Cahiers de Doléances. Sur les difficultés à inventer la politique aujourd’hui

Et sur l’aide que nous apporte Latour et la nécessité d’un regard sur le précédent des Etats-Généraux de 1789

J’ai bu du petit lait ce matin à l’écoute d’une des plus intéressantes contribution à la situation que j’ai entendu.

Pas de surprise que cela vienne de Bruno Latour (7/9 de France Inter, voir lien dans les commentaires de ce post) dont la pertinence n’est pas une découverte. Vous noterez au passage qu’il vous conseille la même chose que cette page en début de semaine : Relire la lettre de Louis XVI lançant la démarche de brainstorming pour tout remettre à plat, plutôt que de répondre au quizz (lui il dit sondage) de Macron.

– Avant de refuser, ou de vous engager, dans ce débat, prenez votre propre mesure de ce que conseiller l’Etat veut dire. Tout doit être ouvert dans votre esprit à partir de votre expérience. Participez ou pas, mais n’entrez pas dans le piège des cases.

– Autre problème à résoudre (le plus difficile aujourd’hui comme Latour le souligne très justement) : « débattre mais avec qui ? » Nous avons été ultra-libéralisés et nos opinions déliées flottent dans le Cosmos du net. Alors que nos ancêtres étaient collectifs avant tout. Ils ne vivaient qu’en collectif, ne pouvaient que s’inscrire dans des solidarités et des liens et ne faire émerger une pensée ou un discours que de là.

– On voit très bien ainsi que, là où les Gilets-Jaunes ont pris le problème par la convivialité des ronds-points, Macron adresse lui le « grand débat » à une société anonyme d’individus à responsabilité limitée, qu’il regarde par les lunettes déformantes de ses pauvres valeurs d’argent. Comme lui, ils sont censé (nous sommes censé) n’avoir comme unique but de « réussir » individuellement une progression économique et sociale (d’où son classement mental, entre « premiers de cordée » et « qui ne sont rien »).

– Les Français sont des performeurs managérial individuels plutôt que des qu’âmes éprises, plutôt que consciences, plutôt que citoyens expérimentés du réel… Qui doivent répondre au quizz dont le roitelet et ses sbires jugeront seuls (après recours à l’intelligence artificielle ou intelligence énarque ce qui n’est pas plus rassurant) de la pertinence de mesures, dont les choix sont déjà inscrits dans les questions… sur le mode : « quel service public voulez-vous supprimer pour faire des économies ? » Alors que la vraie démarche historique de doléances impose que les thèmes soient choisis et posés collectivement de la base et donnent lieu à une représentation avec un mandat impératif pour les porter.

Latour insiste très justement sur un fait capital. Les opinions on s’en fout. C’est très juste. Je suis persuadé que vous ne lisez pas ma page parce que vous avez besoin de mon opinion, ni que moi-même je perdrais ce temps à penser qu’elle vaut d’être publiée. Mais parce que les processus que j’y expose, à partir de l’expérience ou de l’observation construite du réel, nourrissent quelque chose de cette même démarche chez-vous et que donc il est question de ce lien. Latour va plus loin et insiste sur le fait que nous devons faire émerger à partir de nos expériences sur ce qui ne fonctionne plus ou qui fonctionne dans notre réel, les solutions (ce qu’essaient là encore de faire les gilets-jaunes).

J’aime beaucoup aussi son rapport aux questions d’identité. Là où nos élites veulent nous culpabiliser d’un tabou (l’identitaire serait une sorte de péché original dont les journalistes-prêtres nous font expier dans la grande cathédrale médiatique); ou à l’inverse le jardin d’Eden promis par toutes les contre-sociétés nationalistes ou religieuses, dans la mousse duquel il suffira au jour heureux de leur prise de pouvoir de se rouler, pour voir toutes nos douleurs effacées.

Latour montre très bien que nos encrages sont un point de départ nécessaire, mais qui appelle à être dépassé pour pouvoir avancer. Son recours à l’image du Brexit est excellent. Les Anglais envoie tout valdinguer à partir du besoin identitaire de se retrouver maîtres de leur situation, puis… ils constatent tous les liens qui les relient. Expérience que chacun à dû déjà faire à son échelle intime, familiale ou professionnelle. Donnant de la saveur à cette question compliquée d’être libre et d’être (re)-lié. Qui n’est pas qu’un thème de philo, mais la question pratique de notre modernité.

Bref, vous l’écouterez vous-mêmes, il y a du grain à moudre pour vos moulins.

Autre satisfaction (c’était l’autre thème prioritaire que je vous proposais pour cette semaine, pardon mais ça fait plaisir de se trouver en lien avec ce que l’on estime de meilleur), que le débat sur les violences politiques ordonnées aux policiers par Macron et Castaner prenne corps. Il est absolument inacceptable que l’on tire sur des gens (de plus en plus à l’aveuglette en sus) au prétexte de maintien de l’ordre. D’autant plus que les fusils d’assauts commence à être de sortie et que graduellement on se fait à l’idée que des victimes civiles sont tolérables.

Ce maintien de l’ordre « à la française » (dont la doctrine fût politique très bien résumée par Luc Ferry l’autre jour, « mais tirez donc dans le tas et qu’on en finisse »). On gagne encore à jeter un oeil du côté de la Révolution :

– Sitôt la bourgeoisie Macroniste du temps ayant destitué Dieu (ce qui était nécessaire) et un roi qui voulait bien mourir mais pas faire tirer sur la foule (au grand dam du parti aristocrate), le remplaça par l’économie et donna à la propriété le caractère de « sacrée », proposant la peine de mort à qui poserait la question de la justice et du partage… (Il faut le faire quand même). Ce qui en acte donna La Fayette faisant tirer à Paris (17 juillet 1791) sur la foule ouvrière, femme et enfants compris, qui venaient simplement s’exprimer par écrit sur des registres de pétition… Toute ressemblance avec ceux qui nous gouvernent n’étant pas fortuite.

Mais cette violence, plus ou moins légale, est encore un privilège de la bourgeoisie installée dans les habits d’Ancien Régime comme dans ses palais (rien ne se perd, tout se transforme) qu’il faut remettre en question pour que l’on puisse prendre le beau mot de « République » au sérieux.

Langlois-Mallet

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(Gilets-Jaunes) Tiercelet chez le Marquis

Et si faire un pas de côté, du côté du théâtre, était une manière d’avancer ?

– Tiercelet ?

– Monsieur le Marquis…

– Tu voulais me parler d’un problème… « urgent » ?

– C’est que… Oui Monsieur le Marquis, nous avons résolu de vous demander de remédier à une situation injuste. Ça nous gêne de vous déranger avec ça, mais voilà : nous ne parvenons plus à vivre correctement et…

– Oui, Tiercelet, je sais, j’y songe, c’est la Crise. Mais n’oublie pas que tu me parles en ton nom, tu es citoyen.

– Oui Monsieur le Marquis, je suis citoyen et justement nous avons…

– Tiercelet, je parle au nom de ceux qui m’ont élu. Tu parles en ton nom.

