, qui a à davantage à voir avec une guerre très violente, comment organise t-on la survie générale dans le cadre qui est le notre, celui de la nation ? Planifions notre résilience sur chacune des failles mortelles identifiées : centrales nucléaires, lignes à haute tension, zones inondables, péril alimentaire et en premier lieu accès à l’eau potable etc.

Jusqu’ici, si l’on peut dire, tout va bien… L’annulation de la dette et une partie du discours économique s’enclenchaient assez naturellement etc.

La suite m’a davantage posé question. La suite, c’était le discours sur la France. Cela ressemblait à un trou, à un siphon. La laïcité ne venait, à front reversé avec ceux qui en font une arme contre l’Islam, que comme un appel au respect des musulmans et il semblait que toute vision collective était aspirée par le vide créé par cet angle aveugle de la politique : l’impossible propos à tenir sur un destin commun.

Pour être sincère, je m’y attendais un peu en voyant la déchirure profonde qui s’est opérée entre ses deux électorats, celui de la présidentielle et celui des législatives, entre la gauche indigiéniste et celle la laïcarde, entre les prof retraités lecteurs de Marianne et les trentenaires de banlieues en voie de précarisation, déchirure accentuée par les purges du courant souverainiste au sein de la F.I. les revers électoraux, les impasses et errances mouvementistes et surtout matérialisé par l’initiative autour de Onfray d’une gauche républicaine, sûrement souvrainiste mais sourdement anti-arabes, parce qu’allergique à la religion comme à la diversité culturelle, qui commence à dire que le jour venu, elle préférera se retrouver avec des Français de droite ou nationalistes, qu’avec des burkinis.

Cela n’est pas surprenant, mais ce qui l’est c’est le rétrécissement de Mélenchon qui avait su, par sa stature personnelle et son verbe, mettre tout ce petit monde d’accord dans de grands appels hugoliens. Privé de cette respiration qui lui est assez naturelle, il m’a semblé en recherche d’air du côté de l’internationalisme et la révolution. Pour la troisième partie de son discours on se serait cru à la LCR au point qu’il en appelait à son passé trotskiste comme gage de vertu. Ses grandes envolées sur le genre humain, invoquant les dieux tutélaires des révolutions d’Amérique Latine, se terminant sur une Marseillaises qui tombait cuisamment à plat et semblait usurper la place de l’Internationale. Fort heureusement, personne ne pouvait lire les lèvres sous les masques de protection contre le virus.

Voilà de quoi déconcerter qui oublie que le caméléon Mélenchon est d’abord un politicien madré, ou d’expérience si vous préférez, élevé à l’admiration Mitterrandienne et à la stratégie de congrès du PS. L’heure n’est pas pour lui aux synthèses des aspirations de l’électorat, mais au rassemblement des militants — ceux qu’il a choisi ou ceux qui restent — rouges et rouges vifs visiblement, à qui il souhaite ouvrir la voie d’un engagement écologiste planifié stratégiquement depuis l’Etat.

Le candidat de l’abolition de la monarchie-présidentielle

Candidat ou cette fois animateur d’une méta-campagne dont il serait la voix sans être le nom ? La voie à s’ouvrir doit être pavée de pas mal d’inconnues pour notre Méluche lui-même qui semble n’avoir toujours pas choisi entre les personnages historiques qui le tiraillent, fantômes de ses lectures historiques, qui le font se rêver à la fois gros sénateur de la IIIe et jeune révolutionnaire dans la pampa, et l’empêche de choisir entre ses rôles de candidat assumé au fauteuil royal et nouveau coupeur de tête du roi.

Jusqu’à finir par y perdre la sienne ? Tant la France de 2022 ne sera pas celle de 2017. Les Gilets-Jaunes, les maires Verts, le tournant souverainiste, les perquisitions des juges macronistes, la COVID, Adama, le néoféminisme et la réaction en retour que ne manquera pas de susciter cette américanisation tribale de la politique au pays des Lumières et de la centralisation, et bien des choses se sont passées et se passeront jusque-là, ne semblent pas l’attendre.

Langlois-Mallet