– Oui Monsieur le Marquis, mais justement au sujet de cette élection et des conditions étranges…

– Tiercelet, es-tu d’extrême-droite ?

– Oh non Monsieur le Marquis, je voulais juste…

– Attention Tiercelet, tu sais où nous a conduit par le passé la remise en cause des privi… de la démocratie.

– Oui, Monsieur le Marquis, justement c’est de la démocratie que nous voulions vous parler et ce sont des privilèges que vous avez aussi, car nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts…

– Tiercelet ? Tu ne veux pas en revenir aux pires moments de notre histoire ?

– Oh, non Monsieur le Marquis ! On disait juste avec les voisins qu’il faudrait plus de justice si l’on veut vivre mieux que ceux qui se gavent…

– Tiercelet ?

– Monsieur le Marquis ?

– Tiercelet… serais-tu d’extrême-gauche ? Veux-tu le chaos révolutionnaire ? Le sang ? La Révolution ?

– Oh non Monsieur le Marquis on s’est juste réunis pour vous dire que…

– Tiercelet, prend bien garde à ce populisme qui prétend désigner des boucs émissaires à tous nos problèmes. Il y a une crise et nous la gérons au mieux, nos marges de manœuvres sont très étroites sais-tu ? La concurrence internationale fait rage…

– Justement… On proposait de remettre en cause

– Tiercelet ? Es-tu homophobe ?

– Oh monsieur le Marquis non. Je voulais juste vous dire que nous pensions que si l’argent n’était pas reversé systématiquement aux plus riches pour qu’il ruisselle…

– L’homophobie Tiercelet, c’est l’un des visages de la bête immonde. Dans votre manifestation j’ai entendu crier « privilégiés enculés » C’est très grave Tiercelet, sais-tu ce que cela signifie ? C’est une stigmatisation par le comportement sexuel, une insulte à caractère homophobe. J’ai ouvert une enquête, les coupables seront poursuivis sans relâche et châtiés. Combien parmi vous le sont ?

– Monsieur le Marquis, je ne leur ai pas demandé, nous avons juste parlé du fait que vous vous augmentiez sans cesse et que nous…

– Tiercelet, on ne peut pas dévier, pas biaiser, pas se compromettre avec tous ces sujets de droits de l’Homme qui sont la base du contrat social.

– Mais c’est pour cela Monsieur le Marquis que nous voulons vous dire que les droits ne sont plus respectés. Nous voyons autour de nous tant de misère…

– Tiercelet, mon devoir républicain est de n’accepter aucune compromission avec les valeurs qui fondent notre pacte. Liberté, Egalité, Fraternité…

– Oui, c’est justement Monsieur le Marquis pour cela…

– Nous ne pouvons accepter aucun écart, tolérer aucune faiblesse, nous serons sans pitié pour tout ceux qui tenterons d’enfreindre la loi du peuple.

– Justement Monsieur le Marquis le peuple, nous vous demandons si…

– Tiercelet, appelle-moi Monsieur le Ministre. Sais-tu que la féodalité a été abolie ?

– Oui Monsieur le Marquis mais quand Monsieur le Marquis s’est fait élire, Madame la Marquise nous a dit que nous pouvions bien…

– Tiercelet, il me vient une idée. Je vais organiser un grand débat.

– Je pense que c’est une bonne idée Monsieur le Marquis. Nous pourrons vous dire notre avis que si vous cessiez de vous augmenter et de distribuer de l’argent aux plus riches nous pourrions vivre mieux.

– Tiercelet il n’y a pas de tabou. J’entends les désarrois de la mère de famille qui élève seule ses enfants, sans aide, et qui doit se lever tôt le matin pour travailler. J’entends le désespoir de la personne en situation provisoire ou durable d’incapacité physique ou d’invalidité qui constate chaque jour les retards pris dans l’installation des équipements prévus par les normes européennes ; je sais la douleur de la personne âgée qui ne peut se chauffer quand vient la nuit avec la bise froide dans le bourg glacé ; je sais les difficultés des jeunes étudiants diplomés à trouver ce premier emploi, véritable sésame vers la réussite ; je comprends la solitude du créateur d’entreprise aux prise avec le maquis administratif et je sais le courage qu’il lui faut pour ne pas renoncer, s’engager, s’investir au péril de sa santé parce que demain Tiercelet, se fait aujourd’hui…

– Heum, heum Monsieur le Marquis…

– Il n’y a pas de sujets tabou pour nous. Aussi nous réfléchirons au sein de 4 ateliers. La difficulté à améliorer son quotidien et les efforts que chacun d’entre-vous peut faire. Les territoires et leurs contraintes budgétaires et je serais à l’écoute des idées qui peuvent émerger pour permettre de mieux partager les ressources et les efforts entre ceux qui souffrent. Le logement et l’énergie… Tiercelet pourquoi te tiens-tu l’oeil ?

– Oh, rien Monsieur le Marquis, député, Ministre… C’est un tir de flash-ball qui…

– Tiercelet, tu n’es pas en état de débattre je le crains. Le mieux est de reporter notre entretien. Je te fais raccompagner, prends soin de toi, tu es courageux, tu le mérites. Vas… Vas sereinement… Vas…

Langlois-Mallet

Gilets-Jaunes. « Ça ne peut pas s’arrêter…»

Si vous voulez mon avis – surtout vous les modérés, les distants, les spectateurs, les écolos notabilisés et autres – surtout vous, parce qu’il faut que vous vous fassiez entendre par des propositions. Il n’y aura plus de retour à la normal, parce que le normal est devenu l’anormal pour trop d’entre-nous.

C’est un point de rupture, comme pour la 6e extinction de masse des animaux, comme pour le réchauffement auquel, on le sait depuis les « printemps arabes », les révoltes humaines sont liées. Le tissu craque car trop de personnes ne supportent plus la situation et qu’à tout prendre, ils ont moins d’angoisse à prendre des coups de matraque ensemble qu’à subir passivement dans leur coin.

Quand toute l’énergie collective est dirigée à servir le 1% en attendant que cela ruisselle… (qu’ils daignent ruisseler). Que 20% soutiennent cette politique parce qu’ils vivent des miettes. Que 40% se taisent parce qu’ils peuvent, au prix de contorsions, s’adapter. Que 20% portent cette souffrance dans leur chair chaque jour. La variable se fait sur la part restante, ceux qui sont en train de porter plus en difficulté qu’eux, ou qui se voient glisser vers la situation en dessous. Il y a un point de bascule. Nous y sommes.

Ça ne peut pas s’arrêter parce que ce « ça » dont on parle, c’est l’expression de la population. Elle peut déplaire parfois, mêler les colères légitimes et les rages bêtes et aveugles contre les totems autour de laquelle la classe dominante veut les faire danser. Un pouvoir dissout une assemblée, pas 40% d’un peuple; il peut juste intimider 40 autres pourcent.

L’autre voie, c’est de considérer que cette expression peut en revanche prendre un sens. Et c’est là qu’il faut aider. Les gens se sont parlé, ont bougé ensemble. C’est la plus précieuse des expériences par temps de crise, ou plutôt de survie, comme le seront les temps nouveaux.

Nous sommes au début d’un grand effondrement de tout ce que nous considérions comme normal. La vie naturelle et tout ce que nous avons construit autour nous qui n’en sommes qu’un parasite. Demain il faudra trouver des solutions pour l’énergie, pour l’alimentation, pour la santé, pour l’eau. Et nous serons confronté à des problèmes tels qu’en ont connu les migrants, les réfugiés et les zadistes les années passées, ou les gilets-jaunes aujourd’hui. Il nous faudra puiser dans le collectif tout le temps et y donner tout le temps, comme nos lointains ancêtres de la préhistoire.

Il n’y aura plus un petit rouage confortable à responsabilité limitée que nous assurons contre un salaire qui permet d’avoir accès aux bénéfices des autres rouages. Mais une mise au pot de plus en plus grande des solutions devant des problèmes de plus en plus grands.

Les gilets-jaunes aujourd’hui à moyenne échelle, comme les migrants et les zadistes donc en petit nombre hier, sont les prémices de cette adaptation. Et ils constituent donc des expériences plus précieuses que n’importe quelle taxe, n’importe quel radar, n’importe quelle vitrine d’abribus.

Face à eux le pouvoir, qui est la logique extrémisée des politiques du 1% ne peut plus les maintenir qu’à rechercher la fuite en avant dans la violence. C’est le sens des milliers de blessés et d’arrêtés préventifs de ces dernières semaines. Le sens des déclarations du Ministre de la police quand il dit que manifester, c’est être complice des casseurs (hé ho, réveil-là !); ou qu’il organise la traque des opinions sur le net au détriment de la surveillance du vrai terrorisme.

Délégitimé par l’effet de bascule de l’opinion, le pouvoir ne peut plus se maintenir dans le cadre démocratique qui craque de tout côté. Un pouvoir normal de temps normaux, reposant sur l’adhésion de la majorité, sur le consensus, aurait provoqué des législatives. Le pouvoir ultra et minoritaire de Macron, ayant gagné par défaut veut se maintenir par la force, car il sait qu’il n’est là que par effraction. S’il ne peut plus aujourd’hui puiser dans le consensus de la messe médiatique, il a besoin de peur, de violence. Je ne sais pas ce que sera la stratégie des Gilets-Jaunes et s’ils l’ont compris, mais le pouvoir en face a besoin que ça saigne ce samedi, que ce soit très violent. Pas tellement pour espérer faire taire les Gilets-Jaunes, mais pour montrer les biceps au ventre mou des sondages. Pour faire rebasculer 20% de son côté, pas par conviction, ils savent bien et n’en ont cure, juste par crainte.

Toute la semaine, les députés LREM ont fait la queue pour se présenter aux médias et s’installer dans les esprits comme victimes parce qu’ils reçoivent des insultes (parfois dégueulasses, ordurières ou débiles), alors qu’ils votent à l’aveugle les politiques qui font d’eux des bourreaux et des traitres aux yeux de la population, qu’ils basculent des dizaines de milliards sur les actionnaires ou qu’ils coupent dans les services publics alors que les hôpitaux sont en arrêt du coeur.

Il y a de quoi les haïr, ils le savent, mais il faudrait le faire en silence et comme des personnes bien élevées. C’est beaucoup demander, surtout quand la colère de plus de la moitié de la population n’a quasiment pas accès à la parole dans le système très verrouillé et archi normé de la représentation politique et des tribunes médiatiques.

Beaucoup voudraient « en sortir », mais on ne sort pas du peuple, on ne sort pas de la question d’un mal vivre qui concerne 40% de la population au bas mot et qui en impacte 20 autres pourcent. On ne sort de rien par la peur, on renforce les problèmes en obligeant en plus à faire silence.

A l’inverse, si l’on ne peut pas grand choses sur toutes les questions globales, on peut et l’on doit rapatrier la décision au local. Réinventer la décision de petite échelle sur les questions qui la concerne. Redonner le pouvoir aux territoires. Inventer la démocratie locale, rebâtir la France à partir de l’expression diverse de ses villages, banlieues, quartiers.

Le RIC ? Chiche ! Mais pas n’importe comment, pas juste le gueuloir transformé en vote de cirque romain par Internet selon les humeurs. Organiser d’abord, à la manière des assemblées de gilets-jaunes, le débat de tous avec tous. Elaborer, proposer s’exprimer, mais aussi recueillir et écouter, voter. Que les habitants regroupés en territoires deviennent partout des petites démocraties à la Suisse, et ensemble une force de proposition capable, après des référendums locaux d’impulser des questions nationales. Que l’assemblée de leurs délégués, en Sénat réinventé par exemple, puissent aussi poser un veto ou révoquer. Beaucoup de choses sont à inventer à partir de l’existant.

Il y a en tout cas urgence à s’interposer avec des solutions; non pas à chercher à éteindre le feu, mais au contraire à l’étendre partout et à l’apprivoiser dans l’intérêt de s’éclairer tous. Qu’il ne soit pas un projectile mais un âtre autour duquel se chauffer et se retrouver ensemble. Car le jeune-homme qui se croyait Jupiter, froissé dans le premier « non » qu’il ait jamais reçu, a besoin de le bouter partout pour faire oublier… que son pouvoir est éteint.

Langlois-Mallet

2019, au risque de l’espoir

Vivre et mourir comme des frères (et soeurs) ou périr comme des idiots.

Où en est-on… ? J’ai envie de vous dire… « jusqu’au cou », en ces temps où la guillotine revient à la mode jusque sur la carte des restaurants*, et pourtant plein d’espoir car bien des choses ont changé, pour une fois en un an.

En 2018 Jupiter trônait en haut d’un Etat confondus avec une succursale de banque. La France était une entreprise, le patron allait nous dégraisser, nous faire traverser la rue à coup de pompes s’il le fallait mais il se payait le droit de se demander s’il ne devait pas en plus commémorer Mai 68. Tant les valeurs de libération des moeurs des années 70 sont devenues aujourd’hui les premières lanières du fouet, au son du tam-tam des médias, dans la galère libérale. Rame, consomme ou crève dans la rue, mais chante la chanson.

Chanson parfaitement interchangeable on le voit avec Bolsonaro au Brésil ou Trump aux Etats-Unis. Les pouvoirs de l’argent peuvent entonner les cantiques au Dieu patriarcat, ou les invocation à la Reine Mère féministe, peu importe au fond le design de la chaussure culturelle qu’ils enfilent, brodequin de marche ou talon aiguilles, l’important reste qu’ils soient sur ta gueule et que tu ne bouge pas. Je continue pour ma part à penser qu’il n’y a pas de différence de nature essentielle entre Le Pen et Macron, entre le FN et En Marche. Juste un emballage selon que vous réagissez instinctivement au treillis bien moulant sur les burnes ou la robe fuseau à paillette, le mâle dominant (même femelle) ou l’invertébré sexuel (même Jupitérisé) qui l’enfile ne joue qu’à la marge.

Dégagé la fumée de leur spectacle, la réalité reste inchangée. C’est à dire que notre chute s’accélère vertigineusement. Effondrement de la vie biologique (extinction de masse des mammifères et des insectes, expansion des zones mortes des océans, réchauffement et fonte des pôles, déforestation massive, course à la prédation des richesses enfouies, intoxication chimique du vivant, tic-tac des comptes à rebours nucléaires un peu partout…). La folie de transformer le monde vivant en papier monnaie s’emballe. « La création de richesses » est colossale. 80% est aspiré par le 1% au moyen de l’actionnariat et de la finance, du non contrôle de l’évasion fiscale, mais aussi de l’impôt, de la dette.

2018 a été pire que tout dans tous les périls, pourtant les consciences ont basculé. Nous nous fatiguions il y a vingt ans à demander des changements de consommation « pour nos petits enfants »; les gens ont intimement compris depuis cette année que leurs enfants essaieront de survivre. Les classes moyennes se tournent poussivement vers des actes de transition, sur le mode des bonnes oeuvres d’antan. Les milieux populaires sont déjà dans la survie. L’hyper-classe continue de flamber !

Une lueur jaune d’espoir

C’est d’un signal de détresse qu’est parti en 2018 un espoir soudain. Le gilet de la bande d’arrêt d’urgence, enfilé en même temps par des centaines de milliers de personnes, a permis sous couvert d’uniforme, à chacun de dire sa vérité. Pas d’unité, pas de porte-parole, pas de revendication unique, juste de l’imprévisible.

Au sommet de l’Etat, les cranes d’oeufs auraient besoin de cheveux pour se les s’arracher. Comme aux temps féodaux dans leur ordre mondial, il y avait déjà une politique unique et celle-ci était soutenu par une morale unique, répétée par les curés des médias, elle devait seulement être psalmodiée par la rue.

Le central explose sur l’irruption du local ou plutôt les multiples micro-locaux. Il n’y a pas de vérité particulière au mouvement des gilets-jaunes autre que la conscience de résister à ce qui les détruit. Chaque groupe, chaque personne peut le faire à son idée. L’expression du local est fonction du local.

Les peuples, plutôt que le peuple

Selon les territoires, qui sont autant de sensibilités, de valeurs, de liens culturels et de consciences politiques différents, cela peut donner une dénonciation de migrants dans un camion, ou un repas de solidarité avec des migrants. Si vous êtes une bande de copains fachos, enfilez votre gilet-jaune et allez dans un lieu visible faire une quenelle, si vous êtes une bande de gauchos semi-pro allez déclarer dans l’anonymat d’un squat la régularisation de tous les sans-papiers… Cela n’a pas plus de sens. La seule différence est que BFM jouera la caisse amplificatrice pour que toute la France le sache pour les uns et ignorera les autres.

Le fond se joue ailleurs. Sur tous les territoires, les gens se sont réveillés, se sont reconnus et ont fraternisé. Les différences d’opinions sont souvent extrêmes, mais elles sont reléguées au second plan. La question de conscience se pose d’abord autour de l’expérience de la survie. Se reconnaissent et fraternisent non pas des gens qui mettent en commun des idées (avec lesquelles jouer pour le pouvoir) comme dans un parti, mais des gens qui ont une expérience de la survie. Survie individuelle, survie des proches, ou survie collective d’un territoire. Ce besoin de ne pas mourir peut prendre des formes de consciences très différentes, il a un impératif commun : rapatrier la décision politiques dans le réel.

A l’opposé, il est très intéressant de voir sur quoi se crispe le pouvoir : « ne pas remettre en question les traités internationaux. » On revient au coeur de la pomme de discorde, le référendum volé par Sarkozy. « Vous ne toucherez pas à la mondialisation. Votez sur des broutilles, parlement sans pouvoir, président fantoche (Jupiter ou normal) sans monnaie si vous le voulez, mais le pouvoir reste hors de portée, hors de la nation, hors du local, hors des peuples, hors de contrôle et de visibilité même. »

Bien sur pour le vendre aux gogos de la classe moyenne qui n’ont qu’un besoin réel, c’est de se croire des bons sans avoir à lever le cul de leur fauteuil, le pouvoir insiste sur le respect des traités internationaux humanistes : la suppression de la peine de mort ou les réfugiés. Mais comme pour Vichy et les Juifs qui déporte et qui sauve au péril de sa vie les réprouvés ? Qui laisse se noyer les réfugiés dans une parfaite indifférence ? L’Etat. Qui s’organise sur les territoires, les bénévoles du peuple. Comme hier.

Pourtant l’arme de l’excommunication continue à être utilisée. Le pouvoir au peuple, son expression, le référendum ce serait le chaos raciste. A en croire l’élite au pouvoir, elle est garante des Droits de l’Homme que le peuple menace. Il ne faut surtout pas partager le pouvoir car eux savent et les autres sont ignorants et frustes. Les gens civilisés contre les instincts bestiaux etc.

Ils n’est pourtant pas très difficile de vérifier que ce qui est authentiquement inhumain en France advient légalement, l’esclavage, les grandes boucheries des guerres, la colonisation, le martyre économique actuel des paysans, des ouvriers etc. Et (puisque tout doit ramener à Vichy comme seule pierre angulaire de leurs arguments et de leur conscience), la déportation des Juifs fait d’une politique d’Etat, approuvée par l’Assemblée. Alors que dans le même temps on élude le fait incontestable que la France est le pays qui a compté le plus grand nombre de Justes, c’est à dire de gens du peuple ayant de leur initiative personnelle et à leurs risques propres sauvés des proscrits des nazis. Non pas parce qu’ils étaient Juifs d’ailleurs, à la différence de leurs persécuteurs, mais parce qu’ils étaient en danger vital simplement, comme le sont aujourd’hui les réfugiés.

Je suis très loin de partager cette mode de ramener la politique à son point Godwin. Mais cela pour dire que je ne crois pas une seconde au peuple barbare. Je crois au contraire à l’humanisme profond de la société française qui a toujours été en lutte contre une aristocratie (puis une bourgeoisie libérale qui a repris ses palais, ses domestiques et ses caves) pour qui l’humanisme ne vaut que s’il peut servir de fouet intellectuel pour conserver des privilèges.

L’autre clivage posé par les Gilets-Jaunes est anecdotique. Il s’est fait avec les écolos « à la vue un peu basse » comme dit Edgar Morin, pour les raisons qui viennent d’être dites, de recherche de notabilisation.

Pour ces derniers, l’écologie est le message des gentils (et ils le détiennent). Et donc plus on leur donne de pouvoir, plus ils convertissent les méchants à de gentilles politiques vertueuses de taxes. « Grâce à nous, Macron deviendra gentil en nous donnant plein de postes et on taxera les méchants qui mangent avec du gluten et fument du diésel et le monde sera sauvé. » Alleluia.

Le peuple leur donne un cinglant démenti. Non la colibrisation individuelle et son petit confort moral n’est pas la question. On se sauvera ensemble ou l’on périra ensemble. La condition première de toute écologie est le collectif retrouvé. Même sur des bases fragiles, il est préférable aux élucubrations techno, même bien rémunérées.

Si on a un seul espoir de s’en sortir, c’est en étant soudés. Car l’inéluctable de la machine de mort que l’argent fou de la mondialisation a mis en place, c’est la mort de tous. Aucune mesure techno ne nous sauvera, aucun petit geste d’oiseau individuel, sans une extraordinaire et improbable force collective. Un désir fou que la vie se poursuive malgré toute logique. Je crois que ce désir est beaucoup plus présent sur les ronds-points sans que le mot écologie soit prononcé, qu’auprès ces élus Verts qui viennent sur ma page se masturber l’esprit pour se faire croire que la vertu politique consiste à dénoncer le sexisme d’une pub pour une culotte. Devant ce naufrage moral des classes moyennes d’un côté et l’espoir de la résistance populaire le choix est tout fait pour les honnêtes-gens.

Reste le durcissement du troisième bloc, le 1% et ses représentants macronistes

J’ai déjà écrit que ce type (voir ce qu’en dit Todd) avait éprouvé de la peur pour la première fois en Auvergne (le premier « non » de sa vie ?) et de la jouissance dans la répression, il semble que des raisons psychologiques expliquent pourquoi ce jeune-homme s’emmure dans la spirale de la radicalisation, avec les inquiétants moyens que la constitution Gaullienne lui donne.

Sa répression est, et sera, donc féroce et nous serons tous touchés à des degrés divers, parce que l’enjeu pour ceux qui l’ont mis là est autant la captation des richesses (nécessaires à la survie collective, à l’hôpital public ou au CICE des actionnaires les 45 milliards ?) que la mise de la souveraineté sur l’étagère du haut (qui décide et où ?) et que ce sont ces deux points que les Gilets-Jaunes, contestent. A dire le juste, entre les peuples et Macron, c’est une lutte à mort qui est engagé au grand dam de tous les modérés, même de son entourage.

C’est donc avec espoir et appréhension que je vous transmets mes voeux très chaleureux de courage, de bonheur et de résistance. Pénétré de l’idée que les Gilets-Jaunes sont parmi nous celles et ceux qui renouvellent le slogan écolo : « Vivre comme des frères ou périr comme des idiots » au vieux cri Français des soldats de la grande Révolution : « la Liberté ou la mort »…

2019. Vivre et mourir comme des frères et soeurs ou périr comme des esclaves… Bonne année !

Langlois-Mallet

* Pas de quoi me mettre en prison pour cette phrase (leurs lawyers en trouveront de meilleures), je parle de la petite Vodka française de ce nom (délicieuse d’ailleurs)

Fable de Noël. Macron, le roi-esclave

Voilà aujourd’hui, Macron tenu, coincé entre la rue en colère et la colère SM et SMS de l’ancien favori devenu maître-chanteur des soirs de St Sylvestre. Benalla chômeur n’a eu qu’à traverser qu’une rue du Faubourg Saint-Honoré… dans laquelle il vaudrait très cher pour le Mossad apparemment*.

Gare au gorille se muant en Mata Hari ! Il n’a plus désormais qu’à condescendre à soupirer de lassitude dans Médiapart de ce que les appels privés du maître (pardon de l’esclave des horloges) ont cessé ces jours-ci… pour mettre à nouveau le pilier de l’Etat à ses genoux; opérant ainsi la bascule brutale de l’accusation de « racaille du trafic de passeports diplomatiques », pour qu’elle vienne chercher le vrai commanditaire, ce Jupiter dont le lâchage devient alors un aveu de faiblesse, intime. Une de plus…

On lit au passage dans les mots de l’article de Médiapart, le plus cruel pour un Jupiter nu, l’exposition désinvolte de son extrême vulnérabilité. Un garçon, Emmanuel Macron, emmuré par une séduction folle derrières des milliardaires et des énarques pour bâtir un ego-pouvoir, tombant à la merci de la seule personne vivante, popu et « connectée » de son monde de glace… Son valet de chambre de banlieue, qui n’a plus qu’à s’offrir le luxe, pour reserrer la laisse le soir des voeux Elyséens, de se la jouer bienveillant et protecteur envers ce… « mec », otage malheureux de ses énarques, et d’en appeler à son « coeur-jaune »… mêlant la couleur de la bile de la rue et de la traîtrise, se donnant un rôle de Gavroche, sans vergogne, de son jet d’agent d’affaires secrètes.

Contre-coups popu

La fable du petit maghrébin magouilleur qui dynamite l’énarchie, percute et éclipse le « storytelling » du jeune dieu banquier. C’est après le choc rugueux, campagnard, des gilets-jaunes, l’autre coup du peuple, le croche-patte de la Té-ci…

Ceux qui s’attelleront – dans une nouvelle commission Attali du peuple cette fois- à repenser l’articulation de la République et du pouvoir d’un seul, seront bien inspirés de se rappeler que même le pouvoir royal des Capétiens, à l’image duquel De Gaulle avait imaginé de réconcilier et rééquilibrer la République après que l’irresponsabilité parlementaire ait mené à deux guerres; que le pouvoir royal donc était moins le pouvoir d’un seul qu’une construction impérieusement collective mais par dessus et avant tout lente, du long terme du berceau au tombeau. Le roi est mort, vive le roi…

Quand aux poètes, aux enfants et aux bergères, ils aimeront qu’on leur raconte la fable de Jupiterpan prenant le trône d’un éclair… et qui n’était assis que sur son cul.

Langlois-Mallet

* Voir le lien (avec en bonus quelques bombinettes sur la façon dont Mitterrand était lui-même tenu) :

http://www.afrique-asie.fr/benalla-passionne-les-services-israeliens/?fbclid=IwAR1f6G6PqtHfiKzsR5IeY3wgYh_GWzWHLfwb6E2w_km3e3UcQSDrChCaC-w

Gilets-Jaunes. Macron : La marseillaise comme chant du départ

Redéguisé en Père-Noël ce soir, Macron peut bien, après le feu, mettre les boules à la démocratie, c’est son quinquennat qui sent le sapin.

La faiblesse et la lâcheté s’aboutissent dans la violence. Micron est faible, il est lâche; Mercure s’est fait arracher son déguisement de Jupiter et ses conseiller en com-édie auront bien du mal à lui inventer d’autres nippes pour son Deus ex Machina de ce soir.

Plus dégoûté que surpris tant, depuis le premier jour de sa candidature, je le dénonce comme le pire possible. Je m’étais consolé à l’époque en me disant que la France s’était injectée le virus qu’elle se devait d’affronter. Une bien mince espérance, aujourd’hui comblée…

Je n’en suis pas moins horrifié par cet alliage de la sociopathie du pouvoir et de l’argent, dont l’obstination a tué (dans l’indifférence générale puisqu’il s’agit d’une marseillaise arabe et non d’une bourgeoise du XVIe), fait pleuvoir un déluge de coups et blessures (trois lycéens éborgnés par des tirs à bout portant !) pour ne rien dire de la pluie de grenades interdites en démocratie sans que les médias ne cessent un seul instant, toute honte bue, de nous faire pleurer les vitrines (la palme de la carpette du jour à Florence Paracuelos du journal de 8h de France Inter, ouvrant sur les jérémiades d’une Marie-Ségolène de Bordeaux… qui « n’en peut plus »).

Les milliers d’arrestations préventives, la confiscation des masques et des lunettes (qui ne sont en aucun cas des armes) et les souffrances occasionnées en masse, nous disent que Micron est en passe de changer la nature du régime comme le souligne la Ligue des Droits de l’Homme, que cet homme fait sienne la vision mussolienne de la verticalité : « le peuple est une putain qui se donne au mâle le plus fort. » Gageons qu’il est passé de l’effroi à la jouissance.

Je ne sais pas si la violence et les blessés feront refluer cette colère samedi prochain ou si, invités — par qui devrait incarner la concorde et le dialogue — dans la surenchère malsaine d’une guerre des boutons mortelle, les Gilet-jaunes trouveront la parade vers l’escalade. Ce qui est certain c’est qu’en couvrant le volcan social spontané, après avoir étouffé celui des syndiqués au printemps, Micron, s’il parvient peut-être à étouffer un temps son grondement, nous prépare la déflagration cumulée à venir et ses dégâts.

Son quinquennat sali, ensanglanté. Son image de chef d’Etat dans le monde réduite en cendre comme une vulgaire Porsche Cayenne. La « Starup nation bottom-up » et sa fausse coolitude-cynique bloquée en erreur 404; l’orgie vulgaire de Noël et ses processions au Dieu 0,01% de PIB (pardon petit Jésus) arrêté d’urgence sous Prosac. Ses petits soldats LREM du parlement démoralisés, démonétisés, tricards dans leurs circonscription; lui-même quasiment interdit de sortie en France hors des centre villes. Paris enfin, ex-ville populaire révoltée violée, battue, humiliée, dénaturée, annexée par la gentrification, apparaissant aux yeux des télés du monde pour ce qu’ils en ont fait aujourd’hui : le dernier réduit obscène des privilégiés sous protection blindée…

Sont autant de victoires que les « révolutionnaires » en peau de lapin, imbus de lectures mal digérées et goinfre d’excommunication, n’ont jamais été capables d’obtenir; autant de cadeaux que les Gilets-Jaunes ont offert à notre fierté retrouvée.

Thank you Satan !

Langlois-Mallet

 

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Nos abribus, pas vos enfants !

Nous, Médiatiques nous levons contre les nazis pour défendre les abribus de tous !

Non à l’inhumanité contre nos Porsche ! Assez de l’horreur des plaques de rue soulevées ! Assez de l’insoutenable douleurs des vitres brisées ! Assez de vous surtout les samedis autour de nos boutiques ! Assez de vous sur nos Champs-Elysées et nos avenues huppées !
Dehors les Romanos !

Nous, politiciens méprisants, chanteurs imbus, humoristes ratés, philosophes de bazar, nous « journalistes » au susucre, nous qui profitons de la dégradation globale pour vous taxer et vous culpabiliser, nous les riches, nous nous levons contre la barbarie !

Nous nous foutons du climat, nous nous foutons que vos enfants n’aient pas de Noël, nous n’avons rien à foutre de votre chômage de merde et de vos problèmes de fin de mois et de votre cancer à la con. Nous n’avons rien à foutre de vos demandes de démocratie : La démocratie, c’est nous. Le pouvoir c’est nous.

Nous avons fait notre geste de colibri, nous avons planté un cactus à St Barth Noël dernier. Nous avons adopté un crocodile chez Vuitton. Nous avons fait un geste social puisque nous ruisselons. Nous avons fait un geste politique puisque nous sommes En Marche avec Macron.

Votre violence matérielle ne résout rien. Notre violence sociale est l’unique politique possible en démocratie parce que c’est la solution à notre seul problème du toujours plus !

Vous ne passerez pas, nous avons trouvé vos boules de pétanque ! Et nous, nous sommes protégés derrière nos flashball ! Stop la violence, laissez-nous vendre nos armes au Yemen pendant les fêtes !

Rejoignez le bloc bourgeois, soumettez vous aux médias. On vous emmerde tas de ploucs qui ne savez même pas la chance que vous avez de nous regarder à la télé !

En rang les mains sur la tête ! One word of freedom !

Le Bloc Bourgeois

Gilets-Jaunes. En France on n’avance les idées qu’avec les pavés

Que les uns les lancent ou que nous marchions dessus, pour la sociale ou la planète, soyons surtout nombreux et solidaires ce samedi. Tandis que se reforme le bloc bourgeois tout en nuance… En mode « Charlie » pour Macron, « nazis » pour le peuple.
 
Quelque chose de comparable au matraquage médiatique du jour est-il prévu contre les casseurs du 14 Juillet 1789 à qui l’on doit l’abolition des privilèges ? Quelque chose contre les casseurs de 1936 à qui l’on doit les grandes vacances ? Contre les casseurs de la Résistance aussi peut-être parce qu’ils ont dégagé de Vichy les Macron et les Barbier de l’époque ? Ou contre ceux de 68 auxquels on doit… on ne sait trop quoi, la pédagogie médiatique de Cohn-Bendit nous expliquant que c’est inacceptable de brûler les voitures ?
Raz-le-bol de ce totem de la « violence » autour duquel veulent faire danser tous les esprits, les médias de ceux qui ne négocient rien, ont tous les avantages, tous les pouvoirs, n’acceptent aucune forme de co-décision ni même de dialogue à longueur d’année et imposent – pour gagner plus de brioche pour leur petite gueules et leurs carrières de minables- une violence sociale sans nom (misère, suicides, maladies, accidents, mal vivre…) et écologique (destruction de la nature et de la santé) aux autres.
 
Malheureusement oui, nous sommes dans un pays sans culture du respect. La responsabilité pourtant existe institutionnellement, dans les textes du moins. Elle en incombe à un président trop occupé à diviser pour régner, à opposer pour gagner du temps.
Le respect, ne peut pas être invoqué seulement le jour, visible, où les digues de la colère cèdent. Mais tous les jours, où le mépris fabrique la colère. Un pays où l’on ne discute pas ensemble parce que les pouvoirs méprisent toute parole de « ceux qui ne sont rien », c’est à dire qui n’apportent rien dans le sens de leurs intérêts. Un pays où les gens sont en permanence exclus, discrédités, ignorés, moqués s’ils ne partagent pas les objectifs austéritaires de l’Euro et les codes de cool-sélection du pouvoir.
 
Ce pouvoir pervers ne comprend que le rapport de force
 
Il lâche 2 milliards aujourd’hui parce qu’il a peur. On parle d’augmenter le Salaire Minimum parce qu’il y a rapport de force. Le PDG d’Orange, le patron des patrons, le gouvernement ont ouvert ce qui était tabou hier, la négociation sur la hausse des salaires parce que des gens ont eu le courage de se révolter.
 
Demain, c’est triste, on le sait bien que c’est au nombre de Porsche Cayenne brûlées que l’on mesurera l’ouverture démocratique que l’on obtiendra. Macron se bunkerise et attend maintenant de voir si des gens sont près à mourir -ce qui justifiera de lâcher plus- ou à tuer, -ce qui lui fournira peut-être l’argument pour durer- pour sortir de son mutisme. Son poker avec les vies des gens qu’il devrait protéger est lamentable, honteux.
 
C’est ce vendredi même où nous écrivons que cet arbitre indigne devrait mettre les pouces, ouvrir un vrai cadre démocratique : reconnaître les cahiers de doléances citoyens que collectent les mairies rurales, annoncer des élections qui en seront issues, aller vers un bouclier de revenu minimum garanti et un pacte de service public garanti aux territoires.

La liberté et l’écologie convergent dans l’urgence démocratiques des rues

 

Nous sommes conscients que nous allons devoir tous affronter un péril inédit avec l’effondrement environnemental en cours. Cela ira de paire avec un effondrement social, économique, sanitaire, des modes de vie etc. Les cris de détresse et les tuniques d’alarme des Gilets-Jaunes ne sont que l’avant-garde de cet effondrement.

Si nous ne sommes pas cohérents autour d’un projet choisi ensemble dans lequel chacun peut s’investir mais se sait aussi sécurisé, nous serons explosé par la réalité, laminés par la globalisation de ceux qui confisquent et aspirent nos ressources et nos biens de manière accélérée pour constituer leur bunker*. C’est dire la puissance écologique de la question démocratique en cours !

 

« Comment vivre cette fin de mois ? » et « comment vivre dans 20 ans ? » sont une seule et même angoisse : « comment vais-je offrir des cadeaux à Noël à mes enfants ? » revient beaucoup dans les propos des gilets-jaunes qui défileront partout et « comment mes enfants auront-ils accès à l’eau et aux soins ensuite ? » demandent les écolos qui défileront à Nation. Personne ne doit opposer l’une s’il ne peut répondre à l’autre.

 

Les uns sont dans le salariat, d’autres dans l’indépendance, tous ont en commun un travail détruit ou pourrit par la mondialisation libérale. Tous ont en commun de subir une dégradation de la vie et du bien commun, de la santé et des services publics qui vient du même accaparement par… le 1%, la Caste, l’oligarchie, le appelez cela comme vous voudrez dont Macron et En Marche ne sont que la vitrine légale, vitrine fissurée par les pavés actuellement. Et tant mieux.

 

Merci les lanceurs de pavé et d’alarme !

 

Les uns prennent leur responsabilités physiques et assument pour tous leur risque, ils méritent notre respect (même si parmi eux se glisseront des amateurs de sensation, des pillards et des provocateurs stars warholiens des caméras).

Ceux qui manifesteront à Nation pour la planète et ceux qui manifesteront à Bastille et République pour la France. Nous tous sympathisants des gilets-Jaunes et/ou des écolos nous devons prendre nos responsabilités, premièrement respecter ceux qui s’engagent au prix de nombreuses douleurs (au lieu de pleurer avec Madame Hidalgo sur le mobilier urbain), celle surtout d’être une foule immense et pacifique qui avance pour ses droits, sa survie, ses enfants, conscients que si ce gouvernement ne comprend que la force, se complaît perversement dans l’opposition brutale de ceux qui font métier d’être loyaux à l’ordre républicain et de ceux qui font conscience d’êtres fidèles au génie de la Liberté; opposition sadique et injustifiable de ses petits soldats Playmobil à nos lycéens; ce conflit mené par un pouvoir pervers narcissique, ne sera désarmé que par la masse pacifique des millions.

Bousculer ou construire ?

Autre chose. Les uns pensent qu’il est urgent de faire tomber ce pouvoir. Les autres de savoir ce que l’on veut mettre à la place, car le pouvoir vacant tombe souvent entre de mauvaises mains. Aidons là aussi par l’échange et le débat à recoller les deux. Car derrière le silence et l’adhésion passive de la majorité silencieuse aux Gilets-Jaunes, il y a un impensé. C’est cette réserve confuse d’émotions et d’opinions floues — qui suivent indifféremment les complotistes isolés ou la messe des médias — qui fait l’élection qui viendra « après ». C’est cela qui a installé Macron à l’Elysée et souhaite sa perte aujourd’hui, cela qui se donnera, nous donnera presque au hasard demain au premier homme providentiel venu (voir mon dernier papier à ce sujet mercredi), cet inconscient collectif qui peut vite se retourner et d’un même mouvement de manivelle du progrès pour tous à l’autoritarisme rassurant. Demandez aux pays qui ont su s’offrir le plaisir de faire choir un dirigeant honnit, si ce bonheur suffit comme garantie sur l’avenir avec celui qui le remplace…

 

Beaucoup de choses, hein ? Nous sommes partagés par des points communs en somme. Les uns ont rendez-vous à Nation, les autres à Bastille et République. Et donc… ?

 

Langlois-Mallet

 

* A ceux qui sont vraiment tourmentés par le coût du mobilier urbain « qui c’est encore qui va payer… » me disait une « indépendante » au comptoir ce matin. J’ai envie de répondre que 40 000 000 000 € de bien commun (corrigez si le chiffre de mémoire est approximatif), de richesse nationale, ont encore été aspirés sans y penser plus que cela et sans connaitre le montant du SMIC, par les députés LREM lundi vers les poches sans fonds des actionnaires du CAC40, alors même que la Place de la Concorde était occupée par les services de santé ! Les moyens existent et très largement, la seule question est de savoir où est la détermination.

Gilets-Jaunes. Le point du jour 5 décembre 2018

Démocratie directe ? Extrême-droite ? Urgence climatique ? Survie économique ? Achats de Noël ? De Villiers ? Macron ? Chacun cherche à savoir « où nous allons ? », sans savoir comment répondre à où il en est lui-même.

Sur des séquences rapides comme nous en vivons, toute information agit instantanément sur celui qui la reçoit; comme tout propos sans recul, elle se périme et tourne aussi vite que lait fermier.

Notre regard lui même est capté en concurrence par tous les acteurs de l’histoire qui s’écrit et dont on sait seulement qu’elle prendra une forme tranchée et définitive. Quelle part y tenir ?

« Si j’y tenais mal mon rôle, c’était de n’y comprendre rien… » se souvenait Aragon. Que pouvons-nous donc essayer de comprendre de ce qui meut les gilets-jaunes, l’Exécutif et tout de ce qui s’agite pour capter l’énergie que leur choc libère, de l’extrême-droite aux révolutionnaires en passant par un nouveau venu surprise, le Général de Villiers ? Quid de la police ? De l’absolu priorité du climat ? D’une justice social ?

L’Exécutif. En est-on encore à commenter les miettes du premier ministre d’hier ou à spéculer sur les annoncent plus roboratives du président ? Mon point de vue – entendu que ces gens sont tout communication, que leur objectif est de tenter de remettre en selle un Jupiter démonétisé – est qu’ils vont nous la jouer « Bon flic et mauvais flic. » Edouard se charge des réductions de taxes peu populaires, le Président se réserve l’annonce du retour de l’ISF.

Du côté des Gilets-Jaunes, la colère est montée d’un cran suite aux annonces méprisantes des miettes de brioche et l’extrême-droite saisi sa chance en inscrivant une désinformation massive dans le calendrier émotionnel du mouvement : Parce que l’acte IV à lieu samedi 8, ils ont inventé une histoire gigogne promus à un certain effet, Macron a prévu le transfert de la France sous souveraineté de l’ONU le 10 à l’occasion du (ça tombe bien) pacte de Marrakech. Toute l’histoire de la Révolution Française est pleine de ces « St Barthélemy des patriotes » imminentes qui nécessite des prises urgentes de Bastille… La capacité de ce mouvement à résister au complotisme, son sang-froid et sa lucidité, sera une des clefs de la suite. La mobilisation de ceux qui répondent aux fantasmes sur les réseaux et recadre vers les arguments politiques, essentielle.

Et les forces de l’ordre ?

Si les gilets-jaunes gardent la raison, les très nombreuses vidéo Snapchat et Insta des lycéens victimes de violences ne sont pas rassurantes sur l’état de ses nerfs. Il faut aussi les lire à l’aune des suicides dans la police et de la peur affichée à l’annonce des futurs affrontements de samedi en marge des deux cortèges pacifiques angoissés eux-mêmes pour l’avenir, qu’il s’agisse pour les détenteur d’un capital culturel (les écolos) de hiérarchiser par le climat, ou pour ceux privés d’un capital économique et culturel d’entrer par la vie quotidienne. La question reste : quel futur, aujourd’hui quelle survie ?

Samedi, la rue

Si tout ceux qui ont une conscience collective seront dans la rue samedi, troublant sûrement la fièvre acheteuse de ceux pour qui la vie et l’urgence revient surtout à se presser dans les magasins dans une sorte de manifestation contre la chienlie, c’est à dire les autres. Une seule chose est certaine, nul de nous en participant à l’une, l’autre, les deux, voir les trois le même jour (je me vois bien capable de revenir des deux manifestations avec un cadeau sous le bras) n’a de prise sur la destination réelle vers laquelle nous allons. Non pas que nous ne poussions sincèrement. Mais nous ne maitrisons guère où va la force de l’inconscient collectif, que de puissants acteurs veulent aussi orienter.

L’homme providentiel, ce couteau-suisse

A ce propos, je ne vous donnerai qu’un exemple. L’émergence surprise du Général de Villiers. Une figure mythique de Général, encore une… comme avec de Gaulle ou comme avec Pétain, le de Gaulle de 39 ou celui de 68 ? Le Pétain de Verdun ou de Vichy ? on ne sait pas. Un général pour achever la Ve ou la revivifier ? On ne sait pas non plus. Ce que l’on sait juste, c’est que le coup du chef de guerre parle profondément à notre inconscient de Francs, surtout quand notre part Gauloise se révolte en nous de partout. Le besoin de raz-le-bol et le besoin d’ordre mêlé, d’exister et de rester unis qui scande toute notre histoire de France… au prix de nombreux morts. Un homme providentiel, c’est bien, c’est propre à tout, ça ne dépend que de ce qu’il a compris de l’inconscient collectif…

De Villiers Héros -puisque première victime de Jupiterpan- de l’anti-macronisme. Poussé de nulle part, il apparait partout. Comme Macron récemment… Comme Macron récemment, il ne propose pas de direction, juste une attitude. L’un disait « En Marche », l’autre répond « En ordre », les zozos qui ne s’étaient pas demandé : « En Marche vers quoi ? » L’on appris à leurs dépend. Est-ce trop leur demander d’interroger la figure respectable et avenante de Pierre de Villiers sur ce point ?

Allons-nous vers la démocratie directe des cahiers de doléances, des communes en gilets-jaunes ? Vers la mise sur la touche des élites parlementaires qui avaient tirées les marrons du feu de la Grande Révolution de 1789, celles qui se sont coulées, moulées, dans les palais de l’aristocratie et on tenu le peuple à distance du politique, sans renoncer à tout faire en son nom, jusqu’à l’abandon de sa souveraineté lors du fameux référendum volé ? Vers la figure salvatrice du retour du Roy, sous les traits bonace et la poigne ferme d’un énième général ?

Je ne peux évidement pas vous le dire. Juste que ces trois mythes fondateurs sont en macération accélérée actuellement. Celles qui me lisent depuis longtemps savent mon point de vue, tant que les forces du pays se détruisent, elles s’annulent et se condamnent à l’impuissance; ce n’est que d’une bonne dynamique entre les trois que nous pouvons espérer. Le peuple doit fixer le cap, les élites doivent dire comment, les deux ne tiennent pas ensemble sans une figure capable.

Sur ce, bonne journée, mon dentiste m’attend !

Langlois-Mallet

Enarques-sorciers et apprentis gouvernants

Macron et Ed sont des fous tragiques avec leur lancé de cacahouètes technocratiques à un mouvement social aussi bouillant, dans lequel les gens, dos au mur, jouent leur peau et celle de leurs gamins à la veille de Noël.

La première chose que demandent les Gilets-Jaunes, c’est du respect et donc une démarche politique d’ampleur qui remet tout à plat et ne pose aucun préalable autre que le respect mutuel. En jouant à « mais qu’on leur donne de la brioche et que ces gueux se taisent enfin sous nos fenêtres », nos énarques vont finir la tête au bout d’une pique, sauf à faire sortir les premiers les généraux des casernes pour siffler la fin de partie.

Est-ce que veulent au fond nos banquiers d’affaire ? Passer la main car il est trop tard ? Trop tard pour sauver la Nature, trop tard pour sauver les gens, trop tard même pour leur libéralisme.. ?

Langlois-Mallet

 

La France rejette le libéralisme comme un corps étranger. C’est un vomissement. Le truc, c’est que l’objet est coincé au niveau de la tête de l’Etat. On est presque dans la haine, voir la vidéo du Puy-en-Velay

https://www.youtube.com/watch?v=qeNT8zwCBeE&fbclid=IwAR1sJ92I8dTasIRuJhmGsa30KCjTNuAm7ed780i8NixBPKqhuh4bUo0Yl_c

Comparée à celle du monde d’avant…

 

 

 

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